Etude en direct de la bilharziose

Etude en direct de la bilharziose

Dix-sept volontaires ont consenti à se faire infester par 20 vers parasites pour faire progresser la science et sachant que ces vers peuvent aller se loger un peu n’importe où, surtout au niveau du système vasculaire intestinal, qu’ils vivent jusqu’à six ans dans l’organisme humain, l’hôte final, il fallait que ces volontaires aient beaucoup de courage.

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Il s’agit du ver parasite appellé Schistosome (ici Schistosoma mansoni) qui est le responsable de la bilharziose, une maladie tropicale « oubliée » qui affecte pourtant plusieurs centaines de millions d’individus dans les contrées tropicales de la planète en particulier en Afrique et au Brésil et est responsable de plus de 100000 morts par an. Personne, entendez aucun laboratoire pharmaceutique, ne s’en soucie car il existe un seul produit pour se débarrasser de ce parasite, le praziquantel, un anthelmintique utilisé pour tuer un grand nombre de vers parasites. Le traitement est coûteux, jusqu’à 20 dollars, une petite fortune pour de nombreux ressortissants de pays africains, il n’est pas totalement efficace et du coup les personnes infestées préfèrent mourir plutôt que se ruiner pour un maigre espoir de guérison.

Comme il n’existe pas de vaccin, cela va de soi, pour se protéger contre ce ver microscopique le but de cette inoculation à des volontaires est de trouver la stratégie d’approche pour la mise au point d’un vaccin. Les travaux vont être effectués au sein du centre médical de l’Université de Leiden (LUMC) aux Pays-Bas. Ce ver parasite est un vieil ami du Docteur Meta Roestenberg dont la carrière passée a été entièrement consacrée à son étude détaillée. Et bien que son approche ait essuyé de vives critiques de la part d’autres biologistes, elle a pris la précaution d’inoculer que des mâles aux volontaires. Parallèlement son équipe développe un vaccin et il fallait faire appel à des volontaires pour tester ce dernier. En effet, le modèle animal est le hamster et de plus en plus de biologistes considèrent que la transposition des études relatives à la mise au point de vaccins chez les rongeurs se conclue trop souvent par un échec quand il s’agit de passer en phases 2 et 3 de validation des essais cliniques chez l’homme.

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L’hôte intermédiaire du parasite est un escargot d’eau douce de la famille des Biomphalaria au sein duquel les oeufs vont éclore et produire une larve munie d’un flagelle qui va alors pénétrer dans la circulation sanguine à travers la peau de l’homme, l’hôte final. Durant sa vie sexuée dans les vaisseaux sanguins de l’homme, ces vers parasites ont la particularité de s’accoupler et de le rester durant toute leur vie ce qui a fait dire à certains biologistes qu’il s’agissait d’un cas d’hermaphrodisme ce qui n’est à l’évidence pas le cas depuis que l’ADN a été totalement séquencé.

Quand les travaux du Docteur Roestenberg seront terminés les volontaires recevront un traitement avec du praziquantel. Pour vérifier que tous les vers ont été tués puis phagocytés par les macrophages sanguins une protéine issue de la digestion des hématies par les vers qui élimine l’excès de fer provenant de l’hémoglobine sera suivie quotidiennement. Reste à attendre les résultats de cette étude qui va durer environ trois mois. Un grand coup de chapeau aux volontaires !

Source et illustrations : Science magazine

Encore une histoire de vaccins et d’autres maladies négligées

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À l’époque de mes grands-parents, tous nés avant la fin du XIXe siècle, il n’existait ni vaccins ni antibiotiques pour se prémunir d’une mort certaine provoquée par de nombreuses maladies qui décimaient parfois des villages entiers. Au cours de mes recherches généalogiques je pus constater que par exemple au tout début du XVIIIe siècle, durant le mois de janvier de l’année 1703, les trois quarts de la population du village dont sont originaires mes ancêtres paternels disparurent. Les registres paroissiaux ne mentionnent pas les causes de cette épidémie mais aujourd’hui une telle situation, d’autant plus au fin fond de la campagne savoyarde, ne pourrait pas se reproduire aussi dramatiquement. Ce genre d’épidémie existe encore malheureusement dans certains pays du monde et ceci malgré les progrès constants de la médecine.

