Et si le mercure n’était pas aussi toxique qu’on le croit …

On associe l’ingestion de méthyl-mercure à des désordres mentaux tels que l’autisme dont on ignore d’ailleurs toujours les causes précises et il est depuis une dizaine d’années recommandé aux femmes enceintes de ne pas manger trop de poissons pélagiques, pour la plupart en bout de chaine alimentaire océanique (voir l’illustration) dont le thon albacore, qui accumulent le méthyl-mercure dans leurs muscles. Pourquoi cette recommandation, parce qu’on craint un effet toxique du méthyl-mercure sur le fœtus et en particulier sur le développement du cerveau.Mais c’est un peu comme l’effet de serre du gaz carbonique, on n’a jamais montré d’évidente relation de cause à effet. Pour en avoir, comme on dit, le cœur net, une équipe de médecins de l’Université de Rochester, NY a mené une enquête détaillée dans la République des Seychelles parce que les habitants de cet archipel plus connu des touristes que des scientifiques mangent des quantités extravagantes de poisson, les touristes aussi mais quand ils rentrent dans leurs contrées natales embrumées et pluvieuses, ils se remettent vite au hamburger d’où l’impossibilité de mener une étude épidémiologique sur les effets du mercure dans des pays où l’éventail de nourriture protéinée fausserait les statistiques et les protocoles d’étude. Cette étude a débuté en 1986 sur 1784 enfants observés depuis leur naissance jusqu’à aujourd’hui, en ayant pris soin d’échantillonner quelques cheveux de la mère au moment de la naissance afin d’y mesurer la quantité de mercure, le cheveu accumulant particulièrement bien le méthyl-mercure. Les enfants ont ensuite été suivi à l’école par leurs professeurs (les Seychelles font partie de ces pays ayant un taux de scolarisation de 100%) et ils ont également été soumis à divers tests afin d’évaluer leurs facultés cognitives, sachant que leurs mères, au moment de leur naissance, montraient des taux de mercure dans leurs cheveux très supérieurs (jusqu’à dix fois plus) à ce que l’on considère comme la limite acceptable pour la bonne santé du foetus. Dans cet échantillon étudié, il fut tenu compte également du fait que toute la population avait été vaccinée et que les vaccins contenaient du Thimérosal, un mercuriel contenant de l’éthyl-mercure. Or l’éthyl-mercure, contrairement à son petit frère le méthyl-mercure, est rapidement éliminé dans les urines et ne s’accumule pas dans l’organisme. Le thimérosal est un agent stabilisateur des vaccins qui a été interdit à la fin des années 90 en raison de soupçons de dangerosité. Mais revenons à cette étude sur cette population « sentinelle » des Seychelles. En éliminant tous les facteurs pouvant perturber la bonne interprétation des résultats, l’équipe de l’Université de Rochester n’a pas pu établir d’effets du mercure (sous forme de méthyl-mercure dans les poissons) sur les capacités cognitives des enfants. Les auteurs écrivent même ceci : « Nous avons plutôt observé un effet inverse, une association bénéfique (du mercure) avec le degré de sociabilité des enfants (…) qui peut être attribuée à des effets inconnus ou non quantifiables des nutriments contenus dans les poissons marins ». Les médecins en ont donc conclu que les poissons pélagiques contiennent des ingrédients qui protègent l’enfant au cours de la grossesse puis plus tard lors de la croissance de ce dernier. On peut incriminer la qualité de l’étude et le nombre réduit d’enfants impliqués dans cette étude pas toujours réalisée en suivant des critères précis de la part des professeurs ou des parents et dans le doute, les autorités américaines ont maintenu leur alarme auprès des femmes enceintes de ne pas trop manger de poissons pélagiques. Pour ma part, je continuerai à baver pour un tartare de « yellow fin » (thon jaune ou albacore) pêché quelques heures avant de le déguster dans mon restaurant local préféré sans état d’âme. 

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Source : US News and World Reports, Forbes, crédit photo, Forbes

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/?term=Autism+Spectrum+Disorder+Phenotypes+and+Prenatal+Exposure+to+Methylmercury

Pollution au mercure : danger !

