L’inconséquence dangereuse de l’OMS

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En 2014 l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS ou WHO en anglais) a pondu un rapport de prospective relatif à la santé à l’aide de la médecine traditionnelle pour la période 2014-2023. Compte tenu du fait que dans de nombreux pays dont en particulier la Chine la « santé par les plantes » joue un rôle sanitaire important, il était donc du devoir des fonctionnaires de l’OMS de clarifier la situation. En effet, la santé dite par les plantes doit selon l’OMS être mieux documentée car le consommateur, attiré par le côté nature et écolo des plantes à usage thérapeutique, peut s’exposer à de graves dangers. La phytothérapie est devenue un business à part entière et des centaines de millions de personnes usent et abusent de plantes variées pour tenter de guérir de maladies ou d’affections parfois graves. Depuis le scandale des infusions amaigrissantes contenant de l’aristoloche l’OMS a émis des directives pour mieux identifier les principes actifs des plantes médicinales (s’il y en a effectivement) mais a par ailleurs fait preuve d’un laxisme étourdissant en se retranchant derrière l’argument facile de l’usage traditionnel. Pour cette organisation le fait que certaines plantes soient utilisées depuis de milliers d’années est un gage de sécurité.

Or ce scandale de l’aristoloche qui remonte à l’année 1991 est encore là pour prouver que les plantes médicinales, la plupart étant totalement inefficaces, peuvent aussi être très dangereuses. Dans la ville de Bruxelles une centaine de femmes furent conseillées par un charlatan afin de maigrir. Elle s’administrèrent donc quotidiennement une infusion d’herbes variées réunies selon les critères plutôt flous de la médecine traditionnelle chinoise. Ce mélange contenait de l’aristoloche, une plante particulièrement toxique provoquant à terme des cancers mais surtout de graves néphrites qui détruisent les reins. Plus de cent femmes d’une crédulité affligeante durent depuis se plier à des dialyses rénales régulières et une petite partie seulement put recevoir un rein d’un donneur anonyme ou familial. Ce scandale émut le milieu médical et également l’OMS mais pas tant que ça car ce dernier organisme préconise à nouveau un encouragement au recours des médecines traditionnelle et/ou alternative en particulier dans les pays en développement.

Le gros souci avec cette directive élaborée à grands frais est qu’aucun pays de l’OCDE n’a soumis aux instances de régulations un requête afin d’établir si ces produits sont réellement efficaces et s’ils ne présentent pas d’effets secondaires néfastes voire dangereux. Les plantes comme la plupart des compléments alimentaires échappent à tout contrôle. Pour vendre une saloperie qui peut vous détruire les reins ou qui est totalement inefficace il n’est pas nécessaire d’obtenir une autorisation de mise sur le marché (AMM). L’OMS s’en moque … Sous prétexte d’améliorer les conditions sanitaires dans les pays sous-développés il est donc vivement conseillé, selon ce document, d’avoir recours aux médecines traditionnelles y compris l’acuponcture et l’homéopathie ! Il est évident que l’OMS n’est pas un organisme scientifique, on s’en doutait, mais émettre des directives mettant potentiellement en danger des centaines de millions de personnes est tout simplement criminel.

Source et bonne lecture : apps.who.int/iris/jet-stream/10665/95009/1/9789242506099_Freud?ua=1

Un nouvel espoir pour le traitement de la maladie d’Alzheimer

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De nombreuses plantes ont été utilisées traditionnellement et le sont encore dans beaucoup de pays pour des usages thérapeutiques variés allant du traitement de la lèpre, des diarrhées, des fièvres et maux de tête, de la malaria et même pour réguler la tension artérielle ou venir à bout de l’impuissance sexuelle chez l’homme. Dans l’archipel de Sao Tomé et Principe, la médecine traditionnelle (illustration ci-dessus, source Université de Coimbra) utilise plus de 325 plantes différentes pour soigner diverses pathologies dont certaines considérées comme incurables, je veux parler ici encore une fois de la maladie d’Alzheimer. Avec la maladie de Parkinson, cette pathologie préoccupe de nombreux laboratoires dans le monde et en particulier le Salk Institute à La Jolla, Californie, qui est depuis de nombreuses années impliqué dans la neurobiologie en général. Une étude dirigée par le Docteur Antonio Currais conjointement menée entre cet institut et l’Université de Coimbra au Portugal s’est particulièrement focalisée sur quelques plantes endémiques de l’archipel de S. Tomé et Principe utilisées en médecine traditionnelles pour soigner les pertes de mémoire et le « gâtisme » qu’on a renommé maladie d’Alzheimer.

