Le CO2 et les moustiques : une fantastique coopération !

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Il y a maintenant 20 ans que Dame nature, que d’aucuns voudraient protéger quoiqu’il en coûte, m’a gratifié de la malaria, une saloperie d’un Plasmodium vivax qui a élu domicile dans mon foie et me détruit la santé périodiquement. Et chaque fois qu’une publication scientifique paraît au sujet de la malaria je me précipite pour la lire en détail.

L’article paru dans le dernier numéro du périodique Current Biology détaille comment les moustiques femelles qui ont besoin de sang pour la maturation de leurs oeufs détectent leur proie. C’est tout simplement machiavélique ! Ces sales bêtes, femelles qui plus est (je ne suis pas sexiste mais tout de même), qualifiées d’anthropophiles possèdent toute une série de récepteurs pour géolocaliser leur proie à coup sûr.

Contrairement à ce que pensent les béotiens qui n’ont jamais vécu dans les pays tropicaux, je ne leur en veux pas, ce n’est pas la lumière qui attire les moustiques, c’est plutôt le contraire car la lumière a tendance à « éblouir » les moustiques qui deviennent incapables de localiser leur proie à l’aide de leurs détecteurs infra-rouge. Ici, je ne parle pas des moustiques du genre tigre qui transmettent la dengue qui piquent à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, une autre saloperie que j’ai attrapé aux îles Marquises, mais des Anophèles qui transmettent spécifiquement la malaria.

 

Les Anophèles comme les Aedes sont attirés, outre par les infra-rouges, par le CO2 (encore lui !), l’odeur corporelle, la vapeur d’eau que l’on exhale comme le CO2 en respirant et la détection visuelle directe comme par exemple au crépuscule. L’article cité en référence fait état de l’identification détaillée des divers récepteurs du CO2 et des odeurs corporelles permettant aux moustiques de se diriger vers leur proie. Ces récepteurs se trouvent localisés presque exclusivement dans les antennes de ces sales bêtes. À l’aide de l’outil de biologie moléculaire CRISPR-case9 les biologistes de l’Université Internationale de Floride à Miami ont pu identifié le mécanisme extraordinairement sophistiqué dont disposent ces immondes insectes que les écologistes, qui n’ont jamais été vaincus par des crises de malaria, refusent qu’un quelconque insecticide ne menace leur vie paisible.

Notre odeur corporelle est le résultat de la présence d’une série de substances volatiles excrétées par les glandes sudoripares et nous pourrons nous tartiner de déodorants et d’huiles essentielles, ce sera totalement inefficaces pour repousser les moustiques parce que ces derniers possèdent des récepteurs que n’importe lequel des parfums ne pourra pas leurrer, à l’exception notoire du diéthyl-toluamide (DEET), le seul produit efficace qui repousse les moustiques à condition qu’il soit utilisé dans une formulation concentrée. Il semblerait que les moustiques « n’aiment pas » cette odeur.

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Dans la sueur, source de notre odeur, il y a au moins 12 composés volatiles, du moins les plus abondants et qui ont été testés en laboratoire. Il s’agit du 1-octènol, de la géranylacétone, de la sulcatone, de l’octanal, du nonalal et du dodécanal, des cétones très volatiles aux odeurs caractéristiques et bien connues des chimistes. Il y a aussi le linaool, le limonène et le 2-éthylhexanol et pour compléter cette liste à la Prévert une série d’acides que l’on trouve notamment dans les fromages comme l’acide lactique et les acides butyrique, heptanoïque, octanoïque et nonanoïque qui participent avantageusement aux fumets inoubliables d’un Epoisses, d’un Comté de deux ans d’âge ou d’un Rocamadour bien coulant.

Toutes ce molécules volatiles sont détectées par le moustique à l’aide de récepteurs très spécialisés. Ce qui est incroyable dans ce mécanisme est que cette détection est amplifiée par la présence de gaz carbonique que nous exhalons en respirant à une concentration de l’ordre de 2000 ppm à la sortie de nos poumons. Entre parenthèses et cela n’a rien à voir avec les moustiques, quand certains climato-réchauffistes prétendent que le CO2 est toxique, ce même CO2 sert de signal pour les moustiques et pour leur survie ! La sophistication des détecteurs du moustique ne s’arrête pas là. La détection infra-rouge indique au moustique qu’il s’agit bien d’un animal – nous, humains – à sang chaud et qu’il est approprié de lui pomper son sang.

Le moustique est donc équipé d’un système extraordinairement sophistiqué pour choisir sa proie : il faut que la température du corps de cette proie avoisine les 37 degrés, qu’il répande du CO2 en respirant, et qu’il dégage les composés chimiques mentionnés ci-dessus. Imparable !

Source et illustrations : Current Biology, doi : 10.1016/j.cub.2019.02.045

Les moustiques bientôt de retour

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Dans 25 jours ce sera officiellement le printemps avec le retour des moustiques. Depuis l’évènement Zika de nombreuses études ont été réalisées pour savoir comment se protéger efficacement des moustiques et c’est ce à quoi s’est consacré une équipe de zoologistes de l’Université du Nouveau-Mexique à Las Cruces en s’intéressant plus particulièrement au moustique Aedes egypti, vecteur d’une panoplie de virus : zika, chikungunya, fièvre jaune et dengue. Tous les moyens disponible sur le marché pour repousser les moustiques ont été passés en revue en utilisant une sorte de tunnel où se trouvait un volontaire assis à près de 3 mètres d’un système de cages dans lesquelles se trouvaient entre 50 et 125 moustiques femelles prêtes à tout pour s’offrir un repas de sang.

