Un bébé avec deux mamans et un papa !

Capture d’écran 2016-09-28 à 10.29.57.png

C’est après avoir eu deux enfants souffrant d’une maladie génétique grave véhiculée par l’ADN mitochondrial qu’un couple de Jordaniens a décidé de recourir à une expérimentation maintenant bien maitrisée avec des singes en laboratoire : faire appel à une mère donneuse d’ovocyte pour que l’enfant à naître soit exempt de cette maladie. Il s’agit d’une donation de mitochondries puisque ces organites sub-cellulaires fournisseurs d’énergie ne sont transmis que par la mère. L’ADN des mitochondries ne code que pour 37 gènes et si l’un d’entre eux porte une mutation, celle-ci est en général létale car elle entraine de graves troubles du métabolisme énergétique.

L’oeuf de la mère donneuse a donc été débarrassé par micromanipulation de son gamète (ou noyau) puis dans lequel a été implanté celui de la mère génétique. Le nouvel oeuf ainsi produit contenait donc des mitochondries saines provenant de cette « mère » donneuse. L’oeuf a alors été fécondé par les gamètes du père (les spermatozoïdes) et l’oeuf fécondé a été implanté dans l’utérus de la mère biologique. La grossesse s’est déroulée normalement et le corps médical a attendu quelques mois après la naissance pour être certain que l’enfant ne souffrait pas de cette mutation qui avait été transmise auparavant à deux reprises à deux de ses enfants décédés l’un à l’âge de six ans et l’autre à 8 mois. Il s’agit d’un cas relativement rare car l’incidence de la transmission d’une telle mutation est de l’ordre de 1 % malgré le fait que la mère possède pourtant près du quart de ses mitochondries porteuses de cette mutation et par conséquent défectueuses. Il s’agit du syndrome de Leigh qui atteint le système d’oxydation des mitochondries entrainant une acidose fatale à relativement court terme due à l’accumulation d’acide lactique dans le sang et le liquide céphalo-rachidien et provoquant des dommages généralisés tant musculaires que neurologiques conduisant à une mort rapide.

Les parents se sont adressé au New Hope Fertility Center de New-York et la « manipulation » mitochondriale proprement dite a été effectuée au Mexique car elle est interdite aux USA. Ce n’est pas une première mondiale car d’autres enfants sont nés de « deux » mères et d’un père mais seul un quart de ces enfants particuliers purent survivre. La manipulation effectuée à Londres fut en effet un peu différente dans la mesure où l’ovocyte de la mère biologique fut vidé de son contenu cytoplasmique qui fut remplacé par celui d’une « mère » donneuse de mitochondries. Le problème dans ce cas est qu’il reste trop de mitochondries défectueuses dans l’ovocyte ainsi manipulé. L’approche choisie par le Docteur John Zhang du New Hope Fertility Center semble donc être la mieux adaptée pour cette thérapeutique génétique d’un nouveau genre.

Source : New Scientist

Une étude de cas (clinique) terrifiante

H_nana_adultF

Ça se passe à Medellin en Colombie mais il n’y a aucune raison que ce genre de cas clinique n’apparaisse pas dans n’importe quel autre pays. Il s’agit du cas d’un malade de 41 ans qui est allé consulter le médecin car il se sentait très affaibli sans raison apparente. Des examens radiologiques ont rapidement montré qu’il souffrait de multiples tumeurs réparties dans le foie, les poumons, les glandes surrénales ou encore les ganglions lymphatiques. L’analyse microscopique révéla d’étranges associations de petites cellules peu différenciées et ce n’est qu’en procédant à une analyse de l’ADN de ces cellules que les biologistes purent montrer sans aucun doute qu’elles n’étaient pas d’origine humaine.

De la vraie science fiction !

Cette analyse d’ADN révéla qu’il s’agissait de cellules d’un petit ténia (quelques centimètres de long) très commun partout dans le monde répondant au doux nom de Hymenolepiasis nana. Pour ne se rassurer qu’à moitié le malade en question était immunodéprimé (SIDA) mais quand on sait qu’à peu près 75 millions de personnes sont porteuses de ce ténia dans le monde (source CDC), surtout des enfants, il y a de quoi être terrifié. C’est le premier cas de cancer humain pouvant être considéré comme potentiellement contagieux.

