Deux cent cinquante mille morts par morsures de serpents dans le monde (estimation optimiste)

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En juin 2016, le sérum « Fav-Afrique » anti-venin de serpents à spectre large fabriqué par Sanofi-Pasteur UK ne sera plus disponible car sa production a été arrêtée il y a quelques mois. La situation risque de devenir périlleuse dans de nombreux pays et pas que en Afrique car les estimations pour seulement l’Inde et le Bengladesh font état de cent mille morts par an à la suite de morsures de serpents du genre cobra à lunettes (illustration ci-dessus) et naja cracheur et la RDC ne dispose d’aucunes statistiques fiables alors que c’est un des pays les plus infestés de serpents en Afrique. Bref, la situation va donc devenir dramatique. Ces statistiques très imprécises ne font pas état du nombre de personnes amputées dans l’urgence d’une jambe ou d’un bras pour échapper à une mort certaine quand les dispensaires locaux ne disposent pas de sérum.
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Ce sérum est obtenu en immunisant des chevaux avec dix venins différents inactivés. Les gamma-globulines obtenues sont purifiées et conditionnées en ampoules qui ne peuvent pas être conservées plus de trois ans au réfrigérateur. Or dans la plupart des dispensaires de brousse il n’y a pas de réfrigérateur et donc pas de sérum. De plus ce sérum est coûteux, le traitement avec deux ampoules revient à 120 euros, soit une petite fortune pour un paysan camerounais qui s’est fait mordre par une vipère des tapis (Echis leucogaster, illustration ci-dessus) ou un mamba noir (Dendroaspis polylepis, illustration ci-dessous) dont il mourra en quelques jours à moins de se faire amputer du membre envenimé.

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Le Fav-Afrique, anciennement produit par l’Institut Mérieux à Marcy-l’Etoile en France sous un autre nom, contient un mélange d’immunoglobulines dirigées contre les venins de deux vipères, vipère du Gabon (illustration) et vipère heurtante, deux échides, trois mambas (illustration) et trois naja ou cobras (illustration). Il est coûteux à produire et vendu à perte le plus souvent à des associations caritatives. Voilà tout le problème qui ne semble pas poser de désagrément moral aux pays européens pour qui la mort de deux-cent mille personnes de plus ou de moins dans ces pays sous-développés est un épiphénomène.

On en est là. Des sociétés de produits pharmaceutiques tant en Afrique du Sud qu’au Mexique ou encore au Costa-Rica se sont penché sur ce problème mais il faudra plusieurs années pour obtenir l’autorisation de mise sur le marché et des essais cliniques seront nécessaires pour obtenir cette autorisation. Qui paiera ? Les centres de recherche de l’armée française sont sur les rangs et ce n’est pas un hasard car comme toute armée dans le monde quand il s’agit de toxines, de venins et autres poisons les militaires sont particulièrement intéressés. L’armée française entretient des liens étroits avec les armées des différents pays africains francophones et les antennes de brousse de ces dernières sont parfois les seuls endroits où on peut encore se procurer du Fav-Afrique si le malade ne se trouve pas à des jours de marche … sinon il est condamné à la mort (pour le mamba et le naja en quelques heures) ou à une amputation pratiquée à la machette dans l’urgence.

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Les morsures de serpents sont classées parmi les maladies tropicales « négligées » ou pourrait-on dire négligeables parce tout le monde s’en moque : il n’y a aucun profit à réaliser.

