Abeilles : encore des preuves contre les pesticides !

J’avais mentionné dans un précédent billet que les bourdons importés pour polliniser les cultures sous serres ne répondaient pas toujours aux critères sanitaires imposés par les règlements en vigueur et que compte tenu du surcoût que représentait une inspection sanitaire détaillée, celle-ci était tout simplement négligée. Tant pis pour les bourdons mais surtout tant pis pour les abeilles qui, exposées aux bourdons infectés, contractent diverses maladies dont des bactéries détruisant le tractus intestinal des ouvrières et des butineuses sans épargner la reine et mettant en danger la survie de la ruche. L’un des parasites transporté par les bourdons est le Nosema spp. apis, un parasite unicellulaire classé parmi les champignons qui affaiblit les butineuses à tel point qu’elles ne peuvent plus revenir à la ruche. On a attribué ce comportement des butineuses à l’abus de pesticides, mais on comprend ainsi que le déclin inexorable des abeilles est multifactoriel. La sensibilité des abeilles aux parasites est exacerbée par les pesticides mais jamais une étude détaillée n’avait été vraiment conduite pour le prouver sur le terrain.

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C’est ce que vient de publier une équipe de biologistes de l’Université du Maryland à College Park. L’étude a été effectuée avec des ruches placées au milieu de cultures maraîchères et fruitières variées, comprenant des amandiers, des pommiers, cassis et canneberge ainsi que des concombres, pastèques et courges. Cette étude a été réalisée dans plusieurs Etats dont la Californie, le New-Jersey, le Delaware ou encore la Pennsylvanie. D’une part l’analyse des pollens ramenés à la ruche par les butineuses a montré qu’ils contenaient tous des pesticides et parfois jusqu’à trente pesticides différents comprenant des fongicides, des insecticides et même des herbicides pour un quart des échantillons de pollens analysés. Je n’ai pas l’intention d’ennuyer mes lecteurs mais il semble intéressant de noter les diverses familles de pesticides trouvés parfois à des doses supérieures à celles dites sub-létales. Dans l’énumération qui suit, les données entre parenthèse représentent le pourcentage d’échantillons de pollen contaminés par le pesticide en question : oxadiazines (10,5), néonicotinoïdes (15,8), carbamates (31,6), cyclodiènes (52,6), formamidines (52,6), organophosphates (63,2) et pyréthroïdes (100). Ca fait carrément peur surtout quand on sait que tous ces produits aux noms évocateurs se retrouvent dans le miel avec lequel on fait des tartines au petit déjeuner pour nos enfants et petits-enfants. Sans vouloir abuser de la patience de mes lecteurs il faut tout de même mentionner que huit fongicides différents ont été détectés dont un, le chlorothalonil, à une dose quatre fois supérieure à la dose sublétale admise (LD50) et 21 insecticides différents pratiquement tous présents à des doses supérieures à la LD50 en particulier les pyréthroïdes et les néonicotinoïdes. Pire encore, dans une étude séparée pour déterminer ceux parmi les pesticides détectés dans le pollen lesquels pouvaient avoir une incidence sur l’infection des abeilles par le Nosema, 22 d’entre eux (parmi les 35 détectés) augmentaient significativement le risque d’infection et en particulier le chlorothalonil, le résidu le plus abondant trouvé dans tous les pollens étudiés et qui est pourtant un fongicide. Un autre fait marquant révélé par cette étude est la tendance des abeilles à récolter le pollen des cultures qu’elles « connaissent » comme celui des amandiers ou des pommiers et à ne récolter que le nectar des autres cultures en particulier de la canneberge, mais pas pour les concombres, les citrouilles ou les pastèques, et se contenter de récolter le pollen des fleurs sauvages se trouvant près des champs cultivés. Cette observation précieuse montre que ce ne sont pas nécessairement les pesticides répandus sur les cultures qui nuisent aux abeilles mais ces mêmes pesticides se trouvant « par erreur » sur les fleurs sauvages et transportés par le vent lors des applications par pulvérisation. On comprend dès lors la nécessité pour les agriculteurs de respecter des règles très strictes lors des applications de pesticides afin de préserver la viabilité des abeilles, comme par exemple l’absence totale de vent. Enfin, l’effet délétère des fongicides tels que le chlorothalonil ou la pyraclostrobine sur la susceptibilité des abeilles au Nosema constitue un fait nouveau. Ce genre de situation n’avait été observé qu’avec l’utilisation de pesticides dirigés contre le varroa. Les biologistes auteurs de cette étude parue dans PlosOne insistent aussi sur le fait que les divers pesticides retrouvés dans le pollen à des doses incroyablement élevées puissent agir en synergie pour finalement détruire les ruchers en peu de temps. Si les abeilles pouvaient (encore) parler, elle remercieraient chaleureusement les chimistes qui n’ont aucun état d’âme sinon de réaliser des profits … après les abeilles le déluge, ou plutôt non, la famine … 

Source: PlosOne, crédit photo: Université du Maryland