Le premier grand succès de la vaccination est incontestablement l’éradication de la variole qui décima des peuples entiers du temps des Conquistadors en particulier, une arme infiniment plus redoutable que le mousquet ou l’épée ! Émergèrent également les antibiotiques avec Alexander Fleming et la pénicilline (1930) suivie des sulfamides au cours des années 1930 et 1940. Aujourd’hui le monde entier se trouve confronté à la résistance de certaines bactéries à tous les antibiotiques connus en raison d’un usage abusif de ces derniers. De plus il n’existe pas de vaccins pour se protéger contre ces bactéries résistantes et la situation est donc doublement alarmante de même qu’il n’existe pas d’antibiotiques (antiviraux) efficaces pour soigner une maladie d’origine virale à quelques très rares exceptions près.

Un autre grand succès de la vaccination est la presque totale éradication de la poliomyélite après la vaccination systématique contre cette maladie virale handicapante et parfois mortelle depuis la mise au point d’un vaccin par le Docteur Jonas Salk en 1952. Selon les statistiques de l’OMS moins de 40 enfants ont été paralysés par la polio dans le monde en 2016, essentiellement dans trois pays où cette maladie reste endémique, le Pakistan, l’Afghanistan et le Nigeria.

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Un troisième grand succès de la vaccination est l’éradication totale du continent nord-américain de la rubéole. Il n’existe pas de données récentes de l’OMS au sujet des pays de l’OCDE dans lesquels il est systématiquement conseillé aux femmes en âge de procréer de se faire vacciner contre cette maladie en raison des graves malformations foetales qu’elle provoque si ces dernières n’ont pas reçu le vaccin rougeole-oreillons-rubéole dans leur enfance. En 2016, dans le monde, 120000 enfants sont nés malformés, sourds ou aveugles en raison de cette maladie contractée par la mère en cours de grossesse. Il y a donc encore beaucoup de travail pour sensibiliser les populations afin que les femmes soient vaccinées systématiquement contre cette maladie.

Venons-en à trois parasitoses qui font l’objet de campagnes d’éradication systématique dans le monde et pour lesquelles il n’existe pas de vaccin. La dracunculose (voir le lien sur ce blog) ou encore « ver de Guinée » est en passe d’être éradiquée des pays infestés grâce à l’action de la fondation Carter. En 1989 il y avait 892926 cas en Guinée équatoriale uniquement et depuis le début de l’année 2017 seulement trois cas ont été identifiés dans ce même pays :

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La filariose lymphatique ou éléphantiasis également provoquée comme la dracunculose par un ver cette fois dont les larves sont inoculées par des moustiques a fait l’objet d’une vaste campagne d’éradication par voie médicamenteuse, le réservoir du parasite étant exclusivement l’homme. L’objectif peut-être ambitieux est d’éradiquer ce parasite aux alentours de 2020. Le traitement chimiothérapeutique consiste en une prise annuelle par toute la population concernée d’une combinaison de deux drogues tuant les micro-filaires. Il y a encore 81 pays dans le monde (Afrique et Asie) où cette parasitose est endémique. En 2015 six pays ont été officiellement reconnus comme nettoyés de ce parasite. Il s’agit du Cambodge, des Iles Cook, de l’archipel des Maldives, de Niue, du Sri Lanka et du Vanuatu. Vingt-neuf pays sont encore activement surveillés et l’objectif d’éradication totale pourrait être atteint durant la décennie 2020, toujours selon l’OMS.

Enfin l’onchocercose (voir le lien sur ce blog) ou cécité des rivières dont le véhicule est cette fois une mouche fait l’objet d’une campagne d’éradication dans 36 pays d’Afrique sub-saharienne et d’Amérique du Sud. Les larves du ver parasite sont sensibles au Mectizan, gracieusement fourni par les laboratoires Merck à la Fondation Carter qui est activement impliquée dans l’éradication de cette parasitose. Les résultats sont encourageants car la Colombie a été officiellement nettoyée de ce parasite en 2013, l’Equateur en 2014, le Mexique en 2015 et le Guatemala en 2016. Il reste encore beaucoup de travail pour éliminer totalement cette maladie invalidante.

Sources : Cartercenter.org et OMS. Autres lectures sur ce blog :

https://jacqueshenry.wordpress.com/2016/02/07/la-dracunculose-deuxieme-maladie-bientot-eradiquee-de-la-planete/

https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/05/11/des-smartphones-pour-combattre-lonchocercose-et-le-loa/ Illustration : distribution de médicaments pour l’éradication de la filariose lymphatique en Afrique