Un courant d’air (3 mètres par seconde) produit par un ventilateur était alors établi et la cage à moustiques ouvertes. Après 15 minutes cette cage était fermée et l’expérimentateur procédait au comptage des moustiques ayant échappé de la cage et atteint le volontaire. Comme pour toute expérience de ce type il fallait un contrôle positif et un contrôle négatif. Dans le premier cas il s’agissait d’un sujet qui ne s’était pas lavé la peau depuis au moins 8 heures et dans le deuxième cas l’expérience était conduite sans sujet dans le tunnel.

Il s’est avéré que seul un produit répulsif contenant au moins 30 % d’huiles essentielles de citronnelle et d’eucalyptus ou 98 % de diethyl-toluamide (DEET) étaient à plus de 85 % efficaces à un mètre de distance de la cage à moustiques. Tous les autres produits, bougies, bracelets, crèmes, sprays, ultra-sons et contenant divers produits supposés repousser les moustiques se sont révélés pratiquement inefficaces. Un essai avec des vêtements légers a établi que la perméthrine était efficace pour se prémunir des piqûres. Il existe des crèmes et des pulvérisateurs contenant cet insecticide, utilisé en particulier pour venir à bout des poux et des sarcoptes (acariens de la gale). Ils sont très efficaces contre les moustiques sans toutefois les repousser car le moustique, au contact de cet insecticide, n’a pas d’autre choix que de mourir instantanément !

Attention donc, à la venue du printemps, aux publicités mensongères diverses et variées. Les bougies à la citronnelle sont totalement inefficaces ainsi que les bracelets supposés repousser les moustiques. Seuls les préparations concentrées d’huiles essentielles de citron et d’eucalyptus ou de DEET sont vraiment efficaces …

Source : Journal of Insect Science, doi : 10.1093.jisesa/iew117

Virus Zika : les écolos sont contre la lutte biologique …

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On le savait déjà les mouvements écologistes sont contre le nucléaire, contre les OGMs, contre les pesticides, contre la pêche à la baleine, contre les vaccins, contre le CO2, contre les HFCs, contre le génie génétique, contre les plantations de palmiers à huile, contre le fuel lourd dts-5 %, contre les antennes téléphoniques, contre les lignes électriques haute-tension, contre les éoliennes près de leur maison … et j’en oublie, et maintenant ils sont opposés à la lutte biologique contre les moustiques. Les moustiques génétiquement modifiés pour exprimer un anticorps dans leur salive qui détruit les larves du plasmodium responsable de la malaria, les écolos ne veulent pas en entendre parler comme ils furent opposés au DDT : laissons les pauvres mourir naturellement (surtout les « blacks » d’Afrique) c’est meilleur pour Gaïa !

Une autre alternative pour lutter contre les maladies véhiculées par les moustiques, dengue, malaria, Zika, Chikungunya et bien d’autres fièvres virales, est d’introduire des poissons mangeurs de larves de moustiques comme les guppys dont une espèce particulièrement prolifique, le Poecilia reticulata, est très friande de ces larves. Des essais couronnés de succès ont eu lieu depuis des années dans 69 pays dont la Caraïbe (Puerto-Rico ou encore Tobago) et au Pakistan, par exemple. Pour les écolos il s’agit d’une espèce invasive qu’il faut interdire car non seulement elle déséquilibre la faune naturelle mais l’urine de ces poissons enrichit l’eau en nitrates et c’est mauvais pour l’environnement (sic) et donc pour l’harmonie de Gaïa.

C’est un pamphlet rédigé par des universitaires franchement écolos de l’Université Victoria au Canada qui l’affirme : il faut laisser mourir les gens (malaria) et laisser naître des enfants avec des malformations (Zika) plutôt que de déséquilibrer le milieu naturel avec des guppys qui n’ont rien à y faire. Cet article paru dans Biology Letters en accès libre (voir le doi) est tout simplement abject ! Quand je pense qu’il y a des millions de gens y compris des décideurs et des politiciens qui sympathisent avec ces assassins emmenés entre autres par des organisations supranationales criminelles comme Greenpeace ou le WWF* je suis proprement dégouté et à la limite de la nausée. Où va le monde avec ces fous furieux malthusiens infiltrés dans toutes les sphères de la société ?

Source : http://dx.doi.org/10.1098/rsbl.2016.0590

* Note : Le WWF pourchasse les Bakas (Pygmées) dans les parcs nationaux de la forêt humide camerounaise sous prétexte que ces chasseurs-cueilleurs nomades vivant dans cette forêt depuis des milliers d’années déciment la faune. Ils sont abattus comme de vulgaires braconniers par des gardes financés par cette organisation criminelle alors que cette peuplade unique au monde lutte pour sa survie. C’est aussi ça le WWF, qu’on ne se méprenne pas au sujet de ses objectifs clairement génocidaires, une organisation qui, pourtant, ose rançonner le chaland dans la rue sans mentionner ses actions criminelles ! Ce qui paraît de mon point de vue (que je ne partage qu’avec moi-même comme aurait dit Desproges) incroyable est que les pandas ont plus d’importance pour le WWF que les Pygmées …

Quand la peur climatique devient virale, c’est pire !

