Le scandale de l’insuline

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Il y a dans le monde 400 millions de personnes vivant avec un diabète insulino-dépendant. Il n’y a pas assez d’insuline disponible sur le marché et par conséquent les prix augmentent pour atteindre, par exemple aux Etats-Unis, plus de 450 dollars par mois. Devant cette situation scandaleuse du point de vue sanitaire – inutile de mentionner la situation des pays en voie de développement où les diabétiques sont condamnés à une mort prématurée – de nombreuses personnalités s’émeuvent et en particulier au sein de l’OMS, organisme qui étudie sérieusement l’autorisation de mise sur le marché d’insuline générique, celle disponible à ce jour étant contrôlée par les firmes pharmaceutiques Ely Lilly (90 % du marché mondial de l’insuline), Novo Nordisk et Sanofi.

Fixer le « juste prix » d’un médicament est un processus complexe et la protection légale des produits pharmaceutiques est également complexe. Pendant des décennies les diabétiques étaient traités par des injections d’insuline extraite de pancréas de porc ou de bœuf. Quand apparurent les techniques de recombinaison génétique il apparut que faire exprimer par une bactérie ou une levure le gène de l’insuline humaine serait une voie plus logique car avec le temps les malades développaient une réaction immunitaire modérée contre l’insuline étrangère qui devenait dès lors moins efficace pour contrôler la glycémie. Dès que les grands laboratoires furent capables de produire cette insuline « humaine recombinante » l’insuline d’origine animale disparut du marché …

Il faut dire ici que les médecins prescripteurs furent soumis à une intense pression de la part des laboratoires pharmaceutiques pour ne plus prescrire que de l’insuline recombinante. L’argument avancé était que cette insuline était plus pure, « plus humaine » et ne présentait pas les effets secondaires de l’insuline porcine. C’est sur ce dernier point que les gros laboratoires pharmaceutiques ont adossé leur propagande et leur marketing agressif : l’insuline recombinante n’est pas meilleure que l’insuline d’origine animale et elle ne présente pas plus d’effets secondaires. Et c’est sur cet argument que des brevets protègent l’insuline recombinante, non plus la technique de recombinaison elle-même qui date des années 1980, mais le procédé de production et le conditionnement avec tous les accessoires « offerts » aux malades à condition naturellement qu’ils achètent cette insuline et non plus de l’insuline d’origine animale qui pourtant est toujours disponible dans des pays comme le Canada à un prix modique.

Cette situation n’est pas seulement le fait des compagnies pharmaceutiques mais elle est en réalité encouragée par les politiciens qui ont subi un véritable lavage de cerveau par les ultra-puissants lobbyistes qui opèrent pour les laboratoires pharmaceutiques. Il faut bien que ces pauvres gens gagnent un peu d’argent puisque les médicaments contre le HIV ou la malaria sont quasiment offerts. Le diabète est une véritable poule aux œufs d’or car les malades doivent se traiter tous les jours alors qu’un antibiotique n’est prescrit que pour une courte période et très épisodiquement.

La situation devient parfois surréaliste quand on s’aperçoit que le gouvernement américain a exercé une pression directe sur l’administration du Premier Ministre indien Narendra Modi pour qu’il ne remette pas en cause la validité du brevet de procédé d’Ely Lilly qui avait été pourtant réfutée par la cour de justice spéciale de Madras, considérant qu’il n’y avait rien d’innovant dans ce nouveau brevet. Donc aux USA les habitants du Michigan continueront à aller acheter leur insuline au Canada et en Europe ce sont les contribuables, finançant les systèmes de santé étatiques, qui enrichiront les grandes multinationales de la pharmacie. On vit dans le meilleur des mondes possibles.

Inspiré d’un article de Faisal Chaudhry paru sur le site The Conversation, illustration tirée d’un article de npr.org et dans le domaine public.

Quand les multinationales se font les chantres de l’écologie

En 2019 comme jamais auparavant, les grandes entreprises internationales ont garanti qu’elles allaient changer, afin de mieux préserver l’environnement. Mais la vérité des chiffres alimente le doute. À côté des gouvernements, elles sont sur le banc des accusés. A la COP25 à Madrid, comme à chaque grande conférence climatique, les grévistes du climat et les ONG s’en prennent aux multinationales. À celles qui polluent. À celles qui ne changent pas. Et à celles qui, en plus, s’immiscent dans les discussions sur la transition écologique.

