Alimentation sans gluten : une mode et de gros profits …

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Les statistiques de Google révèlent parfois des comportements étranges. C’est ce que vient de démontrer un article paru dans le très respecté Journal of Pediatrics (http://dx.doi.org/10.1016/j.jpeds.2016.04.014 ) au sujet du gluten. L’intolérance au gluten laisse quelque peu perplexes les spécialistes en gastroentérologie (voir le lien sur ce blog en fin de billet) et une preuve formelle d’une relation de cause à effet entre les aliments contenant du gluten, à base de blé, d’orge ou de seigle, et la maladie coeliaque n’a toujours pas été clairement démontrée. Seules des observations contestables ont conduit les nutritionnistes et les médecins à suggérer aux patients un régime alimentaire sans gluten puisqu’il leur « semblait » que l’absence de gluten soit bénéfique pour la santé intestinale.

Selon des statistiques médicales incontestables moins de 0,5 % de la population souffre d’intolérance avérée au gluten. La question qui se pose alors est de savoir pourquoi une étude portant sur 30000 personnes réparties dans 60 pays de par le monde indique que 21 % d’entre elles considèrent que l’alimentation sans gluten est « très » importante pour leur santé ainsi que pour celle – et surtout – des enfants. Jusqu’à 37 % des personnes de moins de 20 ans interrogées dans le cadre de cette étude déclaraient que l’alimentation sans gluten était préférable pour leur santé malgré le surcoût substantiel induit par leur choix. D’un autre côté 47 % des personnes ayant participé à cette étude déclarent que cette histoire d’aliments sans gluten n’est qu’une mode et qu’il n’y a aucune évidence pour l’entretenir.

Pourtant, en l’espace de trois ans le chiffre d’affaire de l’industrie alimentaire sans gluten a augmenté de 131 % pour atteindre aux USA seulement la coquette somme de 11,6 milliards de dollars en 2015, très largement au dessus du nombre de cas déclarés et prouvés de maladie coeliaque. Qui plus est, l’obtention de farine sans gluten appauvrit celle-ci en vitamines du groupe B, en folate et en fer. Mais pire encore, les aliments sans gluten préparés industriellement sont enrichis en corps gras et en sucres afin de pallier à leur mauvaise tenue mécanique et à leurs propriétés organoleptiques dégradées. L’étude citée en référence indique que la nourriture sans gluten favorise l’apparition de diabète de type 2 et de surpoids.

Ce qui embarrasse la communauté médicale est la frontière imprécise entre la maladie coeliaque indépendante du gluten et l’intolérance prouvé dans moins de la moitié des cas à ce composé présent dans les céréales citées plus haut. En effet, la recherche d’anticorps (IgA) dirigés contre une portion de la gliadine, l’un des composants protéiques du gluten, est souvent peu ou pas concluante. D’autres cas sont à rapprocher de l’intolérance au lactose et parfois au fructose.

S’il est indéniable que certaines personnes ressentent un bienfait avec l’alimentation sans gluten, il reste qu’aucune explication scientifique satisfaisante n’a pu être apportée à cette observation. Il serait alors logique et recommandé que les personnes souffrant de maladie coeliaque soient orientées vers une recherche d’autres formes de maladies auto-immunes provoquant ce symptôme et éventuellement des manifestations allergiques cutanées. Finalement la nourriture sans gluten est une histoire de mode et il est peu probable que le corps médical arrive à modifier le comportement des consommateurs qui se sont auto-persuadés que le gluten était mauvais pour leur santé. Les seuls bénéficiaires de cette mode sont les industriels de la malbouffe qui ont exploité judicieusement ce filon de marketing.

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Le plus étonnant dans cette histoire est l’arrivée de la bière sans gluten dans ce marché « tendance ». Les brasseries Dupont Foret Libre et Mikkeller proposent chacune une bière appauvrie en gluten. On n’arrête plus la créativité quand il s’agit d’exploiter la bêtise humaine qui, comme le disait très justement Einstein, n’a pas de limite !

