Le moustique porteur de la malaria est surtout attiré par le CO2

 

Par expérience (personnelle) les moustiques véhiculant le parasite de la malaria sont attirés par la présence humaine et donc l’odeur de notre corps. C’est un fait prouvé, mais contrairement à ce que l’on croit les moustiques ne sont pas du tout attirés par la lumière surtout quand celle-ci est chaude, en d’autres termes quand cette lumière provient de lampes à incandescence. Il s’agit aussi d’une constatation personnelle datant de mon séjour à la très presbytérienne Onesua High School dans l’île d’Efate. J’habitais sur le campus de l’école dans une petite maison dont les moustiquaires étaient en plutôt mauvais état et pour ne pas me faire dévorer les chevilles quand je travaillais à corriger les copies de mes gentils élèves mélanésiens le seul moyen efficace que j’avais trouvé pour me protéger était de mettre une lampe à kérosène sous la table. Les moustiques étaient tout simplement aveuglés et ne détectaient plus le rayonnement infra-rouge provenant de mon anatomie. Cependant ils détectaient encore l’odeur corporelle que je dégageais autour de moi.

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L’anophèle, puisque c’est bien de cette sorte de moustique dont il s’agit, celui qui véhicule la malaria, se nourrit, pour les femelles du moins, presque exclusivement de sang humain afin de permettre la maturation des œufs. Et pour perfectionner le vampirisme de ce moustique l’odeur humaine fait que les femelles anophèles ont tendance à entrer dans une maison et y séjourner jusqu’à une météorologie propice. Donc la femelle anophèle a bien fait les choses. Elle attend le bulletin météo qui lui indiquera que dans 48 heures il pleuvra et qu’il sera alors temps de sucer un peu du sang de n’importe quelle personne pénétrant dans la maison. Au pire, ayant voleté et convolé en justes noces avec un mâle au grand jour, elle s’attaquera in extremis à un passant si elle se trouve à l’extérieur et n’a pas trouvé de quoi se rassasier dans les temps dans une maison où elle aura attendu sournoisement sa proie.

Reste un troisième signal émis par l’homme et attirant le moustique, le gaz carbonique labellisé « qualité effet de serre ». Mais fallait-il encore montrer quelle était la séquence de signaux chimiques attirant le moustique. L’anophèle est plutôt un moustique nocturne mais, attiré par l’odeur de la peau humaine, il entre dans les maisons de jour et attend sa proie. Le Docteur Ring T. Cardé de l’université de Californie à Riverside a imaginé un tunnel dans lequel il place des moustiques (Anopheles gambiae) et observe le comportement de ces animaux volants fort peu sympathiques. En disposant des carrés de coton ayant recueilli des odeurs de peau, les moustiques arrivent mais ne cherchent pas précisément à se poser sur ces carrés de coton signalant pourtant une présence humaine. Ils attendent patiemment leur proie. Un système simple envoie des effluves de gaz carbonique à des concentrations variables simulant la respiration humaine. Le moustique va en quelques minutes localiser la source de CO2 avec d’autant plus de réussite que la concentration en ce gaz est élevée, du genre de celle qu’on exhale en respirant.

L’expérience a montré que le moustique réagissait de manière extrêmement spécifique à une augmentation en CO2 de l’ordre de 0,015 % supérieure à la concentration ambiante de l’atmosphère soit 60 ppb ou parties par milliard, ou encore 0,06 ppm. La stratégie du moustique est donc diabolique en tous points. Il est attiré par l’odeur humaine et entre dans les maisons, qu’elles soient habitées ou non et attend le signal « CO2 » et ne piquera que si dans les 48 heures à venir il y a une bonne probabilité de pluie pour trouver de l’eau et y déposer ses œufs. Finalement ces expériences mettent en partie en doute le rayonnement infra-rouge provenant de notre corps et susceptible d’être un autre facteur d’importance pour attirer les moustiques.

Source : Journal of Chemical Ecology DOI 10.1007/s10886-014-0542-x (article aimable communiqué par le Dr Cardé)

Depuis Ogasawara Village

Le chikungunya attaque !

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Il aura suffi d’une unique mutation sur l’une des protéines de l’enveloppe du virus du chikungunya pour que ce virus soit capable de se multiplier dans le tractus intestinal du moustique tigre (Aedes albopictus, illustration Wikipedia), le plus commun des moustiques et présent dans le monde entier, sauf en Antarctique naturellement. Ce virus se contentait du moustique Aedes aegypti, également vecteur de la dengue, pour se répandre. En quelques mois seulement après l’apparition de la chikungunya dans les petites Antilles, Iles Vierges britanniques, Guadeloupe et Saint-Barth portée par le moustique tigre, la maladie a envahi la Floride et remonte jusqu’à la Caroline du Nord et rien ne semble arrêter sa progression depuis notamment Saint-Domingue et Haïti également concernés. Plusieurs cas ont été aussi signalés au Brésil il y a quelques jours.