Pour réaliser ce type d’étude et éventuellement caractériser un principe actif dans une plante, il existe plusieurs approches pouvant être adaptées à ce qu’on appelle le screening haute fréquence réalisé le plus souvent par un robot. Ce type d’approche n’est possible que si on a préalablement mis au point un test par exemple pour une activité enzymatique ou pour le fonctionnement d’un récepteur à l’aide de signaux fluorescents facilement détectables par le robot. Pour certaines approches il est préférable et plus logique de mettre en place un test mettant en jeu non plus une entité biochimique définie mais une cellule vivante dont l’ensemble ou une partie seulement de son métabolisme ou de ses fonctionnalités pourront être modifiés ou infléchis dans une direction souhaitée pour atteindre un résultats satisfaisant. Il s’agit alors de tests phénotypiques impliquant donc une observation directe de, si l’on peut dire les choses ainsi, l’état de santé de ces cellules. Néanmoins dans les deux approches il faut disposer d’outils efficaces et si possible simples à mettre en œuvre pour détecter une activité biologique prometteuse. C’est ce dont dispose le Laboratoire de Neurobiologie Cellulaire du Salk Institute dans cette approche phénotypique plus proche de la réalité de l’organe étudié, ici le cerveau et ses cellules, avec naturellement toutes les facilités dont dispose l’Institut pour des analyses physico-chimiques sophistiquées des éventuels composés naturels identifiés comme actifs.

Dans ce laboratoire dédié entre autres sujets à des recherches sur la maladie d’Alzheimer, des lignées cellulaires ont été mises au point afin de mimer ce qui se passe au cours du développement de la maladie. Il s’agit avec ces lignées cellulaires cultivées dans des conditions précises d’évaluer l’effet des extraits de plantes sur la croissance ou l’état métabolique de ces cellules en culture. Dans le cas de la maladie d’Alzheimer on a identifié systématiquement une déficience en glutathion, l’antioxydant majeur des cellules et universel dans le monde vivant, conduisant à l’accumulation de dérivés oxydés toxiques et par voie de conséquence à la mort des cellules. Dans le cadre de cette étude des cultures de cellules neuronales de l’hippocampe (partie du cerveau) de souris ont été utilisées en induisant artificiellement un déficit en glutathion et en observant l’effet des extraits de plantes sur la survie des cellules. Avec cette même lignée cellulaire on peut induire artificiellement une chute de la production d’ATP, la source d’énergie de la cellule vivante, conduisant, comme ce qui est également observé dans la maladie d’Alzheimer, à une chute du métabolisme énergétique de la cellule nerveuse. Une autre lignée de cellules nerveuses utilisée (MC65 pour les intimes) présente une tendance à accumuler le peptide beta amyloïde, l’une des caractéristiques de la maladie, et finalement en mourir. Enfin, deux lignées cellulaires établies l’une à partir de la glie, le tissu de soutien architectural des neurones du cerveau et l’autre étant dérivée de cellules souches se différenciant en neurones de type sympathiques ou adrénergiques ont été utilisées. Dans ces deux derniers cas des outils chimiques externes permettent de perturber le fonctionnement de ces cellules en culture permettant une observation rapide et simplifiée de l’effet des extraits de plantes.

