Après la brebis Dolly les Britanniques toujours à l’avant-garde

Capture d’écran 2016-12-05 à 10.54.43.png

Le Royaume-Uni va devenir le premier pays à autoriser les naissances d’enfants avec deux mères génétiques et un père géniteur. J’avais relaté sur ce blog cet évènement assez exceptionnel début octobre (lien ci-dessous). En théorie la micro-extraction du matériel génétique de la mère que contient l’ovocyte (ou ovule haploïde) et la réimplantation de ce même matériel provenant d’une autre mère afin d’éliminer les risques de maladies dues à une déficience de l’ADN mitochondrial conduit à un nouvel ovocyte sain qui pourra être fécondé avec des spermatozoïdes du père biologique. Ce genre de manipulation (photo ci-dessus) doit être réussi à 100 % afin d’être autorisé or une étude réalisée en Ukraine non pas pour réimplanter des oeufs fécondés, donc avec « deux » mères et un père, mais pour valider cette technique a montré que sur 15 embryons produits à partir d’ovocytes de mères saines dans lesquels ont été introduits les matériels génétiques d’ovocytes de 4 mères ayant des mitochondries défectueuses a abouti à trois embryons eux-mêmes défectueux. Que mes lecteurs se rassurent ces embryons ont été utilisés pour produire des cellules souches et ont donc été détruits.

Ce résultat indique donc qu’il existe au cours de la micro-manipulation un phénomène dit de « carry-over », en d’autres termes l’extraction du noyau haploïde n’est pas à 100 % exempt de mitochondries défectueuses. Comme le montre le cliché ci-dessus la manipulation elle-même à l’air propre et pourtant dans les cellules souches obtenues à partir de ces 15 embryons il y avait un défaut s’élevant à 20 % (3/15). Les instances gouvernementales britanniques ont donc autorisé les travaux de recherche dans ce domaine afin d’améliorer la technique pour pouvoir dans un avenir supposé proche obtenir un « zéro fautes » … L’approche préconisée par les autorités (HFEA, Human Fertilisation and Embryology Authority) est de trouver une mère donneuse d’ovocyte sain dont le patrimoine génétique (ADN nucléaire ou du noyau) est proche de celui de la mère déficiente et diffère seulement au niveau de l’ADN mitochondrial. On parle ici d’haplotype, un terme désignant les différences génétiques générales entre groupes humains.

L’enfant né au Mexique avec « deux mères », une mère génétique – la vraie mère – et une « mère mitochondriale », si on peut dire les choses ainsi, fait l’objet de toutes les attentions. Les travaux de recherche clinique à son sujet ont ainsi montré que les mitochondries défectueuses de sa mère génétique étaient absentes dans certains tissus mais présentes jusqu’à hauteur de près de 10 % dans d’autres tissus, ce qui indique donc que la technique est encore imparfaite et ce n’est pas parce qu’elle a été pratiquée au Mexique qu’elle est imparfaite mais que le concept expérimental n’est pas totalement « propre » et doit donc être amélioré. C’est ce qu’ont donc décidé les autorités britanniques. Affaire à suivre.

Source et illustration : Nature.com

https://jacqueshenry.wordpress.com/2016/10/01/un-bebe-avec-deux-mamans-et-un-papa/