Géopolitique : avec les sanctions US contre la Corée du Nord, l’Iran et la Russie qui va sortir gagnant ?

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Pour se faire une idée du vent de folie qui souffle sur Washington il suffit de constater le vote des deux chambres en faveur des sanctions économiques qui ont pour but d’isoler la Russie, l’Iran et dans une moindre mesure la Corée du Nord du marché économique mondial puisque c’est le dollar qui est utilisé pour la très grande majorité des échanges commerciaux dans le monde. Un vent de folie à Washington devenu caricatural avec l’affaire de l’interférence russe dans le processus électoral américain, une psychose montée de toutes pièces par la CIA avec le concours inconditionnel des médias pour satisfaire la doctrine des néoconservateurs à savoir maintenir l’hégémonie américaine sur les sources d’énergie mondiales. Les conflits soigneusement organisés par les USA en Irak puis en Libye et enfin en Syrie n’étaient motivés que par ce souci géopolitique de maintien de cette hégémonie américaine sur le pétrole et le gaz de ces pays. La levée de façade des sanctions contre l’Iran, un autre pays très riche en hydrocarbures, à la suite de l’accord relatif au programme nucléaire iranien, a donc été remise en cause par le Congrès et le Sénat américains dans un vote unanime (moins 5 voix) digne d’un pays totalitaire, c’est presque risible. Ce n’est pas la première fois que les USA dénoncent ignominieusement des accords passés et c’est déplorable, plus aucun pays ne peut leur faire confiance.

Il n’y a plus de démocratie aux USA, c’est le complexe militaro-industriel et l’intelligentsia néoconservatrice qui dirigent le pays. Le président Trump a été relégué au rôle de marionnette et il ne dispose dorénavant d’aucun pouvoir. Ce vote l’a réduit au silence et il a signé, un couteau sous la gorge, la décision de Capitol Hill. Il lui reste trois ans et six mois à faire les cent pas dans le bureau oval …

Mais qui va bénéficier de ce coup stratégique foireux américain ? De toute évidence les deux pays les plus friands en hydrocarbures, la Chine et l’Inde, vont tout naturellement se tourner vers la Russie. Il existe déjà des accords de swap yuan-rouble et les exportations de pétrole et de gaz russes vers la Chine ne passeront pas par la case dollar. Il est évident qu’il va en être de même avec l’Inde dans un très proche avenir. Le projet en cours de réalisation de la nouvelle route de la soie ne bénéficiera pas à l’Europe qui se trouvera de plus en plus isolée et vassalisée par Washington. C’est aussi ce que veulent les néocons américains : que l’Europe, incontestablement la première puissance économique mondiale, ne porte pas ombrage à la « Grande Amérique Démocratique » montrée en exemple à tous les pays du monde. Quelle mascarade !

Restent les mesures de rétorsion que peut décider Vladimir Poutine. Il y a par exemple le titane : Boeing importe plus du tiers du titane nécessaire à la construction des avions depuis la Russie. L’uranium (voir note en fin de billet), c’est encore plus critique puisque les capacités d’enrichissement américaines ne suffisent tout simplement pas à assurer le rechargement des réacteurs nucléaires et les USA importent du combustible enrichi made in Russia. Le zirconium et le tantale font également partie des exportations russes vers les USA comme les diamants industriels, la Russie étant le premier producteur de diamants noirs du monde. Plus de diamants, plus de trépans, plus de forages pour le fracking, plus de gaz, plus de pétrole de schiste … Il se trouve qu’Airbus et Areva ou encore Total en France vont également souffrir d’un embargo sur les exportations russes vers l’Europe et des sanctions contre l’Iran. Les médias n’ont retenu que la première mesure prise par Poutine, à savoir expulser des diplomates américains, ce n’était qu’un rideau de fumée car si Poutine décide d’un embargo total vers l’Europe sur de nombreuses matières premières essentielles pour l’économie européenne et en particulier allemande, le prochain hiver va être très rude, surtout sans gaz naturel !

Finalement c’est Poutine – le pragmatique – qui sortira gagnant dans cette histoire. Quant à imaginer un conflit nucléaire nul n’y songe vraiment car en quelques heures seulement l’humanité, les grenouilles, les hirondelles et les pandas seraient totalement anéantis.

Source et illustration : inspiré d’un article de Pepe Escobar paru sur le site informationclearinghouse.com .