Source : OMS et Associated Press, illustrations Wikipedia et AP

Un espoir de vaccin contre la malaria, mais pas tout à fait comme on l’imaginait

Un travail réalisé à l’Université de l’Oklahoma sous la direction du Docteur Jun Li permet d’espérer déboucher sur un « vaccin » contre le parasite de la malaria, celui qui tue, le Plasmodium falciparum. Pour se faire une idée de la démarche scientifique abordée pour concrétiser cet espoir il faut rappeler le cycle du parasite dont le réservoir naturel est l’homme. Sans hommes infectés se faisant pomper le sang par les femelles de moustiques, les anophèles, pour la maturation de leurs œufs, il n’y aurait pas de malaria. On pourrait aussi exterminer les moustiques avec des insecticides mais il n’existe pas d’insecticide spécifiquement orienté contre les moustiques et donc on détruit aussi d’autres insectes utiles. À force d’avoir des crises ou d’être contaminé par des moustiques à répétition, on finit pas se prémunir vaguement contre le parasite mais ce n’est jamais à 100 %, j’en ai fait personnellement l’expérience ces 17 dernières années avec le P. vivax puisque je souffre encore périodiquement de crises de paludisme. C’est la même situation avec le P. falciparum, notre système immunitaire réagit mal à la présence du parasite et ce d’autant plus mal que le cycle de maturation dans le sang est plutôt complexe ( https://en.wikipedia.org/wiki/Plasmodium_falciparum_biology ). L’idée du Docteur Li a été de s’attaquer à ce qui se passe dans le moustique et non pas à ce qui se passe dans l’organisme humain.

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Quand un moustique vient piquer un sujet infesté il gobe du sang mais aussi ce qu’on appelle des gamétocytes, les formes sexuées du parasite. Normalement la digestion dans l’intestin du moustique devrait non seulement venir à bout des globules rouges du sang mais aussi de ces gamétocytes. Or ce que le Docteur Li a identifié, c’est le mécanisme, disons de protection, que le parasite a mis au point pour ne pas être digéré dans l’estomac du moustique. Quand le moustique a fait son repas de sang, une protéine particulière est très rapidement synthétisée dans la paroi tapissant son tube digestif, et parallèlement la reproduction sexuée du parasite a lieu dans le bol alimentaire constitué de sang dans le tube digestif du moustique. Cette reproduction (voir le détail schéma du cycle de reproduction ci-dessous) aboutit à ce qu’on appelle un ookinete. Or cette forme du parasite va se fixer sur la protéine nouvellement exprimée et disparaître dans l’intérieur du tissu entourant le tube digestif du moustique. Elle a été appelée FREP1 et elle ressemble un peu à une protéine du sang appelée fibrinogène.

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L’équipe du Docteur Li a mis en évidence le gène codant pour cette protéine. Si on stoppe l’expression de ce gène, le cycle de reproduction et de multiplication du plasmodium cesse et le moustique échappe à l’infestation. Une autre preuve de l’importance de cette protéine pour le parasite a été apportée en produisant des anticorps dirigée contre celle-ci après avoir sur-exprimé le gène de la FREP1 dans des bactéries et levé des anticorps chez un lapin. Même chose, le parasite est devenu incapable de produire ce qu’on appelle des sporozoïtes, la forme transmissible du plasmodium lors par exemple d’un second repas quelques heures après le premier. Et c’est là que repose l’espoir d’un vaccin. Encore fallait-il vérifier un certain nombre d’éléments permettant d’alimenter cet espoir. D’abord n’y a-t-il pas un danger à immuniser une personne contre la FREP1 qui est une protéine proche du fibrinogène un facteur de coagulation du sang. Apparemment les lapins à qui on avait injecté de la FREP1 n’ont pas eu de problèmes. Le titre de l’anticorps dans le sérum de lapin a tout de suite paru satisfaisant et même dilué de plus d’un facteur 5 et injecté dans les moustiques, les anticorps étaient suffisamment actifs pour inhiber le cycle de production de sporozoïtes (voir le cycle de reproduction) qui n’a lieu que chez le moustique.

On peut donc espérer que cette approche romprait ce cycle de reproduction qui n’a lieu que chez le moustique puisqu’en s’abreuvant de sang, le moustique va donc également aspirer des anticorps dirigés contre la protéine FREP1 et ces derniers vont mettre fin à l’apparition des sporozoïtes. Une vérification ultime s’imposait avant de décider d’essais en vraie grandeur dits de phase I sur le terrain, dans des régions infestées de moustique anophèle gambiae et de malaria falciparum. Les anticorps de lapin restent-ils actifs suffisamment longtemps pour désactiver la production de sporozoïtes ? La réponse a encore été positive. Tous les espoirs sont donc permis.

