Sclérose amyotrophique et bactéries intestinales … un espoir inattendu

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Le Docteur Eran Elinav du Weizmann Institute of Sciences étudie des souris modèles de la sclérose amyotrophique latérale (ALS), la maladie dont souffrait le cosmologiste Stephen Hawking. Ces souris ont été modifiées génétiquement sur le gène SOD1 codant pour un enzyme appelé superoxyde dismutase dont la fonction est normalement de « nettoyer » les cellules lorsque des superoxydes O2 apparaissent. Cette forme de peroxyde est particulièrement destructrice pour la cellule et les patients souffrant d’ALS ont, pour au moins 20 % d’entre eux, des mutations sur le gène concerné. Le Docteur Elinav s’est d’abord rendu compte que si il traitait ses souris avec des antibiotiques pour appauvrir la flore intestinale les symptômes et leur évolution s’aggravaient. Il en a donc tout de suite conclu qu’il pouvait exister une relation entre cette flore intestinale et la maladie. Mais quelles bactéries étaient bénéfiques ? En examinant les populations de bactéries intestinales des souris il a observé que très souvent une espèce manquait ou que d’autres espèces étaient anormalement abondantes.

Celle qui a attiré son attention est la bactérie Akkermansia muciniphila très commune dans le « microbiome » intestinal humain et dont certaines propriétés ont déjà été reconnues pour pallier au syndrome métabolique, en d’autres termes l’obésité. Ce qu’Elinav a trouvé est tout à fait surprenant. Cette bactérie présente la propriété de sécréter des quantités importantes de nicotinamide, un précurseur d’un coenzyme clé dans le métabolisme, le NAD. Ce produit, aussi appelé niacine ou encore vitamine B3, semble, selon des résultats très préliminaires, retarder l’évolution de l’ALS sans toutefois présenter d’effets curatifs.

Fort de cette observation Elinav a donc franchi une autre étape en analysant le taux de nicotinamide dans le sang de 37 patients souffrant d’ALS. Tous présentaient un déficit en nicotinamide y compris dans le liquide cérébro-spinal.

Source : Nature, doi : 10.1038/s41586-019-1443-5

Le microbiome intestinal : un ami qui nous veut du bien

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Jamais depuis la découverte de la pénicilline par Alexander Fleming les hommes se sont autant intéressés aux produits chimiques créés par les microorganismes et ce n’est que très récemment que nous avons réalisé leur potentiel sur la santé. L’étude de notre « microbiome » est devenu de ce fait l’un des domaines scientifiques le plus d’actualité car il apparaît qu’un grand nombre de conditions pathologiques sont liées à ce microbiome, que ce soient l’obésité, les maladies cardiovasculaires ou encore la dégénérescence cérébrale. Tout semble être sous la dépendance des microorganismes de notre système digestif.

Cette population microbienne qui inclut des bactéries, des levures, des virus et même des parasites est appelée microbiote. Il est constitué de milliers de milliards de microorganismes, plus que l’ensemble de toutes les cellules vivantes de notre corps et au niveau strictement génétique il est d’une complexité des centaines de fois supérieure à celle de notre génome. Chacune de ces populations constitue de véritables usines chimiques qui puisent leurs matières premières dans notre alimentation et fabriquent une multitude d’autres molécules chimiques comme par exemple des vitamines qui, prises ensembles, nous permettent de contrôler notre système immunitaire, notre métabolisme général et les fonctions de notre cerveau. Et comme nous pouvons par notre alimentation influer sur l’équilibre de ces populations microbiennes ce domaine de recherche biologique est une opportunité immense pour la médecine.

Une récente étude dirigée par les Docteurs Tim Spector et Cristina Menni au King’s College à Londres et parue dans la revue scientifique Nature montre clairement la relation entre ce que nous mangeons, comment les bactéries intestinales traitent cette nourriture et quel est le processus d’accumulation des graisses dans notre corps, en particulier dans notre ventre. Cette étude a consisté à collecter plus de 500 échantillons d’excréments de vrais jumeaux pour mesurer la teneur en plus de 800 métabolites que le microbiote produit. Elle a permis d’identifier quelles molécules chimiques favorisent par exemple l’apparition de l’obésité ventrale. Et dans le cas précis de l’obésité nos propres gènes n’interviennent qu’à hauteur de 20 %, le reste étant sous le contrôle des bactéries de notre système digestif. Entre deux vrais jumeaux il a pu être démontré que le transfert d’excréments fécaux pouvait rétablir chez l’un des jumeaux un déséquilibre de son microbiote vers un profil plus satisfaisant. Cette approche répond au doux nom de thérapie fécale …

L’autre approche pour moduler ce microbiote est l’apport dans l’alimentation de « prébiotiques » contenus par exemple dans des aliments fermentés pour « fertiliser » cette flore intestinale. L’article de Spector et Menni introduit le concept de « postbiotiques », les métabolites spécifiquement produits par le microbiote intestinal, un éventail de molécules chimiques qui a un effet direct sur la santé. Une sorte de « carte d’identité » du microbiote, le « métabolome », a ainsi pu être établie sur la base de la composition en ces postbiotiques des matières fécales. Par exemple la supplémentation alimentaire en omega-3 fait apparaître dans les excréments du carbamyl-glutamate qui présente des propriétés anti-inflammatoires, ce qui était encore inconnu il y a quelques mois.

