Bernadette de Lourdes était-elle schizophrène ?

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Les mystères de notre cerveau sont révélés à longueur d’année et de toute évidence les études faisant appel à l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle réservent encore des surprises. Par exemple en lisant un roman qui n’a pas été surpris de s’apercevoir que son cerveau lui parlait comme s’il « entendait » les dialogues tout en les lisant et cela pourtant dans un mutisme total. Pas vraiment total car, en suivant l’activité musculaire au niveau du larynx par électro-myographie, des biologistes se sont rendu compte que le cerveau du lecteur envoyait des signaux à l’aire du langage, l’aire de Broca, qui commande par un autre circuit cérébral les divers mouvements du larynx et éventuellement des lèvres. Et dans la vie quotidienne il en est de même : qui n’a pas entendu son cerveau lui répéter qu’il fallait acheter des poireaux au rayon légumes du supermarché. Il s’agit d’une sorte d’illusion auditive : on croit s’entendre comme on croit également voir quelque chose quand on ferme les yeux alors qu’il n’en est rien.

Pourtant, il s’agit de phénomènes qui ne sont pas du tout imaginaires. Ils sont la conséquence de fonctionnements discrets dans les interconnexions reliant différentes zones du cerveau remplissant des fonctions bien précises. Quand un enfant apprend à parler il apprend surtout à émettre des sons précis avec sa gorge, ses cordes vocales, sa langue et ses lèvres. Le langage est une série de sons et le cerveau mémorise ces derniers au cours de l’apprentissage de la parole pour que l’enfant construise ensuite des mots puis des phrases. Quand ce même enfant apprend à lire il lui arrive le plus souvent de « lire à haute voix » et dans ce cas il entend sa propre voix. Tout naturellement la lecture silencieuse pourrait supposer que les muscles impliqués dans le langage soient inactifs. En réalité il n’en est rien car si le lecteur n’émet aucun son audible son cerveau fonctionne cependant comme si il lisait à haute voix. Il existe dans le cerveau un ensemble de fibres nerveuses appelées le fasciculus arcuate qui relie l’aire de Wernicke, impliquée dans la compréhension du langage et de la lecture, à l’aire de Broca qui commande le langage.

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Etudier l’interaction entre les aires de Wernicke et de Broca est a priori difficile puisque se parler à soi-même (en silence) est une action plutôt intime par définition. De plus envisager une telle investigation signifie qu’il va falloir recruter des sujets qui « entendent des voix » et d’autres qui serviront en quelque sorte de contrôles car ils n’ont jamais entendu se dire distinctement « poireaux » au supermarché. Pour les personnes qui entendent des voix, c’est-à-dire pas nécessairement leur propre voix, on parle d’hallucination auditive mais il peut s’agir seulement d’une forme de langage à soi-même (par exemple quand on lit un livre) qui n’a pas été reconnu comme tel. Les neurophysiologistes ont identifié avec précision que les aires du cerveau activées lors du langage, en particulier l’aire de Broca, qui sont également actives lors du langage à soi-même, le langage « intérieur ». En étudiant des sujets qui reconnaissaient avoir des hallucinations auditives récurrentes et en les comparant à des personnes qui faisaient seulement l’expérience somme toute courante de s’entendre parler à soi-même par l’approche d’imagerie fonctionnelle par résonance magnétique, des neurobiologistes finlandais se sont rendu compte qu’une autre aire du cerveau était impliquée dans l’hallucination auditive (voir le lien). Il s’agit de l’aire dite « motrice supplémentaire » qui a pour fonction de commander et de contrôler les mouvements musculaires comme par exemple la synchronisation des mains droite et gauche quand on écrit avec un ordinateur. Cette aire du cortex cérébral se trouve être partiellement mal activée chez un sujet souffrant d’hallucinations auditives avérées.

L’étude réalisée en Finlande à l’Université Aalto à Espoo a réuni 20 personnes dont 12 souffrant d’hallucinations auditives verbales effectivement perçues et décrites au corps médical, les autres sujets ne témoignant que de « voix intérieures » en parfaite mesure avec leur comportement quotidien.

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Une différence notable par IRM fonctionnelle a été identifiée au niveau de l’activité de l’aire motrice supplémentaire alors que celle de l’aire de Broca ne semblait pas modifiée en comparant les personnes sujettes à des hallucinations auditives avec les personnes classées comme normales. Il s’est trouvé – ce n’était pas vraiment un hasard car il avait fallu sélectionner les individus à étudier – que 9 des 12 personnes sujettes à ces hallucination auditives verbales souffraient de schizophrénie. Elles entendaient des « voix » au cours d’épisodes d’hallucination de durées variables qui furent justement utilisées pour mettre en évidence une chute de l’activité de l’aire motrice supplémentaire comme cela est illustré par les clichés d’IRM fonctionnelle ci-dessus.