Il est certes rare de mourir de la chikungunya mais la maladie est très préjudiciable à la santé avec des douleurs articulaires récurrentes qui peuvent parfois persister plusieurs années après l’épisode de fièvre aigüe initial. Seuls les enfants en très bas âge et les personnes souffrant d’autres pathologies graves peuvent être mortellement exposés à cette maladie contre laquelle il n’existe aucun traitement ni vaccin efficace. L’épidémie de chikungunya qui frappa l’Ile de la Réunion en 2006 affecta 266000 personnes avec 248 décès et le vecteur du virus était justement le moustique tigre. Ce virus avait déjà muté comme le montrèrent des biologistes français à partir du virus présent en Asie du Sud-Est et cette étude a été récemment confirmée par une équipe américaine, la situation devenant alarmante dans tout le sud-est des Etats-Unis. Situation effectivement très préoccupante car le moustique tigre supplante les autres espèces de moustiques endémiques des pays dans lesquels il arrive comme le moustique commun des régions tempérées Culex pipiens qui n’est pas un hôte pour le virus du chikungunya, en tous les cas pas pour le moment, car ce virus présente une extraordinaire faculté d’adaptation et le moustique tigre également puisqu’il est maintenant capable d’hiberner dans les pays tempérés, ses œufs étant devenus résistants au froid.

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Tous les éléments sont donc réunis pour qu’on assiste à une très large épidémie de chikungunya aussi bien dans les Amériques qu’en Europe et en Afrique.

Source : Nature, arbre phylogénétique du virus (Nature) 

Les OGM attaquent … les moustiques, pour les dézinguer !

Après le lamentable épisode de l’amnistie sans suite du faucheur de porte-greffes de la vigne génétiquement modifiés par l’INRA avec les impôts des contribuables, faut-il le rappeler, pour résister au virus du court noué, un fait relaté par Contrepoints (voir le lien en fin de billet), va-t-il falloir assister encore une fois à la démonstration de l’obscurantisme ahurissant des écologistes avec le moustique transgénique mis au point pour tenter de combattre la malaria ? Depuis l’interdiction du DDT préconisée par les écologistes il y a plus de 40 ans la malaria a tué peut-être 100 millions de personnes, c’est le tribut payé pour satisfaire les exigences des écologistes qui prétendaient sans aucune preuve à l’appui que le DDT pouvait décimer le plancton, être à la longue cancérigène ou encore favoriser l’apparition de super-moustiques résistants au DDT et donc à tous les autres insecticides puisque ce produit était le seul efficace contre ces insectes volants. Pour l’anecdote il faut rappeler que le développement immobilier des côtes de l’Hérault et de l’Aude depuis la Camargue jusqu’à Perpignan, infestées de moustiques et réservées aux aventureux dans les années 50 et 60 ont été nettoyées à l’aide de DDT utilisé en quantités massives. Sans ce produit la Grande-Motte, pour ne citer que cet exemple, n’existerait pas. Oh, je sais, cette éradication des moustiques a favorisé le tourisme de masse et enrichi les promoteurs, un combat contre la nature qui a enrichi les riches, c’est ce que les écolos vous balanceront dans les dents si vous osez argumenter contre l’ineptie de l’interdiction du DDT. Si vous voulez plus de détails allez sur ce site : http://www.marcel-kuntz-ogm.fr/article-ecologie-morts-tome1-123841920.html .

Mais revenons à ces moustiques vecteurs de la malaria et de bien d’autres maladies parasitaires et virales qui tuent en gros un million et demi de personnes dans le monde chaque année. Pas de quoi s’alarmer, la planète est surpeuplée, la nourriture va manquer, les combustibles fossiles aussi, autant laisser mourir un million d’enfants (qui ne se reproduiront pas) chaque année, c’est bon pour l’avenir de l’humanité. 

C’est en résumé l’idéologie des écologistes et ça fait peur parce qu’ils ont pour mission de répandre la peur par tous les moyens.

Une équipe de biologistes de l’Imperial College à Londres a entrepris pourtant, malgré les efforts des écologistes pour dissuader ce genre de recherche, de modifier génétiquement des moustiques de l’espèce Anopheles gambiae, le principal vecteur de la malaria pour rendre leur descendance majoritairement mâle. Horreur et damnation, il s’agit de manipulations génétiques ( doi: 10.1038/ncomms4977 (2014) ) ! Mais si l’on oublie l’aspect polémiste de cette approche car il s’agit tout de même de lâcher dans la nature des insectes génétiquement modifiés, c’est bien pire que de planter des porte-greffes de vigne résistants au court noué parce que les moustiques ça vole et ça peut répandre de mauvais gènes alentour, il faut reconnaître que cette approche pour combattre la malaria est porteuse d’immenses espoirs quoi que puissent en penser les écolos !