Pourtant, à chaque occasion, et cette année avec une intensité encore jamais observée, les plus grandes entreprises de la planète ont pris des engagements, volontaires, collectifs et, nous disent-elles, décisifs.

EasyJet qui compense l’entier du CO2 émis par ses centaines d’avions. Les géants de l’énergie Eni et Repsol qui visent la neutralité carbone. Total qui investit 400 millions de dollars dans la recherche de technologies propres. Glencore qui prend (un peu) ses distances avec le charbon. Nestlé ou Coca-Cola qui s’engagent pour la réduction de la pollution plastique… La liste serait sans fin. Ce ne sont là que quelques exemples, parmi les centaines d’annonces formulées ces derniers mois.

Des patrons militants

Mais désormais, les multinationales ne se contentent pas de promettre d’adapter leur modèle. Leurs patrons se transforment aussi, en quelques occasions, en militants écologistes. En témoigne cette lettre ouverte, publiée à l’ouverture de la COP25 début décembre. Signée par une centaine de dirigeants (Google, Nestlé, ABB, Aon, Tata, Citigroup, Apple et bien d’autres), elle presse les Etats-Unis de respecter les engagements pris lors de l’Accord de Paris. «Rester dans cet accord va renforcer notre compétitivité […] et mener à la création de nouveaux emplois, écrivent-ils. En devenant un objectif à long terme, cet accord est aussi un encouragement aux investissements. Il soutient les innovations qui visent à réduire les émissions».

Des paroles. Et les actes? Démêler le vrai du greenwashing, là est désormais toute la difficulté. «La question n’est pas de savoir si la transition a commencé, mais à quel rythme elle a lieu», intervient Dominic Waughray. Responsable des initiatives environnementales au sein du World Economic Forum (WEF), il répond dans la foulée: «Pas assez vite».

« On s’attaque toujours aux mêmes noms. Pourtant, certaines entreprises ont vingt ans d’avance sur les gouvernements » selon Suren Erkman, Professeur à l’UNIL, Université de Lausanne.

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Il faut dire que les chiffres à disposition alimentent le doute sur la réelle volonté de changement des multinationales. D’abord, depuis 2015 et un Accord de Paris censé être historique pour parvenir à limiter la hausse de la température à +1,5 degré, les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 4% autour du globe. Deuxième exemple: la production de plastique. En 2017, elle a progressé de 4% elle aussi, mais en seulement un an.

Autre bilan mitigé, apparu, cette fois, dans une étude conjointe du WEF et du Boston Consulting Group : sur les millions d’entreprises en activité, elles ne sont que 7000 à communiquer sur leurs émissions de CO2. Et un quart seulement de ces 7000 exceptions s’est fixé des objectifs de réduction. Et seul un huitième s’y attelle effectivement année après année.

Des classements pour dénoncer

Mais cette liste de désillusions ne se limite pas aux statistiques. Il y a par exemple ce mémo interne de l’association patronale Business Europe, daté de septembre 2018. Dans ce courrier d’une page, qui n’était pas destiné à être rendu public, on rappelle aux lobbyistes de Bruxelles les bases stratégiques de la communication sur l’écologie: «Réagir positivement à toute déclaration politique tant qu’elle n’est pas suivie d’une loi.» Ou encore: utiliser «les arguments habituels» qui consistent à affirmer que l’UE seule ne peut pas réduire les émissions globales et que de nouvelles contraintes sont inutiles si le reste du monde ne s’y met pas.

En face, les contre-attaques se multiplient. L’année 2019 aura aussi été celle des classements de pollueurs. En octobre par exemple, l’organisation Break Free From Plastic a dressé la liste des plus grands producteurs de déchets plastiques. Avec une méthodologie aussi originale que symbolique puisque son classement est le résultat d’une grande journée de collecte organisée dans 50 pays. Le podium? Coca-Cola, avec 11 732 déchets recensés, arrive loin devant Nestlé (4846) et Pepsico (3362).

«On s’attaque toujours aux mêmes noms, observe Suren Erkman, professeur d’écologie industrielle à l’Université de Lausanne. Pourtant, certaines entreprises ont vingt ans d’avance sur les gouvernements. De grandes marques occidentales en font par ailleurs beaucoup plus que certains groupes asiatiques très polluants, qui sont parfois des entreprises publiques et qui subissent beaucoup moins de pression pour réduire leur impact sur l’environnement.»