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On l’attendait, on l’a préparée, elle est enfin arrivée, l’occasion de continuer à répandre la peur climatique sur toute la surface du globe : c’est le virus Zika, le bienvenu ! Oui, parce que le réchauffement climatique va aider le virus à se répandre presque partout, euh, … non, pas exactement le virus mais le vilain moustique qui lui sert de vecteur. Il y avait récemment le virus Ebola qui n’a pas tué plus de personnes dans les pays concernés que l’équivalent en décès de deux semaines de malaria dans le monde, belle ironie des statistiques de l’OMS. Pas de chance, le virus Ebola ne concerne que des pays pauvres au climat équatorial humide et celui-ci ne changera pas, il est déjà très chaud. Quant au nouveau venu, pas si nouveau que ça puisqu’on l’a différencié de celui de la dengue dont il est un très proche cousin dans les années 1950, il semblerait qu’il menace le monde entier parce que le climat se réchauffe et favorisera donc une pandémie contre laquelle il n’existe aucune arme de destruction massive, comprenez, contre ce virus.

C’est terrible ! Il paraît que ce virus provoque de sévères malformations foetales, comme celui de la rubéole. Il est véhiculé par le terrible Aedes egypti, un moustique opportuniste qui, pire encore, se complait dans les agglomérations urbaines. À propos de ces microcéphalies répertoriées notamment au Vénézuela et quelques autres pays d’Amérique du Sud, dont le Brésil, aucune relation de cause à effet n’a encore pu être établie avec certitude entre cette observation et le virus Zika (ZIKV). Ce que l’on sait pour le moment est que pour une seule Brésilienne ayant souffert d’une fausse-couche on a retrouvé le virus dans le placenta et c’est le seul élément dont on dispose.

Ce que l’on sait aussi depuis quelques jours seulement est la transmission par voie sexuelle du virus via le sperme d’un homme souffrant de cette fièvre confirmée par le CDC. Naturellement ce fait nouveau va raviver la panique qui avait accompagné l’explosion des cas de HIV à la fin des années 70. Toujours est-il que c’est maintenant l’affolement général, il va falloir revoir les lois relatives à l’avortement dans tous les pays très chrétiens d’Amérique Centrale et du Sud car toutes les femmes enceintes risquent de mettre au monde un enfant malformé. À coup sûr le pape va s’en mêler d’autant plus qu’il a aussi osé s’introduire dans le débat sur le climat. Le ZIKV est devenu une plaie pour l’humanité toute entière … en raison du réchauffement du climat inéluctable puisque l’abondance de pétrole à bas prix va précipiter ce désastre sanitaire planétaire.

Pour en rajouter afin d’alimenter la panique, les virus dit chikungunya (CHIKV) et de la dengue font aussi partie des accusés climatiques, les pauvres … Comme la fièvre jaune et quel autre virus encore ? C’est fou comme la crise climatique contre laquelle nous combattons tous les jours et bientôt contraints et forcés par des lois et des taxes en tous genres peut avoir de conséquences inattendues. Oubliée la fonte de la banquise, oubliés les glaciers qui régressent et se désagrègent en provoquant d’irréversibles modifications des courants marins, oubliés les ours blancs et les renards des neiges, ce sont maintenant les virus véhiculés par de vilains moustiques envahissants à la faveur de ce réchauffement qui sont incriminés car ils sont la conséquence directe de nos mauvaises habitudes de vie foncièrement mauvaises pour le climat mais malheureusement très favorables à l’Aedes egypti, la énième plaie d’Egypte et pas seulement de l’Egypte, une vengeance des dieux. C’est terrible … Il faut donc vite se mobiliser contre le changement climatique, il en va de la santé de l’humanité toute entière.

En dehors de la réduction des émissions de carbone dans l’atmosphère, si tant est que ce carbone puisse avoir un effet sur l’évolution du climat, quelle parade immédiate peut être envisagée à peu de frais ? Exterminer à l’échelle planétaire tous les moustiques !

S’il n’y avait pas eu le livre de propagande écologique dévastatrice et criminelle de Rachel Carson « Le Printemps Silencieux » on n’en serait probablement pas dans la situation actuelle non pas seulement pour le Zika mais également pour la malaria, la dengue et bien d’autres maladies virales et parasitaires dont les moustiques sont les vecteurs. Pourquoi ne pas préconiser le retour au bon vieux DDT qui est totalement inoffensif pour l’homme et l’ensemble des vertébrés car avant de trouver une parade génétique ou encore des vaccins, des millions de personnes continueront à mourir … Mais n’est-ce pas là la pleine réussite de l’idéologie malthusienne des mouvements écologistes ?