Comment un ver parasite intestinal a-t-il pu provoquer des tumeurs chez son hôte habituel ?

Capture d’écran 2015-11-05 à 18.30.04

L’analyse détaillée de l’ADN des cellules « tumorales » a montré que l’ADN du parasite avait muté de manière assez inattendue non pas par modification d’une seule base (SNP) mais par insertion de trois bases supplémentaires au niveau d’un seul site de tout l’ADN du ver (caractères gras dans la figure). S’il est impossible d’affirmer que cette mutation particulière a rendu invasives et tumorigènes les cellules du ver parasite, il n’en demeure pas moins que le résultat de cette étude de cas est particulièrement terrifiant puisqu’une telle modification diabolique d’un ADN de parasite peut apparaître n’importe où et n’importe quand !

Source et illustration : New England Journal of Medicine, DOI : 10.1056/NEJMoa1505892 , photo Wikipedia.

Note pour les curieux : Une guanine a été insérée entre les deux thymines du codons TTG de la leucine, une autre guanine a été insérée entre les première et deuxième thymines du codon TTT de la phénylalanine et une adénine a été insérée entre les première et deuxième thymine de l’autre codon TTT de phénylalanine modifiant profondément la séquence par introduction d’un aminoacide supplémentaire sans modifier la séquence subséquente mais avec introduction d’une cystéine et d’un acide aspartique.

Comment s’est-on adapté à des climats différents : grâce à des mutations mitochondriales.

Puisque le climat va changer il est intéressant de comprendre comment nos ancêtres lointains se sont adapté à de nouvelles conditions climatiques au cours de leurs migrations et des alternances de périodes glaciaires.

Chaque cellule de notre corps a besoin d’énergie et pour produire de l’énergie à partir du glucose par exemple il faut un système hautement spécialisé qui ne peut pas se trouver n’importe où dans la cellule. C’est la raison pour laquelle chaque cellule contient plusieurs petites centrales de production d’énergie, les mitochondries. De nombreuses évidences sont en faveur d’une origine bactérienne et l’une d’elle est la présence d’ADN, 6 à 8 copies en moyenne dans chaque mitochondrie, qui code pour 13 protéines essentielles dans le processus de fourniture d’énergie. Plus surprenant, le code génétique utilisé par la mitochondrie est légèrement différent de celui du noyau cellulaire. La mitochondrie produit de l’énergie sous forme d’ATP (adénosine triphosphate) et ce qu’on appelle des équivalents réducteurs nécessaires pour une multitude d’étapes métaboliques sous forme de NAD+ ou NADP+ (nicotinamide adénine dinucléotide et sa forme phosphatée). Ces deux processus se situent le long de ce qui est appelé la chaine respiratoire où se trouve d’un côté l’oxygène et de l’autre le carburant, en général du glucose. Le long de cette chaine circulent des électrons dans un sens et des ions hydrogène, protons ou H+. C’est très schématique mais ce qui a intrigué les biologistes depuis de nombreuses années est que cette « chaine respiratoire », ce système quasiment électrique, nécessite des dizaines de protéines qui sont codées par l’ADN du noyau. Il fallait donc que la mitochondrie ait inventé un moyen d’importer ces protéines synthétisées non pas dans la mitochondrie mais dans la cellule.

Ce système de transport est extrêmement complexe et il a été très récemment élucidé (voir le premier lien) et il ressemble à ça :

Capture d’écran 2015-10-04 à 12.31.07

Plusieurs centaines d’activités enzymatiques sont nécessaires à la mitochondrie pour « brûler » du glucose et fournir de l’énergie mais la mitochondrie participe à de nombreux aspects du métabolisme cellulaire et pratiquement tout est « importé » de la cellule à travers ces sortes de pores situés dans les membranes mitochondriales. Les 13 protéines codées par l’ADN mitochondrial sont produites à l’intérieur de la mitochondrie et il faut donc que la grosse machine de synthèse des protéines soit également importée de la cellule.

