Le XXIe siècle, l’ère post-antibiotiques !

 

Depuis près de trente ans pas un seul antibiotique novateur n’a été mis sur le marché, c’est inquiétant ! J’ai écrit plusieurs billets dans ce blog sur la quête de molécules nouvelles qui est fructueuse sur le papier dans quelques cas mais entre l’instant où une molécule nouvelle est susceptible d’être étudiée plus profondément et le jour où elle se trouve dans les hôpitaux puis dans les pharmacie du coin de la rue, il peut se passer dix à quinze ans. Les essais cliniques coûtent une petite fortune et les firmes pharmaceutiques trainent donc les pieds et ce n’est pas difficile de les comprendre car les profits sont aléatoires et lointains. Il vaut mieux s’occuper des médicaments de confort comme les statines, les anti-viraux prétendument actifs (voir le cas du Tamiflu) ou les antidiabétiques, la rente de situation est assurée mais bon, c’est une autre histoire.

Pour en revenir aux antibiotiques, on peut imaginer un monde hostile où le moindre petit bobo devient un gros abcès purulent dégénérant en infection sanguine (septicémie) sans qu’aucun antibiotique puisse venir à bout du mal. L’horreur, pire que la peste, la variole et le choléra réunis de nos ancêtres ! Ce n’est pas de la fiction à bon marché mais une éventualité que vient de décrire en détail le dernier rapport de l’OMS (voir le lien) qui ne s’encombre pas de propos elliptiques rassurants, bien au contraire. Si antibiotique signifie une drogue tuant les bactéries, les résistances répertoriées par l’OMS auprès des 129 pays membres de cette organisation fait également état de HIV résistant aux anti-rétroviraux actifs jusqu’ici ou encore la résistance du Plasmodium falciparum à l’artémisidine, l’un des rares produits récents pour combattre la malaria. De quoi trembler d’autant plus que depuis près de 25 ans, seules les anciennes familles d’antibiotiques revisitées et dites de troisième génération des fluoroquinones, des cephalosporines et des carbapenems ont été vraiment innovantes et il y a pour ces produits de nombreuses résistances déjà répertoriées à tel point que ces derniers pourraient très bien rejoindre prochainement la pénicilline au musée.

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Devant l’ampleur du problème de la multirésistance aux antibiotiques ce rapport de l’OMS, le premier du genre, ne donne aucune directive précise et pour cause, ni le corps médical ni les firmes pharmaceutiques ne savent comment contourner le fléau des AMR (Antibiotic Multi Resistance) et force est de constater que le confort qu’avait apporté l’antibiothérapie depuis près de 70 ans, en gros avec l’apparition de la streptomycine, est bel et bien terminé. Ou on s’adapte ou on meurt, ce n’est pas écrit dans ce rapport mais il faut admettre que l’usage intempestif des antibiotiques a créé cette situation catastrophique non seulement en induisant les résistances par le processus de pression de sélection au niveau des bactéries mais également en affaiblissant le système immunitaire humain qui, puisqu’antibiotiques il y a, n’est plus sollicité comme autrefois quand, confronté à une infection, il devait prendre en charge cette dernière et garder en mémoire cet apprentissage pour les autres infections du même genre à venir.

Inutile de passer en revue les divers points noirs révélés dans ce rapport mais il faut retenir que l’on n’est plus à l’abri d’une sévère infection urinaire (E. coli) pouvant dégénérer en septicémie mortelle comme c’est aussi le cas avec le staphylocoque multirésistant (S. aureus) ou d’une pneumonie (Klebsiella ou S. pneumoniae) également mortelle. J’ai mentionné dans ce blog la tuberculose et la blennorragie dont les recrudescences sont alarmantes pour les mêmes raisons.