Le livre de Rachel Carson (1962) fit les délices des mouvements écologistes de l’époque puis naturellement d’organisations maintenant supranationales et ultra-puissantes comme Greenpeace ou le WWF. En 1972, sous l’influence de ces organisations criminelles, le DDT fut interdit aux USA, interdiction suivie par de nombreux autres pays en dépit de la recrudescence notamment de la malaria. Le point final, la victoire définitive des mouvements écologistes, fut la Convention de Stockholm. Cette convention qui prit effet en 2004 interdit l’usage d’une dizaine d’organochlorés appelés Pops (persistent organic pollutants) dont le DDT dans l’agriculture avec une dérogation exceptionnelle et étroitement contrôlée pour l’éradication des moustiques. Naturellement les industriels de la chimie se frottèrent les mains car la course aux produits alternatifs et aux profits potentiellement monstrueux était lancée, depuis les insecticides jusqu’aux liquides caloporteurs des transformateurs électriques. Avec du recul, on peut considérer que les écologistes favorisèrent les profits insolents des industriels de la chimie !

Si la Convention de Stockholm n’interdisait pas l’utilisation du DDT pour éradiquer les moustiques vecteurs de la malaria (Anophèle) ce produit fut cependant progressivement remplacé par d’autres insecticides infiniment plus coûteux sous la pression des mouvements écologistes, encore eux, qui déléguaient des activistes dans les centres ruraux de prévention, notamment en Afrique, en les incitant à utiliser les pyréthroïdes et maintenant les néonicotinoïdes contre lesquels les moustiques développent très rapidement des résistances. Entre 2004 et 2015 on peut estimer que les écologistes ont sur la conscience la mort de près de 10 millions de personnes uniquement pour la malaria, les données de l’OMS n’étant volontairement pas suffisamment précises. Triste constat.

Sources : BBC News ( news.bbc.co.uk/ ), Business Insider et Bloomberg (entre autres). Illustration Wikipedia : moustique Aedes egypti

Le Pentagone se prend les pieds dans l’ADN avec une mauvaise foi affligeante

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En 1965, Jacques Monod, André Lwoff et François Jacob virent leurs travaux reconnus par le comité Nobel trois années seulement après la reconnaissance par ce même comité des travaux de Francis Crick et James Watson au sujet de la structure de l’ADN. Monod et ses collaborateurs de l’Institut Pasteur à Paris furent les précurseurs de la biologie moléculaire car ils pressentirent à la suite de travaux très difficiles et complexes que la régulation de l’expression des gènes était commandée par des portions d’ADN non codantes sous l’influence de signaux provenant de la cellule, petites séquences d’ADN qu’ils appelèrent des « opérateurs » ou operons. En cinquante ans, cette biologie nouvelle a pris de tels essors qu’il devient difficile aujourd’hui d’imaginer quelle va en être son évolution, de même que personne ne fut capable d’imaginer l’impact de la télévision lorsque cette technologie vit le jour.

On dispose en effet aujourd’hui des séquences complètes des ADNs humain et de milliers d’autres organismes vivants. On dispose également depuis à peine deux années d’outils extrêmement précis d’insertion ou de délétion de gènes dans le patrimoine génétique de n’importe quel être vivant. J’ai informé mes lecteurs à plusieurs reprises de la découverte de cet extraordinaire outil appelé CRISPR pour la manipulation génétique car il s’agit probablement de la plus grand avancée dans ce domaine depuis les travaux de Crick, Watson et Monod et ses collaborateurs.

Cinquante années se sont donc écoulées pour enfin voir la biologie moléculaire atteindre sa pleine maturité et on commence à peine à entrevoir tous les bienfaits potentiels de cette technologie mais également les dérives éventuelles vers lesquelles il se pourrait bien que l’humanité toute entière se trouve confrontée un jour pas si lointain qu’on ne le croit.

Tout est en effet devenu très rapidement possible avec cet outil CRISPR qui permet non seulement d’insérer ou d’éliminer un gène mais également de modifier durablement le patrimoine génétique d’un être vivant en ce sens que ces modifications deviennent prioritairement transmises à la descendance. Pour faire bref, les manipulations génétiques pratiquées dans les années 80 sur les plantes pour « fabriquer » des transgènes économiquement prometteurs apparaissent aujourd’hui d’une grossièreté expérimentale incroyable : pour être franc on ne savait pas trop ce qu’on faisait. Il s’agit d’un domaine de la biologie que je connais bien et je me permet d’utiliser une comparaison imagée pour décrire en quelques mots la progression incroyable de la biologie moléculaire. Durant ces années pionnières c’était comme si on voulait reproduire la Vénus de Milo avec une tronçonneuse alors qu’aujourd’hui on dispose d’imprimantes 3D qui peuvent réaliser une copie presque indiscernable de l’original.

Je suis personnellement convaincu qu’Emmanuelle Charpentier, la chercheuse d’origine française co-découvreuse du CRISPR avec Jennifer Doudna (voir le lien en fin de billet) sera dans des délais très brefs saluée par le comité Nobel car il ne se passe pas une semaine sans que cet outil ne soit utilisé dans toutes sortes de domaines, encore que le Comité Nobel a souvent une guerre de retard. J’ai mentionné récemment l’approche avec le CRISPR de la modification des moustiques pour qu’ils ne soient plus capables de transmettre la malaria tout simplement par curiosité scientifique mais également parce qu’il m’arrive épisodiquement de souffrir d’une crise de cette maladie dont on ne peut pas se défaire. Certes, je ne souffre pas de la forme dangereuse de cette maladie parasitaire, mais elle reste tout de même handicapante. Et la mise en œuvre du CRISPR pour produire des moustiques génétiquement modifiés incapables de transmettre le parasite ou encore des moustiques devenus stériles qui transmettent ce caractère à la descendance permettant ainsi l’anéantissement des populations de moustiques constituent un immense espoir d’éradication de la malaria.