Il faut cependant souligner que l’approche choisie par le Docteur Li ne conduit pas à un vaccin proprement dit mais à la construction artificielle d’une réaction immunitaire contre un antigène, en l’occurence la protéine de moustique FREP1, dans le but de combattre le parasite non pas dans son propre corps, comme c’est le cas pour les vaccins dirigés contre les virus, par exemple, mais par prélèvement sanguin interposé et dans le tube digestif du moustique. Il fallait y penser et surtout réaliser de minutieuses dissections de moustiques pour élucider le mécanisme qu’a adopté le falciparum au stade ookinete pour pouvoir produire des sporozoïtes comme c’est résumé dans la figure ci-dessus tirée de l’article paru dans le J. Biological Chemistry et aimablement communiqué par le Docteur Li :

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En bloquant la partie accessible de la protéine FREP1 à l’aide d’anticorps, l’ookinete devient incapable de se fixer sur la matrice péritrophique constituée en grande partie de chitine pour échapper au milieu digestif agressif et se retrouver à l’extérieur du tube digestif afin que les sporozoïtes puissent être délivrés à la prochaine victime du moustique par la salive de ce dernier quand il se sert un deuxième repas de sang ce qui est fréquent. Le pouvoir « infestant » du moustique est alors très amoindri voire réduit à néant. Si le « vaccin » s’avère efficace, autant dire que l’épidémie de malaria s’éteindra d’elle-même faute de parasites …

Pour rappel, l’Organisation Mondiale de la Santé (WHO) a dénombré en deux mille treize 198 millions de cas de malaria et 584000 morts, essentiellement des enfants : un enfant dans le monde meurt chaque minute de malaria, 97 pays et territoires sont touchés par la malaria.

On ne dira plus IPCC mais IPAMR

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Il va falloir s’habituer à un nouvel acronyme qui vient de sortir, l’IPAMR parce que l’IPCC ne fait plus vraiment recette même si les derniers soubresauts de cette bête immonde et coûteuse viennent de tenter de prouver que les vagues de froid rigoureux qui ont traversé le continent nord-américain cet hiver sont sans aucun doute dues au changement climatique qui aurait provoqué un réchauffement des eaux du Pacifique Ouest … avec 95 % de certitude. Désormais, il y a plus urgent dans l’urgence, le climat ça peut attendre, l’IPAMR, prononcez « aïe pi et aime are » qui veut dire Intergovernmental Panel on AntiMicrobial Resistance, est un nouveau bidule des Nations-Unies pour fédérer les efforts internationaux sur la résistance des super-bactéries à tous les antibiotiques connus. On peut supporter une vague de froid, une vague de chaleur, des pluies diluviennes, une sécheresse prolongée, la météorologie, qui n’a rien à voir avec le climat, a toujours et fort heureusement réservé des surprises, mais aller à l’hôpital se faire extirper un vulgaire kyste adipeux sur la joue droite et mourir quelques jours plus tard d’une infection généralisée ça fait carrément peur. Ce genre de mésaventure n’est pas de la science-fiction au rabais mais la triste réalité : les hôpitaux et les cliniques sont devenus des endroits dangereux à fréquenter car ils sont infestés de toutes sortes de bactéries contre lesquelles il n’existe plus aucun moyen de lutte efficace.