Parmi les quelques plantes ayant des effets anti-inflammatoires reconnus par la pharmacopée traditionnelle de S. Tomé et Principe et présentant également des effets potentiels sur le système nerveux central, une seule plante s’est montrée positivement active sur la série de tests utilisés, il s’agit d’un arbre nommé voacanga (Voacanga africana) ou encore Cata-manginga dans le dialecte local de l’archipel et réputé pour traiter les désordres mentaux. Un alcaloïde appelé voacamine a pu être isolé et sa structure identifiée. A titre documentaire voici sa structure :

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Bien entendu ce résultat va déboucher sur une étude plus détaillée du mode d’action au niveau moléculaire de ce composé dans les cellules nerveuses car toutes sortes de questions se posent pouvant au final élucider l’inter-relation entre anti-oxydants, ici le glutathion, chute de la production d’énergie et dérèglement de la synthèse protéique concommitentes. Tous ces processus semblent liés et il se peut que la cause primaire de la maladie d’Alzheimer puisse être précisée par l’approche « phénotypique » adoptée dans ce laboratoire. Comme pour la DMLA dont j’ai parlé dans un récent billet de ce blog, tout provient peut-être d’un stress oxydatif progressivement hors de contrôle auquel cette approche expérimentale pourra peut-être trouver une explication avec la voacamine comme outil d’investigation.

Il est naturellement hors de question de pouvoir synthétiser une telle molécule aussi complexe et il est également hors de question de fonder un espoir de traitement de la maladie d’Alzheimer demain matin même si cette molécule semble être particulièrement prometteuse selon les résultats obtenus in vitro avec des cultures de cellules car tout le problème avec le cerveau consiste à imaginer un stratagème permettant de contourner la fameuse barrière de perméabilité des composés chimiques qui n’arrivent que très rarement à pénétrer jusqu’aux neurones. L’une des voies d’approche consisterait à fixer des molécules de glucose sur cette architecture carbonée complexe afin de favoriser sa disponibilité dans le cerveau, mais ce travail pourra être de longue haleine et confié à des chimistes disposant d’une grande expérience dans ce domaine. Toujours est-il que cette molécule effroyablement complexe présente tellement d’effets positifs sur les cellules nerveuses en culture, précisément sur la protection de leur phénotype normal, que l’on est en droit de fonder quelques espoirs sur la mise au point d’un médicament.

Comme le disait très justement Guillaume d’Orange (755-812) dans La Geste de Garin de Monglane « Il n’est point nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer », une devise qui s’applique parfaitement à ce travail remarquable.

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Sources : Salk Institute, article aimablement communiqué par le Docteur Antonio Currais, DOI: 10.1016/j.jep.2014.06.046 . Illustrations : Abbaye de St-Guilhem-le-Désert fondée en 804 par Guillaume d’Orange, Wikipedia, médecins traditionnels à Sao Tome et Principe, Université de Coimbra.

La médecine traditionnelle par les plantes et la « doctrine des signatures »

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Pendant des milliers d’années, bien avant la médecine moderne, choisir des plantes qui non seulement ne nous tuaient pas mais pouvaient au contraire nous soigner était un exercice périlleux d’essais et d’erreurs. Et comme la croyance en une force surnaturelle fut plus tard assimilée à un dieu ou des dieux, il parut normal dans l’esprit des hommes que les plantes étaient un don de ces dieux pour trouver des traitements à leurs maladies. Par un effet inattendu d’anthropomorphisme apparut la « doctrine des signatures » pour trouver des plantes susceptibles de présenter un avantage thérapeutique. Cette doctrine remontant à l’aube de l’humanité était basée sur le fait que la forme des plantes, des racines, des fruits, des feuilles ou des noix et autres graines rappelant certaines parties du corps humain étaient par voie de conséquence bénéfiques pour traiter les maladies affectant des organes de la même forme. L’un des exemples les plus connus, mais jamais vérifié, est de traiter toutes les affections de la tête, que ce soient des vertiges, des crises d’épilepsie ou de simples maux de tête, en mangeant des noix (voir l’illustration ci-dessous) parce que les noix rappellent l’aspect du cerveau. Nos très lointains ancêtres pratiquaient la trépanation et ils connaissaient donc l’aspect du cerveau, sans oublier naturellement l’anthropophagie naturellement pratiquée ces derniers.