C’est sur ce dernier point que la communauté scientifique s’émeut mais pas uniquement à propos des moustiques. Introduire une stérilité transmissible consiste à modifier non pas seulement un chromosome mais également l’autre paire afin que l’individu génétiquement modifié soit devenu ce qu’on appelle un homozygote constitutif pour ce caractère. En d’autres termes toute sa descendance hérite de ce caractère et non plus la moitié selon les lois de Mandel. Cependant l’outil CRISPR permet virtuellement de tout faire : toutes les séquences des gènes codant pour par exemple des toxines mortelles sont disponibles publiquement. N’importe quelle machine peut synthétiser pour un coût modique les amorces d’ARN (je n’entre pas dans les détails) permettant de mettre en œuvre le CRISPR également disponible commercialement ainsi que les vecteurs d’introduction dans une cellule embryonnaire et la magie noire est consommée. Par conséquent un nouveau genre de Docteur Folamour peut émerger dans n’importe quel endroit de la planète avec une super-bactérie ou un super-moustique contre lesquels on n’aura aucun moyen de défense.

C’est là que le Pentagone a littéralement été effrayé par la tournure que pourraient prendre les évènements avec ce qu’on appelle maintenant le « gene drive », une expression difficilement traduisible décrivant la technologie dont j’ai fait mention ci-dessus et qui permet de modifier spécifiquement un même gène sur la paire de chromosomes dans laquelle il se trouve (voir le lien).

Le Pentagon, le FBI, l’Office des Armements Biologiques des Nations-Unies se sentent soudain concernés par les dangers potentiels que représente cette technologie. Le fait que ce soient des moustiques qui aient préoccupé en premier lieu les biologistes a fait nerveux ce petit monde car ils ont imaginé qu’un biologiste fou pourrait tout aussi bien créer un super-moustique transmettant par une simple piqûre une toxine mortelle. Pourtant les recherches sur les moustiques n’ont pas d’autre but que de sauver plus de 500000 vies humaines chaque année !

On croit rêver car comment imaginer que tous les laboratoires de recherche des toutes les armées des pays développés ne se livrent pas déjà à ce type de recherche pour mettre au point des armes de destruction massive non plus bactériennes ou virales mais « entomologiques ». Cette soudaine agitation peu médiatisée car la réunion ultra-secrète en décembre de cette année à Washington au sujet des développements nouveaux de la biologie moléculaire eut lieu précisément au même moment que le grand raout climatique de la COP21 alors que le sujet débattu est infiniment plus préoccupant pour l’humanité qu’une hypothétique crise climatique.

En effet, n’importe quel biologiste un tant soit peu vicieux peut mettre au point dans son garage un insecte tueur surtout s’il est financé par des groupes terroristes occultes et c’est là la réthorique de ces comités d’exception soucieux de la sauvegarde de l’humanité. J’avoue que je suis sidéré par la mauvaise foi de cette démarche du Pentagone et pour que mes lecteurs comprennent mon attitude je pense qu’il est intéressant de leur relater ici une expérience vécue. Lorsque j’étais en préparation de thèse de Doctorat d’Etat, je dus collaborer pour mes travaux avec un laboratoire de recherche du service de santé des armées il y a quarante années maintenant. On travaillait déjà dans ce centre situé au sein de l’hôpital militaire de Lyon sur la toxine botulique, les venins de serpent et sur bien d’autres sujets dont des gaz neurotoxiques. Les armes biologiques ont toujours préoccupé les armées du monde entier, elles sont peu coûteuses et faciles à produire massivement. Pourquoi le Pentagone s’insurge subitement contre l’utilisation à des fins séditieuses du CRISPR ? Pour se donner bonne conscience ? J’avoue que je suis partagé entre les larmes et le rire car au final ces mêmes militaires qui sont censés tuer par profession d’autres hommes interdiront la dispersion des moustiques génétiquement modifiés et il y aura toujours 1500 morts par jour en raison de la malaria, un « détail » pour les militaires qui se livrent à des massacres quotidiens au nom de la démocratie !

Source (entre autres) : www.statnews.com/2015/11/12/gene-drive-bioterror-risk/ et http://dx.doi.org/10.7554/eLife.03401.010

Note : le deuxième lien ci-dessus explique de manière très compréhensible le principe expérimental du « gene drive » dont la précision est effectivement hallucinante non pas pour l’homme car le temps d’une génération est très long en comparaison de celui des levures ou des insectes. Je conseille vivement à mes lecteurs anglophones de lire cet excellent article.

