Benedikt Weibel : «La France, c’est la monarchie et les barricades»

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L’ancien patron des CFF, très populaire auprès des cheminots suisses, avoue mal comprendre la grève du personnel de la SNCF

Benedikt Weibel a été le patron des CFF durant quatorze ans, membre du conseil d’administration de la SNCF – mandat non rémunéré pour lequel il a été décoré de la Légion d’honneur – de 2003 à 2007 et président de l’Union internationale des chemins de fer : bien qu’âgé aujourd’hui de 72 ans, l’ancien pape européen du rail est resté très actif, puisqu’il dirige encore le conseil de surveillance d’un chemin de fer privé autrichien, WESTbahn. Membre du Parti socialiste, le patron rouge des CFF n’a jamais dû affronter une grève en Suisse, même s’il a supprimé près de 10 000 emplois durant son mandat. Quel regard porte-t-il aujourd’hui sur la grève du personnel de la SNCF?

Le Temps: On critique beaucoup le statut des cheminots, mais le grand problème de la SNCF est celui de la dette, qui atteint désormais 47 milliards d’euros. Le conseil d’administration n’a-t-il pas une grosse responsabilité à cet égard?

Benedikt Weibel: Je ne le pense pas. Un jour, j’ai demandé à Louis Gallois, alors président du conseil d’administration de la SNCF, quelle était la rentabilité du TGV Rhin-Rhône. Il m’a répondu qu’en France, le développement du réseau était d’abord une question politique. Ce sont les politiques qui exigent sans cesse de nouveaux tronçons. En 1997, le gouvernement a créé le Réseau ferré de France (RFF) pour répondre à une directive européenne demandant de séparer le transport du réseau. Mais en fait, cette opération a surtout servi à libérer la SNCF du poids de la dette liée à l’infrastructure ferroviaire. Les Français ont toujours tenté d’échapper aux critères de Maastricht.

La réforme du gouvernement français veut aussi ouvrir le marché ferroviaire à la concurrence. Peut-on concilier cet objectif avec le maintien du service public?

Oui, bien sûr! Je suis bien placé pour vous le dire en tant que président du conseil de surveillance du chemin de fer autrichien privé WESTbahn, une entreprise dont la SNCF est d’ailleurs actionnaire à 18%. Nous travaillons depuis 2011 sur la ligne Vienne-Salzbourg, sur laquelle nous offrons désormais une cadence à la demi-heure. L’apparition de cette concurrence a eu des effets très positifs. Bien que nous ne touchions aucune subvention, nos prix sont toujours les meilleur marché. Quant à l’entreprise assurant le service public, ÖBB, elle offre aujourd’hui davantage de trains, a modernisé son matériel roulant et aussi réduit ses prix.

La SNCF s’est-elle trompée de stratégie en tablant trop sur le «tout TGV»?

On ne peut pas affirmer cela, car le TGV a joué un rôle de pionnier en Europe et offre une excellente qualité de prestations. Mais il est vrai qu’entre le TGV et le RER, il n’y a quasiment rien en France. Voici quelques années, je me suis livré à une comparaison entre deux villes de grandeur semblable, soit Soleure où j’ai grandi et Lons-le-Saulnier, chef-lieu du département du Jura. J’ai constaté qu’entre 6h du matin et midi, il y a 10 départs à la gare de cette ville de 17 000 habitants, contre plus de 100 à Soleure !

Le statut des cheminots français, qui offre la retraite dès 52 ans au personnel roulant et dès 57 ans au personnel non roulant, n’est-il pas anachronique?

Oui, bien sûr ! C’est un régime qu’aucun pays au monde ne peut se payer. Partout en Europe, on se demande s’il ne faut pas fixer un âge de la retraite à plus de 65 ans en raison de l’espérance de vie qui s’allonge. Personnellement, j’ai 72 ans et j’enseigne encore dans plusieurs hautes écoles. Lorsque je demande à mes étudiants jusqu’à quel âge ils pensent devoir travailler, ils se déclarent tous conscients que ce sera jusqu’à environ 70 ans. Ils ne se font aucune illusion à ce sujet !

Que révèle cette grève sur la France d’aujourd’hui ?

Que rien n’a changé ! L’homme qui m’a contacté pour siéger au conseil d’administration de la SNCF est l’ancien sénateur alsacien Hubert Haenel (RPR, puis UMP). Un jour, il m’a confié : «La France, c’est la monarchie et les barricades.» C’est toujours le cas aujourd’hui. Alors que les premiers sondages montraient un soutien à la réforme d’Emmanuel Macron, aujourd’hui je constate que de plus en plus de Français témoignent leur sympathie pour cette grève (46 % selon les derniers sondages).