Note : Dans l’illustration en tête de billet ne figurent que les importations d’hydrocarbures russes par l’Europe. Le cas de l’uranium est pourtant hautement significatif puisqu’il s’agit d’une ressource énergétique au même titre que le gaz naturel et le pétrole ou le charbon. Pour information la Russie est le plus important producteur mondial de SWUs, terme technique acronyme de Single Work Unit ou Separative Work Unit qui se réfère à la quantité d’énergie nécessaire pour produire de l’uranium enrichi à 3,75 % d’isotope 235 et qui fixe le prix de l’uranium enrichi sur le marché. À titre d’exemple le rechargement en combustible d’un réacteur d’une puissance électrique de 1300 MW nécessite 1 million de SWUs par an. La Russie, bien que n’arrivant qu’en sixième position dans le monde pour la production d’uranium naturel sous forme de « yellow cake » loin derrière le Kazakhstan, le Canada et l’Australie est cependant le premier pays du monde pour l’enrichissement et la production d’uranium combustible devant l’Europe (Allemagne, Pays-Bas et Grande-Bretagne), la Chine, la France – pour ses besoins domestiques – et les USA. La Russie contrôle 45 % des SWUs produites dans le monde et les USA importent 90 % de l’uranium combustible de leurs réacteurs nucléaires qui produisent plus de 20 % de l’électricité consommée dans le pays. Pour information également l’uranium extrait au Canada ou au Kazakhstan est majoritairement enrichi en Russie et dans une moindre mesure en Allemagne et aux Pays-Bas. Le vote des deux assemblées de Capitol Hill a été acquis sous le coup de l’émotion entretenue par les médias mais les conséquences risquent d’être très douloureuses pour le secteur énergétique américain. (Source : World Nuclear Association)

Billet d’humeur politique : accords nucléaires avec l’Iran

Finalement cet accord sur le nucléaire iranien est le reflet de trois tendances. D’abord la nécessité pour la communauté internationale d’accepter la collaboration de l’Iran pour combattre l’Etat Islamique. Téhéran avait déjà déclaré sont intention de combattre ces barbares majoritairement sunnites qui menacent l’Iran chiite. La position en ce qui concerne le Yémen et l’Arabie Saoudite va donc être revue, ce dernier pays étant le principal pourvoyeur de fonds de l’EI et les « rebelles » yéménites sont de leur côté financés par l’Iran. Serait-ce un premier pas dans l’évolution de la politique américaine ?

Si tel est le cas le deuxième point ayant conduit à l’accord est naturellement le business et ce point n’a jamais été absent des pensées des négociateurs car l’Iran est un pays développé aux ressources humaines et minérales immenses et tant les Européens que les Américains ont pris en considération ce dernier point. Il faut ajouter que le retour (officiel) de l’Iran sur le marché pétrolier va accentuer la chute du prix du baril ce qui ne sera pas du tout une mauvaise nouvelle pour les économies moroses de l’Europe, mais c’est une autre histoire …

Le troisième point est une mise à l’écart d’Israël de la scène politique. Même si les dirigeants politiques iraniens ont proféré des menaces à l’encontre d’Israël, le Premier Ministre iranien actuel est plutôt modéré et le fait que personne n’ignore qu’Israël dispose d’un armement nucléaire – entre parenthèses grâce à une collaboration technologique étroite avec la France – n’a pas non plus échappé aux négociateurs. Personne n’ignore qu’Israël dispose d’au moins une centaine de bombes et de vecteurs capables d’atteindre Téhéran, mais les Américains ne les laisseront pas se livrer à leurs délires agressifs surtout que l’Iran est maintenant en passe de devenir un partenaire commercial important dans la région et également un partenaire stratégique pour combattre l’Etat Islamique.

Au final cet accord va redistribuer les cartes dans tout le Moyen-Orient. De facto l’Arabie Saoudite va être mise aussi à l’écart, Assad en Syrie et le Hesbolla au Liban vont coopérer avec les nations ennemies de l’EI c’est-à-dire le bloc occidental et la Russie, alliée de la Syrie et de l’Iran. Peut-être bien que sans s’en douter, ergotant pour quelques kilos d’uranium 235 hautement enrichi pour produire du technétium, les négociateurs ont dénoué le gigantesque embrouillamini moyen-oriental en accueillant l’Iran à leurs côtés. Les aboiements de Netanyaou n’y feront rien : business d’abord, alliance contre l’EI ensuite et finalement marginalisation d’Israël et reconsidération de la position internationale vis-à-vis de l’Arabie Saoudite et aussi (et surtout) de la Russie. Peut-être qu’Obama, qui ne peut pas voir en peinture le Premier Ministre israélien, sera décoré d’une deuxième prix Nobel de la paix. Mais au fait pourquoi a-t-il déjà été nobélisé ? Et aussi pourquoi l’Allemagne s’est-elle immiscée dans ces négociations puisqu’elle n’est pas (officiellement) une « puissance nucléaire » ?