Mais revenons à l’ADN mitochondrial (voir le lien) schématisé ainsi :

800px-Mitochondrial_DNA_en.svg

Il n’est transmis que par la mère via les ovocytes qui contiennent plusieurs centaines de milliers de copies de cet ADN de mitochondries. Le spermatozoïde perd en effet au cours de la fertilisation de l’oeuf son unique et géante mitochondrie qui n’a servi qu’à produire de l’énergie pour actionner la flagelle pour sa migration. Cette transmission uniquement par la mère n’est pas unique à l’homme car elle se retrouve aussi chez les plantes et également les moisissures. Comme tout ADN celui de la mitochondrie est soumis à des mutations. Fort heureusement une mutation létale sur un des gènes codant pour les protéines essentielles à la production d’énergie pour la cellule ne peut pas être transmise à la descendance car l’ovocyte n’est pas viable. Dans la figure ci-dessus il est figuré une zone en bleu dite de contrôle ou « hypervariable » et c’est l’étude de l’évolution des mutations dans cette zone ainsi que celle des SNPs (Single Nucleotide polymorphisme) au sein des gènes codants qui permet d’établir une généalogie génétique remontant dans le temps et uniquement pour la mère. Si on veut faire le même type de travail pour le père il faut étudier les variations du chromosome Y ce qui est beaucoup plus complexe.

Là où les choses deviennent intéressantes après cette longue entrée en matière c’est le résultat qu’on a obtenu concernant l’adaptabilité de l’homme à des environnement différents. Les événements de SNPs font apparaître ce qu’on appelle des haplotypes sur le seul critère du polymorphisme induit par un SNP et les variants de chaque haplotype sont regroupés en haplogroupes. Comme l’ovocyte est capable d’effectuer une sélection, il est apparu au cours de l’évolution humaine des haplotypes mieux adaptés aux conditions environnementales en particulier climatiques. Il suffit en effet d’une infime variation dans la structure d’une ou plusieurs de ces 13 protéines codées par l’ADN mitochondrial pour que la mitochondrie produise de l’énergie sans trop produire de chaleur – un autre rôle majeur de la mitochondrie qu’il faut bien garder en mémoire – ou au contraire produire moins d’énergie au dépens d’une production de chaleur plus importante.

L’illustration ci-dessous montre la répartition des haplotypes mitochondriaux dans le monde (adaptée de Mitomap) :

Capture d’écran 2015-10-04 à 13.59.48

Par exemple les haplotypes Z, H ou encore J conduisent à une production de chaleur importante alors que le type M, pour ne prendre que cet exemple conduit à un haplotype pour lequel les mitochondries produisent peu de chaleur. On dit dans ce cas que le couplage entre production d’énergie et de chaleur est plus étroit, en d’autres termes le rendement est meilleur. On remarque aussi dans cette illustration qu’on a pu dater l’apparition des haplogroupes au cours des migration humaines depuis l’Afrique. Cette datation basée sur la dérive génétique au cours du temps est moins précise si on remonte plus loin dans le temps que celle obtenue avec l’ADN du noyau (voir le lien de ce blog) mais elle est très bien représentative de la chronologie des migrations depuis la dernière vague « out of Africa ».

On peut dire que l’adaptabilité de l’homme à son environnement provient de la sélection qui s’effectue dans l’ovaire avant même la fertilisation. Il s’agit d’un puissant moyen d’adaptation de l’homme. Il faut noter en conclusion que la transmission des SNPs mitochondriaux n’obéissent pas aux lois de Mandel en ce sens que seule la mère transmet ces caractères. Pour une nomenclature des haplogroupes voir le site mitomap. Je tiens à la disposition de mes lecteurs curieux les articles parus dans les journaux Cell et Science.

Note d’actualité : Quand Nadine Morano parle de race blanche, elle fait une grossière erreur : il n’y a pas de race blanche, il y a un super haplogroupe (pas nécessairement d’origine mitochondriale) qui fait que les gènes contrôlant la pigmentation de la peau sont peu exprimés ou peu fonctionnels. La notion de race humaine est un abus de langage idéologique et politique qui n’a rien à voir avec la science.