Article paru dans le quotidien suisse Le Temps. Pour se faire une petite idée de ce qui se passe en France il est approprié de consulter la presse étrangère.

Notes. Il n’existe à ce jour dans le monde que deux lignes ferroviaires à grande vitesse rentables : le tronçon de TGV français Paris-Lyon et le Shinkansen Tokyo-Osaka. Les données de rentabilité des trains à grande vitesse chinois ne sont pas disponibles.

OGM, vaccins, CO2 : même combat obscurantiste !

J’ai lu une interview de Werner Arber, biophysicien au Biozentrum de Bâle et prix Nobel de physiologie et de médecine en 1978, dans Le Temps de Genève. Cet éminent biologiste, étudiant post-doctoral des Lederberg à l’Université de Stanford et de Salvador Luria au MIT, consacra sa carrière au transfert horizontal des gènes chez les bactéries par l’intermédiaire des bactériophages, des virus attaquant les bactéries et en y transférant des gènes étrangers, dont en particulier les gènes de résistance aux antibiotiques dont il a été fait mention dans un précédent billet. Ces travaux le conduisirent à la découverte des enzymes de restriction qui chez les bactéries permettent d’atténuer l’effet délétère des bactériophages en coupant l’ADN de ces derniers au niveau de sites de coupure spécifiques de chaque enzyme de manière restreinte. Cette découverte extrêmement importante a en effet été à la base du développement de la biologie moléculaire. Ces enzymes permettent d’obtenir des fragments d’ADN susceptibles d’être facilement séquencés et comme chacun de ces enzymes coupe l’ADN en des sites spécifiques, il est possible alors de procéder à des alignements des fragments obtenus et ainsi d’obtenir la séquence totale. Pour l’anecdote Werner Arber est président de l’Académie Pontificale des Sciences du Vatican depuis 2011 bien qu’il soit protestant comme quoi il n’y a pas d’ostracisme en science. Dans cet interview, Arber mentionne naturellement les plantes transgéniques et je n’ai pas pu résister à citer ici des extraits de son discours bien qu’il considère par ailleurs que tout procède de la volonté de Dieu, en tant que croyant.

L’homme manipule le génome d’êtres vivants en laboratoire. En créant des organismes génétiquement modifiés par exemple ou en synthétisant de toutes pièces l’ADN d’une bactérie ou le chromosome d’une levure.

Grâce au génie génétique, il est possible d’intégrer une séquence d’ADN étrangère dans le génome d’un être vivant comme une bactérie ou une plante. L’information codée par ce gène est alors activée dans la cellule hôte et génère une molécule spécifique comme produit du gène. Par exemple, il est possible d’induire la production de vitamines dans la partie d’une plante de notre nourriture quotidienne.

Pour le moment, le résultat le plus significatif est celui de la production d’un précurseur de la vitamine A chez le riz. Ce riz modifié appelé «riz doré» a été développé par Ingo Potrykus avec son collègue allemand alors qu’il était professeur à l’Ecole Polytechnique de Zürich. En Indonésie et en Afrique, il y a beaucoup de populations rurales qui ne mangent à tous les repas rien d’autre que du riz qui ne contient pas de vitamine A. Si les femmes enceintes et les enfants ne se nourrissent que de ces grains, ils développent des carences, aux effets néfastes irréversibles chez les enfants. Je suis très préoccupé par ce problème. Je suis sûr que grâce au génie génétique, on pourrait obtenir des plantes contenant les micronutriments indispensables à la bonne santé de ces populations. Ce genre de développement doit se faire sur une base scientifique solide et dans une perspective durable. Il doit aussi, idéalement, être entrepris via un partenariat entre l’économie, la science et le politique pour obtenir à long terme les meilleures solutions pour notre nutrition.

Est-ce qu’il y a des limites au génie génétique mené par l’homme? Est-ce qu’il enfreint ce que vous appelez «les lois de la nature»?

Non. Le transfert horizontal de gènes réalisé dans le laboratoire, la nature le fait tout le temps mais très lentement, et plus ou moins au hasard. Dans le laboratoire, chaque changement est réalisé l’un après l’autre sur des gènes connus. Les effets de son intégration dans l’organisme génétiquement modifié (OGM) sont testés. Certains milieux estiment que le génie génétique est a priori quelque chose de dangereux, ce qui est faux tant qu’il est fait dans le respect des lois de la nature.