Vers un retour à la normale de l’approvisionnement en Technétium-99m, on peut en douter …

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Je sens déjà que certains de mes lecteurs ne prendront même pas le temps de lire ce billet puisqu’il s’agit de radioactivité qui plus est artificielle puisque le technetium-99m n’existe pas dans la nature, sa durée de demi-vie n’étant que de 6 heures. Six heures ça fait beaucoup mais c’est tellement insuffisant pour le radio-diagnostic médical qu’il n’est même pas la peine d’y songer en trouver le moindre microgramme dans la nature. Mais comme la même nature fait bien les choses au niveau des noyaux des atomes, en bombardant une cible d’uranium-235 fortement enrichi, celui-là même qui sert à faire des bombes, avec des neutrons rapides selon un processus parfaitement contrôlé dans un réacteur nucléaire dédié à cette fonction, il apparaît un produit de fission de cet uranium qui est le molybdène-99, un isotope lui aussi radioactif du molybdène, un métal couramment utilisé dans les aciers spéciaux. Ce molybdène-99 fraichement produit par ce bombardement intense de l’uranium est facilement extrait et se transforme par réarrangement de son noyau (en 66 heures la moitié des noyaux se réarrangent) en technétium-99m, celui qui est utilisé en imagerie médicale. Or la durée de demi-vie du technétium-99m n’est pas suffisamment longue (environ 6 heures, je l’ai déjà dit) pour qu’il puisse être transporté sur les lieux d’utilisation facilement. On préfère donc transporter le molybdène-99 vers les hôpitaux et sur place on extrait rapidement le technétium nécessaire pour les diagnostics avec un appareillage simple et peu coûteux que n’importe quelle laborantine exercée est à même d’utiliser.

Quand on s’est rendu compte de l’intérêt de cet isotope pour l’imagerie médicale dans les années 70, une intense recherche s’est développée pour utiliser ce radio-isotope pour toutes sortes de diagnostics en le couplant à des molécules biologiquement actives permettant de cibler des organes et même parfois l’ensemble du corps. On peut ainsi réaliser une imagerie dynamique très fine de l’ensemble des artères coronaires ou cérébrales en quelques minutes et les doses de radioactivité (rayons gamma) nécessaires pour un examen ont considérablement diminué avec le perfectionnement des caméras à rayons gamma utilisées pour la détection. Plus de 40 millions d’imageries médicales utilisant du technétium sont effectuées chaque année dans le monde, ce qui représente plus de 85 % de tous les traceurs radioactifs utilisés en milieu hospitalier.

Le technétium est donc devenu irremplaçable, or le problème est que les réacteurs produisant le molybdène parent sont vieux et il n’en reste plus que trois dans le monde opérationnels. Il suffit d’un arrêt pour maintenance de l’un de ceux-ci ou moins prosaïquement qu’un incident survienne dans l’une des installation pour que l’approvisionnement en technétium soit gravement compromis. L’installation la plus récente est le réacteur Osiris situé à Saclay en France et il date de 1966 … cela situe la gravité du problème.

Pour des raisons presque surréalistes la production de molybdène-99 ne peut être réalisée de manières techniquement et économiquement maîtrisables et rentables qu’en partant d’uranium-235 hautement enrichi, c’est-à-dire de « qualité militaire », et c’est là que le bât blesse ! Il semble qu’une sorte de psychose a envahi les décideurs comme si la production de molybdène-99 pouvait être répréhensible car la matière première est (serait) la chasse gardée des militaires. Les hôpitaux, dans le monde entier, vont à court terme être en rupture d’approvisionnement en cet isotope crucial pour les diagnostics rapides, efficaces et sans danger dont la variété n’est pas à rappeler une nouvelle fois. Que font les décideurs ? Rien ! On essaie encore d’interdire à l’Iran d’aller au delà de 5 % d’enrichissement en uranium-235 qui ne pourra être utilisé que comme combustible dans des usines de production d’électricité. Aller jusqu’à 95 % pour une centaine de grammes – cela suffirait à satisfaire en molybdène-99 un cinquième des besoins de la planète en technétium – est considéré comme un acte de guerre. Les Américains ont utilisé des arguments fallacieux pour contraindre l’Iran à re-diluer son uranium enrichi à 20 % qui n’était destiné qu’à des installations expérimentales à usage essentiellement médical pour ne pas devenir un producteur significatif d’uranium hautement enrichi car il conduirait à la confection d’armements alors que l’Iran a toujours clamé qu’il ne s’agissait que d’applications civiles et médicales. L’un des plus gros producteurs, la France avec Osiris, doit stopper en 2015 pour une durée indéterminée sa fourniture de molybdène-99 pour des opérations de maintenance et l’approvisionnement mondial sera alors sérieusement compromis.