En se référant à l’éradication de la variole qui est le résultat d’un effort global, Jeremy Farrar, Directeur du Wellcome Trust Medical Charity, considère que les autorités internationales dont l’OMS ont fait preuve de négligence pour ne pas dire de laxisme depuis plus de 20 ans en n’incitant aucune action internationale de grande envergure pour combattre par exemple la bactérie la plus dangereuse, le MRSA, le staphylocoque doré résistant à la méthicilline qui tue plus que le SIDA, au moins aux USA, avec 19000 décès par an à la suite d’hospitalisations et plus de 5000 en Grande-Bretagne également chaque année pour les mêmes raisons. Et la situation est identique en Europe continentale, en Australie et au Japon, de quoi être effrayé. Et il n’y a pas que le MRSA, bien d’autres bactéries deviennent résistantes et la situation empire inexorablement.

Des souches de E.coli sont aussi multirésistantes, les parasites ne sont pas en reste puisqu’une nouvelle souche de Plasmodium falciparum vient d’être identifiée comme résistante à tous les médicaments anti malaria connus à ce jour, le virus du SIDA dont on espérait être venu à bout fait aussi partie du club des « super bugs » puisque les anti-viraux deviennent inefficaces, sans oublier la tuberculose, la chaude-pisse, les pneumocoques, etc … Cauchemardesque !

Finie la peur du changement climatique, cette fois c’est du sérieux, la situation n’est pas appuyée sur des théories fumeuses mais sur le constat quotidien d’une triste réalité : si vous allez à l’hôpital pour un petit bobo ou pour subir une intervention chirurgicale vous avez de plus en plus de chances de finir à la morgue en urgence. La moindre pose d’un cathéter pour une chimio-thérapie anticancéreuse, une dialyse rénale, un banal coup de bistouri peuvent tout simplement signifier votre arrêt de mort ! Les gènes de résistance aux beta-lactames se sont répandu à une vitesse imprévisible probablement en provenance de l’Inde tout comme la malaria résistante a maintenant atteint l’Afrique de l’Ouest en provenance d’Asie. Ce n’est qu’en 2007 que l’OMS a mis en place une sorte de cellule de crise à la suite de l’épidémie de grippe aviaire mais rien n’a été fait pour les multi-résistances aux antibiotiques car la situation est trop alarmante pour qu’on en parle ouvertement. Les pays scandinaves, le Vietnam et les Pays-Bas ont imposé des règles très strictes concernant l’usage d’antibiotiques et ce sont les rares pays où l’on puisse constater une incidence de maladies nosocomiales inférieure aux autres nations. Par contre dans des pays comme l’Inde ou encore l’Egypte, selon l’OMS, la vente totalement dérégulée d’antibiotiques a favorisé l’apparition de résistances multiples.

Qui sont les responsables de cette situation terrifiante, un peu tout le monde. Les médecins en premier lieu prescrivent trop d’antibiotiques par confort mais aussi les patients eux-mêmes sont complices de leur médecin car ils trouveraient anormal une ordonnance ne mentionnant aucun antibiotique. Les pharmaciens peu regardants ne rechignent pas à vendre des antibiotiques sans ordonnance car le client paie cash, mais oui, c’est la réalité ! Viennent ensuite les contributeurs indirects des apparitions de résistances aux antibiotiques que sont les vétérinaires et les éleveurs d’animaux en tous genres, depuis les truites et les crevettes jusqu’aux chevaux de course en passant par tous les animaux de la ferme, veaux, vaches, cochons, couvées, chiens et chats … Certes les résistances aux antibiotiques ne datent pas d’aujourd’hui puisque la majorité d’entre eux a été découverte dans le sol, le pénicillium de Fleming provenait du sol et les bactéries qui le côtoyaient n’en mourraient pas, elles étaient résistantes naturellement à la pénicilline. C’est cette impression de confort procurée par les antibiotiques et leur usage le plus souvent sans justification réelle qui a tout simplement aggravé la situation et renversé le problème. En quelque sorte la nature reprend possession de ses droits et l’humanité toute entière risque gros, beaucoup plus qu’avec le changement climatique qui va devenir très vite un lointain souvenir !

Sources : Reuters et Nature News Room, illustration Nature. doi:10.1038/509555a

Le XXIe siècle, l’ère post-antibiotiques !

