Le stress et le chien du voisin …

Depuis quelques semaines, j’étais dérangé dans ma tranquillité par un chien que ses maîtres abandonnaient sur leur balcon lorsqu’ils s’absentaient et qui manifestait son mécontentement et sa réprobation par des aboiements presque continus et parfois pendant plusieurs heures. Comme en Espagne le non-respect de la loi est inscrit dans les gènes de chaque individu, peut-être depuis la disparition de Franco, allez savoir, il est en effet interdit d’abandonner un chien sur un balcon dans la ville de Santa Cruz de Tenerife, tenter de remédier à une telle situation relève du parcours du combattant car les institutions en place pour faire respecter cette loi que personne ne respecte dans les faits ne sont pas très enclines à s’investir dans des procédures qui sont le plus souvent un échec. Je suis allé déposer deux plaintes à la police locale. Comme je suis étranger c’est comme si j’avais pissé dans un Stradivarius. J’ai appris que ce type de problème canin relevait d’un service spécial de la mairie qui dépend également de la Guardia Civil, l’équivalent de la gendarmerie. J’ai donc déposé une plainte à la mairie et la préposée à l’accueil des honorables citoyens m’a fait savoir à demi-mots qu’elle n’était pas très courageuse sachant que le chien serait confisqué et probablement tué par injection quelques jours plus tard. Comme si les chiens avaient plus d’importance que les humains. A en juger par son aspect, une centaine de kilos bien coincés sur une chaise à roulettes qu’elle ne quittait pas y compris pour aller chercher un dossier ou activer la photocopieuse, me parut être conforme à son propos : à l’évidence elle ne s’occupait pas trop de son aspect physique et si elle avait elle-même un chien elle devait certainement le dorloter beaucoup mieux que sa propre personne condamnée à toutes sortes de maladies résultant de son surpoids aux proportions gigantesques et répugnantes.

Pendant ces quelques semaines je me suis donc retrouvé dans un état de stress permanent à cause de ce chien, jusqu’à ce que je décide de menacer ma propriétaire (je suis locataire) de quitter l’appartement que je lui loue, opération que je peux réaliser en une heure montre en main, en la menaçant de la poursuivre en justice pour m’avoir loué un appartement m’exposant à un risque pour ma santé. Le stress est en effet un danger mortel car il induit une multitude de réponses cérébrales qui altèrent l’ensemble de l’organisme pouvant aller jusqu’à un accident coronarien.

Faire appel à ma propriétaire fut donc une réaction de survie en cas de stress intense que l’on nomme la réponse combat-fuite (fight-or-flight response : http://en.wikipedia.org/wiki/Fight-or-flight_response ) qui dans ma situation se résumait donc à deux alternatives, fuir, donc déménager en catastrophe (et éviter la catastrophe) ou combattre en une tentative ultime consistant à aller frapper à la porte d’un avocat. J’avais en quelques semaines souffert de tous les symptômes du stress sur lesquels je n’avais plus de pouvoir car tout est alors régi par le système nerveux autonome. Les effets su stress vont d’une accélération du rythme cardiaque avec augmentation de la tension artérielle jusqu’à des troubles digestifs et pire parfois, des dommages cellulaires irréversibles.

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Tout commence par l’activation de la sécrétion d’une hormone appelée ACTH, acronyme de adrenocorticotropic hormone, une petite protéine sécrétée par l’hypophyse et qui active les glandes surrénales. Cette sécrétion est induite par une autre petite protéine provenant de l’hypothalamus, le CRF, après avoir reçu le signal primaire de la situation de stress depuis une région du cerveau appelée amygdale, le siège des réactions à la peur, à la perception des dangers ou encore à l’agressivité et au comportement sexuel. On subit donc le stress sans avoir le pouvoir de le combattre. Mais un tel système ne peut pas ne pas être régulé sinon tout le monde souffrirait de stress d’une manière ou d’une autre. La nature a donc bien fait les choses car il existe effectivement un mécanisme atténuateur des effets du stress constitué d’un autre petit neuropeptide de 17 acides aminés, la nociceptine qui possède son propre récepteur (NOP) et qui va en partie atténuer les effets du stress. On comprend dès lors facilement pourquoi les recherches dans ce domaine sont intenses car il suffirait de trouver un produit qui puisse aller se fixer sur ces récepteurs et ainsi on disposerait de l’arme anti-stress peut-être pas absolue mais néanmoins utile pour certaines situations difficiles. Cependant, on pourrait se demander pourquoi orienter de telles recherches vers le récepteur NOP puisqu’en fait l’injection de nociceptine dans le cerveau augmente la perception de la douleur et bloque également les effets de la morphine. L’étude conduite en trois temps par le Professeur Marisa Roberto à la Scripps Institution à La Jolla (voir photo) a consisté à suivre l’apparition des récepteurs NOP dans l’amygdale et en cas de stress la synthèse de ces récepteurs est considérablement augmentée. Le Professeur Roberto a alors mesuré l’activité électrique des neurones de l’amygdale en situation de stress et l’effet de la nociceptine sur cette activité qui se trouve effectivement diminuée par ce neuropeptide et ceci d’autant plus que le stress est intense. L’étude a été réalisée sur des rats qui comme chacun sait peut-être sont très sensibles aux stress. Enfin, comme il fallait contrôler ces résultats sur le comportement des rats, si ces derniers étaient traités avec ce neuropeptide, par injection directe au niveau de l’amygdale, ils devenaient pratiquement insensibles aux stress tels qu’appliqués selon des protocoles parfaitement définis que n’importe quel chercheur peut reproduire. Le Professeur Roberto a ainsi déclaré que « l’exposition à un stress conduit à une sur-expression du système nociceptine/NOP dans l’amygdale qui apparaît être une réponse feed-back adaptative inventée par l’organisme pour ramener le cerveau vers un état normal. On peut suspecter que le stress chronique induit des changements dans les neurones de l’amygdale qui peuvent contribuer au développement de certains désordres de l’anxiété ». Des analogues de la nociceptine pouvant être administrés oralement sont en cours de développement et certains d’entre eux n’ont pas d’effets adverses et sont bien tolérés par les rats. Pour l’homme ce sera peut-être pour bientôt

Source : Scripps Research Institute News Release