L’agence de l’Energie Nucléaire de l’OCDE tente donc de trouver une solution à cette situation alarmante. Pour le moment on en est au stade des réunions informelles entre 17 pays de l’OCDE concernés mais aucune issue n’est en vue d’autant plus que le contexte géopolitique actuel ne se prête pas vraiment à des solutions constructives qui pourraient satisfaire les besoins du marché. Et avant qu’un des pays impliqués dans les « discussions » en cours tant au siège de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique qu’à la Commission Européenne (mais si ( ! ) la Commission Européenne s’occupe de ce genre de problème) ne décide d’investir en urgence dans un réacteur d’une capacité suffisante pour pallier aux besoins à venir beaucoup de patients attendront peut-être deux ans voire plus avant de pouvoir se soumettre à un examen radiologique souvent vital, autant dire qu’ils auront succombé à la pathologie dont ils souffraient et qui nécessitait ce genre d’investigation radiologique à l’aide de technétium pour être diagnostiquée et cernée avec précision.

Belle illustration de la totale incurie des politiciens dans ce domaine qui les dépasse totalement ! Puisqu’il s’agit d’uranium-235 hautement enrichi, c’est tabou, c’est politique et c’est même stratégique, on doit donc discuter et les Américains, comme on pouvait s’y attendre, se font prier pour autoriser un pays à s’équiper afin de produire ce molybdène-99 dont l’approvisionnement va devenir dès le début de l’année 2015 inévitablement compromis.

Le monde actuel serait tellement plus beau s’il n’y avait jamais eu ni Hiroshima, ni Nagasaki, ni les milliers d’essais atomiques exigés par les militaires. Désolante attitude dans laquelle se complait et finalement se trouve prisonnier le monde entier …

Source partielle : World Nuclear News

Billet d’humeur politique

 

À qui profite la chute spectaculaire du brut ? Voilà une question qui agite les neurones de bien des journalistes mais personne ne trouve de réponse satisfaisante. Le Brent à 59 dollars n’arrange pas les affaires des frackers nord-américains et encore moins les chercheurs d’or noir en eaux profondes. La récession économique généralisée peut être une explication mais l’économie européenne tirera en partie son épingle du jeu puisque l’euro n’a pas autant chuté par rapport au dollar que le baril de pétrole. L’Arabie Saoudite se moque de cette situation puisqu’elle brûle plus de la moitié du pétrole qu’elle pompe pour ses besoins domestiques … Restent donc les trois bêtes noires des USA : l’Iran, la Russie et le Vénézuela qui sont les première victimes de cette chute du prix du pétrole. On pourrait aussi mentionner l’ « Etat Islamique » qui tire une grande partie de ses revenus du marché occulte du pétrole depuis les gisements tant irakiens que syriens qu’il a mis sous sa coupe.

La réponse à la question n’ayant pas de réponse claire, on peut alors se demander si cette situation n’est pas tout simplement orchestrée par les Américains avec l’appui des Saoudiens pour satisfaire leur dessein d’hégémonie mondiale …

Les plans secrets de Washington

 

Ceci est une traduction aussi fidèle que possible d’un billet du blog de Paul Craig Roberts « Washington’s Secret Agendas » http://www.paulcraigroberts.org/ paru ce 28 septembre 2014 sur son blog.

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On pourrait être en droit de penser que le peuple américain a fini par comprendre que les fausses alarmes que Washington répand n’ont d’autre but que de dissimuler ses intentions cachées. Pas vraiment ! L’opinion publique (américaine) n’a pas compris que prétendre que les Talibans en Afghanistan étaient des terroristes affiliés à Al Qaeda était un mensonge. Les Américains ont financé une guerre de 13 ans qui a enrichi la firme de Dick Cheney, Halliburton, et d’autres firmes privées pour finir par devenir un autre échec de Washington.

L’opinion publique n’a pas compris le mensonge consistant à prétendre que Saddam Hussein en Irak disposait d’ « armes de destruction massive » qui pouvaient constituer une menace pour la nation Américaine et que si les Américains n’envahissaient pas l’Irak ils risquaient un nuage toxique au dessus de n’importe quelle ville des USA. Avec la montée en puissance de l’Etat Islamique (IS, ISIS ou EI) cette guerre (d’Irak) est loin d’être terminée. Des milliards de dollars supplémentaires rempliront les coffres du complexe militaro-industriel américain en combattant des gens qui veulent retracer les fausses frontières du Moyen-Orient créées par les Anglais et les Français à la fin de la première guerre mondiale quand la France et l’Angleterre se sont saisi des territoires de l’ancien Empire Ottoman. L’opinion publique n’a pas compris les mensonges répandus au sujet de Kaddafi en Libye, un pays prospère et stable qui est devenu depuis un immense chaos. L’opinion publique américaine n’a pas compris le mensonge au sujet du programme nucléaire iranien supposé orienté vers des usages militaires. Sanctionné et sous embargo par les Occidentaux l’Iran s’est naturellement tourné vers l’Est privant ainsi un des principaux producteurs de pétrole de la région de la sphère d’influence occidentale. L’opinion n’a pas non plus compris que l’allégation prétendant que Assad utilisait des armes chimiques contre son propre peuple était un mensonge. Les djihadistes que Washington a financé et envoyé en Syrie pour tenter de déchoir Assad se sont révélés par la suite, selon la propagande de Washington, une menace pour l’Amérique.