 

Depuis près de trente ans pas un seul antibiotique novateur n’a été mis sur le marché, c’est inquiétant ! J’ai écrit plusieurs billets dans ce blog sur la quête de molécules nouvelles qui est fructueuse sur le papier dans quelques cas mais entre l’instant où une molécule nouvelle est susceptible d’être étudiée plus profondément et le jour où elle se trouve dans les hôpitaux puis dans les pharmacie du coin de la rue, il peut se passer dix à quinze ans. Les essais cliniques coûtent une petite fortune et les firmes pharmaceutiques trainent donc les pieds et ce n’est pas difficile de les comprendre car les profits sont aléatoires et lointains. Il vaut mieux s’occuper des médicaments de confort comme les statines, les anti-viraux prétendument actifs (voir le cas du Tamiflu) ou les antidiabétiques, la rente de situation est assurée mais bon, c’est une autre histoire.

Pour en revenir aux antibiotiques, on peut imaginer un monde hostile où le moindre petit bobo devient un gros abcès purulent dégénérant en infection sanguine (septicémie) sans qu’aucun antibiotique puisse venir à bout du mal. L’horreur, pire que la peste, la variole et le choléra réunis de nos ancêtres ! Ce n’est pas de la fiction à bon marché mais une éventualité que vient de décrire en détail le dernier rapport de l’OMS (voir le lien) qui ne s’encombre pas de propos elliptiques rassurants, bien au contraire. Si antibiotique signifie une drogue tuant les bactéries, les résistances répertoriées par l’OMS auprès des 129 pays membres de cette organisation fait également état de HIV résistant aux anti-rétroviraux actifs jusqu’ici ou encore la résistance du Plasmodium falciparum à l’artémisidine, l’un des rares produits récents pour combattre la malaria. De quoi trembler d’autant plus que depuis près de 25 ans, seules les anciennes familles d’antibiotiques revisitées et dites de troisième génération des fluoroquinones, des cephalosporines et des carbapenems ont été vraiment innovantes et il y a pour ces produits de nombreuses résistances déjà répertoriées à tel point que ces derniers pourraient très bien rejoindre prochainement la pénicilline au musée.

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Devant l’ampleur du problème de la multirésistance aux antibiotiques ce rapport de l’OMS, le premier du genre, ne donne aucune directive précise et pour cause, ni le corps médical ni les firmes pharmaceutiques ne savent comment contourner le fléau des AMR (Antibiotic Multi Resistance) et force est de constater que le confort qu’avait apporté l’antibiothérapie depuis près de 70 ans, en gros avec l’apparition de la streptomycine, est bel et bien terminé. Ou on s’adapte ou on meurt, ce n’est pas écrit dans ce rapport mais il faut admettre que l’usage intempestif des antibiotiques a créé cette situation catastrophique non seulement en induisant les résistances par le processus de pression de sélection au niveau des bactéries mais également en affaiblissant le système immunitaire humain qui, puisqu’antibiotiques il y a, n’est plus sollicité comme autrefois quand, confronté à une infection, il devait prendre en charge cette dernière et garder en mémoire cet apprentissage pour les autres infections du même genre à venir.

Inutile de passer en revue les divers points noirs révélés dans ce rapport mais il faut retenir que l’on n’est plus à l’abri d’une sévère infection urinaire (E. coli) pouvant dégénérer en septicémie mortelle comme c’est aussi le cas avec le staphylocoque multirésistant (S. aureus) ou d’une pneumonie (Klebsiella ou S. pneumoniae) également mortelle. J’ai mentionné dans ce blog la tuberculose et la blennorragie dont les recrudescences sont alarmantes pour les mêmes raisons.