Liens :

Molecular architecture of the active mitochondrial protein gate

Takuya Shiota et al. Science 349, 1544 (2015); DOI: 10.1126/science.aac6428

www.mitomap.org/MITOMAP

http://dx.doi.org/10.1016/j.cell.2015.08.067

https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/09/18/levolution-humaine-un-long-parcours-parfois-seme-dembuches/

La reproduction sexuée : un facteur de sélection et de survie

Capture d’écran 2015-05-23 à 22.08.04

La reproduction sexuée n’est pas avantageuse car seulement la moitié des adultes, les femelles en l’occurence, est capable d’avoir une descendance. On n’a encore jamais observé de mâles capables de gestation et ils ne servent qu’à produire des spermatozoïdes en nombre incroyablement élevé … Pendant longtemps les biologistes ont considéré que ce coût était le prix à payer si le sexe permet une sélection sexuelle pour effacer la contrainte apparaissant avec les mutations génétiques. C’était en fait l’autre grande idée de Darwin expliquant, du strict point de vue de l’évolution, l’incroyable mise en œuvre par les mâles de toutes sortes de signes, odeurs, sons et parades qui en réalité sont des aides à la reproduction, au détriment parfois de la survie. La sélection sexuelle agit quand les mâles sont en compétition et que les femelles choisissent un mâle et l’existence même de deux sexes différents encourage ce processus. Au final, c’est le vainqueur qui transmettra ses gènes à la descendance et c’est donc un puissant facteur en faveur de l’évolution favorable de l’espèce.

Pratiquement tous les organismes multicellulaires se reproduisent sexuellement en dépit de ce gâchis car seules les filles sont capables de perpétuer l’espèce. Pourquoi la théorie de la sélection darwinienne qui n’est plus remise en cause aujourd’hui permet-elle une telle dépense alors que dans une population parthénogénétique comprenant uniquement des femelles, l’efficacité du processus de reproduction est infiniment plus grande. En réalité la reproduction sexuée constitue un réel bénéfice pour une population car elle améliore la santé génétique de cette population. La reproduction sexuée agit comme un filtre qui élimine les imperfections génétiques, ce qui permet aux populations de survivre sur le long terme.

Pour préciser cette idée une équipe de biologiste de l’Université d’East-Anglia dirigée par le Professeur Matt Gage a étudié pendant dix ans des petits scarabées appelés Tribolium, des animaux de laboratoires bien connus des zoologistes mais aussi l’une des pires pestes qu’on puisse trouver car il s’agit pour les larves des vers de la farine, des insectes résistants à tous les insecticides connus et également à de très fortes doses de rayons gamma, jusqu’à 1000 gray, soit 100 fois la dose immédiatement létale pour l’homme. Durant cette étude dans des conditions de laboratoire strictement contrôlées la seule différence entre les populations de Tribolium était l’intensité de la sélection sexuelle durant chaque cycle de reproduction. La force, si l’on peut dire, de la sélection sexuelle s’étalait entre une compétition intense au cours de laquelle 90 mâles étaient confrontés à seulement dix femelles ou au contraire sans aucune compétition où chaque mâle vivait en couple avec une seule femelle, ces dernières n’ayant pas d’autre choix que le seul mâle présent. Après 7 années dans ces conditions soit environ 50 générations l’étude entreprit de préciser l’état de santé génétique de ces deux populations en se basant sur la quantification du degré d’endogamie pour déterminer quelles mutations délétères résidaient cachées dans chaque population. Les populations qui avaient été préalablement exposées à une forte compétition sexuelle puis soumises à des conditions favorisant l’endogamie, un frère et une sœur formant un couple, par exemple, car n’ayant pas d’autre choix, étaient plus résistantes au déclin génétique que les populations n’ayant jamais été exposées à une compétition sexuelle. Et la différence s’est révélée considérable puisque les populations initialement exposées durant plusieurs générations à des conditions de compétition sexuelle survivaient ensuite en situation d’endogamie obligée durant 20 générations alors que les autres mourraient toutes après 10 générations.

800px-Tribolium_castaneum87-300

Ces résultats montrent que la sélection sexuelle est cruciale pour le maintien de la santé de la population et sa longévité en favorisant les variations génétiques positives tout en éliminant les mutations délétères. La compétition sexuelle favorise donc les mâles reproducteurs en bonnes conditions génétiques, chaque individu devant être attractif et performant et le résultat est une amélioration de la santé génétique de la population.

