Un autre anniversaire oublié

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Il y a 200 ans, à bord du HMS Bellerophon, précisément le 7 août 1815, Napoléon perdait de vue les rivages de l’île d’Oléron pour rejoindre Sainte-Hélène. Il laissait derrière lui une France exangue, la risée de tous les pays d’Europe, des régions entières dévastées, des millions de morts … tout ce désastre pour satisfaire un rêve mégalomaniaque !

Ironie de l’histoire, le Bellerophon participa activement à la bataille de Trafalgar.

Illustration Wikipedia

Il y a deux cent ans l’explosion du Tambora

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Le 5 avril 1815, le stratovolcan Tambora explosa dans un fracas incroyable entendu à plus de 1400 km à la ronde. Cinq jours plus tard le cône volcanique qui atteignait l’altitude de 4300 mètres s’effondra dans le magma sous-jacent en créant une caldera de 50 km carrés, un peu plus de 6 kilomètres de diamètre, avec des falaises en cercle presque parfait atteignant jusqu’à 2400 mètres d’altitude pour ce qu’il en reste. Aujourd’hui le fond de la caldera n’est pas horizontal et est truffé de petits cratères et d’évents d’où s’échappent encore des fumerolles et des gaz toxiques.

L’explosion du Tambora est l’évènement volcanique historique le plus puissant jamais répertorié par l’homme, encore que … (voir infra). Le Nevado de Ruiz (Colombie, 1985, 25000 morts), le Pinatubo (Philippines, 1991, 1000 morts) et l’Eyjafjöll (Islande, 2010, aucune victime) font figure de petites allumettes en comparaison de la puissance de l’explosion du Tambora. Car il s’agit bien d’une explosion, le 15 juillet 1815 tout rentra dans l’ordre. Mais les poussières et les gaz, surtout les oxydes de soufre, furent éjectés jusqu’à 43000 mètres d’altitude et une partie resta flotter à des altitudes variant entre 10 et 30 km pendant quelques années. Ce même 15 juillet 1815 Napoléon se rendit à bord du Bellerophon de la Marine Britannique au large de Rochefort pour se rendre au Capitaine Frederick Lewis Maitland … Fêtera-t-on ce bicentenaire, on peut en douter.

Les conséquences de l’explosion du Tambora sont immenses dans tout l’hémisphère nord malgré la très faible chute des températures moyennes : environ 0,4 degrés sur l’ensemble de la planète. En réalité la température chute de 3 °C en Europe en 1816, l’ « année sans été ». Partout en Europe des records de froid et de précipitations sont battus entre juin et août. De la pluie mêlée de neige ruine les récoltes au mois de juin. Les raisins ne muriront pas, les pommes de terre pourrissent dans le sol. Des deux côtés de l’Atlantique, le continent nord-américain souffre aussi de cette vague de froid inhabituelle sans qu’on en connaisse les raisons, le prix des céréales double entrainant des émeutes violemment réprimées et une grande famine. Celle-ci tue 100000 personnes en Europe, la mortalité augmente et la natalité diminue.

Si une telle explosion arrivait demain matin, compte tenu de l’interconnexion des économies dans le monde les conséquences sont difficilement prévisibles. Les scientifiques mettent en garde les dirigeants au sujet de tels risques mais qui osera tenter de responsabiliser les populations pour des phénomènes cataclysmiques qui ne surviennent qu’une fois ou deux par millénaire ?

Puisque ce billet rappelle l’explosion du Tambora il faut aussi se remémorer celle du Kuwae du nom de l’île qui existait avant cette explosion et qui fut coupée en deux en formant l’île d’Epi et au sud-est celle de Tongoa. Ça se passait au Vanuatu fin 1452 et les conséquences sur le climat de cette explosion probablement aussi puissante que celle du Tambora furent ressenties jusqu’en Europe et en Chine pendant plusieurs années. Les carottes glaciaires tant du Groenland que de l’Antarctique ainsi que la dendrologie attestent ce cataclysme planétaire qui précipita peut-être la chute de l’Empire de Constantinople. Pour en savoir plus car il ne s’agit pas du sujet de ce billet, voici le lien : http://en.wikipedia.org/wiki/Kuwae .

Faites l’amour, pas la guerre …

Deux ministres japonais se sont rendu comme c’est la coûtume au moment de la « Golden week » au sanctuaire Yasukuni où reposent les cendres de milliers de Japonais morts pour leur pays et dont quelques criminels de guerre déclarés tels par les USA après l’armistice de 1945. Chaque fois que des officiels japonais se rendent dans ce sanctuaire pour y honorer la mémoire des morts pour la patrie il y a une levée de boucliers de par le monde et en particulier depuis la Chine et la Corée du Sud. Pourtant, quand on va visiter l’Arc de Triomphe, qui comme son nom l’indique célèbre toutes les victoires napoléoniennes, on est étonné justement de voir tous ces noms représentant autant de morts, civils ou militaires, mais aussi de femmes violées par les grognards, de maisons mises à sac et incendiées, de villages entiers détruits, de bétail décimé et d’objets de valeur volés. La guerre, c’est la guerre ! Mais après deux cent ans ou soixante dix ans, quelle différence, qui sont les criminels, les violeurs et les voleurs et qui sont les vrais soldats intègres et soucieux de leur devoir ? La guerre, ce sont des crimes reconnus et encouragés par la loi. Il en était ainsi du temps de Napoléon et également du temps de l’empereur Hiro Hito. Napoléon était un guerrier, Hiro Hito était dans son palais et laissait faire ses généraux. Quelle différence entre deux ministres qui vont au sanctuaire Yasukuni et le Président français allant déposer une gerbe le 14 juillet et raviver la flamme sur la tombe d’un soldat inconnu qui était peut-être aussi un violeur et un assassin, un soldat inconnu pour que l’armée puisse ainsi avoir bonne conscience ? L’homme est depuis la nuit des temps avide, aggressif, cupide et envieux. N’est-ce pas ce travers humain peu glorieux qu’on célèbre en France le 14 juillet et le premier jour de la Golden Week à Tokyo ?

Faites l’amour, pas la guerre, disaient les marginaux du campus de Berkeley en pleine guerre du Vietnam … mais la nature humaine n’a pas changé et on continue et continuera à guerroyer partout dans le monde.