La corruption organisée par les « corporatocrates »

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Fort heureusement il y a les lanceurs d’alerte comme Julian Assange ou encore Edward Snowden pour nous informer car consulter la presse main-stream subventionnée et les chaines de télévision étatisées ou propriétés de grands groupes industriels ou commerciaux n’est qu’une perte de temps : nous sommes tous soumis à une désinformation systématique sous une avalanche continue de nouvelles sans aucune importance ou dont la véracité est contestable. Par exemple, la politique monétaire de la banque centrale européenne (BCE) dirigée par un ancien employé de Goldman-Sachs du nom de Mario Draghi échappe à tout contrôle tant de la Commission Européenne que du Parlement de Strasbourg. La BCE se trouve comme par hasard à Francfort, la capitale financière de l’Allemagne et Draghi fait sa petite cuisine sans rendre de comptes à qui que ce soit.

Depuis juillet 2016, pas satisfaite de racheter des obligations souveraines sur le second marché, cette institution a entrepris d’acheter des actions de grandes corporations européennes ainsi que des titres de dette de ces mêmes corporations dans la plus grande opacité. Draghi a insisté sur le fait que la BCE n’achetait que sur le second marché et ne participait donc pas directement au financement de la dette des Etats ni des entreprises. C’était une manoeuvre pour dissimuler ce qui se fait dans l’ombre, entre corporatocrates, un néologisme inventé par Wolf Richter sur son blog, entre coquins pour être plus précis ! Tout est secret et fort heureusement les lanceurs d’alerte que j’ai cité ci-dessus ont permis d’y voir un peu plus clair. Le Corporate Europe Observatory a craqué les codes utilisés par la BCE pour identifier les corporations (multinationales) européennes bénéficiant de ses largesses et le résultat est assez surprenant.

On trouve par exemple les grands du pétrole : Shell, financé 11 fois depuis juillet dernier, Eni (Italie) financé 16 fois, Repsol (Espagne) six fois, OMV (Autriche) six fois également, et enfin Total (France) financé 7 fois. Quant aux multinationales impliquées dans le gaz naturel c’est le même tableau. Mais il n’y a pas que le secteur énergétique qui intéresse la BCE. L’industrie automobile bénéficie aussi des largesses de la BCE avec en tête Daimler, BMW, Volkswagen malgré ses problèmes de trucage des émissions des moteurs diesel, et enfin Renault.

Ce n’est pas tout et le Corporate Europe Observatory a aussi découvert que la BCE était on ne peut plus généreuse avec les trois majors françaises de l’eau : Suez, Vivendi et Veolia. Vous en voulez encore ? LVMH est aussi un chouchou de la BCE, tout comme la société autrichienne Novomatic dont la spécialité est les jeux de hasard et propriété du milliardaire Johan Graf. Tous les dirigeants de ces sociétés sont des copains de Mario Draghi et se retrouvent régulièrement dans les salons feutrés des hôtels de luxe qui à Davos, qui au club de Bilderberg. L’objectif de Draghi est d’atteindre 125 milliards d’euros d’ici la fin de 2017 dans ce genre d’opération souterraine qui échappe à la sagacité et au contrôle des politiciens.

Mais il est inutile de penser un seul instant que Jean-Claude Junker, le président de la Commission européenne, ne soit pas au courant des agissements de son ami Draghi. Ces agissements sont en effet à la limite de la légalité, on pourrait dire totalement illégaux puisque la BCE, dans sa grande mansuétude, s’implique aussi dans les « placements privés », en d’autres termes des titres de dette des corporations multinationales qui échappent au marché financier traditionnel. Seule une petite poignée d’investisseurs est au parfum et la BCE, à l’évidence, a transgressé le cadre de son statut de banque centrale en se positionnant comme acheteur de dette, dans ce cas, en premier ressort. L’immense avantage offert aux grandes corporations est qu’elles disposent via la BCE et directement d’un accès rapide et peu coûteux à des capitaux qu’elles ne trouvent plus auprès des banques.

On peut appeler ce genre de pratique de la corruption …

Source : wolfstreet.com