En l’absence de compétition sexuelle et tout simplement en l’absence de reproduction sexuée, les populations accumulent au cours des générations des mutations qui aboutissent inexorablement à leur extinction. La sélection que permet donc la reproduction sexuée constitue un atout majeur dans l’amélioration du statut génétique de la population étudiée. Il va de soi que ces travaux, confortés par des arguments génétiques irréfutables (le génome du Tribolium a été entièrement séquencé il y a quelques années), auraient rendu Darwin immensément satisfait car ils contribuent à la compréhension des bénéfices du brassage génétique et des effets négatifs de l’endogamie, un comportement probablement considéré comme tabou par nos lointains ancêtres qui, pourtant, ignoraient tout de la génétique.

Source : University of East Anglia Press Release, illustration Wikipedia

Trisomies et autres gènes : Entre tests de dépistage et tests de diagnostic il faudra choisir …

Capture d’écran 2015-04-05 à 21.39.36

Depuis la montée en puissance des machines d’analyse automatique d’ADN toutes les portes vers l’inconnu génétique se sont ouvertes, pour le pire mais aussi pour le meilleur. Par exemple il ne faut pas se leurrer car ces techniques d’analyse pourraient aboutir à une certaine forme d’eugénisme sophistiqué et basé non plus sur l’apparence, en d’autres termes le phénotype ou l’expression visible de nos gènes, mais sur le contenu génétique de chacun de nous. L’époque où le bel aryen blond aux yeux bleus était sélectionné pour établir un peuple pur est révolue. Les robots d’analyse de l’ADN répondent déjà, moyennant quelques milliers de dollars, à vos angoisses existentielles. Angelina Jolie a repoussé les limites du nombrilisme en se faisant enlever les deux glandes mammaires et maintenant les ovaires parce qu’elle dispose malencontreusement des deux allèles du gène BRCA1 prédisposant aux cancers du sein et des ovaires. Cette actrice fort belle par ailleurs incarne le nombrilisme, certes, mais aussi une forme d’eugénisme redoutable. Elle a ouvert une porte dangereuse et la publicité qui a entouré son choix de mutilation volontaire va certainement motiver des centaines de milliers de femmes dans le même sens, à savoir la recherche des éléments d’information génétique risqués. La boite de Pandore est donc ouverte pour le plus grand profit d’une société comme Illumina par ailleurs fabricant des robots de séquençage d’ADN et leader dans ce domaine.

C’était pour le pire des aspects de cette nouvelle technologie issue de la biologie moléculaire mais il y a aussi « le meilleur » si l’on peut dire les choses ainsi.

La détection prénatale de la trisomie 21 ou syndrome de Down (et des trisomies 13 et 18) constitue une préoccupation sociétale majeure. Il y a encore trente ans les femmes enceintes dites à risque, nullipares et ayant dépassé l’âge de 35 ans, n’étaient pas systématiquement soumises à la recherche de la trisomie car il s’agissait d’un protocole relativement lourd. L’intervention appelée amniocentèse consistait (et consiste toujours) à prélever un échantillon de liquide amniotique dans l’utérus et n’était pas anodine puisque cette opération conduisait pour une femme sur 600 à une fausse-couche. Il fallait ensuite cultiver les fibroblastes fœtaux recueillis tant bien que mal et établir un caryotype en faisant un cliché au microscope de cellules en cours de doublement (mitose). Il fallait ensuite faire un tirage photographique des chromosomes et les classer en découpant la photographie pour déterminer si tout était normal. Il fallait avoir un œil assez exercé pour effectuer ce genre de travail qui était monstrueusement coûteux mais la détection de la trisomie 21, comme des trisomies 13 et 18, beaucoup plus rares, en justifiait l’infrastructure généralement hospitalière occupant à plein temps plusieurs personnes. L’amniocentèse ne pouvait pas être pratiquée avant trois mois et demi de grossesse afin de ne pas endommager le placenta ou au pire le fœtus.

