Chronique cinématographique

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Il m’arrive d’aller fouiller dans mes disques durs pour visionner un film. Hier soir, j’ai regardé Uranus. Ce n’est pas un film de science-fiction avec des voyages interplanétaires, non, c’est une peinture sarcastique et acide de la société française au lendemain de la Libération dans un village anonyme en partie détruit par les bombardements avec sa gendarmerie, sa gare SNCF, son parti communiste – comme dans beaucoup de villes et villages en 1946 – son instituteur, sa milice et ses anciens collaborateurs, ses bistrots et son monument aux morts. Seule l’Eglise échappe aux sarcasmes de Marcel Aymé, l’un de mes auteurs préférés de la littérature contemporaine. Marcel Aymé était anti-clérical, anti-militariste, opposé à la politique et aux politiciens, détracteur de la police et de la gendarmerie, peut-être le dernier grand anarchiste français dont les seules armes étaient ses romans.

En regardant ce film de Claude Berri (1990) avec une distribution somptueuse et admirablement bien choisie, Michel Blanc, Gérard Depardieu, Jean-Pierre Marielle, Philippe Noiret, Michel Galabru, Fabrice Luchini, Daniel Prévot ou encore Ticky Holgado, je me suis demandé comment un Marcel Aymé, aujourd’hui, décrirait la société française. Finalement ce serait avec la même ironie car la nature humaine n’a pas fondamentalement changé en 70 ans. Les mêmes basses magouilles politiciennes, les mêmes délateurs, la même gauche et la même droite, les mêmes citoyens ordinaires, les mêmes parasites, les mêmes riches et les mêmes pauvres constituent une société qui tente de vivre, de survivre, dans une harmonie illusoire. Marcel Aymé se délecterait des faits de société comme par exemple les malversations financières d’un Nicolas ou les histoires de jupon d’un François. Il adorerait les histoires de climat mais serait probablement dépassé par la mondialisation sauvage organisée par des acteurs qui sévissent en dehors des règles élémentaires de la démocratie, je pense aux accords commerciaux USA-Europe en cours de gestation ultra-secrète, comme tout autant les malversations des banquiers centraux. L’ère de la télévision, de l’internet et des téléphones cellulaires a radicalement changé nos comportements mais finalement, confrontés à une guerre et à ses désastres, on retrouverait peu ou prou les mêmes personnalités que celles présentées dans le roman de Marcel Aymé si subtilement animées par Claude Berri …

Ca ne va pas fort …

La publication par Markit des indices PMI (purchase manager index qu’on peut traduire par « moral du directeur des achats ») pour la France, l’Allemagne et la zone euro n’arrivera pas à convaincre le gouvernement socialo-marxiste qu’on ne voit toujours pas le bout du tunnel contrairement à ce qu’ils clament en boucle.

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Tout indice PMI inférieur à 50 signifie que c’est la morosité et en France cette morosité semble s’être installée depuis le milieu de l’année 2011 et quand on sait que plus de 4000 entreprises de toutes tailles ont tiré le rideau au mois d’avril on ne peut que constater que malheureusement le pays s’enfonce inexorablement dans une dépression durable. Autre signe inquiétant, les Français épargnent au lieu de consommer malgré un taux d’intérêt du Livret A ridiculement faible qui pourrait devenir négatif si l’inflation augmentait en raison des brouettées d’euros que la BCE disperse chaque jours. C’est la panique à bord, les rats (les méchants riches pestiférés) fuient le navire. Et au niveau mondial, ce n’est pas mieux puisque l’indice BDI stagne en eaux troubles depuis des mois, ce qui signifie que le commerce international plonge aussi.

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Il y a une étonnante similitude entre la courbe d’évolution du PMI et le BDI, à une différence notoire près si l’on considère la courbe verte qui est l’indice moyenné sur six mois (rouge sur 20 jours) et il n’y a pas d’espoir de reprise du volume des échanges commerciaux avant au minimum six mois puisque l’indice BDI a atteint le fond et pire, il s’y maintient. On peut enfin imaginer le pire des scénarios qui serait celui d’une dégradation de la note de la dette française en raison de l’immobilisme idéologique du gouvernement qui refuse obstinément de réformer en profondeur un système social suranné datant de la fin de la guerre et mis en place par les communistes, vous vous souvenez, les FTP qui après avoir soutenu le régime de Vichy et fait voter des lois et des dispositions toujours en vigueur comme les allocations familiales, la sécurité sociale ou encore l’ordre des médecins, mais oui ça date de Vichy, retournèrent casaque après l’opération Barberousse en 1941, c’est dire à quel point le système français est surréaliste, il n’est plus un modèle mais un contre-modèle, l’illustration même de ce qu’il ne faut pas faire dans un système économique mondialisé et ouvert. Voilà pourquoi on ne peut qu’être pessimiste. Comme se plait à le rappeler H16, la France est foutue ! J’ai écrit ce billet car j’avais regardé (encore une fois) l’excellent film de Claude Berri « Uranus » mettant en scène un magistral Depardieu aux côtés de Marielle, Noiret, Lucchini, Galabru et Michel Blanc dans une France rurale au sortir de la guerre sur une idée de Marcel Aymé qui jamais ne dissimula sa haine des curés et des communistes. A revoir.