Trop de charcuterie nuit à la santé (cardiaque), c’est prouvé …

Bacon frying

Encore une méta-étude portant sur 37035 hommes âgés de 45 à 79 ans, il faut être précis, réalisée conjointement par le Karolinska Institute et l’Université des Sciences de la Vie à Varsovie vient de sortir. Toutes ces personnes ont été scrupuleusement suivies entre 1998 et 2010 ou jusqu’à leur mort si celle-ci a eu lieu avant 2010. Le but était de déterminer si oui ou non les charcuteries sont néfastes pour le cœur et les artères. Au tout début de l’étude aucun des sujets ne présentait de pathologies cardiaques ni de cancers, ils étaient sains de ces points de vue. Pendant les 12 années ils ont tous été astreints à remplir quotidiennement un questionnaire décrivant quelles étaient la nourriture et les boissons qu’ils avaient ingéré ainsi que leur activité physique.

Ce genre d’étude un peu rébarbative est intéressant dans le mesure où par exemple aux USA près de 6 millions de personnes ont des problèmes cardiaques, 50 % d’entre eux meurent dans les 5 ans suivant la première alerte et le tout coûte 35 milliards de dollars par an en soins médicaux, médicaments et pertes de productivité. On a supposé que les charcuteries ou viandes transformées (en anglais processed meat) étaient néfastes pour le cœur et les artères mais sans qu’une étude détaillée sur un grand nombre de personnes ne vienne étayer une telle affirmation.

Le questionnaire à remplir (voir le lien) chaque jour comportait sept entrées concernant la nourriture carnée hors poissons, la viande non transformée : porc, veau ou bœuf, ou steak haché et la viande transformée : jambon ou salami (saucisson), boudin et saucisses ou pâté de foie. Il faut préciser que la viande hachée disponible dans une échoppe de boucher ou le linéaire d’un supermarché en Suède ne peut pas comporter d’additifs conformément à la loi, le steak haché était donc considéré comme de la viande non transformée dans cette étude. Le questionnaire comportait une indication sur la quantité de ces diverses gâteries ingérée quotidiennement ou chaque semaine.

Mis à part la viande et la charcuterie, le questionnaire a permis également de se faire une idée du profil de chaque personne étudiée, fumeur ou non, poids, tension artérielle, taux de cholestérol, utilisation d’aspirine, histoire familiale des maladies cardiovasculaires, buveurs ou non de boissons alcoolisées, activité physique. L’ensemble des paramètres a été mouliné par un ordinateur et il en est ressorti des résultats intéressants rapportés à 436628 années de vie. D’abord les hommes qui mangeaient au moins 75 grammes de viande transformée chaque jour, le haut du classement, avaient 2,43 fois plus de chance de souffrir d’un problème cardiovasculaire que ceux qui n’en consommaient que 28 grammes par jour. Aucune corrélation de ce genre n’a pu être mise en évidence avec la viande non transformée. Ça a au moins le mérite d’être clair ! Plus évident encore, sur les 3493 cas d’infarctus du myocarde répertoriés sur l’ensemble des sujets de l’étude, les décès qui s’ensuivirent pour 486 d’entre eux n’ont pas permis de corréler l’ingestion de viande transformée avec la fréquence de décès à la suite d’un premier infarctus, en d’autres termes on pourrait dire que le mal était déjà fait …

Les différences entre viande brute et viande transformée (charcuteries essentiellement) sont la teneur en sel, les conservateurs tels que les nitrites, encore que ce point précis soit controversé, les phosphates et polyphosphates et enfin les procédés industriels de production de viande fumée qui sont une source d’hydrocarbures aromatiques polycycliques. Mais cuire de la viande non transformée sur un barbecue présente le même type de danger. En conclusion, manger de la charcuterie, oui, mais avec extrême modération … Pour ne pas faire hurler les adeptes de la théorie du genre, une méta-étude similaire est en cours chez les femmes.

Sources : American Heart Association (AHA), illustration AHA et

DOI: 10.1161/CIRCHEARTFAILURE.113.000921 et

http://circheartfailure.ahajournals.org/content/suppl/2014/06/11/CIRCHEARTFAILURE.113.000921.DC1/000921R2_Supplemental_Material.pdf

L’exception irlandaise

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Une intéressante visualisation des causes de mortalité provient de l’IHME, l’Institute for Health Metrics and Evaluation hébergé par l’Université de Washington à Seattle. Je parlais de l’ « exception française » à propos du resveratrol il y a quelques jours sur ce blog, mais selon les données disponibles sur le site de l’IHME, en comparant les principaux pays européens, on s’aperçoit qu’en réalité il existe une exception irlandaise et ce fait semble inexpliqué puisqu’il n’y a pas de vignes en Irlande.