Avec le développement des techniques automatiques et rapides de séquençage de l’ADN ou de l’ARN, on s’est rendu rapidement compte que dans le sang maternel on retrouvait de l’ADN foetal qui pouvait être amplifié et séquencé. Il n’est donc pas difficile de comprendre les enjeux économiques d’une telle approche et les grands laboratoires pharmaceutiques se sont bien entendu précipité sur l’opportunité à saisir en particulier les laboratoires Roche qui expérimentent un test appelé Harmony déjà utilisé chez près de 16000 femmes enceintes présentant peu de risques de trisomie car toutes âgées de 30 ans au maximum. Le corps médical, toujours un peu réticent devant l’innovation, a conseillé aux femmes dont le test Harmony révélait une trisomie 21 de se soumettre à une amniocentèse de contrôle. Le test de Roche identifia tous les 38 cas confirmés par la suite alors que l’approche traditionnelle n’en avait révélé que 30. Pour bien comprendre ce dont il s’agit ces 16000 femmes faisaient partie à leur insu d’un essai clinique en phase 3 et avaient donc vu leur sang analysé et subi une amniocentèse. Neuf faux positifs ont été identifiés mais parmi ces 16000 femmes le test ne fut pas réalisable pour 600 d’entre elles en raison de la faible teneur en ADN foetal dans le sang maternel. S’il s’agit d’une étude supposée réalisée pour promouvoir le test Harmony de Roche et financée par ce dernier, d’autres start-up impliquées avant ce géant du diagnostic dans le dépistage des trisomies ne tolèreront pas cette attitude agressive de Roche auprès du corps médical. Car il y a de gros problèmes de protection industrielle entre la société Sequenom et Ariosa. Ariosa a été racheté par Roche mais le test mis au point par cette société, justement le test Harmony, contrefait un brevet déposé par Sequenom. La situation est douteuse dans la mesure où Sequenom a acquis les droits du brevet faisant l’objet de litiges auprès de la société Isis et ce brevet expire en 2017. Autant dire qu’il y a urgence à se positionner.

Encore une fois l’efficacité de ces tests varie selon les études, les faux positifs variant de 0,01 à 0,2 %, ce qui laisse une grande marge pour confirmer au final le test par une amniocentèse, business is business. Enfin, le corps médical ne peut pas se permettre de prendre des risques ni professionnels vis-à-vis de ses patientes ni juridiquement. S’agit-il de tests de dépistage ou de diagnostic ? La confusion n’a pas lieu d’être puisque la nuance n’apparaît plus, dans le cas de la détection des trisomies à l’aide des techniques modernes de la biologie moléculaire. Il s’agit en effet d’un dépistage rapide, précoce (moins de dix semaines après les dernières règles), non invasif et déjà remarquablement fiable. La biologie moléculaire devra rester un outil pour le corps médical qui a parfaitement raison d’évoluer lentement et prudemment, car cette technologie permettra beaucoup d’autres diagnostics (et dépistages rendus ainsi possibles) qui feront partie du quotidien dans quelques années.

Capture d’écran 2015-04-05 à 21.56.56

Source : Thomson Reuters et New England Journal of Medicine et pour les curieux en ce qui concerne les faux-positifs cet article en libre accès : http://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa1408408#t=articleTop

Et si le virus H1N1 revenait bientôt ?

H1N1_virus_particles

On se souvient qu’en 2009 la grippe porcine H1N1, qui fit 18000 morts dans le monde, une hécatombe toute relative, souleva une polémique en France quand la Ministre de la Santé, une certaine Roselyne Bachelot, commanda un plein wagon de doses de vaccin auprès de ses amis passés, puisqu’elle évolua pendant près de 8 années dans le milieu pharmaceutique, des doses qui furent finalement détruites (?) aux frais du contribuable puisque la supposée pandémie meurtrière s’évapora avant même le temps des moissons. Le conflit d’intérêt ne fut jamais évoqué lors de cet épisode qui restera tout de même gravé dans la mémoire des Français qu’on avait pris encore une fois pour des con-tribuables taillables et corvéables pour les beaux yeux et le porte-monnaie d’une politicienne dénuée de conscience, je ne dirai même pas professionnelle, mais tout simplement d’une conscience supposée en raison de sa charge de Ministre. Bref, passons pour ne pas remuer plus avant de vieux démons qui ont terni la réputation du Premier Ministre d’alors, un certain François, qui n’avait pas jugé réagir fermement. Depuis, cette haute personnalité du monde politique, passée en son temps à l’écologie, c’est tout dire, s’est reconvertie dans d’obscures émissions télévisées dites « de réalité » dont la seule utilité est d’augmenter la consommation d’antidépresseurs des téléspectateurs …