Ainsi, le Climate Accountability Institute place Saudi Aramco, Gazprom, Petrochina ou Coal India aux côtés des bien connus Exxon, Chevron et Royal Dutch Shell, dans son classement des vingt plus grands pollueurs. Ils ont émis, à eux seuls, 35% du total des émissions de CO2 au cours de ces cinquante dernières années.

La caution Mark Carney

Doit-on pour autant se décourager? «Le changement est en cours, croyez-moi!» Si Dominic Waughray est confiant, c’est parce qu’il observe que les rouages de l’économie – le système politico-financier – sont en train de changer. Et il ne parle pas des fonds de placement estampillés verts qui se constituent par opportunisme. Mais des grandes institutions officielles. Il prend l’exemple de la nomination récente de Mark Carney au poste d’envoyé spécial des Nations unies pour le climat. L’ancien banquier central canadien «est quelqu’un de très respecté et de très écouté, c’est un signal important», se félicite Dominic Waughray. L’ONU donc, mais aussi le FMI, les banques centrales, les grands investisseurs, les caisses de pension… Toutes ces entités vont tôt ou tard imprimer le rythme du changement.

Même les agences de notation s’y mettent. Moody’s a par exemple lancé cet automne le CTA, pour Carbon Transition Assessments. C’est un système de notes allant de 1 à 10 et qui permet d’évaluer le risque couru par une entreprise dans la transition en cours. Début novembre, Tesla s’est publiquement félicitée d’avoir obtenu un 1, la meilleure notation qui soit. C’est en quelque sorte une reconnaissance pour avoir contribué à faire de la voiture électrique un véhicule désirable. Désormais, un peu grâce à Tesla, tout constructeur digne de ce nom doit proposer de l’électrique dans sa gamme de produits.

« Il faut des leaders de ce mouvement. Si 20% de chaque secteur avance vers une économie zéro carbone, le reste va devoir suivre » selon Dominic Waughray, WEF

«Il faut des leaders de ce mouvement, reprend Dominic Waughray. C’est ce genre d’entreprises qui doivent être soutenues dans leur démarche. Si 20% de chaque secteur avance vers une économie zéro carbone, le reste va devoir suivre». Dans un autre domaine, il évoque Danone ou Ikea, deux entreprises très visibles et exposées, parce que directement confrontées au grand public.

La société civile et les groupes de pression, justement, sont-ils trop pressés? «Certaines activités sont hautement stratégiques et ne peuvent pas être abandonnées abruptement« , répond Suren Erkman. Total ne peut pas délaisser le fossile du jour au lendemain. « Ce serait se faire harakiri. En revanche, ils peuvent rapidement améliorer leurs procédés actuels, par exemple par la capture, le stockage ou la réutilisation du CO2». Il ajoute: «Les chaînes d’approvisionnement mondialisées sont extrêmement complexes. Il faut du temps pour les adapter».

Mais « celles qui ne commencent que maintenant sont clairement responsables d’avoir trop attendu « , ajoute Pierrette Rey, porte-parole de WWF Suisse. « Plus on attend, plus les mesures à prendre seront douloureuses». Pour autant, son organisation n’est pas toujours, comme on pourrait le supposer, dans la confrontation. «Cela dépend des entreprises, mais nous estimons qu’il est souvent plus efficace d’engager le dialogue et de nouer des partenariats». En Suisse, l’ONG a mis en place des programmes avec une dizaine d’entreprises, dont Coop, Migros, Emmi, Swisscom ou encore le groupe de restauration SV Group. «Nous conservons, précise Pierrette Rey, le droit absolu de critiquer publiquement le non-respect des engagements qui auraient été pris».

Des menaces sonnantes et trébuchantes

Mais la dénonciation ne suffit plus. L’environnement n’est plus un thème alternatif ou un moyen de préserver sa réputation. C’est devenu un enjeu économique et financier. Il y a même un chiffre pour cela : le coût des risques climatiques est estimé à 1000 milliards de dollars. Dépréciations d’actifs, assurances climatiques, tarification des émissions de CO2, mais aussi, plus directement, élévation des températures, dégâts sur des installations, sécheresses, inondations… La liste des menaces sonnantes et trébuchantes est désormais suffisamment longue pour convaincre les grandes entreprises de l’urgence de changer.

