Histoire de malaria et de moustiques …

En regroupant une série de statistiques internationales le nombre de décès d’êtres humains provoqués par des créatures vivantes depuis le début de l’année 2000 ressort ainsi :

1. Moustiques : 8 000 000 (environ 450 000 par an, surtout des enfants)

2. Êtres humains (guerres, attentats, homicides) : 475 000 (également beaucoup d’enfants)

3. Serpents (essentiellement en Inde) : 50 000

4. Chiens et mouches des sables : 25 000 chacun

5. Mouche tse-tse et mouche assassine : 10 000 chacune

Les crocodiles pourtant considérés comme les pires ennemis de l’homme sont classés en 10e position avec 1000 morts, les hippopotames 500 morts, les éléphants et les lions, 100 morts chacun, les requins et les loups arrivent enfin en 15e position avec chacun 10 morts par an.

Pourtant, en revenant au tueur numéro un de ce palmarès macabre 11 milliards de dollars sont dépensés chaque année uniquement pour se protéger des piqûres de moustiques. À vrai dire les moustiques ne sont pas létaux directement : la raison pour laquelle ils tuent tant d’êtres humains tient au fait qu’ils transmettent au moins 15 armes biologiques de destruction massive sous forme de parasites et de virus. Les moustiques sont les vecteurs de ces maladies comme des drones pourraient aussi transporter des bombes chargées d’armes biologiques. Si les moustiques n’existaient pas la palme des destructions reviendrait aux hommes, instinctivement tueurs et destructeurs, suivis de loin par les serpents, surtout les cobras.

Notre système immunitaire est très bien adapté à notre environnement. La preuve a été apportée lors des conquêtes de pays éloignés de cet environnement natal. Les Européens ont décimé des populations entières en Amérique latine, en Afrique et dans les îles du Pacifique non pas par les armes mais en important des armes biologiques de destruction massive telles que la rougeole, la variole et la grippe lors des colonisations successives car les peuplades natives n’étaient pas immunisées. En retour beaucoup de ces Européens ont été mis à genoux par des maladies auxquelles ils n’étaient pas habitués comme celles inoculées par les femelles des moustiques. Dans n’importe quel pays infesté de moustiques porteurs de maladies (ou non) dès le coucher du Soleil ces drones ailés viennent rapidement piquer les chevilles, ils adorent les chevilles car elles sont bien vascularisées et ne sont jamais trop éloignées du sol !

Le moustique s’immobilise sur la peau à l’aide de ses six pattes munies de fins crochets et en quelques secondes trouve un vaisseau « intéressant » qu’il va atteindre rapidement avec un appareil buccal très sophistiqué qui ressemble à un couteau électrique avec deux lames agissant en va-et-vient et qui ménage un passage dans la peau à l’appareil de succion, le proboscis, une sorte de fin tuyau, la seringue hypodermique qui pompera 4 à 5 milligrammes de sang, trois fois le propre poids du moustique, tandis qu’une autre « seringue » injecte de la salive contenant des produits anti-coagulants. C’est la salive qui transmet les maladies et c’est l’anti-coagulant qui provoque les démangeaisons cutanées. Par expérience personnelle, dans un environnement quelconque, le moustique (femelle de l’Anophèle) va rechercher du sang 48 à 72 heures avant que le temps devienne pluvieux car il faut de l’eau pour que les oeufs survivent et se transforment en larves et pour que les oeufs arrivent à maturité il faut également un séjour de 48 heures dans l’utérus du moustique, la femelle, car les mâles se contentent de nectar de fleurs … et de sexe. Ils peuvent en effet féconder plusieurs femelles au cours de leur vie aérienne. Cependant le moustique tigre pique n’importe quand car il lui faut très peu d’eau pour que les oeufs survivent après la ponte et se transforment en larves.

Contrairement aux idées reçues, les moustiques ne sont pas particulièrement attirés par les blondes ni par des odeurs corporelles inhabituelles comme celles différenciant, semble-t-il, les Blancs des Noirs. Par contre les moustiques sont 2 fois plus attirés par les personnes ayant un sang de groupe O que celles ayant un sang de groupe A, et juste un peu moins attirés par celles ayant un sang de groupe B. Les odeurs corporelles jouent enfin un rôle essentiel pour que les moustiques pénètrent dans les habitations et s’immobilisent dans l’obscurité en attendant que leur proie survienne, proie qu’ils localisent dans l’obscurité totale à l’aide de détecteurs infra-rouges tout aussi sophistiqués que leur appareil buccal.

Pour les odeurs corporelles naturelles ou non, les moustiques n’aiment pas particulièrement les personnes qui se lavent mal mais ils sont attirés par celles qui dégagent des odeurs de pieds insistantes car les bactéries qui provoquent ces odeurs produisent aussi des substances chimiques présentant de réelles propriétés aphrodisiaques pour les moustiques. Les parfums, eaux de toilettes et autres savons odorants n’ont aucun effet répulsif, bien au contraire. Il a été observé que les buveurs de bière étaient très recherchés par les moustiques, peut-être dégagent-ils plus de CO2 (encore lui !) que les personnes qui ne boivent pas de bière. La femelle du moustique est en effet capable de détecter le CO2 exhalé par une proie humaine à plus de 50 mètres, un drone téléguidé par ce gaz et les radiations infra-rouges. Pour terminer ce tableau, terrifiant si vous transpirez, votre transpiration contient de l’acide lactique et l’odeur de cette substance attire particulièrement les moustiques et les femmes enceintes qui exhalent 20 % de plus de CO2 attirent significativement plus les moustiques que les autres femmes, phénomène qui aggrave la situation en cas de transmission du Zika ou de la malaria.

Une autre idée reçue consiste à croire que les moustiques femelles, après avoir déposé leurs oeufs, sont promises à une mort rapide. Il n’en est rien. Ces sales animaux volants peuvent vivre trois semaines, s’accoupler à nouveau après la ponte et piquer à nouveau une proie. C’est là que réside le fait que les moustiques peuvent transmettre des maladies infectieuses car le réservoir de ces maladies transmissibles à l’homme, c’est justement l’homme lui-même. Et au cours de ses trois semaines de vie, la femelle a largement l’occasion de recharger ses glandes salivaires en parasites ou en virus. Je souffre moi-même de crises de malaria depuis plus de 20 ans (P. vivax) et lorsque j’ai une crise, si un moustique me pique il y a tout lieu de penser que lors d’une autre piqûre motivée par la nécessité d’amener à maturation des oeufs fécondés, ce même moustique femelle pourra transmettre la malaria dont je souffre à une autre personne.