Et encore : https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/12/03/edition-de-genes-humains-il-etait-temps-de-statuer/ et https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/02/22/bataille-entre-les-universite-de-berkeley-et-dharvard-pour-la-propriete-du-crispr/

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Pour l’anecdote la société chinoise BGI (Beijing Institute of Genomics) a réussi à produire des cochons miniatures pesant à peine un dizaine de kilos modifiés génétiquement à partir de cellules embryonaires de cochons de race Bama déjà miniatures car pesant entre 30 et 50 kilos en inactivant un des deux gènes codant pour le récepteur de l’hormone de croissance. Il ne s’agit cependant pas d’une anecdote car le cochon est l’animal le plus proche de l’homme physiologiquement en dehors des chimpanzés et élever ces petits cochons en laboratoire est infiniment moins coûteux que de disposer d’un élevage de cochons d’un poids moyen de 100 kilos. D’autres travaux faisant appel au « gene drive » vont permettre de produire des cochons dont les organes ne seront plus reconnus comme étrangers par l’homme et pourront être greffés sans problèmes de rejets d’exogreffes. Les militaires vont-ils aussi contrôler ce volet particulier de la biologie moléculaire moderne ?

Lien : http://english.big.cas.cn/

Paludisme et manipulation génétique : combien faudra-t-il de morts pour qu’une avancée décisive soit autorisée ?

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Le titre de ce billet résume la situation qui prévaut de par le monde quand il s’agit de transgenèse. Les manipulations génétiques ne sont pas du tout en état de grâce du fait de l’opposition systématique et totalement obtuse car sans aucun fondement scientifique de groupes de pression politisés qu’il est inutile de nommer ici. Le principe de base de cette opposition irraisonnée est que les biologistes modifient l’état naturel et qu’ils se comportent donc comme en quelque sorte des sorciers maléfiques. Je pèse mes mots. Cette opposition aux techniques modernes de transgenèse relève du plus pur obscurantisme et l’objet de ce billet est d’en faire encore la démonstration.

Le riz doré dont j’ai écrit à plusieurs reprises des articles constitue un exemple évident de la volonté rétrograde des organisations de protection de la nature qui rêvent d’un retour à l’ère préindustrielle, technologique et scientifique. Si aujourd’hui, compte tenu de l’emprise des groupes de pression écologistes politiques, il fallait homologuer le vaccin contre la variole, celui-ci serait refusé ! C’est exactement ainsi. La variole a tué plus d’êtres humains que n’importe quelles guerres et ce serait tant mieux si cette maladie réapparaissait et faisait à nouveau des ravages car plus personne n’est vacciné puisque cette maladie a été éradiquée de la planète grâce à la vaccination.

Venons-en à l’objet de ce billet qui concerne le paludisme ou malaria, c’est selon, une maladie qui tue chaque année un million de personnes : vous aves bien lu, un million de personnes selon les dernières statistiques de l’OMS, l’un des rares organismes des Nations-Unies qui soit encore crédible. La majorité des morts sont de pauvres gens malnutris, des enfants en bas âge, d’Afrique, du Pakistan ou du Brésil dont on se contrefout dans les salons dorés des ministères et des organisations supra-nationales. C’est tout de même regrettable qu’on ait consacré autant d’argent pour combattre le SIDA qui aurait pu finalement tuer autant de gens (voire plus) que le paludisme. Sauf que le SIDA n’atteint pas seulement les pauvres mais aussi les nantis ! Il y avait donc moralement une urgence à investir des milliards de dollars pour circonscrire cette maladie qui se transmets par les relations sexuelles, ce qui concerne tout le monde et pas seulement les plus démunis de la planète … suivez mon regard.

Bref, les écologistes vont être maintenant pris à leur propre piège. Refuser la culture du riz doré est criminel, refuser bientôt la dispersion d’un moustique génétiquement modifié pour ne plus pouvoir transmettre le paludisme fera carrément désordre ou plutôt non, ce sera une attitude conforme aux idéaux de ces organisations malthusiennes : éliminer les pauvres de la planète et juguler par tous les moyens l’accroissement de la population en reniant tout progrès technologique contraire aux desseins de la nature. La question est donc la suivante : dans quelle mesure sera-t-il possible d’autoriser la dispersion de moustiques génétiquement modifiés équipés d’armes biologiques les interdisant de répandre la malaria ? Combien de dizaines de millions de morts supplémentaires faudra-t-il pour que soit enfin autorisée la dispersion de ces moustiques qui viennent d’être mis au point dans les laboratoires de biologie cellulaire de l’Université de Californie ?

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C’est en utilisant l’outil révolutionnaire appelé CRISPR dont j’ai déjà mentionné dans ce blog l’aspect révolutionnaire, qu’une équipe de biologistes en tandem entre les Universités de Californie de San Diego et d’Irvine est arrivée à créer un moustique qui détruit les ookinetes, ces larves spéciales du Plasmodium falciparum qui se trouvent dans les glandes salivaires du moustique qui transmet la malaria. Il fallait en effet trouver un stratagème pour incorporer deux gènes dans les chromosomes du moustique dont l’expression soit stimulée quand les femelles piquent quelqu’un pour s’abreuver de sang afin de permettre la maturation des œufs, un processus qui en réalité n’a rien à voir avec la transmission du parasite, le plasmodium, car en définitive le moustique s’en passerait très bien. C’est en effet l’homme qui est le réservoir naturel du parasite mais celui-ci ne peut être transmis d’homme à homme que par l’intermédiaire du moustique, l’anophèle. Une sorte ce cercle vicieux sophistiqué comme l’indique l’illustration ci-dessus.