Illustration : voir le lien dans le texte, source Google : http://www.google.com/trends du 23 décembre 2015

Bière : source Bloomberg

https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/05/13/ou-le-gluten-fait-reparler-de-lui/

On a parfois besoin d’un plus petit que soi, par exemple de Necator. Il fallait y penser !

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Depuis que j’ai écrit un papier sur les acariens puis un autre sur la douve du foie, je fais parfois d’horribles cauchemars la nuit en pensant à des petites bêtes, de minuscules acariens qui courent joyeusement de partout sur mon corps. Quand on a vraiment pris conscience qu’on est habité par des dizaines de milliers de ces bestioles et qu’on ne peut pratiquement rien faire pour s’en débarrasser, il y a tout de même des médecins courageux pour ne pas en être obsédés et se servir de parasites pour au contraire soigner certaines maladies. On nettoie bien certaines plaies avec des asticots et autrefois la mode répandue était de se faire poser des sangsues dans le dos, bref, un parasitage volontaire si on peut dire les choses ainsi.

Si vous n’avez jamais entendu parler de l’ankylostomose, vous êtes pardonné, surtout si vous n’avez jamais vécu dans un pays chaud et humide. C’est une parasitose due à un ver, un nématode d’à peu près un centimètre de long quand il est adulte, armé de crochets pour s’ancrer sur l’épithélium intestinal et y rester confortablement plusieurs années. S’il n’y a pas de surpopulation de ce parasite on vit très bien. Une équipe de biologistes de l’Université James Cook à Cairns dans le nord du Queensland spécialiste des maladies tropicales s’est intéressée à ce ver, Necator americanus, non pas pour ce que l’on pense car son éradication à l’aide de médicaments est bien connue mais pour ses éventuels effets bénéfiques alors que paradoxalement près de 750 millions de personnes sont parasitées par ce ver dans le monde, surtout dans les régions subtropicales comme par exemple en Floride ou au nord du Queensland. Si ce ver ne pose pas trop de problèmes dans les pays développés, il peut vraiment affecter la santé des populations qui n’ont pas accès au confort sanitaire occidental. Ce parasite est transmis par les chiens et les chats, merci au passage à ces gentils animaux de compagnie, et va donc s’établir dans l’intestin mais pas directement. Les larves issues des œufs pondus dans l’intestin et qui se retrouvent dans les défécations de ces animaux de compagnie recommencent leur cycle d’infestation particulièrement flippant, du genre film d’horreur. Elles s’accrochent à la peau et y pénètrent, creusent un tunnel jusqu’à trouver un capillaire sanguin, remontent vers le cœur en se laissant porter par le sang, arrivent dans les alvéoles pulmonaires et s’y accrochent à nouveau mais ce n’est pas encore le bon endroit pour vivre. Elles creusent un nouveau chemin pour venir, disons, à l’air libre du côté aérien des alvéoles pulmonaires, dans les bronches puis elles remontent jusqu’au larynx et quand elles sont avalées elles se retrouvent dans l’estomac pour finalement arriver à l’intestin grêle, deviennent des vers adultes et y finissent leur vie de quelques années en ayant pour unique fonction de pondre des milliers d’oeufs chaque jour afin que le cycle se perpétue.