L’évolution a admirablement bien adapté les Plasmodium car ces parasites doivent « vivre » un cycle particulier dans les glandes salivaires du moustique.

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De plus ces parasites ne tuent pas systématiquement leur hôte final, l’être humain et certains primates, et c’est aussi la raison pour laquelle ils ont survécu à des milliers d’années d’évolution. Le cycle de vie des Plasmodium leur permet de survivre mais aussi à leur hôte de survivre en grande majorité malgré le grand nombre de morts. D’une manière générale tous les agents pathogènes se sont adaptés au cours de leur évolution pour survivre et se multiplier avant la mort de leur hôte. Certains virus comme le HIV ont poussé la sophistication de leur survie en traversant librement la barrière placentaire. Bien d’autres agents pathogènes, outre les Plasmodium, ont besoin d’un véhicule pour être transmis comme les puces, les mouches, les tiques, les mites ou les moustiques. Le typhus, la peste bubonique, la maladie de Chagas, la trypanosomiase ou maladie du sommeil, la maladie de Lyme en sont des exemples. Les moustiques sont les maîtres incontestés dans l’art d’évoluer et il en est de même des parasites et autres virus qu’ils véhiculent.

Par exemple lors de la bataille de Londres, consistant pour l’armée allemande à bombarder à l’aveugle la capitale britannique, la population se réfugiait dans les galeries du métro, les caves et d’autres souterrains, y compris les collecteurs d’égouts. Les moustique Culex, habitués à se nourrir essentiellement avec du sang des oiseaux et très accessoirement des êtres humains, soumis aux mêmes conditions de survie que leurs proies, apprirent à se nourrir du sang des souris, des rats et éventuellement du sang des animaux de compagnie des humains. Il y a aujourd’hui toujours dans le métro de Londres des descendants de ces moustiques qui ont évolué le temps du Blitz de 1940-41 !

Le Plasmodium vivax ainsi que les autres Plasmodium est un parasite réellement diabolique car au cours de son cycle de vie il change en permanence de forme ainsi que de couverture protéique. C’est la raison pour laquelle il est si difficile à attaquer avec des produits chimiques ou des vaccins car il a trouvé une parade inattaquable : rester dormant dans le foie puis attaquer périodiquement les globules rouges du sang dans lesquels il pénètre pour se protéger et s’y multiplier de manière asexuée. Ce processus dure environ 48 heures et se reproduit plusieurs fois de suite, en général trois fois. Chaque cycle est signalé à l’hôte par une violente crise de fièvre passagère qui disparaît en quelques heures pour réapparaître quelques 48 heures plus tard. Lors de la littérale explosion des hématies un signal chimique synthétisé par cette forme asexuée du parasite et encore mal identifié se retrouve dans la sueur. Ce signal indique au moustique qu’il faut s’abreuver de ce sang chargé en parasites qui vont ainsi compléter leur cycle de reproduction dans les glandes salivaires du moustique. Plus sophistiqué encore, lorsque les glandes salivaires sont progressivement envahies par les formes sexuées du parasite qui sont confinées dans des sacs appelés oocystes (stade 11 dans l’illustration). Cette accumulation inhibe en partie la sécrétion de salive et la femelle du moustique n’a pas le temps de récupérer la totalité du sang dont elle a besoin en une seule piqûre. Elle est alors obligée de trouver d’autres victimes accélérant ainsi le processus de contamination par le parasite à d’autres personnes. Stratégie tout simplement admirable !

Source : partiellement inspiré d’un article paru sur The Guardian, illustration CDC.

Notes. La mouche des sables est le vecteur du redoutable virus de Chandipura provoquant une maladie proche de la rage et à de rares exceptions mortelle. Cette mouche est aussi un agent transmetteur de la leishmaniose. Certaines mouches des sables se contentent d’arracher littéralement un morceau de chair qui s’infecte très rapidement dans certaines contrées comme par exemple les îles Marquises.

La controverse soulevée par les protecteurs de l’environnement à propos d’un lâcher de moustiques anophèles génétiquement modifiés pour ne produire que des mâles est infondée sous le fallacieux prétexte que l’écosystème serait gravement modifié car le moustique n’est que rarement consommé par les créatures mangeuses d’insectes. Lors de l’éradication systématique des moustiques de la côte sud-ouest de la France, de la Camargue à la frontière espagnole il y eut de timides mouvements de protection de la nature. Depuis cette date, aux alentours des années 1970, alors que la côte méditerranéenne était infestée de moustiques et hostile à tout développement touristique un nouvel équilibre du biotope s’est établi et cette partie de la France du sud n’a jamais connu de « printemps silencieux » comme le prétendit Rachel Carson dont le livre conduisit à l’interdiction en 1972 du DDT, le plus grand crime contre l’humanité jamais perpétré par l’homme. Depuis cette date, en effet, le nombre de morts attribués à la malaria et autres maladies transmises par les moustiques a dépassé celui de toutes les guerres depuis le début du XXe siècle y compris au moins 20 millions d’enfants. Il n’existe malheureusement pas d’insecticides spécifiques du moustique et le DDT, classé comme cancérigène probable au même titre que le glyphosate, serait aujourd’hui rapidement interdit sous la pression des ONGs …

Au Myanmar le combat contre la malaria s’organise

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La Birmanie ou Myanmar défraye la chronique internationale en raison du conflit religieux et ethnique entre les Rohingyas musulmans et les bouddhistes. Ces Rohingyas sont indésirables tant au Myanmar qu’au Bangladesh et ce dernier pays a décidé de parquer quelques réfugiés dans une île isolée au large du delta du Gange. Mais le Myanmar est beaucoup moins connu pour son action sanitaire de grande ampleur et de longue haleine pour contenir la malaria. Ce pays couvert de forêt tropicale humide est totalement infesté de moustiques anophèles qui transmettent la malaria. Les villageois qui côtoient ces forêts constituent le réservoir du Plasmodium et la stratégie adoptée depuis plusieurs décennies pour sinon éradiquer du moins contenir la malaria est de réduire ce réservoir au niveau local, c’est-à-dire de réduire la population villageoise porteuse de plasmodium, et non pas d’utiliser massivement des insecticides pour éradiquer les moustiques, une mission impossible en pratique.