Les risques liés au génie génétique sont du même ordre que ceux de l’évolution biologique naturelle, donc largement insignifiants. Pas une seule contribution de ce projet ne montrait de manière claire un danger. Cependant les politiciens ont décidé de maintenir le moratorium contre les OGM car l’opinion publique était toujours contre.

Je dis souvent à mes auditeurs: en combinant la moitié du génome de pommier et la moitié du génome de la fraise, vous n’obtiendrez pas un arbre avec des fraises. La nature contrôle en permanence les fonctions de tous les êtres vivants, y compris des OGM. Dans le cas en biologie synthétique de la construction pas à pas d’un génome de bactérie, il ne s’agit pas selon moi de la création d’un nouvel organisme vivant. Mais plutôt de la confirmation que ce que l’on interprète dans cet ADN est correct.

Si, dans le futur, une nouvelle fonction génétique qui n’existe pas dans la nature est inventée, alors des recherches très sérieuses en laboratoire devront être menées avant de l’utiliser, non seulement chez l’être vivant dans lequel la fonction a été intégrée, mais aussi dans de nombreux autres êtres vivants.

Est-ce que vous percevez un risque dans la culture des OGM en champ libre? Est-ce que ça pourrait perturber les plantes de la région?

Je ne pense pas. Un des grands problèmes qui menacent la biodiversité est la monoculture dans l’agriculture. Ce n’est pas naturel : la nature est diversité. Mais il est difficile de changer de système et de trouver une alternative pour fournir des aliments à toute la population.

Voilà, quoi dire plus surtout quand ce genre de propos émane d’un grand scientifique, croyant de surcroît, qui sait exactement de quoi il parle puisque sa carrière a été entièrement consacré aux transferts de gènes chez divers organismes. On ne peut que déplorer encore une fois l’obscurantisme des mouvements écologistes opposés aux plantes génétiquement modifiées. Pour ces ignorants il ne faut en aucun cas modifier la nature, une prise de position avant tout idéologique qui n’est justifiée par aucun principe justifié, ni humanitaire, ni religieux.

Une autre illustration de l’obscurantisme des mouvements écologistes est évidente avec cette dépêche d’agence :

Une épidémie de rougeole meurtrière touche le Vietnam

Une épidémie meurtrière de rougeole a déjà tué, depuis le début de l’année, au moins 112 personnes, principalement des enfants de moins de 10 ans, a annoncé le ministère de la Santé. Elle en a contaminé des milliers d’autres.Le bilan risque de s’alourdir en raison des contaminations croisées, du mauvais temps et d’hôpitaux pédiatriques débordés dans les principales villes du pays où les parents paniqués conduisent leurs enfants malades, a mis en garde le ministère.

Le Premier ministre Nguyen Tan Dung avait appelé mercredi les autorités à être plus « actives » pour empêcher une propagation. Celles-ci ont distribué des vaccins, amélioré la surveillance de la maladie et demandé aux parents de faire soigner leurs enfants localement au lieu de les conduire dans des hôpitaux surchargés. (…)

Vaccins en question

Le Vietnam a des taux élevés de vaccination contre les maladies infantiles, dont la rougeole, mais le pays pourrait être victime de son succès. Certains parents, notamment inquiets de possibles effets secondaires, estiment qu’il est moins risqué de ne pas faire vacciner leurs enfants. « Je suis inquiète parce que ma fille a reçu une seule injection du vaccin, j’ai oublié la deuxième. Mais aussi, à cause des scandales et des rumeurs sur la vaccination, j’ai décidé de ne pas la faire », a commenté Nguyen Hoa Lan, dont la fille de sept ans et le fils de 10 ans sont malades. (ats / 19.04.2014 09h23)

En définitive, les mouvements écologistes diffusent des mensonges, des affirmations infondées et des rumeurs qui sont nuisibles à l’humanité dans son ensemble, que ce soit à propos des plantes génétiquement modifiées, des vaccins, de l’énergie nucléaire, du CO2, des pesticides, des engrais, de la fracturation hydraulique, des centrales électriques au charbon (sauf en Allemagne), du changement climatique, des micro-particules, de l’exploitation pétrolière dans l’Arctique, et bientôt ce sera inéluctablement le sort des nanotechnologies, de la surpopulation, des riches, des pauvres … Quand leurs agissements auront éliminé 90 % de la population de la planète ils seront les seuls à avoir survécu ! Triste perspective …