Traitement de la maladie de Parkinson et flore intestinale : un curieux rapprochement.

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Quand le médecin prescrit un médicament à un patient il lui conseille le plus souvent de s’abstenir de boissons alcoolisées. C’est facile à comprendre puisque l’alcool stimule certaines activités enzymatiques du foie impliquées dans la destruction de ces médicaments. Mais il ne conseillera jamais à son patient de prendre aussi un antibiotique pour massacrer « la biodiversité » des bactéries intestinales. J’ai mentionné le mot biodiversité ici car c’est à la mode mais c’est à peine ironique. En effet, des biologistes de l’Université d’Harvard ont eu la surprise de constater que des patients souffrant de la maladie de Parkinson qui suivaient un traitement avec de la L-DOPA (dihydroxyphényl-alanine) répondaient mieux à ce traitement quand, pour une raison ou pour une autre ils étaient aussi sous traitement avec des antibiotiques. La L-DOPA est en effet le précurseur de la dopamine et de l’adrénaline. La maladie de Parkinson se caractérise par un déficit en dopamine au niveau des neurones dites « dopaminergiques » et l’ingestion de L-DOPA est pour l’instant le seul traitement permettant d’atténuer, au moins temporairement, l’évolution de la maladie.

Cette observation fortuite – la science progresse aussi par hasard – a conduit l’équipe du Professeur Emily Balskus à constater que la majeure partie de la L-DOPA était détruite dans l’intestin au cours de l’intervention de deux bactéries distinctes, Enterococcus faecalis et Eggerthella lenta, et métabolisée en dopamine puis en meta-tyramine. Ce dernier composé peut provoquer de violents maux de tête. Dans le cadre de ces travaux l’équipe du Docteur Balskus a expliqué que l’autre médicament approuvé pour traiter la maladie de Parkinson, le Carbidopa, associé à la L-DOPA lors du traitement, était un inhibiteur de l’enzyme décarboxylant la L-DOPA, permettant alors une meilleure accessibilité de ce dernier produit vers le cerveau. Sans cette association, plus de 95 % de la L-DOPA disparaît en effet dans l’intestin et l’augmentation des doses a pour effet d’aggraver le taux de tyramine et donc par conséquent les maux de têtes qui en résultent.

La découverte de l’activité inconnue jusqu’alors de réduction de la dopamine en tyramine, une réaction impossible à réaliser pour un chimiste, de dé-hydroxylation faisant intervenir un enzyme ayant pour cofacteur du molybdène pose un petit problème. La présence d’une telle bactérie dans l’intestin pourrait expliquer pourquoi certains patients sont sensibles à un traitement donné alors que d’autres patients ne répondent pas au même traitement. La diversité du microbiome intestinal réserve donc encore des surprises …

Source et illustration : Harvard University News Letters du 13 Juin 2019