Cette stratégie consiste à entrainer des personnels pour dépister systématiquement les sujets infectés et d’une part les traiter avec des médicaments anti-malaria et d’autre part à traiter l’ensemble de la population du même village avec ces mêmes médicaments. Le principe est simple. Le cycle de reproduction sexuée du parasite à l’intérieur des glandes salivaires du moustique pour produire des sporozoïtes, la forme transmise par piqûre, est alors rompu si tous les habitants d’un village donné sont exempts de parasite à la suite de ces traitements médicamenteux.

Cette approche semble prometteuse puisque les résultats montrent que dans de nombreux villages, plus d’une cinquantaine, ayant servi de plateforme d’essai et de mise au point de cette stratégie les cas de malaria ont pratiquement disparu. Cette stratégie met à profit le fait que les moustiques ne parcourent jamais de très longues distances. Mais la vigilance reste de mise car l’éradication ne peut être vraiment atteinte que si le nombre de cas reste nul pendant plusieurs années. Il apparaît alors deux situations qui doivent être prises en compte. D’une part un manque de vigilance en cas de fièvre, il faut rapidement dépister la cause de la fièvre à l’aide du test sanguin et le dépistage est peu coûteux et simple à mettre en oeuvre. Si le sujet s’avère positif il doit être immédiatement traité et isolé afin d’éviter que des moustiques s’en approchent. D’autre part l’immunité des individus diminue puisqu’ils ne sont plus en contact avec le parasite et ils deviennent ainsi plus vulnérables à une nouvelle infection. La Fondation Bill & Melinda Gates est très impliquée dans ce programme d’éradication d’un nouveau genre mais les projections de cet organisme indiquant une possible éradication totale de la malaria à l’horizon 2030 paraissent optimistes. Il y a en effet d’autres maladies qu’il faudrait aussi prendre en considération et qui demanderaient les mêmes efforts comme la tuberculose et le HIV également endémiques au Myanmar.

Source : Bill & Melinda Gates Foundation

Note. Au sujet de l’immunité supposée protéger contre la malaria je voudrais mentionner ici mon cas personnel. Je souffre de la malaria (P. vivax) depuis maintenant 21 ans et si les crises, aujourd’hui, n’ont plus la même ampleur que les premières, celles-ci n’ont pas disparu, loin de là. Il me semble, mais ce n’est qu’une opinion personnelle, que parler d’immunité dans le cas du P. vivax paraît abusif sinon excessif.

Le CO2 et les moustiques : une fantastique coopération !

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Il y a maintenant 20 ans que Dame nature, que d’aucuns voudraient protéger quoiqu’il en coûte, m’a gratifié de la malaria, une saloperie d’un Plasmodium vivax qui a élu domicile dans mon foie et me détruit la santé périodiquement. Et chaque fois qu’une publication scientifique paraît au sujet de la malaria je me précipite pour la lire en détail.

L’article paru dans le dernier numéro du périodique Current Biology détaille comment les moustiques femelles qui ont besoin de sang pour la maturation de leurs oeufs détectent leur proie. C’est tout simplement machiavélique ! Ces sales bêtes, femelles qui plus est (je ne suis pas sexiste mais tout de même), qualifiées d’anthropophiles possèdent toute une série de récepteurs pour géolocaliser leur proie à coup sûr.

Contrairement à ce que pensent les béotiens qui n’ont jamais vécu dans les pays tropicaux, je ne leur en veux pas, ce n’est pas la lumière qui attire les moustiques, c’est plutôt le contraire car la lumière a tendance à « éblouir » les moustiques qui deviennent incapables de localiser leur proie à l’aide de leurs détecteurs infra-rouge. Ici, je ne parle pas des moustiques du genre tigre qui transmettent la dengue qui piquent à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, une autre saloperie que j’ai attrapé aux îles Marquises, mais des Anophèles qui transmettent spécifiquement la malaria.

 

Les Anophèles comme les Aedes sont attirés, outre par les infra-rouges, par le CO2 (encore lui !), l’odeur corporelle, la vapeur d’eau que l’on exhale comme le CO2 en respirant et la détection visuelle directe comme par exemple au crépuscule. L’article cité en référence fait état de l’identification détaillée des divers récepteurs du CO2 et des odeurs corporelles permettant aux moustiques de se diriger vers leur proie. Ces récepteurs se trouvent localisés presque exclusivement dans les antennes de ces sales bêtes. À l’aide de l’outil de biologie moléculaire CRISPR-case9 les biologistes de l’Université Internationale de Floride à Miami ont pu identifié le mécanisme extraordinairement sophistiqué dont disposent ces immondes insectes que les écologistes, qui n’ont jamais été vaincus par des crises de malaria, refusent qu’un quelconque insecticide ne menace leur vie paisible.

Notre odeur corporelle est le résultat de la présence d’une série de substances volatiles excrétées par les glandes sudoripares et nous pourrons nous tartiner de déodorants et d’huiles essentielles, ce sera totalement inefficaces pour repousser les moustiques parce que ces derniers possèdent des récepteurs que n’importe lequel des parfums ne pourra pas leurrer, à l’exception notoire du diéthyl-toluamide (DEET), le seul produit efficace qui repousse les moustiques à condition qu’il soit utilisé dans une formulation concentrée. Il semblerait que les moustiques « n’aiment pas » cette odeur.

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Dans la sueur, source de notre odeur, il y a au moins 12 composés volatiles, du moins les plus abondants et qui ont été testés en laboratoire. Il s’agit du 1-octènol, de la géranylacétone, de la sulcatone, de l’octanal, du nonalal et du dodécanal, des cétones très volatiles aux odeurs caractéristiques et bien connues des chimistes. Il y a aussi le linaool, le limonène et le 2-éthylhexanol et pour compléter cette liste à la Prévert une série d’acides que l’on trouve notamment dans les fromages comme l’acide lactique et les acides butyrique, heptanoïque, octanoïque et nonanoïque qui participent avantageusement aux fumets inoubliables d’un Epoisses, d’un Comté de deux ans d’âge ou d’un Rocamadour bien coulant.