L’étape suivant cette étude consistera à identifier les métabolites permettant d’aider à la régulation de l’apparition par exemple de l’obésité. Du papier hygiénique spécial permettra de prélever un peu de matière fécale qui pourra être analysée afin d’analyser le « métabolome » et déterminer quel régime alimentaire convenable il faudra choisir pour prévenir l’apparition de l’obésité ou d’autres pathologies. D’ors et déjà il est nécessaire d’avoir une alimentation équilibrée qui favorise un microbiote équilibré et ainsi une meilleure santé générale.

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Pour illustrer le vaste programme de recherches qui se présente il suffit d’examiner comment la cafféine est métabolisée dans l’intestin selon la présence ou non de trois gènes bactériens indiqués dans les symboles figurant dans des ellipses allongées. La cafféine peut être transformée en 6 métabolites différents !

Inspiré d’un article paru dans The Conversation, illustrations : The Conversation et Nature.

Note à l’intention des lecteurs de ce blog : pas de billets mercredi 27 et jeudi 28 juin.

Gluten, lactose, oligosaccharides ? Une nouvelle grosse arnaque !

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Depuis qu’on a « cartographié » le microbiome intestinal, la nouvelle mode des diététiciens est de faire en sorte que nous prenions soin de nos gentilles petites bactéries et toutes les extravagances sont autorisées. Le filon est en effet juteux pour ne pas dire appétissant car il y a des profits à portée de main. Tout a débuté avec la controverse sur l’intolérance au gluten à la suite d’essais en aveugle réalisés à l’Université Monash en Australie (voir le lien sur ce blog) qui montrèrent, mais il ne fallait pas trop en parler, qu’après tout la maladie coeliaque n’était pas vraiment liée au gluten ni à une intolérance à cette protéine particulière mais plutôt à un dérèglement de la flore bactérienne intestinale. Il est vrai qu’à force de s’assommer d’antibiotiques pour un pet coincé on finit par détériorer la qualité de cette flore sans laquelle on ne pourrait pas vivre. Naturellement il va sans dire que cette histoire de pseudo-intolérance au gluten a rapporté des milliards de dollars aux petits malins qui se sont engouffré dans ce créneau. J’ai acheté il y a quelques jours du café moulu de la marque Mellita (je ne fais pas de publicité et il n’y a aucun conflit d’intérêt dans ce blog) en provenance du Brésil certifié ne contenant pas de gluten !!! J’ai ainsi découvert que le café, par voie de conséquence, contenait du gluten ou pouvait éventuellement en contenir. Cet exemple illustre à quel point des centaines de millions de personnes sont systématiquement considérées comme des imbéciles qu’on peut rançonner sans état d’âme en leur vendant toutes sortes de denrées alimentaires à des prix astronomiques sous prétexte qu’elles ne contiennent pas de gluten, ou pas de lactose ou encore pas de pesticides mais c’est une autre histoire …

