Selon l’Agence Internationale de l’Energie la France doit préserver son parc nucléaire

Le gouvernement français devra prendre des décisions importantes pour que le pays soit sur la bonne voie pour atteindre son objectif de zéro émission nette en 2050, notamment en termes de plans de modernisation de son parc électronucléaire, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). L’AIE a déclaré que le pays pourrait devoir retarder la fermeture prévue de ses 12 réacteurs les plus anciens d’ici 2035 afin d’assurer un approvisionnement suffisant en raison de la lenteur de la croissance des énergies renouvelables.

En 2019, la France a inscrit dans la loi son objectif de zéro émission nette d’ici 2050 et a mis à jour son cadre de transition énergétique l’année suivante avec une nouvelle Stratégie nationale bas-carbone et un plan énergétique à dix ans. Cependant, la transition énergétique de la France a connu des retards importants et sa mise en œuvre reste difficile malgré les nombreuses réformes en cours.

Dans son bilan de la politique énergétique de la France 2021, l’AIE note que le pays bénéficie d’une électricité décarbonée et des émissions par habitant les plus faibles parmi les économies avancées grâce au rôle de l’énergie nucléaire, qui représentait 67 % de son mix électrique en 2020, contre 76 % en 2010. Au cours de la dernière décennie, la production d’électricité éolienne et solaire a augmenté, faisant passer la part des énergies renouvelables dans la production d’électricité de 14 % en 2010 à 23,4 % en 2020. « À court terme, l’énergie nucléaire à faible émission de carbone fournit l’épine dorsale très importante de l’approvisionnement français en électricité », a déclaré l’AIE.

En 2020, l’AIE s’attendait à une réduction de 12% des émissions de CO2 par rapport aux niveaux de 2019 pour la France, en raison de la pandémie de COVID-19. Cependant, l’Agence a déclaré que ces tendances ne reflètent pas les réductions d’émissions réelles et qu’un rebond rapide est attendu avec la reprise de l’économie.

« Le rythme actuel de déploiement de technologies énergétiques à faible émission de carbone et de solutions d’efficacité énergétique en France n’est pas assez rapide pour que le gouvernement atteigne ses objectifs énergétiques et climatiques, appelant à des efforts politiques plus importants et à des investissements accrus », a déclaré l’AIE. « En particulier, le développement futur de l’approvisionnement en électricité du pays nécessite la mise en place d’une stratégie politique claire ».

« La France est en retard sur ses objectifs de transition énergétique, malgré d’importantes réformes en cours », a déclaré le directeur exécutif de l’AIE, Fatih Birol. « Alors que son secteur électrique émet des quantités relativement faibles de carbone, sa consommation globale d’énergie est dominée par les combustibles fossiles, ce qui entraîne une augmentation des émissions, notamment dues aux transports ».

Capacité de production nucléaire

La loi française de transition énergétique pour la croissance verte de 2015 stipulait que la part de l’énergie nucléaire dans l’approvisionnement en électricité serait limitée à 50 % d’ici 2035. Une part de 50 % du nucléaire dans la production d’électricité en 2035 se traduirait par une capacité nucléaire d’environ 52 GW atteinte en arrêtant 14 réacteurs de 900 MW et en mettant en service l’EPR de Flamanville. Deux réacteurs de 900 MW ont été fermés en 2020 sur le site de Fessenheim. Cependant, la loi sur l’énergie et le climat de 2019 a prolongé l’année cible à 2035, l’objectif 2025 étant irréalisable compte tenu du rythme de développement des énergies renouvelables. « Recommandé par un examen de l’AIE en 2015, il s’agit d’une étape bienvenue à l’heure de l’urgence climatique, qui maintient les avantages de l’électricité bas carbone pour la transition énergétique de la France », a déclaré l’AIE.