Toutes ce molécules volatiles sont détectées par le moustique à l’aide de récepteurs très spécialisés. Ce qui est incroyable dans ce mécanisme est que cette détection est amplifiée par la présence de gaz carbonique que nous exhalons en respirant à une concentration de l’ordre de 2000 ppm à la sortie de nos poumons. Entre parenthèses et cela n’a rien à voir avec les moustiques, quand certains climato-réchauffistes prétendent que le CO2 est toxique, ce même CO2 sert de signal pour les moustiques et pour leur survie ! La sophistication des détecteurs du moustique ne s’arrête pas là. La détection infra-rouge indique au moustique qu’il s’agit bien d’un animal – nous, humains – à sang chaud et qu’il est approprié de lui pomper son sang.

Le moustique est donc équipé d’un système extraordinairement sophistiqué pour choisir sa proie : il faut que la température du corps de cette proie avoisine les 37 degrés, qu’il répande du CO2 en respirant, et qu’il dégage les composés chimiques mentionnés ci-dessus. Imparable !

Source et illustrations : Current Biology, doi : 10.1016/j.cub.2019.02.045

Un effet négligé de la malaria

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Quand les « globules rouges » – les hématies – sont infectées par le Plasmodium, agent pathogène parasite provoquant les crises de paludisme, certaines d’entre elles se trouvant dans la moëlle osseuse, siège de la production de ces cellules sanguines, libèrent des protéines du parasite. Une équipe de biologistes de l’Université d’Osaka s’est donc intéressée aux effets potentiels de la malaria sur l’intégrité des os dits longs, ceux qui produisent les cellules sanguines des lignées rouge et blanche. Et ils n’ont pas été déçus. J’avais contacté le Professeur Shizuo Akira, directeur de cette équipe, pour me proposer comme sujet d’étude de l’intégrité de mes os. Je souffre en effet depuis maintenant 20 ans de crises épisodiques de malaria. Mais ne disposant pas de crédits suffisants pour prendre en charge mes frais de déplacement en Shinkansen depuis Tokyo et mon hébergement sur place à Osaka il n’avait pas donné suite à ma proposition.

La libération de protéines spécifiques du Plasmodium dans la moëlle osseuse altère la structure de l’os à la suite d’une réponse immunitaire complexe impliquant divers mécanismes décrits dans le résumé en image ci-dessus. Le mécanisme complexe est induit par une protéine appellée RANK (acronyme de receptor activator of nuclear factor kB) présente à la surface des ostéoblastes constamment produits dans l’intérieur de l’os qui se transforment ensuite en ostéoclastes, constituant finaux de l’architecture interne poreuse de l’os permettant à la moëlle de séjourner tout en étant protégée dans les os longs. Or la cascade immunitaire provoquée par diverses molécules du Plasmodium perturbe ce mécanisme délicat et dès lors affaiblit cette architecture osseuse. La première étape de la réponse immunitaire est une activation de la réponse primaire provoquée par la présence de protéines étrangères. Le facteur initial de cette réponse immunitaire est appellé MyD88 (voir le résumé imagé ci-dessus).

Le résultat observé sur l’évolution de la structure des os d’un modèle de souris pour l’étude en laboratoire de la malaria est parlant. Les os longs brunissent et deviennent plus fragiles et de tels effets peuvent souvent être observés chez les enfants souffrant de malaria et dont la croissance osseuse est alors perturbée. Que mes lecteurs se rassurent à mon sujet, mes os semblent être en parfait état mais la gingivite dont je souffre épisodiquement peut également être provoquée, selon cette étude, par la présence de Plasmodium.

Source et illustration : Science Immunology, 2, eaam8093 (2 June 2017)

Allez visiter le Paraguay il n’y a plus de risques de malaria !

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En 1973 la malaria fut officiellement éradiquée de Cuba à la suite de l’extermination des moustiques (illustration : femelle anophèle, principal vecteur de la malaria) par traitement systématique des eaux stagnantes avec du DDT. Il aura fallu attendre 45 ans pour qu’un autre pays des Amériques soit officiellement déclaré libre de malaria par l’Organisation Mondiale de la Santé et il s’agit cette fois du Paraguay. Il n’y a pas eu de cas de malaria déclaré depuis 5 ans. Le réservoir humain du parasite a donc diminué et l’éradication des moustiques a contribué à assainir le pays. Un seul autre pays dans le monde fait partie de ce « club » très fermé, le Sri Lanka qui fut déclaré exempt de malaria en 2016.

Malgré le fait que de nombreux progrès ont été réalisés pour sinon éradiquer du moins maîtriser ce fléau qui tue chaque année plus d’un demi-million de personnes, essentiellement des enfants, l’OMS a constaté que le nombre de personnes ayant souffert de malaria en 2016 (dernières statistiques connues) a atteint 216 millions soit 5 % de plus qu’en 2015. Selon Tedros Adhanom Ghebreyesus, retenez bien ce nom, Directeur de l’OMS, si un pays comme le Paraguay peut éradiquer la malaria pourquoi d’autres pays ne pourraient pas atteindre cet objectif ? La réponse est multifactorielle. D’une part les anophèles deviennent de plus en plus résistants aux insecticides utilisés pour les exterminer, d’autre part le parasite lui-même dont l’homme et certains primates sont les seuls réservoirs devient également résistant aux drogues utilisées (voir à ce sujet d’autres billets sur ce blog) et enfin les conflits armés dans certains pays ont eu pour conséquence une baisse de la vigilance sanitaire qui peut expliquer cet accroissement des cas de malaria observés ces dernières années.

Restons optimistes, toujours selon l’OMS l’Algérie, l’Argentine et l’Uzbekistan devraient être déclarés officiellement libres de malaria avant la fin de cette année.

Source : OMS

Malaria : Alerte Mondiale !