Peu de personnes se souviennent du mercurochrome (merbromine) cet antiseptique local qui se trouvait dans toutes les armoires à pharmacie de nos maisons. Il a été interdit parce que, comme son nom l’indique, ce produit rouge et pourtant efficace pour contrer les infections cutanées, contient du mercure sous forme organique. On n’a jamais vraiment su si c’était bien le mercure ou la molécule entière et bromée du mercurochrome qui était toxique pour les bactéries pouvant éventuellement infecter les petites plaies de nos genoux d’enfants. On a d’ailleurs montré que le mercure, sous forme d’ion Hg++ n’était pas si toxique que ça … encore une idée reçue. Mais bon, je ne veux pas passer pour un méchant iconoclaste. Par contre, le mercure est bel et bien hautement toxique quand il se trouve sous forme d’ion méthyl-mercure+ surtout au niveau du cerveau puisqu’il passe sans problème la barrière méningée et aussi au niveau du fœtus (et de son petit cerveau) puisqu’il traverse la barrière placentaire. C’est cette forme de mercure qu’on trouve dans la graisse des poissons dont on rafolle, du genre saumon ou thon ou encore ces chères sardines grillées que j’adore déguster de temps en temps. Et comment le mercure se transforme en méthyl-mercure ? Voilà un mystère qui vient d’être élucidé avec en même temps l’explication de la toxicité des poissons que l’on aime avoir sur sa table. Les rejets de mercure dans l’atmosphère par les orpailleurs clandestins, c’est anecdotique, mais surtout par les centrales électriques au charbon, les plus gros pollueurs au mercure avec les cimenteries et les crématoriums dans une bien moindre mesure tout simplement parce que la graisse humaine a accumulé du méthyl-mercure, ces rejets de mercure se retrouvent dans les rivières puis les océans sous forme d’ion mercure Hg++. Des bactéries se chargent alors de transformer ce mercure, disons libre et pas très méchant, en méthyl-mercure hautement toxique puisque la chaine alimentaire va faire en sorte qu’il se concentre depuis le plancton qui le piège en se nourrissant entre autres de bactéries puis les petites crevettes qui mangent le plancton, les petits poissons qui mangent les crustacés, puis les plus gros poissons et enfin les prédateurs comme le saumon ou le thon. Et le facteur de concentration est astronomique, de plus de dix millions de fois, ce qui fait qu’au final une belle tranche de thon est carrément toxique. Les européens du sud qui mangent beaucoup de poisson rouge sont intoxiqués avant la naissance. On s’est aperçu que 100 % du sang de cordon ombillical des nourrissons espagnols contenait du méthyl-mercure et comme leurs mères (allaitantes) ne peuvent pas s’empêcher de se goinfrer de thon a la plancha, les pauvres enfants sont mal partis pour la vie puisque ce méthyl-mercure est un puissant neurotoxique. Mais comment font les bactéries qui vivent dans l’eau pour transformer ce mercure libre en poison violent ? Tout simplement en utilisant deux enzymes à porphyrine et à ferrédoxine pour transférer un groupement méthyle. Ce mécanisme a été mis en évidence chez la bactérie Desufovibrio desulfuricans et une de ses cousines proches. Le système enzymatique assez complexe fait intervenir deux pigments, une porphyrine contenant un atome de cobalt et une ferredoxine contenant un atome de fer, rien que ça, le tout fonctionnant de concert avec une méthyl-transférase. Pourquoi ces bactéries s’ingénient-elles a rendre le mercure des milliers de fois plus toxique en le méthylant, la réponse n’est pas évidente, mais manifestement ces bactéries ne s’en portent pas plus mal. Par contre les humains sont exposés à un grave danger surtout quand on sait que le charbon est la principale source d’énergie électrique de pays comme la Chine, les USA ou l’Allemagne. On a raconté que la civilisation romaine avait disparu en raison d’un empoisonnement avec le plomb, va-t-on assister à une lente disparition de l’espèce humaine, cette fois à cause du méthyl-mercure gratuitement mis à notre disposition par des bactéries après avoir été massivement rejeté dans l’atmosphère et les rivières par les centrales électriques au charbon ?

La suite dans cinquante ans…

Source : Oak Ridge National Laboratory, Oak Ridge, Tennessee