Deux autres aspects des résistances aux antibiotiques sont explicités dans ce rapport, en médecine vétérinaire qui concerne les élevages de bœufs, porcs et poulets mais aussi l’aquaculture conduisant à la contamination des denrées alimentaires par des souches bactériennes résistantes aux antibiotiques communément utilisés dans cette industrie. Il y a enfin le cas des résistances des Candida aux fongicides couramment utilisés mais aussi à ceux dits de nouvelle génération comme les Echinocandines. L’humanité entière est donc critiquement exposée aux microorganismes, bactéries, virus, parasites et champignons car elle est entrée dans l’ère post-antibiotiques et de grandes pandémies ressemblant à celles de la peste, de la variole, ou du typhus qu’ont vécu nos ancêtres ne peuvent plus être exclues. Comme avait coutume de le dire avec une pointe d’humour Monsieur Thierry, propriétaire de la distillerie Bielle à Marie-Galante : « Mon rhum soigne toutes les maladies, mais il ne faut pas en abuser ». A votre santé !

http://apps.who.int/iris/bitstream/10665/112642/1/9789241564748_eng.pdf?ua=1

H5N1, H7N9 et maintenant H6N1

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Ce n’est pas parlant mais ces sigles sont ceux de diverses souches de virus de la grippe. Le virus H5N1 apparu en 1996 en Chine, qui a tué un peu plus de 600 personnes, essentiellement en Asie, rappelle la mauvaise gestion de la Ministre de la Santé française de l’époque qui commanda des quantités extravagantes de vaccin pour protéger la population de l’Hexagone. Comme on dit : deux précautions valent mieux qu’une selon le sacro-saint (et stupide) principe de précaution surtout quand on est responsable afin de ne pas devenir coupable, suivez mon regard …

L’hiver dernier, encore en Chine, apparut un autre virus, le H7N9, n’a pas fait beaucoup de morts, une trentaine, parce que les autorités chinoises ont immédiatement pris des mesures sévères pour restreindre les contacts directs avec les poulets vivants. Il y a néanmoins eu un cas décrit il y a quelques semaines d’une propagation du virus H7N9 directement entre humains. Le problème préoccupant est que les poulets porteurs de ce virus ne sont pas malades et si ce type de virus mutait pour une raison ou une autre, une pandémie serait alors à redouter. Novavax (Maryland) et Novartis (Suisse) ont déjà mis au point un vaccin au cas où mais pour le moment, ni l’OMS ni les autorités chinoises n’ont encore pris de décision.

A peu près au moment où les cas de grippe dues au H7N9 se réduisaient, au printemps dernier, une jeune femme souffrant de problèmes respiratoires aigus fut hospitalisée à Taiwan. On découvrit après sa guérison obtenue avec un traitement au tamiflu qu’une nouvelle souche de ce virus était responsable de sa pneumonie sévère, le type H6N1 qui ne rend pas les poulets malades mais qui n’avait jamais été décrit jusqu’alors comme transmissible à l’homme. De plus cette jeune femme n’avait jamais été en contact direct avec des poulets vivants et plusieurs membres de son entourage soufrèrent de symptômes grippaux au même moment sans complications respiratoires.

Comme l’hiver arrive et que les conditions météorologiques deviennent favorables aux épidémies de grippe, la question récurrente se pose à nouveau aux virologues dont Marion Koopmans (Pays-Bas) : « qu’est-ce qui va bien pouvoir faire évoluer ces virus vers une souche susceptible de déclencher une pandémie ». Et cette question est d’autant plus préoccupante que la souche H6N1 a subi une mutation discrète au niveau du gène codant pour l’hémagglutinine (H) la rendant plus fortement associée au récepteur humain présentant l’acide sialique alpha2-6. Les spécialistes considèrent que tous ces virus de la grippe de type A dérivent de celui de la grippe espagnole qui fit près de 20 millions de morts en Europe après la grande guerre et qu’il suffirait d’une infime modification de leur génome qui est porté par un ARN mono-brin pour faire cette fois des centaines de millions de morts. Plus alarmant encore, si les poulets sont des porteurs sains, un « passage » du virus aviaire chez le porc pourrait encore aggraver ce risque au niveau humain.