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Un autre exemple est la sanguinaire dont la sève rouge était supposée soigner les maladies du sang ou encore le saxifrage, capable de casser les cailloux en s’infiltrant dans les fissures, devait donc être capable de réduire en poussière les calculs rénaux, la gravelle comme disaient les anciens. Les graines de l’Anchise (Anchusa officinalis) qui ressemblent vaguement à une tête de vipère étaient supposées soigner les piqûres de serpent …

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Pline l’Ancien se pencha sur cette curieuse pratique médicinale et plus tard le médecin germano-suisse Paracelse, dans les années 1500, écrivait ceci : « l’âme ne perçoit pas les constructions internes et externes des plantes et des racines, mais il les perçoit intuitivement grâce à leur forme extérieure, leur signature (Signatum) ». D’un point de vue théologique, la création de la Terre par Dieu comprenait non seulement celle de l’homme et des animaux mais également celle des plantes bénéfiques pour ces derniers.

Sur plusieurs milliers de plantes utilisées par l’homme à des fins alimentaires ou thérapeutiques ayant des feuilles en forme de cœur et donc éventuellement efficaces pour traiter les maladies de l’organe homonyme, environ 80 ont été sélectionnées au hasard pour une étude ultérieure. Parmi ces dernières, 21 étaient déjà utilisées en médecine traditionnelle et seulement trois d’entre elles présentent une réelle efficacité pour les maladies cardiaques. Si ce genre de résultat est favorable à la « doctrine de la signature » il reste tout de même des exceptions qui ne confirment pas la règle. Pour preuve l’ipomée (Ipomea lacunosa) dont les feuilles sont en forme de cœur était utilisée traditionnellement par les Indiens Chiricahua pour traiter les maladies de cœur. Or il se trouve que les racines contiennent un alcaloïde très toxique et ce dernier ne présente aucune propriété thérapeutique intéressante sinon de précipiter le consommateur des tubercules de cette plante dans la tombe.

Contrairement à l’homéopathie qui est une vaste fumisterie, la « doctrine de la signature » présente au moins l’avantage de faciliter la mémorisation des plantes susceptibles d’être efficaces pour le traitement d’une pathologie puisqu’il y en a tout de même un certain nombre. Pour rappel, près de 60 % des médicaments communément utilisés dérivent de plantes ou de champignons microscopiques, l’un des exemples les plus connus étant l’aspirine, un dérivé de l’acide salicylique présent dans les feuilles et l’écorce des saules. Hippocrate décrivait l’effet d’une infusion d’écorces de saule ou d’osier pour traiter les maux de têtes, les rhumatismes ou encore les règles douloureuses. De là à faire le rapprochement avec la malaria qui infestait du IXe au XIIe siècle une grande partie de l’Europe, réchauffement climatique médiéval oblige, il n’y eut qu’un pas puisque les saules avaient tendance à pousser près des marais, justement là où on attrapait la « fièvre des marais » ou malaria, le mot paludisme provenant de la racine latine palus signifiant également marais. L’écorce de saule fut donc reconnue dans la mémoire populaire comme soignant la fièvre du paludisme et les autres fièvres uniquement parce qu’elle contient de l’acide salicylique …

Un fameux contre-exemple est l’usage traditionnel de l’orchis des champs humides, de la famille des orchidées. Cette plante commune possède un rhizome curieusement formé de deux globules rappelant deux testicules, certes petits par la taille, mais cette ressemblance (voir l’illustration) avec les génitoires de l’homme a immédiatement fait penser qu’elle pouvait traiter les orchites (d’où ce nom) et les troubles de l’érection.

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Le priapisme contrôlé faisant partie de l’un des fantasmes de l’homme pour assurer sa domination sexuelle, l’orchis a été utilisé en médecine traditionnelle avec des résultats plutôt décevants puisque le rhizome de l’orchis contient des alcaloïdes et des phénols qui ont la fâcheuse tendance à provoquer de douloureuses crampes d’estomac. Autant donc éviter ce traitement pour atteindre une érection durable !

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En résumé la « doctrine de la signature » n’eut qu’une utilité, faciliter la mémorisation des plantes à usage thérapeutique traditionnel prouvé ou non et c’est comme l’homéopathie une vaste supercherie …

Source partielle : Wired.com

Lire aussi : https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/04/09/lhomeopathie-revisitee/