Les Australiens avaient une petite arrière pensée dans leur démarche parce qu’on a observé que l’organisme était incapable de manifester une quelconque réponse immunitaire contre ce parasite. Il devait donc exister un mécanisme initié par le ver pour qu’il prospère en toute impunité, ce qui n’est pas le cas avec la douve du foie qui finit par déclencher un cancer en perturbant la réponse cellulaire de l’épithélium de l’arbre biliaire. Dans le cas du Necator, rien de tout cela. Comme les scientifiques ont parfois des idées bizarres sinon inattendues, l’équipe de l’Université James Cook s’est donc demandée si par hasard ces vers ne seraient pas bénéfiques pour les personnes souffrant de la maladie coeliaque dont la cause reconnue (mais récemment controversée) est la présence de gluten dans l’alimentation et qui est classée parmi les maladies auto-immunes. Quand on émet ce genre d’hypothèse il suffit de trouver une astuce pour la vérifier et dans le cas de la maladie coeliaque, rien de plus facile puisqu’en Australie environ une personne sur 70 souffre de cette maladie et bien d’autres gens souffrent aussi d’ankylostomose en particulier dans la partie nord du pays. Un immunologiste de l’Université de Cairns, Paul Giacomine, a donc établi une collaboration avec le service de gastroentérologie de l’hôpital Prince Charles de Brisbane pour effectuer un test sur douze volontaires souffrant de la maladie coeliaque. Toutes ces personnes ont été infectées avec 20 larves de Necator, pas par la peau mais par ingestion, ça fait plus propre, et l’expérimentation a duré un an. Durant les trois premiers mois les volontaires ont ingéré chaque jour de 10 à 50 milligrammes de gluten inclus dans leur alimentation sous forme de nouilles ou de spaghetti, ça représente en gros dix centimètres d’un spaghetti. La deuxième phase durant également trois mois a porté le régime avec gluten à 1 gramme quotidien puis enfin à 3 grammes par jour et à la fin du test l’alimentation de chacun des volontaires comportait une bonne grosse assiette quotidienne de spaghettis. Personnellement je n’ai rien contre les spaghetti, ce qui importe c’est la façon de les accommoder pour que ce truc soit mangeable.

Des prélèvements sanguins réguliers ont permis de suivre l’évolution des marqueurs de l’inflammation ainsi que le nombre de lymphocytes T. Deux volontaires se sont désisté au cours du premier trimestre et deux autres au cours du second trimestre de tests pour des raisons indépendantes de leur maladie coeliaque. Les huit volontaires restants, ont tous ressenti une complète disparition de leur maladie, amélioration confirmée par la baisse de divers paramètres biochimiques dont la transaminase tissulaire et l’interféron gamma avec une augmentation en parallèle des lymphocytes T régulateurs/répresseurs exprimant l’immunoglobuline de surface CD4. La présence des nématodes induit donc par la présence de l’une ou l’autre de ses protéines une modification de la fonction des lymphocytes qui deviennent alors anti-inflammatoires. Comme pour apporter une preuve supplémentaire de la réussite de cette expérimentation pour le moins inattendue, les 8 sujets soumis au test ont tous refusé de subir un traitement pour être débarrassés de « leurs » parasites de peur de devoir souffrir à nouveau de la maladie coeliaque ! L’équipe du Professeur Alex Loukas de la James Cook University, leader de cette étude inattendue, est maintenant à la recherche de ce signal protéique sécrété par les nématodes qui réoriente la fonction des lymphocytes T car ce pourrait être la base d’un nouveau traitement non seulement pour la maladie coeliaque mais également pour l’asthme, l’eczéma atopique et bien d’autres manifestations inflammatoires comme par exemple la maladie de Crohn. Parallèlement la même équipe de biologistes est impliquée dans la mise au point d’un vaccin pour éradiquer l’ankylostomose qui constitue un réel problème de santé publique dans de nombreux pays tropicaux même s’il existe des médicaments efficaces pour s’en débarrasser. La réinfection est en effet courante quand l’hygiène de vie laisse à désirer comme c’est le cas dans beaucoup de pays sub-tropicaux, j’en parle par expérience.