Il est très intéressant d’exposer l’approche adoptée par les biologistes de l’Imperial College car elle pourrait être appliquée à bien d’autres insectes ravageurs notamment des cultures, justement. Dans le principe, il s’est agi de faire en sorte que les femelles, après fécondation, produisent une descendance majoritairement mâle. Le moustique, comme l’homme, possède s’il est mâle un chromosome sexuel X et un chromosome sexuel Y et la femelle possède deux chromosomes X. Lors de la méiose, c’est-à-dire la réduction de moitié du nombre de chromosomes pour produire les gamètes, la femelle aura toujours un chromosome X et si par un moyen quelconque on arrive à détruire le chromosome X du mâle tout en préservant son chromosome Y, alors la descendance sera inévitablement un mâle. C’est cette approche conceptuelle qu’ont choisi Nikolai Windbichler et Andrea Crisanti, les principaux auteurs de cette étude, pour faire en sorte que la descendance du moustique soit majoritairement des mâles qui, entre parenthèses, ne piquent pas et se contentent de butiner quelques fleurs pour se nourrir.

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L’astuce a consisté à introduire le gène d’une endonucléase existant dans un lichen (voir la photo ci-dessus, Wikipedia), il fallait l’imaginer, appelé Physarium polycephalum, peu importe le nom scientifique, un enzyme qui coupe spécifiquement un morceau d’ADN présent uniquement sur le chromosome X et l’action ce cet enzyme appelé « I-Ppol » détruit le chromosome X. Pour les femelles, il y a une chance sur deux que l’un des chromosomes X disparaisse lors de la méiose, mais pour le mâle, c’est sans appel, puisque le chromosome Y n’est pas affecté alors la descendance sera exclusivement constituée de mâles. Le tour est joué ! Si on entre dans le détail des travaux réalisés pour atteindre ce résultat on est carrément émerveillé car il s’agit de vraie science au niveau moléculaire et non pas de pseudo-science frelatée à la Séralini. Il a fallu modifier l’endonucléase proprement dite en modifiant son gène afin d’allonger sa durée de vie et son affinité pour la portion d’ADN du chromosome X qui devait être attaquée en se basant sur la structure tridimensionnelle de la protéine en déterminant ainsi quel aminoacide devait être changé pour atteindre ce but. A chaque aminoacide correspond un codon de trois lettres dans l’ADN codant pour la protéine et pour atteindre le but recherché il y a un moyen simple mais tout de même complexe consistant à procéder à ce que l’on appelle de la mutagenèse dirigée et d’observer quelles sont les nouvelles propriétés de l’enzyme modifié produit dans un système bactérien approprié. Finalement ces travaux qu’on peut qualifier de somptueux et nobélisables ont permis d’obtenir un enzyme qui résiste à la chaleur, jusqu’à 54 degrés et présente une affinité trente fois supérieure à celle de l’enzyme non modifié génétiquement pour le site particulier de l’ADN du chromosome X du moustique qu’il aura pour mission de tout simplement détruire. Le résultat est incroyablement banal puisqu’il a fallu atteindre deux modifications ponctuelles de l’enzyme, de la leucine 111 en alanine et du tryptophane 124 en leucine, et pas plus que ça …

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Naturellement il a fallu ensuite introduire ce gène modifié dans le patrimoine génétique du moustique pour arriver au résultat escompté. Sans entrer dans les détails, les curieux peuvent toujours aller cliquer sur le DOI inséré plus haut ou le lien en fin de billet, le gène a été introduit conjointement avec une construction comportant une protéine fluorescente (eGFP) à l’aide d’un promoteur de la tubuline beta-2. C’était pour faire simple … Toujours est-il que les résultats sont sans appel comme l’indique le graphique ci-dessous :

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En noir figure le contrôle avec des mâles normaux et des femelles normales et l’apparition des femelles dans la descendance et en rouge la même évolution de la densité de femelles avec des mâles génétiquement modifiés. Et si on s’intéresse aux œufs le résultat est encore plus évident :

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Après trois générations il ne reste pratiquement plus de femelles et le nombre d’oeufs atteint presque zéro, normal puisqu’il n’y a pratiquement plus de femelles ! Ces travaux d’une sophistication extrême ont donc consisté à créer une distorsion de la fonction sexuelle au niveau chromosomique par introduction d’une nouvelle activité enzymatique qui a pour objectif une stérilisation de l’espèce en orientant la descendance uniquement vers les mâles par destruction spécifique du chromosome X des mâles. Pour l’anecdote cet enzyme dont il est question utilise des atomes de zinc comme cofacteurs pour fonctionner correctement et ce travail, au final, permettra peut-être de « dézinguer » ces sales bêtes qui me rappellent à leur bon souvenir chaque fois que j’ai une crise de malaria.

http://www.contrepoints.org/2014/06/10/168400-faucheurs-de-porte-vigne-transgeniques-de-colmar-christian-velot-porte-parole-de-lobscurantisme

http://www.nature.com/ncomms/2014/140610/ncomms4977/full/ncomms4977.html#supplementary-information