Bref, revenons au microbiome intestinal. La Nouvelle Eglise de Scientologie Digestive préconise de se pencher très sérieusement sur les FODMAPs, j’ignore s’il existe un acronyme équivalent en français mais pas de souci j’ai inventé celui-ci : PDMOF, ça sonne bien et ça veut dire Polysaccharides, Disaccharides, Monosaccharides et Oligosaccharides Fermentescibles. Sans être allé au delà du certificat d’études tout le monde a compris qu’il s’agit de sucres en folie sous toutes leurs formes, depuis le glucose du miel jusqu’au xylitol, l’agent sucrant des chewing-gums zéro calories ou encore additif des pâtes dentifrices qui donnent un léger goût de sucré sans être du vrai sucre mais prévient aussi le séchage du dentifrice à la sortie du tube. Les nouveaux gourous de la diététique, forts des avancées récentes de la biologie moléculaire qui a identifié près de 2000 bactéries différentes dans l’intestin, préconisent de prêter une attention toute particulière aux PDMOFs parce que, pour eux, c’est là que se situe tout le problème des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin. Ces PDMOFs modifient la flore intestinale et il est donc nécessaire, selon les nouveaux charlatans qui sévissent dans ce domaine de la nutrition préventive (voir le lien), de modifier son régime alimentaire afin de réduire l’apport quotidien en PDMOFs et surtout d’éviter le gluten … comme si le gluten était aussi un PDMOF ! Il est vrai que glu fait penser à glucose alors qu’à cela ne tienne c’est aussi un PDMOF. Dans la liste exhaustive des PDMOFs (voir le lien cdhf.ca …) on trouve parmi les produits lactés la margarine, c’est nouveau, ça vient de sortir du cerveau des diététiciens dûment enregistrés, et je découvre comme vous que la margarine est fabriquée à partir de lait ou encore que le rhum contient du sucre et pas n’importe lequel, un PDMOF, mais c’est bien sûr ! Très bizarre parce que dans les PDMOFs préconisés pour améliorer le syndrome inflammatoire intestinal le sucre de table est autorisé. On peu continuer dans ce délire et aller de surprise en surprise pour prouver tout simplement que les diététiciens, ces membres de la toute nouvelle Eglise de Scientologie Digestive ne savent tout simplement pas de quoi ils parlent. Ils se soucient surtout de leur porte-monnaie.

Dans un article paru dans Gastroenterology dont le titre est non ambigu puisqu’il nie toute relation entre le gluten, les sucres à chaine courte (oligosaccharides) et le syndrome intestinal inflammatoire, il était question d’un échantillon de 37 personnes, pas suffisamment pour prouver que la relation entre ces paramètres, gluten et PDMOFs, et ce syndrome ne pouvait être établie de manière incontestable, un détail qui n’a pas échappé aux diététiciens ! L’anecdote du necator (voir le lien sur ce blog) tendrait à prouver que l’inflammation de l’épithélium intestinal est bien un des éléments, certes, de ce syndrome mais il n’en a pas fallu plus que cet article pour déchainer les passions sur les PDMOFs. Le souci dans cette histoire c’est aussi la présence de fructanes dans la farine de céréales panifiables contenant du gluten. Or ces fructanes sont des candidats montrés du doigt pour initier le syndrome inflammatoire intestinal. On est donc en droit de supposer que si l’ingestion modérée de PDMOFs est réellement bénéfique pour diminuer le syndrome inflammatoire intestinal, dans le doute on peut se poser la question de savoir qui du gluten ou de ces sucres est vraiment en cause.

Il faut plutôt se pencher sur la flore intestinale et l’intégrité de son harmonie. Les polysaccharides et les fibres (encore une autre lubie des diététiciens, mangez du carton c’est bon pour la santé !) ne sont digérés que dans le gros intestin car la flore intestinale y est légèrement différente de celle de l’intestin grêle. Cette digestion tardive provoque des flatulences et des douleurs parfois attribuées au syndrome inflammatoire y compris l’intolérance au lactose pouvant également être imputée à l’absence de bactéries exprimant la beta-galactosidase.

Pour en finir avec cette controverse qui n’en est pas une sinon pour le plus grand bien des finances de charlatans auto-promus diététiciens il existe des tests mis au point à la Johns Hopkins University pour détecter dans l’haleine (pas nécessairement fétide) l’intolérance au lactose, la présence d’helicobacter, l’intolérance au fructose et enfin le syndrome de la sur-croissance bactérienne dans l’intestin grêle (voir le lien) et plutôt que de s’imposer des régimes délirants il est préférable de savoir dans un premier temps si on est vraiment malade ou si ce n’est que de l’imagination. Difficile d’évaluer combien coûte une « cartographie » de la flore intestinale (quelques milliers de dollars) mais ce diagnostic pourrait très bientôt être proposé parallèlement à une inoculation par voie orale de bactéries permettant de reconstituer cette flore intestinale avec laquelle il veut mieux, à l’évidence, vivre en bonne harmonie. Peut-être que Molière se serait délecté en écrivant une pièce du genre : « Le Malade aux Bactéries Imaginaires » …

Sources :

http://cdhf.ca/bank/document_en/32-fodmaps.pdf

http://blog.katescarlata.com/fodmaps-basics/fodmaps-checklist/

http://www.gastrojournal.org/article/S0016-5085%2813%2900702-6/abstract?cc=y?cc=y ( DOI: http://dx.doi.org/10.1053/j.gastro.2013.04.051 )

http://www.hopkinsmedicine.org/gastroenterology_hepatology/clinical_services/specialty_services/breath_testing.html

Et sur ce blog :

https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/10/03/on-a-parfois-besoin-dun-plus-petit-que-soi-par-exemple-de-necator-il-fallait-y-penser/

https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/05/13/ou-le-gluten-fait-reparler-de-lui/