Comme quoi on peut avoir parfois besoin d’un plus petit que soi …

Source : James Cook University News and Media, illustration Wikipedia

Autres liens sur ce blog au sujet des parasites : https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/09/14/la-douve-du-foie-fait-toujours-autant-de-ravages/

https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/08/31/et-si-on-parlait-des-demodex-une-nouvelle-marque-de-pret-a-porter-non-un-parasite-commun-pourtant-inconnu/

Où le gluten fait reparler de lui …

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En Australie comme d’ailleurs partout dans le monde, une personne sur cent est réellement intolérante au gluten mais il se trouve qu’on assiste à un phénomène curieux et inexplicable, le nombre de personnes se déclarant souffrantes de la maladie coeliaque est en constante augmentation. Gluten ou pas elles ont des problèmes digestifs récurrents que l’on attribue, c’est nouveau, ça vient de sortir, à la maladie coeliaque non dépendante du gluten. Rien qu’aux USA on compte déjà plus de 18 millions de ces nouveaux malades et la plupart d’entre eux ont supprimé le gluten de leur alimentation sans qu’une quelconque amélioration ait pu être constatée par eux-mêmes et naturellement aussi par le corps médical qui reste perplexe.

Jessica Biesiekierski, médecin à l’université Monash a recruté des participants dans la ville de Melbourne pour en avoir le cœur net. Sur les 248 personnes ayant répondu à l’appel, 147 ont subi des examens complémentaires pour déterminer les causes réelles de leur sensibilité digestive et seulement 40 ont été retenues pour des tests plus approfondis. D’une moyenne d’âge de 43 ans, 88 % des sujets étaient des femmes et les deux tiers d’entre elles avaient délibérément opté pour un régime sans gluten par choix personnel plutôt que pour des raisons médicales et souvent parce qu’elles avaient suivi les conseils d’un prédicateur en médecine alternative, membre de l’Eglise de Scientologie Digestive. Sur le lot étudié, seuls 28 % des volontaires souffraient de maladie coeliaque non dépendante du gluten, Un autre quart souffrait de symptômes digestifs variés hors de contrôle bien que s’étant soumis volontairement à un strict régime sans gluten et un petit tiers restant se plaignait de troubles digestifs alors qu’ils n’avaient pas éliminé le gluten de leur régime ! A n’y rien comprendre …

Pourtant le Docteur Biesiekierski persévéra pour en avoir le cœur net. Trente-sept de ses sujets d’expérimentation (volontaires) auto-proclamés souffrant de maladie coeliaque bien que soumis tout aussi volontairement à un régime strictement sans gluten furent alors plus profondément étudiés. Ce qui intriguait cette biologiste était une possible relation entre les aliments contenant normalement (et naturellement) du gluten et qui étaient aussi riches en ce qu’on peut appeler des FODMAPs. Cet acronyme barbare désigne les mono-, di- et polysaccharides du genre fructanes, galactans et autres polyols naturellement présents dans la nourriture et en particulier la farine de blé, orge, avoine (c’est plutôt pour les chevaux) et sarrazin, bref, des céréales glutenisées à mort pour provoquer des haut-le-coeur à ces adeptes de l’alimentation aseptisée et contrôlée. Après des essais en double aveugle, avec placebo, du genre Docteur Knock revus et corrigés pour respecter la bonne pratique de laboratoire, il parut clair, sinon limpide, que ces FODMAPs avaient un effet évident sur la qualité de la digestion des sujets étudiés. Ce qui surprit, tout de même un peu, c’est qu’au cours de ces essais, elle introduisit subrepticement du gluten dans les rations alimentaires de certains de ses volontaires et elle s’aperçut qu’il n’y avait aucun changement ! En réalité les flatulences et autres désagréments intestinaux éminemment passagers dont souffraient ses volontaires, essentiellement des femmes, étaient tout simplement le résultat de la fermentation des oligosaccharides par les bactéries intestinales qui dégagent des gaz (du vilain CO2 et du vilain méthane) et entrainent quelques douleurs, surtout au niveau du nombril et encore plus sûrement si on passe son temps à le contempler dans un psyché !

Conclusion pas si évidente, il vaut mieux avoir une bonne flore intestinale pour mieux digérer. La qualité de cette flore est un véritable capital à respecter si l’on veut être en bonne santé et tout abus d’antibiotiques ou autres poisons abondamment prescrits par des médecins peu regardants est également à proscrire …

Source : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24740495