Il se trouve qu’un cousin très proche du virus H1N1 vient de faire sa réapparition, rassurez vous tout de suite, pas en France, mais en Inde. Mais où sont passés les vaccins Bachelot ? En fait les spécialistes, dont ne fit jamais partie cette Ministre, considèrent que ce nouvel H1N1 muté pourrait être encore plus virulent et contagieux que sa précédente version. En effet, deux mutations ont été identifiées sur le gène codant pour l’hémagglutinine (H) du H1N1 nouvelle mouture. Rappelons les faits remontant à 2009. Le H1N1 de l’époque concerna surtout les adolescents et les jeunes adultes, un peu comme la grippe espagnole de 1918, ce qui d’ailleurs inquiéta (outre mesure) les autorités sanitaires. Depuis 2009, le virus est considéré comme dormant mis à part quelques cas ici ou là. Mais il a eu tout le temps de muter et de copier ces mutations. Pour le moment on n’est pas trop certain que ces mutations puissent être dangereuses ni que le vaccin mis au point en 2009 soit complètement inutile. La question est donc à nouveau : où sont passées ces dizaines de millions de doses de vaccin anti H1N1 françaises ?

Il y a eu en Inde depuis la fin de l’année 2014 plus de 800 morts attribués à la grippe porcine H1N1 et dans de nombreux cas deux mutations ont été retrouvées et comparées aux quelques 4213 séquences du génome viral H1N1 répertoriées. Il se trouve, et c’est très inquiétant, qu’un certain nombre de patients décédés de cette grippe avaient déjà contracté le même virus H1N1 en 2009. Il semble donc que la souche A/India/6427/2014 présentant ces deux mutations ne soit plus reconnue par le système immunitaire de patients ayant déjà été en contact avec ce virus H1N1 ancienne version … On ne sait plus trop quoi faire pour décider de la composition 2015-2016 du prochain vaccin contre la grippe et c’est là tout le cœur du problème. En effet, pas moins de six mutations nouvelles sont apparues entre 2013 et le début de cette année 2015. Le vaccin de la Miss Bachelot, s’il n’a pas été détruit, est donc devenu inefficace puisqu’il était basé sur la souche A/California/07/2009 devenue obsolète dans les faits.

Heureusement le printemps arrive et l’épidémie de H1N1 n’est peut-être pas pour demain en Europe et en Amérique du Nord mais qu’en sera-t-il l’hiver prochain. Faudra-t-il à nouveau commander cette fois deux wagons de doses plutôt qu’un alors que la vitesse avec laquelle ce virus mute prend aussi de vitesse les laboratoires pharmaceutiques. Grave dilemme, insoluble pour le moment.

Source CellPress : DOI: http://dx.doi.org/10.1016/j.chom.2015.02.019

Les causes de l’obésité seraient génétiques. Peut-on en douter ?

Capture d’écran 2015-02-12 à 17.30.19

Il faut bien trouver une bonne raison pour justifier la véritable inondation de malbouffe dans le monde et en particulier dans les pays de l’OCDE où l’épidémie d’obésité devient carrément alarmante, en particulier aux USA, en Grande-Bretagne, en Australie et y compris en Chine. Le cas de la Chine est tout particulièrement révélateur puisque les dernières statistiques (2013) ont montré qu’il y avait maintenant plus de personnes bien nourries et ayant tendance à prendre du poids que de mal-nourris, maigres et chétifs, ce qui fut en quelque sorte la norme dans ce pays pendant de nombreuses années. La Chine, comme bien d’autres pays, a vécu ces dernières années un tournant nutritionnel conduisant à l’apparition alarmante de surpoids et d’obésité. Pour que les industriels de l’agro-alimentaire dorment la conscience tranquille rien de plus simple que d’aller chercher les causes de l’obésité dans la génétique ! La controverse sur les véritables causes de l’obésité est donc loin d’être terminée.