Si on avait disposé des techniques modernes d’investigation de l’activité cérébrale peut-être aurait-on interné Bernadette Soubiroux comme étant une schizophrène devant être isolée du reste de la population de même que le fut Camille Claudel selon la volonté de son très religieux frère Paul et Lourdes serait encore un petit village pyrénéen paisible …

Source et illustrations : doi : 10.1016/j.nicl.2012/09.007

Poésie et musique ne sont pas de la prose …

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Quand Monsieur Jourdain découvre qu’il maîtrise la prose :

« Par ma foi ! il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans que j’en susse rien, et je vous suis le plus obligé du monde de m’avoir appris cela »

il ignorait effectivement qu’il écrivait et parlait en prose mais il ignorait aussi que son cerveau faisait appel à une partie de son cerveau différente de celle qu’il aurait utilisé s’il avait discouru et écrit en vers. C’est ce qu’a découvert par imagerie fonctionnelle par résonance magnétique nucléaire le Professeur Adam Zeman et son équipe de l’Université d’Exeter. Treize volontaires de l’Université étudiant ou enseignant la littérature anglaise se sont soumis à cette technique d’imagerie puissante alors qu’ils lisaient une notice technique d’un appareil de chauffage, des passages de romans, des sonnets en vers ou leurs poèmes favoris. On connaissait déjà les zones du cerveau qui sont sollicitées quand on écoute ou qu’on joue un morceau de musique. Elles se situent majoritairement dans l’hémisphère droit et ont été clairement reliées à l’émotion que l’on ressent quand on écoute les yeux fermés le quatuor D. 956 de Schubert, par exemple et que j’écoute en rédigeant ce billet. L’écoute ou la lecture d’un poème fait appel aux mêmes régions cérébrales ce qui n’est pas vraiment le cas quand on lit la notice technique de l’appareil de chauffage que l’on vient d’acheter en prévision de l’hiver plus rude que prévu par les théoriciens du climat. Entre la prose et les vers, il est aussi apparu une différence notoire, la poésie stimule une zone du cerveau appelée le cortex cingulaire postérieur ou gyrus cingulaire postérieur ainsi qu’une zone bien précise située dans le lobe temporal médian, deux régions cérébrales liées à l’introspection. Comme le dit très justement le Professeur Zeman « certaines personnes pensent qu’il est impossible de réconcilier la science et l’art, cependant les nouvelles techniques d’imagerie cérébrale prouvent au contraire à l’évidence que le cerveau réagit spécifiquement à la lecture d’un texte en prose mais que les régions citées sont plus sollicitées à la lecture d’un poème, et ces travaux aident à comprendre anatomiquement et biologiquement le sens artistique« . Monsieur Jourdain n’avait donc pas vraiment fait travailler, sans le savoir, le cortes cingulaire postérieur de son cerveau. Dans l’illustration jointe (University of Exeter Medical School) les zones frontales sont celles normalement sollicitées pour la lecture. 

La malbouffe est cernée par l’IRM !

 

 

J’avais dans un précédent billet de mon blog signalé l’usage délétère des sirops de maïs enrichis en fructose dans de nombreuses préparations industrielles du genre pâtisseries, pizzas surgelées, glaces et autres barres chocolatées ou des œufs Kinder pour le pas les nommer. Pourquoi du sirop de maïs enrichi en fructose ? Tout simplement pour inhiber la sensation de satiété, tout en favorisant celle opposée d’appétit et de faim. On ne savait pas trop comment fonctionne ce sirop mais des chercheurs de la Yale University School of Medicine viennet d’apporter quelques éclaircissements en procédant à des études par résonance magnétique fonctionnelle sur le cerveau et en particulier sur l’hypothalamus, là où tout se passe !

Ils ont fait boire de l’eau glucosée ou de l’eau « fructosée » à des volontaires sains et se sont aperçu par IRM fonctionnelle que le glucose inhibait sensiblement et significativement la circulation sanguine au niveau de l’hypothalamus (ainsi que de l’insula et du striatum) induisant alors la sensation de satiété en comparaison de l’effet observé avec le fructose qui ne conduisait pas à cette inhibition, d’où l’envie de continuer à manger n’importe quoi …

Or, et c’est là le côté paradoxal du business agroalimentaire, les soit-disant coupe-faim comme les barres chocolatées contiennent des quantités extravagantes de fructose (et d’autres poisons comme des acides gras hydrogénés ou partiellement hydrogénés) et se vendent beaucoup mieux puisque le consommateur ne ressent pas immédiatement cette sensation de satiété qu’il recherchait pourtant initialement. On nage donc dans le paradoxe et l’horreur puisque l’utilisation à des fins mercantiles du fructose conduit à l’obésité de manière imparable. L’obésité est devenue la première cause de morbidité aux USA, facile à comprendre puisque ce sont justement les grandes compagnies agro-alimentaires américaines qui sont les premiers producteurs de fructose. Mais il est peu probable que ces résultats obtenus de manière élégante leur donne mauvaise conscience.

Juste pour illustrer mon propos, lors de mon dernier voyage en avion entre Madrid et Tenerife, ma voisine, à la forte corpulence pour ne pas dire pathologiquement obèse, a acheté deux paquets de Twix qu’elle a engouffré avec une rapidité surprenante. Quand l’hôtesse est repassée avec son petit chariot, elle en a racheté deux autres paquets, de quoi personnellement me rendre durablement malade. Voilà une autre illustration des résultats obtenus par imagerie fonctionnelle.

 

Source : JAMA