Deux autres aspects des résistances aux antibiotiques sont explicités dans ce rapport, en médecine vétérinaire qui concerne les élevages de bœufs, porcs et poulets mais aussi l’aquaculture conduisant à la contamination des denrées alimentaires par des souches bactériennes résistantes aux antibiotiques communément utilisés dans cette industrie. Il y a enfin le cas des résistances des Candida aux fongicides couramment utilisés mais aussi à ceux dits de nouvelle génération comme les Echinocandines. L’humanité entière est donc critiquement exposée aux microorganismes, bactéries, virus, parasites et champignons car elle est entrée dans l’ère post-antibiotiques et de grandes pandémies ressemblant à celles de la peste, de la variole, ou du typhus qu’ont vécu nos ancêtres ne peuvent plus être exclues. Comme avait coutume de le dire avec une pointe d’humour Monsieur Thierry, propriétaire de la distillerie Bielle à Marie-Galante : « Mon rhum soigne toutes les maladies, mais il ne faut pas en abuser ». A votre santé !

http://apps.who.int/iris/bitstream/10665/112642/1/9789241564748_eng.pdf?ua=1

H5N1, H7N9 et maintenant H6N1

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Ce n’est pas parlant mais ces sigles sont ceux de diverses souches de virus de la grippe. Le virus H5N1 apparu en 1996 en Chine, qui a tué un peu plus de 600 personnes, essentiellement en Asie, rappelle la mauvaise gestion de la Ministre de la Santé française de l’époque qui commanda des quantités extravagantes de vaccin pour protéger la population de l’Hexagone. Comme on dit : deux précautions valent mieux qu’une selon le sacro-saint (et stupide) principe de précaution surtout quand on est responsable afin de ne pas devenir coupable, suivez mon regard …

L’hiver dernier, encore en Chine, apparut un autre virus, le H7N9, n’a pas fait beaucoup de morts, une trentaine, parce que les autorités chinoises ont immédiatement pris des mesures sévères pour restreindre les contacts directs avec les poulets vivants. Il y a néanmoins eu un cas décrit il y a quelques semaines d’une propagation du virus H7N9 directement entre humains. Le problème préoccupant est que les poulets porteurs de ce virus ne sont pas malades et si ce type de virus mutait pour une raison ou une autre, une pandémie serait alors à redouter. Novavax (Maryland) et Novartis (Suisse) ont déjà mis au point un vaccin au cas où mais pour le moment, ni l’OMS ni les autorités chinoises n’ont encore pris de décision.

A peu près au moment où les cas de grippe dues au H7N9 se réduisaient, au printemps dernier, une jeune femme souffrant de problèmes respiratoires aigus fut hospitalisée à Taiwan. On découvrit après sa guérison obtenue avec un traitement au tamiflu qu’une nouvelle souche de ce virus était responsable de sa pneumonie sévère, le type H6N1 qui ne rend pas les poulets malades mais qui n’avait jamais été décrit jusqu’alors comme transmissible à l’homme. De plus cette jeune femme n’avait jamais été en contact direct avec des poulets vivants et plusieurs membres de son entourage soufrèrent de symptômes grippaux au même moment sans complications respiratoires.

Comme l’hiver arrive et que les conditions météorologiques deviennent favorables aux épidémies de grippe, la question récurrente se pose à nouveau aux virologues dont Marion Koopmans (Pays-Bas) : « qu’est-ce qui va bien pouvoir faire évoluer ces virus vers une souche susceptible de déclencher une pandémie ». Et cette question est d’autant plus préoccupante que la souche H6N1 a subi une mutation discrète au niveau du gène codant pour l’hémagglutinine (H) la rendant plus fortement associée au récepteur humain présentant l’acide sialique alpha2-6. Les spécialistes considèrent que tous ces virus de la grippe de type A dérivent de celui de la grippe espagnole qui fit près de 20 millions de morts en Europe après la grande guerre et qu’il suffirait d’une infime modification de leur génome qui est porté par un ARN mono-brin pour faire cette fois des centaines de millions de morts. Plus alarmant encore, si les poulets sont des porteurs sains, un « passage » du virus aviaire chez le porc pourrait encore aggraver ce risque au niveau humain.

Source : Reuters, illustration Associated Press

OMS: rapport sur les perturbateurs endocriniens, ça fait plutôt peur !