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Au nord de la province thaïlandaise de Trat qui borde le Golfe de Thaïlande se trouve du côté cambodgien la petite province de Pailin d’où ont émergé et apparaissent encore aujourd’hui des parasites de la malaria résistants à tous les produits connus à ce jour. Ce phénomène intrigue les spécialistes car les premières résistances à l’artémisinine sont apparues très rapidement et ceci dès 2005 à cet endroit précis. Dans la même région la résistance à la chloroquine apparut au milieu des années 1950 et il fallut moins de 30 ans pour que cette résistance arrive en Afrique après s’être répandue dans tous les pays d’Asie du Sud-Est. Comme la malaria tue près de 700000 personnes chaque année et principalement en Afrique, selon les dernières statistiques de l’OMS (WHO), la situation devient alarmante. Encore une fois c’est dans ce même coin du Cambodge que vient d’être détectée la première résistance aux nouveaux anti-malaria de la famille des sulfadoxines-pyrimethamines plus connues sous le nom de Fansidar efficaces contre le P. falciparum et dans une moindre mesure contre le P. vivax.

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Pourquoi toutes ces résistances prennent naissance au même endroit ? Est-ce une vengeance posthume du spectre de Pol Pot qui organisa ses massacres systématiques précisément depuis cet endroit ? C’est ce qu’insinuent certains Kmers des bourgades aux alentours de Pailin ! Les autorités cambodgiennes, thaïlandaises et vietnamiennes ont demandé à l’OMS de prendre des dispositions drastiques pour juguler l’expansion du P. falciparum résistant à tous les composés connus à ce jour à l’aide de moyens de grande ampleur car il en va de la survie des populations de la région, ce parasite étant déjà présent dans le delta du Mékong ainsi que dans de grandes parties de la Thaïlande et devenant la forme dominante. Il s’agit en effet d’un grave problème qui ne concerne plus seulement la péninsule indochinoise mais la planète entière.

La situation est également préoccupante en Malaisie en raison d’une envolée des cas de malaria provoqués par le Plasmodium knowlesi qui, bien qu’étant moins fatal que le P. falciparum, provoque néanmoins un grand nombre de décès car le parasite se multiplie beaucoup plus rapidement que les types falciparum ou vivax. Il existe deux réservoirs pour ce plasmodium, l’homme et le singe macaque, très commun tant en Thaïlande qu’en Malaisie et en Indonésie. Plus des deux tiers des cas de malaria sont provoqués en Malaisie par ce parasite qui n’affecte pas les macaques mais qui sont porteurs sains à plus de 80 % du parasite. La Fondation Bill & Melinda Gates, comme sur l’île de Zanzibar, a mis en place un suivi des populations de macaques vivant près des villages à l’aide de colliers émetteurs placés sur quelques-uns de ces animaux relativement familiers de l’homme et dont les signaux sont détectés par des drones qui effectuent également une cartographie des zones arborées et des étendues d’eau propices à la reproduction des moustiques. Il semble urgent de reconsidérer l’interdiction du DDT pour sinon éradiquer du moins diminuer le nombre de moustiques dans ces régions tropicales : 700000 morts par an c’est beaucoup … les populations des villes de Lyon et Marseille réunies ! Depuis l’interdiction du DDT en 1972 la malaria a provoqué la mort de plus de 30 millions de personnes dans le monde, soit la moitié de la population de l’Italie ou encore les deux tiers de celle de l’Espagne. Un grand merci aux mouvements écologistes.

Sources : Welcome Trust, WHO, Bill & Melinda Gate Foundation, illustrations The Guardian

Mauvaise nouvelle : la malaria résiste à tous les médicaments connus

 

Après la tuberculose, le staphylocoque et le gonocoque, c’est maintenant le Plasmodium falciparum qui a fini par se construire une résistance à l’artemisinine, le dernier médicament présentant une efficacité pour combattre ce parasite. Il s’agit du résultat d’une mutation sur un seul gène appelé PfKelch. La souche est apparue dans la région de la ville de Pailin au Cambodge en 2008 et s’est répandue progressivement jusqu’au delta du Mékong en débordant sur la partie est de la Thailande, le sud du Laos et l’est du Vietnam supplantant toutes les autres souches sensibles à l’artemisinine combinée à la piperaquine, une bisquinoline déjà ancienne. Les autorités sanitaires ne disposent plus d’aucun moyen pour combattre le falciparum et cette résistance devient de ce fait une préoccupation internationale pour laquelle il n’existe pas de solution à ce jour.

En l’absence de produits tuant le parasite et sachant que l’homme est le réservoir naturel de ce dernier, il continuera à se répandre d’autant plus vite que de nombreux pays où sévit la malaria ne disposent pas d’insecticides ou en ont interdit l’usage à grande échelle sous la pression des écologistes. Il faut avoir souffert soi-même de cette saleté (ce qui est le cas de votre serviteur) pour comprendre la gravité de la situation et le comportement stupide des « protecteurs de la nature ». Le fait que l’artémisinine ne soit plus efficace revêt un caractère d’une extrême gravité car il faudra peut-être dix ans pour trouver un autre produit efficace. Et la malaria continuera à tuer massivement … à moins, par exemple de réintroduire l’usage massif du DDT ! Quant à la mise au point d’un vaccin, autant rêver.

Source et illustration : The Lancet (www.thelancet.com/infection vol. 17, Octobre 2017)

Histoire de moustiques et de téléphones

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Avec l’apparition de l’outil CRISPR-cas9 l’une des approches les plus prometteuses pour l’éradication de la malaria est le moustique génétiquement modifié pour exprimer des anticorps dirigés contre les larves de Plasmodium se trouvant dans les glandes salivaires de ce dernier. J’ai relaté ces travaux dans ce blog il y a quelques mois (voir le lien) et malgré les recommandations positives de l’Académie des Sciences américaine, il se passera encore de nombreuses années avant que ce moustique transgénique soit lâché dans la nature. Ce bloquage plus idéologique que scientifique s’appuie sur le fameux principe de précaution dont la devise peut se résumer ainsi « dans le doute abstiens-toi ». Une telle attitude est devenue en quelque sorte la doxa des mouvements écologistes politisés qui considèrent que toute modification intentionnelle d’un organisme vivant présente des risques pour les écosystèmes sans qu’il soit clairement démontré que ces risques existent réellement.