Ce sont peut-être la bière et le whisky irlandais qui font la différence. Il suffit d’examiner l’illustration ci-dessus pour se rendre compte qu’effectivement on vit mieux en Irlande, une façon de parler, qu’ailleurs en Europe. Les résultats sont exprimés en DALY pour cent mille habitants, en d’autres termes en nombre d’années de vie ajustées à la morbidité, une méthode statistique permettant de comparer l’ensemble des causes de mortalité. Même si on ne comprend pas l’anglais l’interprétation de ces données est frappante. En Irlande on meurt beaucoup moins de cancers et de maladies cardio-vasculaires que dans le reste des pays européens cités. On voit qu’en Grande-Bretagne, en Allemagne, Grèce, Finlande et Portugal, l’incidence des maladies cardio-vasculaires est évidente. A ce niveau-là la France pourrait faire figure de bon élève. Pour les autres causes de mortalité, il n’y a pas de différences très significatives entre ces pays.

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Une autre illustration intéressante tirée du même site ( http://www.healthdata.org/ ) montre la différence des causes de mortalité entre 1900 et nos jours aux USA, mais le même type de représentation est globalement valable pour l’Europe. En 1900 plus de la moitié de la population, tous âges confondus, mourait de maladies infectieuses, en particulier de diphtérie, d’infections pulmonaires et de tuberculose. L’avènement de la vaccination puis des antibiotiques a pratiquement fait disparaître ces causes de mortalité, on le sait, et amplifié arithmétiquement les incidences des cancers et des maladies cardiaques car les candidats à ces causes de décès étaient déjà mort en 1900 de maladies infectieuses. Si on redistribue équitablement ces cas de décès (en 1900) sur toutes les autres affections non infectieuses de l’époque, on constate que le nombre de décès par AVC aurait diminué : (106,9 x 2) x (600/1100) = 116 contre 41,8 DALY de nos jours. Toujours avec la même approche dont on peut d’ailleurs contester la validité, les maladies cardiovasculaires ont par contre fortement augmenté : (137,4 x 2) x (600/1100) =150 contre 192,9 aujourd’hui. Il est enfin évident qu’en suivant ce raisonnement le nombre de cancers a significativement augmenté depuis 1900 de près de 70 %. Inutile de faire des périphrases, le développement de la chimie depuis le début des années 30 dans tous les domaines y est certainement pour quelque chose. La sénilité qu’on appelle aujourd’hui maladie d’Alzheimer ou encore de Parkinson, en suivant toujours ce même raisonnement, aurait plutôt diminué mais comme l’espérance de vie a parallèlement fortement augmenté, il n’y a pas trop de quoi se réjouir, ni pour la sénilité, donc, ni pour les maladies cardio-vasculaires, ni pour les cas de cancer car plus on vieillit plus l’organisme se fragilise et plus on s’expose à ces occurrences de mortalité. Rien de vraiment réjouissant sinon d’aller se retirer dans les vertes collines de Wicklow ou du Derrynasaggart … 

On est foutu, on mange trop !

Une étude tout à fait surprenante parue dans le British Medical Journal et relatée par le Figaro montre indubitablement que la perte de poids est globalement bénéfique pour la santé humaine. Cette étude a été réalisée à Cuba dont la population a été mise à la diète forcée après l’effondrement du bloc soviétique. Sans aide financière de l’ex Russie soviétique Cuba a imposé des restrictions à la population comme par exemple une augmentation du prix des carburants qui a conduit tout naturellement les habitants de l’île à se déplacer en vélo, mais aussi à moins manger – en moyenne 500 kcal en moins par jour – tout simplement parce qu’il n’y avait pas d’approvisionnement correct. Les médecins « de famille » comme on disait autrefois, les médecins référants aujourd’hui, ont scrupuleusement noté l’évolution de la santé de milliers de personnes entre les années 1980 et 2010 et il est apparu que le diabète de type 2, les cancers et les maladies cardiovasculaires avaient significativement régressé au cours de la crise profonde que traversa Cuba. Les données analysées ont concerné des échantillons pris au hasard d’environ 1500 personnes adultes au cours des années 1991, 1995, 2001 et 2011 à Cienfuegos, échantillons représentatifs de la population générale du pays. Ont été pris en compte l’apport énergétique en nourriture, la consommation de cigarettes, l’exercice physique, le diagnostic de diabète, de surpoids (body mass index) et les causes de mortalité. Entre 1991 et 1995, au plus fort de la crise économique cubaine essentiellement due la rareté des carburants d’origine pétrolière, les Cubains se remirent au travail manuel dans l’agriculture, l’industrie et aussi pour se déplacer en vélo. Il en résulta une diminution moyenne du poids des adultes de 4 à 5 kilos et une diminution parallèle des cas de diabète (moins 50 %) et d’autres pathologies cardiovasculaires (moins 30 %). Depuis la fin de la crise, après 1996, après une latence de quelques années qui dura jusqu’en 2002 environ, l’obésité (ou le surpoids) a de nouveau augmenté ainsi que les pathologies liées à ce surpoids.