Le groupe suisse ABB, spécialiste de l’automatisation industrielle, est en bonne position pour observer la transition qui s’opère. «Presque 60% de notre chiffre d’affaires est lié à des équipements qui visent directement à réduire les effets sur l’environnement, par exemple pour améliorer l’efficacité énergétique de nos clients», commence par chiffrer Michael Cooke, responsable de la durabilité au sein du groupe. Pour ABB, l’écologie, ou plus précisément les économies d’énergie, c’est un argument de vente. «Nous convainquons nos clients que changer de modèle, réaliser des analyses de performance et mettre en place des processus de fabrication plus efficients, c’est économiquement intéressant. Et ça l’est encore davantage si l’on va plus vite que la réglementation», poursuit Michael Cooke.

«Nous pourrions en faire davantage, il faudrait aller plus vite, conclut-il. Tout le monde n’est pas prêt à entendre que la transition est vraiment lancée. Mais personne ne peut plus s’en cacher !»

Article paru dans le quotidien en ligne Le Temps (Genève).

Commentaire. On voit, dans ce plaidoyer pour une action concertée et volontariste pour préserver le climat, la patte de Davos. Le graphique en est une illustration puisqu’il a été publié par le World Economic Forum. La Suisse, avec son système bancaire encore très opaque contrairement à ce que les démocraties européennes croient, veut apparaître comme le bon élève qui donnera l’exemple aux autres pays de l’UE. La ville de Genève accueille diverses organisations onusiennes dont l’IPCC, la Suisse est donc à la première place pour être un acteur important de ce projet mondialiste consistant à rançonner le manant sous prétexte qu’il faut sauver le climat et au passage toutes les entreprises multinationales réaliseront de confortables bénéfices. Cet article est un très bel exemple de propagande que j’ai tenu à inclure dans mon blog, sans en avoir demandé l’autorisation à la direction du Temps, étant entendu que mon blog est gratuit et qu’en aucun cas je n’enfreins les règles admises par le milieu journalistique.

 

Chronique cinématographique : « Mille Milliards de Dollars » ou l’actualité qui brûle les doigts …

Dans mes quelques 3500 films téléchargés illégalement soigneusement archivés sur des disques durs et dupliqués pour ne pas voir cette sorte de patrimoine disparaître et ainsi pouvoir le transmettre à mes petits-enfants, c’est d’ailleurs à peu près tout ce que je possède d’intéressant, j’ai regardé il y a quelques jours un film au cours duquel se distingue avec une excellence jamais égalée dans le genre émotionnel, et je dirai presque attachant, un certain Patrick Dewaere disparu beaucoup trop tôt comme Mozart ou Schubert. Un immense acteur qui joua avec un brio fantastique le rôle d’un journaliste, un vrai, d’investigation dans cette histoire invraisemblable et pourtant réelle dans la vie de tous les jours, la main-mise des grandes multinationales sur le monde entier. Je veux parler du film « Mille milliards de dollars » sur un scénario d’Henry Verneuil également producteur et réalisateur qui date de 1982. L’histoire décrit la montée en puissance des grandes multinationales dans un monde mondialisé qui contournent toutes les règles locales sans état d’âme pour s’implanter où elles ont décidé de le faire en dépit des réticences de certains individus. Ces derniers ne comprennent finalement qu’à leur dépens et au risque de leur vie ce qu’est le véritable objectif de ces entreprises, la plupart américaines : tout simplement dominer le monde. Et tous les moyens sont bons pour atteindre cet objectif. Ce qui était dépeint dans ce film qui date pourtant de 35 ans est toujours d’actualité … et d’une actualité brûlante. Il y est fait mention de l’implication des grands groupes industriels américains qui ont réalisé des profits monstrueux durant la deuxième guerre mondiale en fournissant des armes à l’Allemagne nazie puis aux alliés voyant que la situation évoluait en leur faveur. Ces entreprises insaisissables qui ne paient pas d’impôts et donc ne participent pas au bien commun et dirigent les grands pays de ce monde occidental à grands coups de pots-de-vin généreusement versés aux politiciens ne respectent absolument aucun principe moral, seul le profit et les dividendes versés aux actionnaires les préoccupent : toujours plus de profits, peu importe pour le reste. Dewaere arrive à décrypter le côté sombre de ces pieuvres anonymes qui corrompent et n’hésitent pas en cas d’urgence à assassiner froidement un candidat réfractaire à leurs visées hégémoniques.