En ce qui concerne le moustique génétiquement modifié l’un des arguments des opposants à son utilisation comme moyen de lutte contre la malaria est le risque de transmission horizontale à d’autres espèces de moustiques voire d’autres insectes volants ou rampants. Un telle affirmation qui constitue un non-sens scientifique total a été également avancée dans le cas des plantes transgéniques de grande culture. En réalité l’argument est toujours le même : il ne faut pas perturber la nature. Cette attitude dénuée de tout fondement s’illustre par la rumeur selon laquelle les téléphones cellulaires seraient néfastes pour la santé et en particulier pour l’intégrité des fonctions cérébrales. On ne sait pas aujourd’hui exactement combien de téléphones portables sont utilisés dans le monde, peut-être plus de 3 milliards. Combien de tumeurs du cerveau ont pu être attribuées aux très faibles radiations électromagnétiques émises par les téléphones portables, personne ne le sait, pas même les plus éminents neurologues des plus grandes universités du monde. Le (faux) débat sur les effets potentiellement délétères des ondes électromagnétiques continuera à alimenter la presse de caniveau car la peur est un marché très lucratif.

Pourquoi le riz doré est-il considéré comme néfaste tant pour l’environnement que pour la santé ? Alors que ce riz, dont les propriétés nutritionnelles intrinsèques sont strictement identiques au riz « normal », est décrié par cette même mouvance écologiste alors qu’il pourrait sauver des millions de vies, les arguments avancés sont strictement identiques à ceux relatifs aux moustiques génétiquement modifiés ou aux téléphones portables : il faut respecter la nature et la laisser faire son oeuvre, au détriment comme dans le cas du riz doré de la santé humaine.

Il est affligeant de constater que l’opinion publique, manipulée par une fausse propagande, fasse barrage à toute avancée technologique qui pourrait bénéficier au plus grand nombre. J’insiste sur ce dernier point car il rejoint les tendances malthusiennes de ces mouvements de protection de la nature. En sont-ils arrivés à souhaiter un conflit nucléaire qui détruirait la majeure partie de l’humanité mais aussi la majeure partie du monde animal ? Bonne question …

Source partielle : World Economic Forum

https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/11/29/paludisme-et-manipulation-genetique-combien-faudra-t-il-de-morts-pour-quune-avancee-decisive-soit-autorisee/

Quand la peur climatique devient virale, c’est pire !

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On l’attendait, on l’a préparée, elle est enfin arrivée, l’occasion de continuer à répandre la peur climatique sur toute la surface du globe : c’est le virus Zika, le bienvenu ! Oui, parce que le réchauffement climatique va aider le virus à se répandre presque partout, euh, … non, pas exactement le virus mais le vilain moustique qui lui sert de vecteur. Il y avait récemment le virus Ebola qui n’a pas tué plus de personnes dans les pays concernés que l’équivalent en décès de deux semaines de malaria dans le monde, belle ironie des statistiques de l’OMS. Pas de chance, le virus Ebola ne concerne que des pays pauvres au climat équatorial humide et celui-ci ne changera pas, il est déjà très chaud. Quant au nouveau venu, pas si nouveau que ça puisqu’on l’a différencié de celui de la dengue dont il est un très proche cousin dans les années 1950, il semblerait qu’il menace le monde entier parce que le climat se réchauffe et favorisera donc une pandémie contre laquelle il n’existe aucune arme de destruction massive, comprenez, contre ce virus.

C’est terrible ! Il paraît que ce virus provoque de sévères malformations foetales, comme celui de la rubéole. Il est véhiculé par le terrible Aedes egypti, un moustique opportuniste qui, pire encore, se complait dans les agglomérations urbaines. À propos de ces microcéphalies répertoriées notamment au Vénézuela et quelques autres pays d’Amérique du Sud, dont le Brésil, aucune relation de cause à effet n’a encore pu être établie avec certitude entre cette observation et le virus Zika (ZIKV). Ce que l’on sait pour le moment est que pour une seule Brésilienne ayant souffert d’une fausse-couche on a retrouvé le virus dans le placenta et c’est le seul élément dont on dispose.

Ce que l’on sait aussi depuis quelques jours seulement est la transmission par voie sexuelle du virus via le sperme d’un homme souffrant de cette fièvre confirmée par le CDC. Naturellement ce fait nouveau va raviver la panique qui avait accompagné l’explosion des cas de HIV à la fin des années 70. Toujours est-il que c’est maintenant l’affolement général, il va falloir revoir les lois relatives à l’avortement dans tous les pays très chrétiens d’Amérique Centrale et du Sud car toutes les femmes enceintes risquent de mettre au monde un enfant malformé. À coup sûr le pape va s’en mêler d’autant plus qu’il a aussi osé s’introduire dans le débat sur le climat. Le ZIKV est devenu une plaie pour l’humanité toute entière … en raison du réchauffement du climat inéluctable puisque l’abondance de pétrole à bas prix va précipiter ce désastre sanitaire planétaire.

Pour en rajouter afin d’alimenter la panique, les virus dit chikungunya (CHIKV) et de la dengue font aussi partie des accusés climatiques, les pauvres … Comme la fièvre jaune et quel autre virus encore ? C’est fou comme la crise climatique contre laquelle nous combattons tous les jours et bientôt contraints et forcés par des lois et des taxes en tous genres peut avoir de conséquences inattendues. Oubliée la fonte de la banquise, oubliés les glaciers qui régressent et se désagrègent en provoquant d’irréversibles modifications des courants marins, oubliés les ours blancs et les renards des neiges, ce sont maintenant les virus véhiculés par de vilains moustiques envahissants à la faveur de ce réchauffement qui sont incriminés car ils sont la conséquence directe de nos mauvaises habitudes de vie foncièrement mauvaises pour le climat mais malheureusement très favorables à l’Aedes egypti, la énième plaie d’Egypte et pas seulement de l’Egypte, une vengeance des dieux. C’est terrible … Il faut donc vite se mobiliser contre le changement climatique, il en va de la santé de l’humanité toute entière.

En dehors de la réduction des émissions de carbone dans l’atmosphère, si tant est que ce carbone puisse avoir un effet sur l’évolution du climat, quelle parade immédiate peut être envisagée à peu de frais ? Exterminer à l’échelle planétaire tous les moustiques !