La stratégie a consisté à introduire une série de gènes en pratiquant de la très haute couture moléculaire au niveau de l’ADN, c’est-à-dire de manière ciblée, des gènes, deux pour être plus précis, l’un (m1C3) codant pour un anticorps dirigé contre une protéine de l’enveloppe de l’ookinète et l’autre (M2A10) dirigé contre une protéine du sporozoïte. Ces deux gènes ont été inclus dans un véhicule d’ADN circulaire contenant également le gène codant pour l’enzyme Cas9 associé au CRISPR et une partie codant pour l’ARN (gRNA) qui dirige le CRISPR vers un site spécifique de coupure pour que cet assemblage soit intégré dans un des chromosomes du moustique et non pas au hasard. Le site d’insertion a en effet été choisi de telle manière qu’on puisse reconnaître quel moustique a bien intégré ces informations. Il s’agissait d’un enzyme impliqué dans la pigmentation des yeux de la bête adulte. Les manipulations ont été réalisées par micro-injection dans des œufs de l’anophèle An. stephensi, une espèce qui contribue à répandre la malaria dans les zones urbaines de l’Inde en particulier mais sévit aussi depuis l’Egypte jusqu’à la Chine.

Après 4 générations il s’est avéré que 99,5 % de la descendance, mâle et femelle, avait acquis ces caractères de manière stable et non mendélienne c’est-à-dire que ces gènes étaient devenus, pour faire bref, constitutifs. Les curieux peuvent lire l’article des PNAS en accès libre mais voici le diagramme résumant la « manipulation » par CRISPR interposé :

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Qu’attendre de cette avancée dans la lutte contre la malaria, pour l’instant peu de choses sinon que cette approche ne pourra être validée qu’en milieu réel. Les auteurs de l’article concluent qu’il faudra une combinaison de techniques pour espérer non pas éradiquer la malaria de la planète mais en réduire l’incidence. Ce ne sera que la conjugaison de l’approche prophylactique, des médicaments, des vaccins, des insecticides et de cette technologie alternative de modification génétique du vecteur qui pourra être couronnée de succès. La route à parcourir reste encore longue, des millions de victimes, mais y a-t-il une réelle motivation des Occidentaux dans cette lutte sinon celle des scientifiques ? Parce qu’après tout ces victimes de la malaria, ce sont des pauvres dans des pays pauvres et les pauvres, tout le monde s’en fout …

http://www.pnas.org/cgi/doi/10.1073/pnas.1521077112

Moins se laver pour moins attirer les moustiques ?

 

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L’été arrive avec la chaleur et l’humidité et c’est synonyme de moustiques, ces charmantes petites bêtes, nocturnes pour la plupart, et qui émettent un son à peine audible et parfaitement désagréable quand elles volent près de nous à la recherche de sang. Les moustiques sont attirés par les infra-rouges que nous dégageons autour de nous et aussi par le gaz carbonique que nous exhalons et enfin par nos odeurs. Et nous avons tous une odeur particulière, ce qui pourrait expliquer que certaines personnes n’attirent pas les moustiques alors que d’autres sont leur cible préférée. Bien qu’on ait observé cette différence, encore fallait-il en trouver la raison exacte car un scientifique ne peut pas se contenter d’une simple impression déduite d’une observation par trop suggestive. J’ai été saigné des milliers de fois par des moustiques variés qui m’ont laissé des souvenirs désagréables comme la dengue ou la malaria et depuis quelques années si ces petites bêtes continuent à s’abreuver de mon sang impur (que la Croix-rouge refuse de me prélever) je n’éprouve plus aucune réaction cutanée. Si l’hypothèse des odeurs attirantes pour les moustiques était vérifiée, je n’entrerais pas dans la catégorie des personnes qui ne se font pas piquer parce qu’elles repoussent les moustiques et pourtant ces spécimens humains privilégiés existent !

Une équipe pluridisciplinaire de l’Université de Wageningen aux Pays-Bas a voulu en savoir plus sur cette différence entre les individus et ils ont procédé à une étude détaillée de la flore bactérienne qui fleurit sur notre corps, en particulier dans les parties humides de notre anatomie, les pieds et les aisselles notamment. Qu’on le veuille ou non, qu’on se lave trois fois par jour en se brossant vigoureusement, il reste des milliards de bactéries et des champignons microscopiques sur notre peau qui vivent heureusement en bonne harmonie avec nous et ne nous procurent aucun désagrément sinon que notre transpiration peut parfois être particulièrement odorante. Et ce n’est pas la transpiration en soi qui sent puisque c’est pratiquement de l’eau distillée mais les éléments chimiques produits par les bactéries qui vivent dans les moindres recoins de notre épiderme et de notre appareil pileux. Chaque personne dégage une odeur particulière qui lui est propre tout simplement parce que chaque individu transporte sur lui une panoplie de bactéries qui lui est unique en termes de diversité de cette flore microbienne cutanée.

