Jumeaux homozygotes, oui, mais pas tout à fait

Considérant que l’actualité (dans la presse française) est désespérante, après une indigestion de quenelles, c’est maintenant la presse de caniveau qui fait la une en rapportant de supposées frasques du président, dont personne y compris moi-même n’en a rien à faire, il reste heureusement la science et la bonne science nous apprend tous les jours quelque chose si on sait dénicher les bons articles.

C’est le cas d’une tentative d’explication de la raison pour laquelle les jumeaux homozygotes ne sont pas toujours complètement identiques.

140109143756-large

J’avais déjà mentionné l’effet de l’épigénétique sur les petites différences entre vrais jumeaux (https://jacqueshenry.wordpress.com/2013/06/02/les-jumeaux-homozygotes-et-lepigenetique/ ) mais tout ne peut pas être expliqué par cette approche. Une équipe du Ludwig Institute for Cancer Research à New-York a mis au point une technique permettant d’obtenir une bonne idée de l’expression des gènes dans une seule cellule. Entre parenthèse, les progrès des techniques dans le domaine de la génétique sont vraiment ahurissants et la connaissance intime de la vie avance à une vitesse inimaginable il y a encore cinq ou dix ans. Notre ADN code pour quelques 50000 gènes différents qui sont exprimés via le mécanisme de transcription en ARN en autant de protéines et autres peptides, enzymes, hormones ou protéines structurales. L’ADN est une combinaison de la moitié de celui de la mère avec la moitié de celui du père et chaque gène se trouve donc présent en deux copies dites allèles. Jusqu’à présent on considérait que les deux allèles, donc chacun des deux gènes codant pour une même protéine, étaient exprimés de manière équivalente car il n’y avait pas vraiment de raison d’envisager une situation différente. Cet a priori a donc été battu en brèche grâce à cette technique extrêmement fine qui montre sans ambiguité que ce n’est pas le cas. Hormis les gènes impliqués dans la différenciation sexuelle qui sont pour une partie d’entre eux « éteints » très tôt au cours du développement embryonnaire, pour tous les autres (ou presque puisque l’étude n’est en qu’à ses débuts) c’est soit un allèle soit l’autre, ou les deux en même temps mais pas aux mêmes taux d’expression. La situation est donc beaucoup plus compliquée qu’il n’y paraissait. Pour donner une idée de cette complication seulement 20 % des gènes sont exprimés à partir d’un seul allèle à un moment donné et si un allèle est exprimé, l’autre n’en « sait rien » car il n’y a aucune coordination entre ces deux allèles.

Après tout, chaque organisme présente une forme, un « morphe » en terme scientifique d’où provient le mot morphologie, qui est issue du niveau d’expression de l’un et/ou l’autre des gènes de chaque allèle, ce qui conduit à des différences qui au final peuvent être non négligeables. Ceci explique donc le fait que les deux jumelles homozygotes figurant sur la photo ne sont pas totalement identiques comme on peut le constater. Tout se passe donc au niveau de la cellule et des allèles. Si on avait dit ça à des généticiens il y a dix ans ils auraient haussé les épaules …

Source : Eurekalert