S’il n’y avait pas eu le livre de propagande écologique dévastatrice et criminelle de Rachel Carson « Le Printemps Silencieux » on n’en serait probablement pas dans la situation actuelle non pas seulement pour le Zika mais également pour la malaria, la dengue et bien d’autres maladies virales et parasitaires dont les moustiques sont les vecteurs. Pourquoi ne pas préconiser le retour au bon vieux DDT qui est totalement inoffensif pour l’homme et l’ensemble des vertébrés car avant de trouver une parade génétique ou encore des vaccins, des millions de personnes continueront à mourir … Mais n’est-ce pas là la pleine réussite de l’idéologie malthusienne des mouvements écologistes ?

Le livre de Rachel Carson (1962) fit les délices des mouvements écologistes de l’époque puis naturellement d’organisations maintenant supranationales et ultra-puissantes comme Greenpeace ou le WWF. En 1972, sous l’influence de ces organisations criminelles, le DDT fut interdit aux USA, interdiction suivie par de nombreux autres pays en dépit de la recrudescence notamment de la malaria. Le point final, la victoire définitive des mouvements écologistes, fut la Convention de Stockholm. Cette convention qui prit effet en 2004 interdit l’usage d’une dizaine d’organochlorés appelés Pops (persistent organic pollutants) dont le DDT dans l’agriculture avec une dérogation exceptionnelle et étroitement contrôlée pour l’éradication des moustiques. Naturellement les industriels de la chimie se frottèrent les mains car la course aux produits alternatifs et aux profits potentiellement monstrueux était lancée, depuis les insecticides jusqu’aux liquides caloporteurs des transformateurs électriques. Avec du recul, on peut considérer que les écologistes favorisèrent les profits insolents des industriels de la chimie !

Si la Convention de Stockholm n’interdisait pas l’utilisation du DDT pour éradiquer les moustiques vecteurs de la malaria (Anophèle) ce produit fut cependant progressivement remplacé par d’autres insecticides infiniment plus coûteux sous la pression des mouvements écologistes, encore eux, qui déléguaient des activistes dans les centres ruraux de prévention, notamment en Afrique, en les incitant à utiliser les pyréthroïdes et maintenant les néonicotinoïdes contre lesquels les moustiques développent très rapidement des résistances. Entre 2004 et 2015 on peut estimer que les écologistes ont sur la conscience la mort de près de 10 millions de personnes uniquement pour la malaria, les données de l’OMS n’étant volontairement pas suffisamment précises. Triste constat.

Sources : BBC News ( news.bbc.co.uk/ ), Business Insider et Bloomberg (entre autres). Illustration Wikipedia : moustique Aedes egypti

Le Pentagone se prend les pieds dans l’ADN avec une mauvaise foi affligeante

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En 1965, Jacques Monod, André Lwoff et François Jacob virent leurs travaux reconnus par le comité Nobel trois années seulement après la reconnaissance par ce même comité des travaux de Francis Crick et James Watson au sujet de la structure de l’ADN. Monod et ses collaborateurs de l’Institut Pasteur à Paris furent les précurseurs de la biologie moléculaire car ils pressentirent à la suite de travaux très difficiles et complexes que la régulation de l’expression des gènes était commandée par des portions d’ADN non codantes sous l’influence de signaux provenant de la cellule, petites séquences d’ADN qu’ils appelèrent des « opérateurs » ou operons. En cinquante ans, cette biologie nouvelle a pris de tels essors qu’il devient difficile aujourd’hui d’imaginer quelle va en être son évolution, de même que personne ne fut capable d’imaginer l’impact de la télévision lorsque cette technologie vit le jour.

On dispose en effet aujourd’hui des séquences complètes des ADNs humain et de milliers d’autres organismes vivants. On dispose également depuis à peine deux années d’outils extrêmement précis d’insertion ou de délétion de gènes dans le patrimoine génétique de n’importe quel être vivant. J’ai informé mes lecteurs à plusieurs reprises de la découverte de cet extraordinaire outil appelé CRISPR pour la manipulation génétique car il s’agit probablement de la plus grand avancée dans ce domaine depuis les travaux de Crick, Watson et Monod et ses collaborateurs.

Cinquante années se sont donc écoulées pour enfin voir la biologie moléculaire atteindre sa pleine maturité et on commence à peine à entrevoir tous les bienfaits potentiels de cette technologie mais également les dérives éventuelles vers lesquelles il se pourrait bien que l’humanité toute entière se trouve confrontée un jour pas si lointain qu’on ne le croit.

Tout est en effet devenu très rapidement possible avec cet outil CRISPR qui permet non seulement d’insérer ou d’éliminer un gène mais également de modifier durablement le patrimoine génétique d’un être vivant en ce sens que ces modifications deviennent prioritairement transmises à la descendance. Pour faire bref, les manipulations génétiques pratiquées dans les années 80 sur les plantes pour « fabriquer » des transgènes économiquement prometteurs apparaissent aujourd’hui d’une grossièreté expérimentale incroyable : pour être franc on ne savait pas trop ce qu’on faisait. Il s’agit d’un domaine de la biologie que je connais bien et je me permet d’utiliser une comparaison imagée pour décrire en quelques mots la progression incroyable de la biologie moléculaire. Durant ces années pionnières c’était comme si on voulait reproduire la Vénus de Milo avec une tronçonneuse alors qu’aujourd’hui on dispose d’imprimantes 3D qui peuvent réaliser une copie presque indiscernable de l’original.

Je suis personnellement convaincu qu’Emmanuelle Charpentier, la chercheuse d’origine française co-découvreuse du CRISPR avec Jennifer Doudna (voir le lien en fin de billet) sera dans des délais très brefs saluée par le comité Nobel car il ne se passe pas une semaine sans que cet outil ne soit utilisé dans toutes sortes de domaines, encore que le Comité Nobel a souvent une guerre de retard. J’ai mentionné récemment l’approche avec le CRISPR de la modification des moustiques pour qu’ils ne soient plus capables de transmettre la malaria tout simplement par curiosité scientifique mais également parce qu’il m’arrive épisodiquement de souffrir d’une crise de cette maladie dont on ne peut pas se défaire. Certes, je ne souffre pas de la forme dangereuse de cette maladie parasitaire, mais elle reste tout de même handicapante. Et la mise en œuvre du CRISPR pour produire des moustiques génétiquement modifiés incapables de transmettre le parasite ou encore des moustiques devenus stériles qui transmettent ce caractère à la descendance permettant ainsi l’anéantissement des populations de moustiques constituent un immense espoir d’éradication de la malaria.