Il ne s’agit que d’un film et pourtant les agissements de ces firmes, je le répète pour la plupart américaines, sont plutôt troublants. Il me revint en mémoire après avoir revu ce film trois évènements économiques récents qui concernent des entreprises américaines et révèlent au grand jour ce que ce film mettait en évidence. D’abord le rachat par General Electric de la division énergie d’Alstom en France. Ça tombait bien, GE est un fabricant de moteurs d’avions et de turbines et cette division d’Alstom battait de l’aile pour ne pas dire était en difficulté. Aujourd’hui GE se trouve être une entreprise virtuellement en faillite et elle liquide des départements pourtant rentables à des prix cassés comme l’imagerie médicale pour ne citer qu’un exemple. C’est exactement le scénario du film de Verneuil : seuls les profits en direction des actionnaires sont importants quitte à balayer d’un revers de la main des milliers d’emplois. Le deuxième exemple tout aussi illustratif est le rachat de Westinghouse par Toshiba Nuclear il y a une dizaine d’années. Il n’a pas fallu beaucoup de temps pour que la supercherie de la transaction soit dévoilée. C’était un marché de dupes et les Japonais commencent à comprendre leurs erreurs : Toshiba doit se défaire d’un des fleurons de son groupe leader mondial dans le domaine, les cartes mémoire, qui ont été bradées à un fond d’investissement américain pour redorer sa trésorerie … N’y aurait-il pas dans tout ça un coup monté ?

Enfin et cerise sur le gâteau l’accord commercial CETA, supposé ne concerner « que » le Canada et l’Union Européenne. Les politiciens européens sont-ils tous vendus aux multinationales américaines pour avoir accepté un tel accord scélérat ? Probablement que oui. Cet accord stipule en effet qu’en cas de litige économique entre une entreprise canadienne et un pays de l’Union ce litige sera réglé par un tribunal arbitral spécial et mis en place par et pour ces multinationales qui échappe à la juridiction nationale du pays concerné. En d’autres termes toutes les multinationales américaines ayant pignon sur rue au Canada, et il y en a des centaines, pourront poursuivre n’importe quel état européen si ce dernier entrave leurs vues économiques hégémoniques.

À l’époque où ce film a été réalisé il était question d’une centaine de firmes qui contrôlaient une infime partie de l’économie mondiale, peut-être à peine 10 %, aujourd’hui ce sont 50 grandes firmes qui contrôlent 70 % de l’économie mondiale et elles sont toutes ou presque américaines. Seuls échappent, du moins partiellement et pour le moment, à cette main-mise mercantile soigneusement organisée depuis la fin de la deuxième guerre mondiale par les USA avec la mise en place du dollar comme monnaie généralisée pour les échanges commerciaux mondiaux, la Chine – sa montée en puissance économique n’était pas vraiment prévue – et la Russie, l’ennemi traditionnel des USA depuis la Guerre Froide.

C’est la raison pour laquelle les grandes multinationales américaines cherchent à faire plier la Maison-Blanche pour que le pays adopte des mesures coercitives à l’encontre de ces « rebelles au système » et y compris à leurs alliés, le Vénézuela ou encore l’Iran pour ne citer que deux d’entre eux. En Allemagne, en Italie, en France comme en Espagne et également au Japon et en Corée les cartes ont déjà été étalées sur la table et les jeux sont faits comme on dirait au casino de la grande finance apatride.

Enfin il faut rappeler ici que ce sont les USA avec leur armée qui contrôlent le Web ainsi que le système GPS, deux entités dont personne dans le monde ne peut plus se passer au quotidien. Il faut rappeler également la main-mise absolue sur les réseaux sociaux et une grande partie du Web parfaitement organisée avec le concours des agences de renseignement américaines par Alphabet (Google, Chrome, Google Street map, Google Earth, Google cloud, etc …), Facebook, Twitter et quelques autres firmes californiennes. En somme, avec le dollar US utilisé comme monnaie d’échange internationale, le monde entier est insidieusement contrôlé par les USA et ses multinationales et malheur aux récalcitrants. Et pendant ce temps-là certains politiciens incriminent la « mondialisation », source de tous les maux de certains pays européens : de qui se moquent-ils ?

Revoyez ce film de Verneuil, un pur délice …

Illustration : IMDB