La plus grande menace pour le monde est la volonté d’hégémonie de Washington. L’idéologie d’une poignée de néo-conservateurs est le ferment de cette idéologie d’hégémonie. On se trouve en face d’une situation dans laquelle une poignée de ces néo-conservateurs psychopathes américains prétendent déterminer la destinée d’un grand nombre de pays. Beaucoup de gens croient encore aux mensonges de Washington mais de plus en plus d’individus considèrent que les USA constituent la plus grande menace pour la paix et tout simplement la vie sur Terre. Considérer que les USA sont « exceptionnels et indispensables » est utilisé pour justifier le droit de Washington à dicter ses volontés à d’autres pays.

Les victimes des bombardements américains sont invariablement des victimes civiles et les morts ne feront qu’intensifier les recrutements de l’Etat Islamique. Il y a déjà des appels pour que des troupes terrestres reviennent en Irak, sinon la civilisation occidentale sera menacée et on finira par avoir la tête coupée. La nouvelle propagande créée de toute pièce à propos de la « menace russe » nécessite plus de dépenses de la part de l’OTAN, plus de bases militaires proches des frontières avec la Russie. Une « force d’intervention rapide » est en cours de création pour répondre à une menace inexistante d’une invasion par la Russie des Etats Baltes, de la Pologne et du reste de l’Europe. En général il faut au public américain trois à quatre ans pour réaliser qu’il a été floué par la propagande mensongère mais pendant cette période ce même public a été abreuvé de nouveaux mensonges et il est sous le choc des nouvelles menaces. L’opinion publique américaine semble incapable de comprendre que comme le premier mensonge, le second, le troisième, le quatrième ou le cinquième étaient bien des mensonges, les suivants seront aussi des mensonges. De plus aucunes des interventions militaires américaines n’ont résulté en une amélioration de la situation des pays attaqués comme Vladimir Poutine l’a fait très justement remarquer. Et le public (américain) et ses représentants au Congrès approuvent chaque nouvelle aventure militaire en dépit des déceptions et des échecs répétés.

Peut-être que si on enseignait aux Américains la vraie histoire au lieu de les abreuver de contes de fées ils deviendraient moins crédules et moins naïfs devant la propagande de Washington. J’ai conseillé la lecture du livre d’Oliver Stone et Peter Kuznick « The Untold History of the US », je recommande maintenant le livre de Stephen Kinzer « The Brothers », la longue histoire des deux frères Dulles John Foster et Allen respectivement au Département d’Etat et à la CIA et leur diabolisation des gouvernements étrangers réformistes qu’ils ont réussi à renverser. Cette histoire des complots répétés des frères Dulles pour renverser successivement 6 gouvernements est révélatrice de la manière d’agir de Washington aujourd’hui.