L’équipe de l’université batave a réuni 48 volontaires mâles acceptant de se plier à l’expérience dont le but était d’élucider la raison pour laquelle les moustiques sont attirés par certains hommes et pas par d’autres. On leur a demandé de s’abstenir durant les quelques jours précédant l’expérience de boire des boissons alcoolisées en particulier de la bière, de bannir l’ail, les oignions et les plats épicées, également de s’abstenir d’utiliser un savon ou un détergent en se douchant, un simple rinçage, de ne pas utiliser un déodorant quelconque et pour parachever leur préparation de s’obliger à porter pendant deux jours des chaussettes de nylon que leur fournissait le laboratoires après avoir stérilisé les dites chaussettes, sans se laver les pieds. Pour les odeurs de pieds, les chaussettes en nylon, il n’y a pas mieux. Pour tester si les odeurs des pieds attiraient les moustiques, les pieds de ces volontaires ayant bien mariné dans leurs chaussettes en nylon ont été frottés avec des petites billes de verre pour absorber les bactéries et les petits tas de billes ont été placés au centre de sortes d’enclos surmontés d’un filet et légèrement ventilés pour dissiper ces odeurs. Un système permettait d’observer par quel échantillon d’odeurs de pied les moustiques étaient attirés et avec quelle intensité simplement en piégeant les moustiques attirés par cet appareillage rudimentaire mais efficace. Les mêmes prélèvements ont été utilisés pour identifier la flore bactérienne par séquençage de l’ARN 16S des ribosomes. Juste une brève explication, l’ARN 16S est une molécule d’acide ribonucléique qui fait partie de la grosse machinerie impliquée dans la synthèse des protéines, les ribosomes, et chaque espèce vivante possède son propre ARN 16S. L’ARN 16S de dizaines de milliers de bactéries différentes est connu et il est alors très facile d’identifier une bactérie par ce simple séquençage. Il ne faut pas oublier de mentionner que c’est le moustique vecteur de la malaria (Anopheles gambiae) qui a été utilisé au cours de cette étude.

Premier résultat intéressant, sur les 48 volontaires, six d’entre eux n’attiraient pas ou très peu les moustiques. Pourtant la plante des pieds, près des orteils, est colonisée en moyenne par un demi million de bactéries par centimètre carré dans les conditions de l’expérimentation, mais dans la vie courante ce doit être sensiblement la même situation. Il faut dire que les bactéries ont tendance à se multiplier en moyenne en moins d’une heure et si le matin, après une vigoureuse douche, on a encore deux cent mille bactéries par centimètre carré de peau, à la fin de la journée on a atteint aisément plusieurs millions, mais pas de souci, nos pieds sont toujours en bon état, du moins dans la plupart des cas.

Deuxième résultat, l’attractivité de chaque individu volontaire pour l’expérience s’est révélée ne pas être directement corrélée avec la densité bactérienne mais plutôt avec la diversité de leur « microbiome » ou population microbienne. Plus le nombre d’ARN 16S différents était élevé, donc plus il y avait de bactéries différentes dans les prélèvements, moins les individus attiraient les moustiques ou plutôt les petits tas de billes odoriférants disposés au milieu des pièges, on n’a tout de même pas exposé ces volontaires à des attaques répétées d’essaims de femelles de moustiques assoiffées de sang. L’illustration ci-dessous montre une corrélation statistique entre les différentes bactéries identifiées et le pouvoir attractif ou non attractif rapporté aux sujets volontaires de l’expérience.

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On remarque d’abord que plus la flore bactérienne est diversifiée moins les moustiques sont attirés (partie gauche du diagramme) et au contraire quelques bactéries seulement sont particulièrement responsables de cette attractivité (en bleu dans partie supérieure droite du diagramme) comme Leptotrichia, une bactérie communément trouvée dans la bouche ou Delftia, une bactérie commune que l’on trouve sur la peau et les cheveux alors qu’à l’opposé Variovorax, proche cousine de Delftia, également commune sur la peau, ne relâche pas les mêmes substances volatiles. Comme on peut le voir le microbiome de l’épiderme est très complexe et certaines bactéries se nourrissent des excrétions d’autres de leurs congénères et transforment ces substances volatiles en permanence. Parmi ces substances on peut citer des acides, comme l’acide octanoïque ou l’acide caprylique, qui sent la chèvre, ou encore des aldéhydes et des esters variés. L’identification précise de l’ensemble de ces molécules est en cours dans le laboratoire de l’Université de Wageningen dans le but de mettre au point des pièges attirant les moustiques de manière spécifique. En effet, le moustique vecteur de la fièvre jaune, Aedes aegypti, n’est pas attiré par les mêmes odeurs et il en est de même pour le vulgaire Culex pipiens de nos villes qui heureusement n’est pas normalement un vecteur de maladies parasitaires ou virales. Quand on pourra piéger ces sales bêtes avec ces substances naturelles qui font que nous sentons parfois un peu fort surtout au cœur de l’été, ce sera « le pied » et peut-être pourrons-nous nous en débarrasser pour notre plus grand confort au cours d’une calme nuit de juillet et on peut se poser la question de l’opportunité de se laver souvent ou au contraire moins souvent pour moins attirer les moustiques …

Lien : http://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0028991