L’une des mesures simples de l’obésité est le BMI (body mass index) ou indice de masse corporelle qui relie la taille au poids mais c’est un peu approximatif comme l’échelle de Richter pour les tremblements de terre qui n’est pas utilisée par les ingénieurs pour évaluer les structures de génie civil et les constructions car elle n’est pas adaptée à ces applications spécifiques. L’autre mesure de l’obésité est le rapport entre le tour de taille (WC) et le tour de hanche (HIP) et c’est sur la base de ce rapport qu’une méga-étude a été réalisée à l’Université du Michigan sur pas moins de 339224 personnes en surpoids tout en prenant également en compte le BMI un indice facilement quantifiable puisqu’il suffit de se positionner sur une balance spéciale qu’on trouve maintenant dans n’importe quelle pharmacie qui tient compte également de la taille et imprime sur un bout de papier le BMI alors qu’il faut se munir d’un mètre souple, parfois un double-mètre et réaliser deux mesures sur chaque sujet. Le séquençage complet du génome de chaque personne étudiée, en tenant compte d’une multitude de paramètres (voir l’illustration et son explication ci-après tirée de l’article paru dans le dernier numéro du journal Nature (doi:10.1038/nature14177) a permis de montrer que 97 SNP étaient impliquées dans l’apparition de l’obésité. Je rappelle à mes lecteurs que le terme SNP (single nucleotide polymorphism) désigne une mutation dans l’ADN d’une seule base entrainant une modification quantifiable du métabolisme ou de tout autre trait visible chez un individu donné. L’illustration résume en grande partie les résultats de cette étude nommée GIANT à juste titre. Il s’agit d’une représentation sous formes de bulles dont le diamètre résulte de la corrélation entre les divers traits étudiés (morphismes). On voit d’emblée que BMI, HIP et WC (indice de masse corporelle, tour de hanche et tour de taille) sont parfaitement corrélés, on ne s’attendait pas au contraire.

Capture d’écran 2015-02-12 à 10.06.45

Au niveau du métabolisme, il est apparu une forte corrélation avec divers paramètres biochimiques liés au diabète de type 2 (T2D) en vert, la glycémie à jeun (FI), l’insuline à jeun liée au BMI (FladjBMI), la tolérance au glucose à 2 heures (Glu2hr) et enfin les néphropathies liées au diabète (Diab_Neph). En ce qui concerne les paramètres biochimiques des graisses, en rose, une forte corrélation entre BMI, HIP ou WC est apparue en ce qui concerne les triglycérides (TG), le cholestérol total (TC), les LDL et les HDL, rien d’étonnant non plus, comme pour la pression artérielle diastolique ou cistolique (DBP et SBP). Enfin il a été montré une forte corrélation avec l’andropause (age menarche), avec la ménopause et enfin avec les accidents cardiovasculaires et l’adinopectine. L’adiponectine est une hormone sécrétée par les tissus adipeux qui est impliquée dans la régulation du métabolisme du glucose et des acides gras. Pour résumer le rôle de cette hormone, plus elle est abondante dans le sang plus on est maigre.

Il va sans dire que n’importe quelle SNP entrainant une modification de l’un ou l’autre des paramètres biochimiques listés ici aura une incidence sur le BMI. Il suffit qu’une activité enzymatique soit modifiée par une SNP pour que le métabolisme soit modifié dans le mauvais sens. Ce qui ressort de cette étude est le fait que l’obésité est un phénomène multifactoriel, mais pas seulement car les traits indiqués dans la figure sont en réalité la conséquence de modifications fines au niveau du système nerveux central. Parmi les SNPs identifiées, certaines sont impliquées dans les fonctions synaptiques ou dans le rôle du glutamate en tant que neurotransmetteur. Enfin d’autres SNPs ont été identifiées comme modifiant la sécrétion ou l’action de l’insuline, l’homéostase énergétique et enfin la régulation de l’adipogenèse.

Tout ça est donc bien compliqué mais il reste néanmoins vrai et prouvé que l’abus de malbouffe avec ses ingrédients dangereux comme le fructose ou les acides gras partiellement hydrogénés riches en espèces « trans » fatalement produites par le processus industriel d’hydrogénation et qui ne peuvent être pris en charge par l’organisme, créent alors des désordres en tous genre, une malbouffe préjudiciable à la santé mais également un facteur déterminant dans l’apparition de l’obésité.

La génétique a bon dos et les industriels de l’agroalimentaire, forts de cet article dont on ne peut contester la valeur mais qui finalement enfonce des portes ouvertes, vont en profiter pour continuer à vendre leurs saloperies en clamant que ce n’est pas de leur faute mais de celle de la génétique sans oublier les fabricants d’agents sucrants artificiels qui sont également des fauteurs de troubles métaboliques notoires. Finalement il s’agit encore d’une vaste et très coûteuse étude qui ne servira fondamentalement à rien !

Sources : Michigan State University et Nature