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En 1953 les frères Dulles ont renversé le leader iranien démocratiquement élu Mossadegh et ont imposé le Shah, empoisonnant ainsi les relations entre les USA et l’Iran jusqu’à aujourd’hui. Les Américains pourraient très bien entrer en guerre contre l’Iran à cause des agissements des frères Dulles. Les Dulles ont renversé le président très populaire guatémaltèque Arbenz parce que sa réforme agraire menaçait leur cabinet juridique Sullivan & Cromwell, l’un de ses principaux clients étant la compagnie United Fruit ! Les deux frères Dulles ont lancé une extraordinaire campagne de désinformation dépeignant Arbenz comme un dangereux communiste étant une menace pour la civilisation occidentale. Ils ont mis en place des dictateurs comme Somoza au Nicaragua et Batista à Cuba pour contrecarrer les projets d’Arbenz. La CIA organisa des bombardements et une force d’invasion. Mais rien ne pouvait être concrètement décidé tant que l’opinion publique nicaraguayenne maintenait son soutien sans faille à Arbenz. Les frères Dulles trouvèrent la solution en contraignant le Cardinal (Francis) Spellman (archevêque de New-York) de convaincre le Cardinal du Nicaragua Rossell y Arellano de faire lire le 9 avril 1954 une « lettre pastorale » dans toutes les églises du pays. Un chef-d’oeuvre de propagande, cette lettre décrivait le Président Arbenz comme un dangereux communiste ennemi de tous les citoyens du Guatemala. Des émissions radiodiffusées truquées décrivirent des victoires imaginaires de combattants de la liberté et des défections de l’armée régulière. Le Président Arbenz demanda au Nations-Unies d’envoyer des observateurs mais Washington fit en sorte qu’aucun observateur ne puisse arriver au Guatemala. L’ensemble de la presse américaine reprit les informations, à l’exception de James Reston. Washington menaça et acheta les hauts gradés de l’armée du Guatemala qui poussèrent Arbenz à la démission. Le « libérateur » choisi par la CIA, le Colonel Castillo Armas, fut installé à la place d’Arbenz. Inutile de dire que c’est à peu de choses près ce qui s’est passé depuis le début de cette année en Ukraine. Le Président Eisenhower remercia la CIA d’avoir évité l’installation d’une tête de pont communiste en Amérique latine et John Foster Dulles fit une déclaration télévisée montrant que les récents évènements du Guatemala révélaient bien « les plans démoniaques du Kremlin » (sic) en dépit du fait que la seule influence étrangère au Guatemala était les deux frères Dulles et seulement eux. Ce qui était réellement arrivé était qu’un gouvernement démocratiquement élu et réformiste avait été renversé parce qu’il dédommagerait United Fruit pour la nationalisation de ses terres en jachère au Guatemala à une valeur enregistrée par cette compagnie pour obtenir des remboursements de taxes (du gouvernement américain) ! L’un des tous premiers cabinets d’avocats, Sullivan & Cromwell, ou plutôt (on devrait dire) l’un des acteurs de la politique étrangère américaine, ne pouvait pas accepter qu’un gouvernement démocratiquement élu nuise aux intérêts de son client d’autant plus que cette firme (United Fruit) était contrôlée par la famille Dulles. Les deux frères ont tout simplement mis en œuvre la CIA, le Département d’Etat et les médias américains pour protéger leurs intérêts privés. L’extraordinaire crédulité du peuple américain, les médias corrompus et le Congrès endoctriné et impuissant ont contribué au succès des frères Dulles pour renverser une démocratie. Il faut remarquer ici que ces événement eurent lieu il y a 60 ans, bien avant les administrations corrompues de Clinton, Bush et Obama comme sans doute les précédentes administrations.

La victime suivante des frères Dulles fut Ho Chi Minh. Ho, un leader nationaliste, demanda aux Américains de l’aide pour libérer le Vietnam de l’oppressante administration colonialiste française. Mais John Foster Dulles, un anti-communiste viscéral, considéra que Ho était au contraire une menace communiste qui voulait appliquer la théorie des dominos sur des innocents occidentaux (en l’occurrence les Français) et Foster Dulles déclara que le nationalisme et l’anti-colonialisme étaient les bases de la subversion communiste. Paul Kattenburg, alors en charge au Département d’Etat des affaires vietnamiennes, suggéra que plutôt que d’entrer en guerre contre les communistes vietnamiens, une aide de 500 millions de dollars pour aider à la reconstruction du pays après la guerre avec la France et les exactions françaises libérerait Ho Chi Minh des supports russes et chinois et par voie de conséquence de leurs influences. Ho réitéra ses demandes d’aide mais l’inflexibilité des frères Dulles clamant une menace communiste prévalut ce qui entraina l’Amérique dans un long et coûteux fiasco appelé depuis lors « la Guerre du Vietnam ». Kattenberg déclara plus tard qu’il était suicidaire pour les USA « de se crever les yeux, de se couper les oreilles, de castrer sa capacité analytique et de refuser la réalité à cause de préjugés aveugles » (sic). Malheureusement pour les Américains et pour le monde entier cette capacité de Washington à « castrer » ses capacités analytiques est une pratique courante.

Les cibles suivantes des frères Dulles furent le Président Sukarno d’Indonésie, le Premier Ministre Patrice Lumumba du Congo et Fidel Castro. Le complot contre Castro fut un tel désastre (la Baie des Cochons) qu’Allen Dulles (patron de la CIA) fut remercié. Kennedy perdit toute confiance en la CIA et promit à son frère Bob que s’il était réélu il atomiserait la CIA en des milliers de morceaux. Quand Kennedy limogea Dulles, la CIA comprit la menace et frappa la première.

Remarque personnelle : serait-ce la CIA qui commandita l’assassinat de Kennedy ? Dans le billet de Paul Craig Roberts il est écrit : When President Kennedy removed Allen Dulles, the CIA understood the threat and struck first. Lire plus loin, il semblerait que Roberts en est convaincu.