Le rapport indique : « La sécurité électrique sera au cœur de la transition énergétique propre. Il n’est pas exclu que garantir l’adéquation et la fiabilité puisse nécessiter des ajustements dans le rythme des mesures politiques anticipées, y compris le calendrier de fermeture des réacteurs nucléaires. Il ajoute : « Si le déploiement des énergies renouvelables et les besoins de flexibilité associés ne sont pas accélérés assez rapidement en donnant la priorité à l’exécution et à la mise en œuvre, l’objectif de fermer 14 réacteurs nucléaires peut être difficile à atteindre tout en préservant les marges de capacité de production. Le rapport indique qu’il y a « une visibilité limitée » sur le rôle futur du nucléaire en France au-delà de 2035. « Si la France décide de maintenir la part de 50 % après 2035, l’exploitation à long terme des centrales existantes et de nouvelles constructions seront probablement nécessaires » .L’AIE affirme que le secteur électrique du pays devra être décarboné d’ici 2050, conformément à l’objectif de zéro net de la France d’ici 2050. « Dans la plupart des scénarios, l’énergie nucléaire continuera de jouer un rôle important. (Voir note en fin de billet).

L’AIE a déclaré que le parc nucléaire vieillissant du pays – avec un âge moyen de 35 ans – devra être modernisé pour un fonctionnement à long terme, « à condition que la sécurité soit garantie », pour soutenir une transition énergétique sûre et abordable. Il a déclaré que l’exploitation à long terme des centrales nucléaires dans le cadre d’exigences de sécurité strictes est une manière rentable de produire de l’électricité à faible émission de carbone.

Recommandations

Le gouvernement français devrait « clarifier et revoir les conditions de l’obligation législative de limiter la contribution de l’énergie nucléaire à 50 % de la production d’électricité jusqu’en 2035, au regard des objectifs d’urgence climatique, de neutralité climatique, d’accessibilité financière et de déploiement des énergies renouvelables ». Il devrait également se prononcer sur le rôle du nucléaire au-delà de 2035. L’AIE recommande que le gouvernement assure le financement durable à long terme de la production d’énergie nucléaire, tout en préservant un marché de l’électricité compétitif, y compris la rénovation et la mise à niveau de la sécurité des réacteurs existants et le financement de nouvelles constructions à partir de 2023. En outre, il devrait renforcer la recherche sur l’énergie nucléaire la plus pertinente pour la transition énergétique. « La France approche d’un carrefour, car des décisions clés sur son futur système énergétique doivent être prises rapidement pour s’assurer qu’elle peut atteindre zéro émission nette d’ici 2050 », a déclaré Birol. « En investissant beaucoup plus dans l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables et le nucléaire, la France peut accélérer les progrès sur ses objectifs énergétiques et climatiques clés ».

« L’examen par les pairs de l’AIE est très précieux car il consiste en une analyse indépendante des forces et faiblesses de notre politique énergétique, notamment dans le cadre de l’engagement de neutralité carbone d’ici 2050 », a déclaré Barbara Pompili, ministre française de la Transition écologique ajoutant que « Ce bilan intervient à un moment crucial, notamment pour anticiper la préparation du bilan du plan pluriannuel français et la discussion de la loi de programmation énergie et climat en 2023. Le bilan de l’AIE confirme les orientations retenues par la France, fondées sur trois piliers : renforcer l’efficacité énergétique, le développement des énergies renouvelables et le maintien d’une base électrique nucléaire ».

Source : https://iea.blob.core.windows.net/assets/7b3b4b9d-6db3-4dcf-a0a5-a9993d7dd1d6/France2021.pdf et traduction du commentaire paru sur le site World Nuclear News

Note. On retrouve dans la politique énergétique de la France la focalisation démesurée sur la production électrique qui est à plus de 95 % décarbonée. La France n’a pas besoin de s’enfoncer dans l’écueil de la transition énergétique qui n’a aucune signification dans l’état actuel de la production électrique. La mise en place de parcs éoliens est inutile et coûteuse. L’utilisation de sources d’énergies carbonées relève du chauffage domestique, des transports et de l’industrie. Favoriser le chauffage domestique électrique peut constituer une approche encore faudra-t-il rouvrir l’usine de Fessenheim et construire d’autres réacteurs nucléaires. Quant au secteur du transport il s’agirait alors de convertir l’ensemble du parc automobile en véhicules électriques. Or une telle conversion est inenvisageable sans provoquer de graves troubles sociaux. Techniquement une telle reconversion est impossible car la France n’est pas seule au monde et bien d’autres pays pensent également aux véhicules électriques. Rapidement l’approvisionnement en cobalt et lithium sera un problème non résolu. En conclusion, la France compte parmi les meilleurs « élèves » en termes d’émissions de CO2 de tous les pays développés et cette « transition énergétique » si chère aux écologistes, dont fait partie Madame Pompili, relève de la fiction sinon de la stupidité.