Leverage, c’est quoi ? (Lehman Brothers, BNP, BPCE, Crédit Agricole SA, Eric Verhaeghe)

 

Quand on se risque à lire un article relatif à l’économie, il faudrait un dictionnaire spécialisé à portée de la main pour comprendre en profondeur comment cette industrie fonctionne, je ne parle pas de la finance dont personne ne peut vraiment dire quels sont les rouages souvent secrets, comme par exemple les hedge funds, un mot qui littéralement peut se traduire par « fonds en marge », disons opaques, obscurs, dont la nature n’est pas totalement connue, je parle de ce que l’on peut lire dans les médias à ce sujet. Les gigantesques masses d’argent des hedge funds fructifient sans souci de morale ni de préoccupations économiques réelles, on le sait, mais comment fonctionnent les banques ?

Et pour être compétitives, ces banques qui, soit dit en passant, font aussi fructifier les dépôts de leurs clients, prennent des risques parfois insensés pour réaliser quelques profits que ce soit en spéculant sur les taux de change ou en réalisant des transactions à haut débit sur les matières premières. Mais dans leurs bilans, ces mêmes banques doivent tenir compte également de leurs engagements divers et variés et souvent risqués.

Le bon sens voudrait que les banques n’engagent pas plus de 10 fois leurs actifs dans des opérations pour ne pas s’exposer à des risques auxquels elles ne pourraient pas faire face, loi tacite toute théorique à l’évidence, or les banques françaises ont vu leur valeur en bourse fondre comme neige au soleil ces dernières années, après la chute de Lehman Brothers. La conséquence directe est une augmentation inexorable du rapport entre la capitalisation des banques (leurs fonds propres) et leurs engagements financiers en tous genres. Au delà de 10 ce rapport, ou Leverage en anglais, est considéré comme un signe de mauvaise santé de la banque qui se trouve alors exposée aux aléas du marché (je me répète mais c’est un peu pour bien comprendre ce que je viens d’écrire). Par exemple, quand Lehman Brothers a chuté, son Leverage était de 32. En d’autres termes, cette société avait engagé 32 fois son capital dans des opérations financières risquées et on sait ce qu’il en est advenu.

Pour les banques françaises qui ont vu leur capital fondre (je viens de l’écrire), selon Eric Verhaeghe (www.ericverhaeghe.fr), chroniqueur d’Atlantico.fr dont je lis fidèlement les billets, le leverage de BPCE est de 23, de 24 pour la BNP, 29 pour la Société Générale et 43 pour le Crédit Agricole. Et Monsieur Verhaeghe d’ajouter (je cite) « Mon Dieu ! Quel vilain chiffre pour nos bons paysans qui aiment dormir sur leurs deux oreilles, les reins bien calés sur leur matelas de liquidités. Comme qui dirait, cette dérive prudentielle de nos banques est un peu anxiogène. »

Je pense que Monsieur Verhaeghe a oublié dans son calcul qu’une toute petite fraction – disons 10 % – du capital du Crédit Agricole SA est cotée et que par un bon sens paysan bien louable les caisses régionales ont minimisé les risques spéculatifs en restant actionnaires largement majoritaires de cette banque. Certes, l’épisode d’Emporiki a frappé les esprits, mais il n’y a pas de quoi s’alarmer comme le prétend au contraire cet auteur. Le leverage est donc une donnée théorique qui ne tient pas compte de la réalité de l’exposition financière des banques, et en particulier en ce qui concerne le Crédit Agricole SA puisqu’il s’agit d’un rapport théorique qui ne semble pas tenir compte, en tous les cas pour ce qui concerne le Crédit Agricole SA, de la structure réelle du capital utilisé pour calculer ce rapport.

Pour Lehman Brothers, la totalité du capital était publique, ceci explique donc la chute de cette institution financière.Pour BNP et Société Générale, on peut effectivement se poser quelque question sur leur leverage et pour BPCE la situation me paraît pour le moins floue.

J’espère que les lecteurs de mon blog ne me contrediront pas et j’attend des éclaircissements de Monsieur Verhaeghe à moins que je n’aie rien compris à la finance.

Source : http://www.atlantico.fr/decryptage/banques-francaises-merci-fuite-capitaux-eric-verhaeghe-549257.html?page=0,1