Pourquoi il n’y a pas d’inflation au Japon ?

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Quand on se trouve au Japon, il est impossible de ne pas remarquer le drôle de logo de la société Yamato Transports : une chatte transportant son petit bien que le chat ne soit pas à proprement parler un animal de compagnie dans ce pays puisqu’il pourrait se « faire les griffes » sur les tatamis en paille de riz à la maison ce qui serait un désastre. Yamato est peut-être l’un des plus grosses entreprises japonaises de livraison et de groupage et elle met son point d’honneur à livrer quoi qu’il arrive les colis et autres items en tous genres dans les meilleurs délais. Amazon a donc tout naturellement fait appel à ses services – Amazon ne livre pas à domicile – et le surcroit de travail des employés de Yamato et de ses sous-contractants est devenu insupportable. Outre le fait de conduire des petits camions dans des ruelles parfois inextricables, les chauffeurs doivent aussi faire des kilomètres à pied chaque jour au pas de course avec un chariot et travailler parfois 15 heures de suite pour un salaire médiocre de 4 millions de yens par an.

Et c’est une véritable fronde qui couve au sein de la société Yamato. Les chauffeurs refusent tout simplement de continuer à livrer les colis chez les particuliers sans augmentation substantielle de leur salaire. Il faut dire que c’est une révolution puisque la société Yamato n’a pas augmenté les salaires de ses employés depuis 27 ans ! Inutile de réfléchir au sujet des causes profondes de l’absence désespérante d’inflation au Japon …

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Durant l’année fiscale 2016-2017 Yamato a livré plus de 1,8 milliard de colis, soit environ 43 % de ce marché au Japon et toujours avec une ponctualité qui rivalise avec celle des horaires des trains. Laisser un colis sur le pas de la porte quand le destinataire est absent n’est pas correct au Japon bien que la criminalité soit pratiquement inexistante. Il faut que la personne à qui est destiné le colis appose sa signature à l’aide de son inkan, un petit tampon enregistré auprès de l’administration, sinon pas de livraison possible, ce qui complique lourdement la tâche des employés des sociétés de livraison.

Les chauffeurs de Yamato bénéficient d’un salaire de près de 20 % inférieur à celui d’un chauffeur dans n’importe quelle autre branche industrielle et ils travaillent 460 heures de plus que leurs homologues par an. Augmenter les salaires risque de mettre Yamato en difficulté et de là à pointer du doigt l’accord passé avec Amazon, il y a un pas qui a été vite franchi par les employés. Pour ces raisons Amazon a fait appel à Japan Post mais la fronde invraisemblable (pour le Japon) des employés de Yamato pourrait bien se répandre et atteindre Japan Post et obliger Amazon a revoir sa politique de prix en incluant le coût de la livraison dans son catalogue. On peut toujours rêver en imaginant qu’une petite entreprise comme Yamato arrivera à vaincre ce colosse mondial.

Inspiré d’un article paru dans Bloomberg. Illustrations : Bloomberg

À ce sujet aussi : https://jacqueshenry.wordpress.com/2017/05/29/nouvelles-du-japon-les-livraisons-a-domicile-il-faut-etre-chez-soi/