Warren Nutter, directeur de thèse de Paul Craig Roberts puis Secrétaire Adjoint à la Défense et à la Sécurité Internationale, enseignait à ses étudiants que pour maintenir sa crédibilité auprès du public, ce que toute démocratie exige, le gouvernement américain devait répéter sans cesse que son action était conforme aux principes fondateurs du pays et devait être ouvertement exposée au peuple. Les desseins cachés des frères Dulles puis des administrations Clinton, Bush et Obama doivent s’appuyer sur le secret et la manipulation et par conséquent minent la crédulité du peuple. Si beaucoup d’Américains sont trop endoctrinés pour comprendre ça, ce n’est pas le cas pour beaucoup d’étrangers (d’autres pays).

Les desseins cachés de la Maison-Blanche ont coûté une fortune en vies humaines et en argent à beaucoup de pays. Essentiellement ce sont les frères Dulles qui créèrent la Guerre Froide avec leur hystérie anti-communiste. Les programmes secrets ont engagé les USA dans des guerres longues, coûteuses et inutiles au Vietnam et au Moyen-Orient. Les desseins secrets de la CIA et de l’armée américaine furent bloqués par John Kennedy qui paya de sa vie cette décision alors qu’il aurait pu mettre fin à la Guerre Froide 20 ans avant que Ronald en saisisse l’opportunité.

Ces desseins secrets ont fait autorité pendant tellement longtemps que le peuple américain est lui-même corrompu et comme on dit « un poisson commence à pourrir par la tête ». La pourriture de Washington envahit maintenant toute l’Amérique.

Note : Washington’s Secret Agendas supporte plusieurs traductions en français ordres du jour, desseins, projets, et bien d’autres … Les ajouts entre parenthèses permettent un meilleure compréhension du texte. Pour l’anecdote l’aéroport international de Washington s’appelle Dulles Airport comme pour honorer les sombres agissements de ce sombre personnage. Illustration John Foster Dulles, Wikipedia. Autre lien : Times BooksISBN 0-805-09497-0

Nouvelles des énergies propres

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Ca ne va pas plaire à la Miss (Mademoiselle) Royal mais qui dit énergie propre dit aussi et surtout énergie nucléaire. Combien de morts dans les mines de charbon chaque année ? Combien de morts dans les centrales nucléaires ? Combien de vilaines molécules de CO2 émises dans l’atmosphère par les centrales nucléaires ? La Miss Royal connaît tout ça sur le bout des doigts, pas besoin de le rappeler, elle est ministre donc c’est évident … Comme par une ironie de l’actualité présente, le chef suprême de la République Islamique et Atomique d’Iran a insisté sur le fait que son pays a besoin de 190000 SWU pour mener à bien son programme de production domestique de combustible pour alimenter son installation électronucléaire présente et aussi les futurs réacteurs d’ors et déjà programmés dont l’un en cours de construction. Une SWU (Separative Work Unit) est une ultra-centrifugeuse tout simplement …

La nouvelle usine Georges Besse II, propriété de la Société d’Enrichissement du Tricastin (SET), une filiale autonome d’Areva, qui a remplacé progressivement celle dans laquelle le Shah d’Iran avait investi et qui était basée sur la diffusion de l’hexafluorure d’uranium gazeux à travers des membranes de céramique pour atteindre le taux d’enrichissement requis pour la production de combustible a été reconvertie progressivement à la centrifugation beaucoup moins gourmande en énergie. Alors que les Iraniens demandent l’autorisation d’installer 190000 SWU, l’usine Georges Besse II en comportera pas moins de sept millions et demi lorsque sa construction sera terminée fin 2016 (elle est déjà en grande partie opérationnelle), de quoi fournir en combustible 70 réacteurs.

Le Shah d’Iran savait très bien que c’était un très juteux business et la SET n’a eu aucune difficulté à convaincre un consortium bancaire pour lever 650 millions d’euros afin de finaliser la construction de l’usine Georges Besse II. Les banques ont également compris que cet investissement comptait parmi les plus sûrs car la fourniture d’uranium enrichi fait l’objet de contrats à long terme. De plus l’ensemble du groupe Areva interagit dans un mécanisme de cash-pooling dont fait partie la SET.

BBVA, Tokyo-Mitsubishi, BNP, Crédit Agricole CIB ou encore Santander et HSBC et quatre autres banques se sont donc unies pour investir dans l’usine Georges Besse II. Cette usine devrait fonctionner jusqu’au développement de la filière thorium qui prendra en France la relève de l’uranium, disons, au plus tôt, dans une quarantaine d’années afin, encore une fois, de fournir de l’électricité propre et à bas coût. Pendant ce temps, l’électricité d’origine nucléaire reste la bête noire des écologistes qui ont finalement réussi à pourrir la Commission Européenne qui vient de décréter des mesures de sécurité renforcée des quelques 130 réacteurs européens et débloque un milliard d’euros pour financer entre autres élucubrations « vertes » un projet de capture du CO2, milliard d’euros supposé financé par les vente de quotas d’émission de carbone … On rêve !