L’OMS vient juste de publier (19 février 2013) le dernier rapport décennal sur les perturbateurs endocriniens et il n’y a vraiment pas de quoi se réjouir. Ces substances présentes autant dans la vie de tous les jours, que ce soit les emballages alimentaires, les jouets en plastique, les moquettes synthétiques, les peintures, les cosmétiques, les équipements électroniques et j’en passe, mais aussi dans l’alimentation, sous forme de résidus de pesticides ou d’additifs, et enfin dans certains médicaments (c’est le comble!) contribuent de manière prouvée à la baisse de fertilité des hommes, à des malformations urogénitales chez les nouveaux-nés, à l’apparition du diabète de type II et de l’obésité qui sont liés, à l’apparition de certains cancers (utérus, testicules, thyroïde, …) et pour terminer ce tour d’horizon particulièrement morbide, ces mêmes perturbateurs contribuent à l’accroissement des maladies cardiovasculaires chez les adultes et des retards mentaux chez les enfants. Il y a eu l’affaire du bis-phénol A, perturbateur endocrinien reconnu, mais l’environnement est maintenant et durablement pollué par ces molécules.

D’après ce rapport, les perturbateurs endocriniens que l’ont a reconnu comme tels ne représentent que le sommet de l’iceberg, et une recherche intense doit être décidée au niveau mondial pour identifier d’autres perturbateurs potentiels, leur origine et leurs mécanismes d’action ainsi que les synergies pouvant apparaître selon que plusieurs composés chimiques différents sont en présence. L’industrie chimique non seulement n’a procédé qu’à des études peu détaillées en ce sens mais a aussi le plus souvent tout simplement omis de réaliser de telles études qui sont coûteuses et longues. En effet, les perturbateurs endocriniens entrent dans l’environnement (rivières, étangs puis les océans) par les décharges industrielles et urbaines peu ou pas totalement contrôlées, mais aussi du lessivage des pesticides agricoles par les pluies et enfin l’incinération de déchêts. L’homme s’expose à ces produits avec la nourriture, l’eau et les poussières (microparticules) inhalées, et par contact direct avec la peau comme par exemple un savon liquide anodin ou un shampooing !

J’oubliais que ces substances artificielles variées contribuent aussi à l’apparition d’immuno-déficiences, d’asthmes et de diverses intolérances digestives ou cutanées. Vraiment un tableau peu réjouissant mais l’industrie chimique s’en moque tant qu’il y a des profits (colossaux) à réaliser et même si l’humanité toute entière s’abatardit inéluctablement. cet abâtardissement touche principalement les pays développés mais, selon le rapport, les pays en voie de développement suivent strictement le même chemin en ce qui concerne en particulier l’obésité, le diabète de type II et l’apparition de certains cancers. On estime que près de 40 % des hommes des pays dits « riches » ont un sperme appauvri et que la prévalence des fausses-couches et des malformations génito-urinaires dans ces mêmes pays riches est directement liée aux perturbateurs endocriniens omniprésents. Enfin, juste pour en rajouter une petite couche, on estime que plus d’un milliard et demi de personnes sont obèses dans le monde, principalement à cause de ces mêmes substances.

Juste ce petit tableau loin d’être exhaustif tiré de ce rapport.

Table 1.4. Examples of EDCs with low dose effects (in animals) (Vandenberg et al., 2012).

Insecticides/Fungicides Industrial/General
Chlordane Chlorothalonil Chlorpyrifos DDT Heptachlor Hexachlorobenzene Maneb

Parathion Methoxychlor Tributyltin oxide Vinclozolin

Arachlor 1221 Bisphenol A/Genistein/DES Dioxin 4-methylbenzylidene Methylparaben Nicotin Nonphenol Octyphenol Sodium Fluoride PBDEs/PCBs Perchlorate

 

Bonne douche, bon maquillage et bon appétit !

Source : http://www.who.int/ceh/publications/endocrine/en/index.html