C’est sur ce dernier point que la communauté scientifique s’émeut mais pas uniquement à propos des moustiques. Introduire une stérilité transmissible consiste à modifier non pas seulement un chromosome mais également l’autre paire afin que l’individu génétiquement modifié soit devenu ce qu’on appelle un homozygote constitutif pour ce caractère. En d’autres termes toute sa descendance hérite de ce caractère et non plus la moitié selon les lois de Mandel. Cependant l’outil CRISPR permet virtuellement de tout faire : toutes les séquences des gènes codant pour par exemple des toxines mortelles sont disponibles publiquement. N’importe quelle machine peut synthétiser pour un coût modique les amorces d’ARN (je n’entre pas dans les détails) permettant de mettre en œuvre le CRISPR également disponible commercialement ainsi que les vecteurs d’introduction dans une cellule embryonnaire et la magie noire est consommée. Par conséquent un nouveau genre de Docteur Folamour peut émerger dans n’importe quel endroit de la planète avec une super-bactérie ou un super-moustique contre lesquels on n’aura aucun moyen de défense.

C’est là que le Pentagone a littéralement été effrayé par la tournure que pourraient prendre les évènements avec ce qu’on appelle maintenant le « gene drive », une expression difficilement traduisible décrivant la technologie dont j’ai fait mention ci-dessus et qui permet de modifier spécifiquement un même gène sur la paire de chromosomes dans laquelle il se trouve (voir le lien).

Le Pentagon, le FBI, l’Office des Armements Biologiques des Nations-Unies se sentent soudain concernés par les dangers potentiels que représente cette technologie. Le fait que ce soient des moustiques qui aient préoccupé en premier lieu les biologistes a fait nerveux ce petit monde car ils ont imaginé qu’un biologiste fou pourrait tout aussi bien créer un super-moustique transmettant par une simple piqûre une toxine mortelle. Pourtant les recherches sur les moustiques n’ont pas d’autre but que de sauver plus de 500000 vies humaines chaque année !

On croit rêver car comment imaginer que tous les laboratoires de recherche des toutes les armées des pays développés ne se livrent pas déjà à ce type de recherche pour mettre au point des armes de destruction massive non plus bactériennes ou virales mais « entomologiques ». Cette soudaine agitation peu médiatisée car la réunion ultra-secrète en décembre de cette année à Washington au sujet des développements nouveaux de la biologie moléculaire eut lieu précisément au même moment que le grand raout climatique de la COP21 alors que le sujet débattu est infiniment plus préoccupant pour l’humanité qu’une hypothétique crise climatique.

En effet, n’importe quel biologiste un tant soit peu vicieux peut mettre au point dans son garage un insecte tueur surtout s’il est financé par des groupes terroristes occultes et c’est là la réthorique de ces comités d’exception soucieux de la sauvegarde de l’humanité. J’avoue que je suis sidéré par la mauvaise foi de cette démarche du Pentagone et pour que mes lecteurs comprennent mon attitude je pense qu’il est intéressant de leur relater ici une expérience vécue. Lorsque j’étais en préparation de thèse de Doctorat d’Etat, je dus collaborer pour mes travaux avec un laboratoire de recherche du service de santé des armées il y a quarante années maintenant. On travaillait déjà dans ce centre situé au sein de l’hôpital militaire de Lyon sur la toxine botulique, les venins de serpent et sur bien d’autres sujets dont des gaz neurotoxiques. Les armes biologiques ont toujours préoccupé les armées du monde entier, elles sont peu coûteuses et faciles à produire massivement. Pourquoi le Pentagone s’insurge subitement contre l’utilisation à des fins séditieuses du CRISPR ? Pour se donner bonne conscience ? J’avoue que je suis partagé entre les larmes et le rire car au final ces mêmes militaires qui sont censés tuer par profession d’autres hommes interdiront la dispersion des moustiques génétiquement modifiés et il y aura toujours 1500 morts par jour en raison de la malaria, un « détail » pour les militaires qui se livrent à des massacres quotidiens au nom de la démocratie !

Source (entre autres) : www.statnews.com/2015/11/12/gene-drive-bioterror-risk/ et http://dx.doi.org/10.7554/eLife.03401.010

Note : le deuxième lien ci-dessus explique de manière très compréhensible le principe expérimental du « gene drive » dont la précision est effectivement hallucinante non pas pour l’homme car le temps d’une génération est très long en comparaison de celui des levures ou des insectes. Je conseille vivement à mes lecteurs anglophones de lire cet excellent article.

Et encore : https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/12/03/edition-de-genes-humains-il-etait-temps-de-statuer/ et https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/02/22/bataille-entre-les-universite-de-berkeley-et-dharvard-pour-la-propriete-du-crispr/

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Pour l’anecdote la société chinoise BGI (Beijing Institute of Genomics) a réussi à produire des cochons miniatures pesant à peine un dizaine de kilos modifiés génétiquement à partir de cellules embryonaires de cochons de race Bama déjà miniatures car pesant entre 30 et 50 kilos en inactivant un des deux gènes codant pour le récepteur de l’hormone de croissance. Il ne s’agit cependant pas d’une anecdote car le cochon est l’animal le plus proche de l’homme physiologiquement en dehors des chimpanzés et élever ces petits cochons en laboratoire est infiniment moins coûteux que de disposer d’un élevage de cochons d’un poids moyen de 100 kilos. D’autres travaux faisant appel au « gene drive » vont permettre de produire des cochons dont les organes ne seront plus reconnus comme étrangers par l’homme et pourront être greffés sans problèmes de rejets d’exogreffes. Les militaires vont-ils aussi contrôler ce volet particulier de la biologie moléculaire moderne ?

Lien : http://english.big.cas.cn/