Sources : Bloomberg, AFP et Reuters

A quoi sert l’ONU, au juste ?

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J’ai lu en détail un document (voir le lien) aimablement communiqué par Olivier Berruyer au sujet des démêlés de la BNP avec la justice américaine ayant abouti à l’amende record de 8,9 milliards de dollars que l’on sait. Les USA ont décrété des embargos économiques et financiers sur leurs bêtes noires, Cuba, ça ne date pas d’hier, le Soudan, lors des évènements du Darfour parce qu’il y a du pétrole, l’Iran après la prise en otage de l’ambassade américaine à Téhéran puis le développement d’un programme nucléaire contesté et plus récemment la Syrie et enfin la Russie avec le blocage autoritaire récent de Visa et MasterCard sur le sol russe. Au fait c’est pour quand le tour de la Chine qui ne respecte jamais les droits de l’homme ? Mais ça risque de faire très désordre …

La BNP, comme d’autres banques, a contourné les sanctions américaines mais aucune de ces décisions américaines n’a obtenu l’aval ni du Conseil de sécurité des Nations Unies ni de l’Assemblée Générale du même Machin, tout au plus des déclarations ampoulées pour faire bonne impression sur l’opinion mondiale. Les Américains avançaient invariablement le fait, pour justifier leurs décisions, que les politiques pratiquées par les gouvernements de ces Etats voyous, Cuba, Soudan ou Iran, pouvaient mettre en péril la sécurité des USA sous couvert de violation des droits de l’homme avérées et de non respect des conventions internationales sur les opérations humanitaires dans les pays concernés ou encore de favoriser l’expansion du terrorisme international.

Belle hypocrisie de la part des Américains qui sous le prétexte d’humanitarisme et de défense des droits de l’homme veulent avant tout justifier leurs manigances pour à tout prix faire respecter à toutes les nations du monde la suprématie du dollar.

Car c’est là que se situe le véritable problème. Le dollar est une monnaie d’échange internationale et les Américains ont tout fait pour qu’il en soit ainsi dans leur propre intérêt pour en quelque sorte faire payer à tous les pays du monde leur incurie notoire au niveau domestique.

Quand les Américains décrètent unilatéralement un embargo sur un pays qui pour des raisons obscures serait en mesure de menacer leur sécurité intérieure, tous les pays doivent se plier à leur volonté et l’ONU, devant le fait accompli, ferme les yeux et ne dit rien. C’est tout de même incroyable ! Les sanctions économiques récemment décidées à l’encontre de la Russie par les Américains qui ont quasiment obligé les Européens à s’unir à eux dans cette décision après les évènements de Crimée ont-elles un caractère légal, en d’autres termes les Nations-Unies servent-elles encore à quelque chose ?

L’arrogance des Américains a atteint les limites du supportable. D’un côté ils font tout pour que le dollar reste la monnaie d’échange internationale et de l’autre ils décrètent des embargos et les contrevenants à leurs décisions essentiellement politiques et idéologiques au nom de je ne sais quel idéal de démocratie deviennent de vulgaires justiciables (comme par exemple DSK) devant une Cour de justice de l’Etat de New-York, des banques comme la BNP et bien d’autres organismes financiers car BNP n’est pas la première ni la dernière victime de l’arrogance américaine. C’est proprement renversant puisque la situation a quasiment obligé les banques et pas seulement la BNP à entrer dans l’illégalité vis-à-vis de la loi américaine afin de faire perdurer des relations avec des clients de longue date comme en particulier le Soudan avec la BNP puisque justement les transactions financières internationales sont libellées en dollars et sont quasiment impossibles dans une autre monnaie. On peut constater d’ailleurs que l’Europe, avec l’Euro, la première puissance économique du monde, a complètement manqué l’occasion de s’imposer dans le monde face au dollar US et il faut tenir pour responsables de l’asservissement de l’Europe par les USA de l’ensemble de la Communauté Européenne des Barroso et autres Junker qui sont de vils serviteurs de la toute puissance américaine.

On vit dans un monde devenu vraiment étrange mais cette histoire de la BNP est le signe évident que les beaux jours de la suprématie américaine et du dollar par voie de conséquence sont comptés. Le problème qui concerne la planète entière est que cette espèce de mascarade grotesque pourrait vraiment très très mal se terminer.

http://www.justice.gov/opa/documents/paribas/statement-of-facts.pdf