Il est donc clairement démontré par cette longue étude réalisée sur un large échantillon représentatif de l’ensemble de la population du pays que l’abus de nourriture non corrélé aux réels besoins physiques et caloriques est néfaste. Cette étude unique en son genre a pu être réalisée grâce à l’excellence du système de santé cubain rassemblant soigneusement les données transmises par les médecins traitants par des biologistes des Universités de Madrid, Johns Hopkins à Baltimore, de Cienfuegos à Cuba et  de l’Illinois à Chicago.

Bon appétit à tous, mais si vous voulez vivre mieux et plus longtemps, mangez moins, faites du vélo, bêchez votre jardin si vous en avez un ou n’importe quel exercice physique si vous n’avez pas de jardin, par exemple ne pas prendre l’ascenseur si vous habitez ou travaillez au dix-huitième étage d’une tour … 

Grandeur et vicissitude des statistiques scientifiques et médicales.

Je viens de tomber sur un titre accrocheur de l’Express en ligne en faisant ma revue de presse matinale, titre qui sera à coup sûr repris dans d’autres journaux si ce n’est déjà fait, car il attire l’attention du lecteur confit de fausses ou de mauvaises nouvelles, c’est selon l’humeur du journaliste, et qui veut se faire peur pour oublier d’autres sujets bien plus préoccupants.

Je lis le titre : « Le virus du sida accroît de 50 % le risque d’infarctus ». Si on s’en tient au titre on comprendra que sur 100 séropositifs, la moitié ont déjà eu ou auront des problèmes cardiaques. Il n’y a pas besoin d’avoir fait de longues études inférieures ou supérieures pour en arriver à cette conclusion évidente. Pour étayer ce titre ronflant se trouve le texte suivant que j’ai retranscrit ici : « L’étude américaine, publiée ce lundi et menée sur plus de 82000 anciens militaires, indique que chez ceux âgés de 40 à 49 ans, le taux de crise cardiaque était de 2 pour mille chez les séropositifs, contre 1,5 pour mille chez les séronégatifs. »

Je n’invente rien, c’est écrit en toutes lettres (et chiffres) pour bien étayer le propos inquiétant du titre. Je ne suis pas allé lire l’article en question puisqu’il faut payer pour y avoir accès en ligne … Malgré tout, on est en droit de se poser de réelles questions sur l’honnêteté des journalistes et aussi et surtout de celle des scientifiques qui pondent des articles uniquement étayés par des statistiques manipulées pour faire ressortir une minuscule différence statistiquement significative en assénant le lecteur de déviations standard et autres régressions pour bien prouver que les résultats sont totalement fiables et doivent donc être divulgués largement dans la presse de qualité et pourquoi pas aussi dans la presse de caniveau. Le journaliste n’a probablement fait que des études « inférieures » puisque 0,5/1,5 aboutit, je dirai au mieux, à 33 %. L’erreur est tellement grossière que ce journaliste ne l’a même pas remarquée. Mais même cet énorme pourcentage inquiétant de 33 %, corrigé par mes soins, ne veut strictement rien dire puisque, en reprenant les chiffres aimablement communiqués en filigranne sous le titre alléchant, on arrive à un tout autre résultat. Et pas besoin d’avoir fait math sup pour comprendre. En réalité l’étude s’est focalisé sur l’extraordinaire différence de 5 cas de pathologies cardiovasculaires supplémentaires sur dix mille sujets étudiés en comparaison du groupe témoin (?), 15 cas pour l’échantillon de séronégatifs et 20 cas pour l’échantillon de séropositifs pour en arriver à cet extraordinaire et terrifique 50 % d’augmentation. Je veux bien qu’on prenne les autres pour des imbéciles mais pour ma part, j’ai de la peine à supporter une telle manipulation des données en appliquant dans les règles des principes mathématiques qui n’ont finalement plus aucune signification. Si on considère donc les données à peine esquissées il y aurait une augmentation des pathologies cardiaques (cardiovasculaires) par la séroposivité de 0,5 pour mille ! Entre 0,5 pour mille et 50 pour cent cela représente un facteur mille, rien que ça ! Cherchez l’erreur. Et depuis que les étudiants en chimie, biologie ou médecine utilisent des ordinateurs en lieu et place des tubes à essai, des boites de Pétri et des éprouvettes, on en arrive à ce genre d’imposture vite reprise par des journalistes qui n’y connaissent strictement rien pour en faire un événement qui deviendra in fine une vérité.

On est tombé bien bas …

 

Source : lexpress.com