Source : Reuters, illustration Associated Press

OMS: rapport sur les perturbateurs endocriniens, ça fait plutôt peur !

L’OMS vient juste de publier (19 février 2013) le dernier rapport décennal sur les perturbateurs endocriniens et il n’y a vraiment pas de quoi se réjouir. Ces substances présentes autant dans la vie de tous les jours, que ce soit les emballages alimentaires, les jouets en plastique, les moquettes synthétiques, les peintures, les cosmétiques, les équipements électroniques et j’en passe, mais aussi dans l’alimentation, sous forme de résidus de pesticides ou d’additifs, et enfin dans certains médicaments (c’est le comble!) contribuent de manière prouvée à la baisse de fertilité des hommes, à des malformations urogénitales chez les nouveaux-nés, à l’apparition du diabète de type II et de l’obésité qui sont liés, à l’apparition de certains cancers (utérus, testicules, thyroïde, …) et pour terminer ce tour d’horizon particulièrement morbide, ces mêmes perturbateurs contribuent à l’accroissement des maladies cardiovasculaires chez les adultes et des retards mentaux chez les enfants. Il y a eu l’affaire du bis-phénol A, perturbateur endocrinien reconnu, mais l’environnement est maintenant et durablement pollué par ces molécules.

D’après ce rapport, les perturbateurs endocriniens que l’ont a reconnu comme tels ne représentent que le sommet de l’iceberg, et une recherche intense doit être décidée au niveau mondial pour identifier d’autres perturbateurs potentiels, leur origine et leurs mécanismes d’action ainsi que les synergies pouvant apparaître selon que plusieurs composés chimiques différents sont en présence. L’industrie chimique non seulement n’a procédé qu’à des études peu détaillées en ce sens mais a aussi le plus souvent tout simplement omis de réaliser de telles études qui sont coûteuses et longues. En effet, les perturbateurs endocriniens entrent dans l’environnement (rivières, étangs puis les océans) par les décharges industrielles et urbaines peu ou pas totalement contrôlées, mais aussi du lessivage des pesticides agricoles par les pluies et enfin l’incinération de déchêts. L’homme s’expose à ces produits avec la nourriture, l’eau et les poussières (microparticules) inhalées, et par contact direct avec la peau comme par exemple un savon liquide anodin ou un shampooing !

J’oubliais que ces substances artificielles variées contribuent aussi à l’apparition d’immuno-déficiences, d’asthmes et de diverses intolérances digestives ou cutanées. Vraiment un tableau peu réjouissant mais l’industrie chimique s’en moque tant qu’il y a des profits (colossaux) à réaliser et même si l’humanité toute entière s’abatardit inéluctablement. cet abâtardissement touche principalement les pays développés mais, selon le rapport, les pays en voie de développement suivent strictement le même chemin en ce qui concerne en particulier l’obésité, le diabète de type II et l’apparition de certains cancers. On estime que près de 40 % des hommes des pays dits « riches » ont un sperme appauvri et que la prévalence des fausses-couches et des malformations génito-urinaires dans ces mêmes pays riches est directement liée aux perturbateurs endocriniens omniprésents. Enfin, juste pour en rajouter une petite couche, on estime que plus d’un milliard et demi de personnes sont obèses dans le monde, principalement à cause de ces mêmes substances.

Juste ce petit tableau loin d’être exhaustif tiré de ce rapport.

Table 1.4. Examples of EDCs with low dose effects (in animals) (Vandenberg et al., 2012).

Insecticides/Fungicides Industrial/General
Chlordane Chlorothalonil Chlorpyrifos DDT Heptachlor Hexachlorobenzene Maneb

Parathion Methoxychlor Tributyltin oxide Vinclozolin

Arachlor 1221 Bisphenol A/Genistein/DES Dioxin 4-methylbenzylidene Methylparaben Nicotin Nonphenol Octyphenol Sodium Fluoride PBDEs/PCBs Perchlorate

 

Bonne douche, bon maquillage et bon appétit !

Source : http://www.who.int/ceh/publications/endocrine/en/index.html