La nature est admirablement bien faite

Capture d’écran 2015-10-07 à 19.02.06

Quand une femme et un homme font l’amour ils ignorent qu’ils initient un processus complexe qui permettra quelques jours plus tard, en cas de fécondation, au tout jeune fœtus de s’implanter avec succès dans l’utérus. Ce fœtus est en effet un corps étranger pour la mère et il devrait en tout état de cause être rejeté par le système immunitaire, or il n’en est rien comme on le sait. Au cours de la grossesse, ce sont les productions massives d’hormone chorion-gonadotrope (HCG) et de progestérone par le placenta qui altèrent la réponse immunitaire de la femme. Mais il y a un laps de temps d’environ une semaine entre le moment où l’ovocyte est fécondé et celui où la production par le tout nouveau placenta se développant rapidement après l’implantation dans l’utérus de l’embryon. C’est le corps jaune qui remplit partiellement cette fonction. Le corps jaune est une structure de l’ovaire qui a pour rôle de produire également des quantités importantes de progestérone durant la phase lutéale du cycle menstruel, après l’ovulation, justement pour éventuellement atténuer la réponse immunitaire de la femme en cas de fécondation.

Durant la phase folliculaire, du premier au quatorzième jour du cycle, il y a une production soutenue de cellules immunitaires T de type 1 stimulées par l’interféron gamma et au cours de la phase lutéale, du quatorzième ou vingt-huitième jour du cycle, cette production glisse vers la production de cellules immunitaires T de type 2 stimulées par l’interleukine 4. C’est un peu compliqué mais pour faire court les cellules T de type 1 favorisent la réponse immunitaire alors que les cellules T de type 2 modèrent cette réponse. On pourrait alors conclure que la production de progestérone par le corps jaune puisse jouer un rôle direct dans ce changement au niveau des cellules immunitaires T. Il y a un petit « plus » et c’est là que la nature fait bien les choses.

Pour que tout se passe bien car la synchronisation entre la fonction du corps jaune et celle du placenta est critique pour éviter un rejet de l’embryon la nature a inventé une sorte de mécanisme de sécurité. Une étude récente parue dans le Journal Fertility and Sterility a été réalisée sur 30 femmes en bonne santé, ne suivant aucun traitement hormonal comme par exemple des anticonceptionnels, fertiles et ne suivant par ailleurs aucun traitement susceptible de perturber leur système immunitaire. Seize d’entre elles étaient sexuellement inactive et les quatorze autres vivaient une activité sexuelle quotidienne et satisfaisante avec leur partenaire. Au cours d’un cycle menstruel complet des prélèvements de salive permirent de suivre les teneurs en estradiol, progestérone, interféron gamma et interleukine 4. Il s’est avéré qu’au cours de la phase lutéale du cycle les femmes sexuellement actives quotidiennement exprimaient significativement plus de cellules T suivies par la teneur en interleukine 4 et plus de progestérone que les femmes sexuellement inactives. De plus le rapport progestérone/estradiol était très significativement augmenté avec l’activité sexuelle. Pour ce qui concerne les immunoglobulines les IgA diminuaient et les IgG augmentaient par rapport aux femmes abstinentes. Ce que le Docteur Tierney Lorenz du Kinsey Institute à l’Université de l’Indiana en conclut est que l’activité sexuelle qui est le préalable à la reproduction contribue aussi à « préparer » la femme à recevoir le corps étranger qu’est le fœtus en cas de fécondation. Ces observations permettent donc d’expliquer comment l’organisme ne rejète pas le fœtus entre le moment où le corps jaune ne produit plus de progestérone et la relève par le placenta. Ces changements dans le statut immunitaire de la femme n’ont pas seulement lieu durant la phase d’ovulation mais perdurent tout au long du cycle menstruel. Faire l’amour contribue donc à préparer la femme à la grossesse en contribuant à ce glissement du système immunitaire vers une meilleure tolérance du fœtus.

Illustration : Kinsey Institute. Sources :

http://dx.doi.org/10.1016/j.physbeh.2015.09.018

http://dx.doi.org/10.1016/j.fertnstert.2015.09.001

Antibiotiques et asthme chez l’enfant : encore un scandale !

Rhinovirus

Les enfants a qui on a prescrit des antibiotiques avant leur premier anniversaire sont plus exposés à des atopies, c’est un terme médical barbare qui recouvre la respiration dite « sifflante », l’asthme et certaines formes d’eczéma et c’est un réel problème qui perturbe non seulement l’enfant qui doit parfois se soumettre à vie à des anti-histaminiques mais également les parents qui doivent prendre soin de leur progéniture quotidiennement. Les médecins n’en ont cure, ils ont quasiment créé un marché captif bien juteux ! Mais la corrélation directe entre antibiotiques et atopies n’avait jamais été formellement prouvée jusqu’à une étude récente réalisée à l’université de Manchester qui a analysé les données recueillies par le Centre d’allergie et d’asthme associé à l’Université concernant plus de 1000 enfants suivis depuis la naissance jusqu’à l’âge de 11 ans avec leurs dossiers médicaux complets concernant les doses d’antibiotiques administrés, les diagnostics réalisés par des praticiens de respiration sifflante, d’asthme et d’allergies. On suspectait que l’administration parfois superflue d’antibiotiques aux enfants, en particulier avant l’âge d’un an pouvait favoriser l’apparition d’asthme mais aucune étude n’avait été décisive dans ses conclusions.

Pour ces 1000 enfants, étaient également inclus les résultats de recherche d’allergènes par tests sous-cutanés à 3, 5, 8 et 11 ans car l’asthme est souvent lié à des réactions allergiques à toutes sortes d’agents externes dont l’identification précise est parfois impossible. Pour aider les médecins dans cette analyse, tous les enfants ayant reçu au moins une prescription d’antibiotiques avaient été soumis à une analyse sanguine à l’age de 11 ans pour déterminer leur réponse immunitaire aux principaux agents pathogènes de l’enfance, à savoir rhinovirus (rhume), virus syncitial respiratoire (RSV, bronchite et bronchiolite), Hemophilus influenza et Streptococcus pneumoniae pour les bactéries affectant le rhino-pharynx et les poumons. Les échantillons sanguins ont aussi permis d’analyser les SNPs d’une région du chromosome 17 appelée 17q21 qui commande l’expression d’une série impressionnante de gènes impliqués dans toutes sortes de fonctions, depuis l’architecture de la glie dans le cerveau, les marqueurs du cancer du sein ou encore l’asthme chez l’enfant, autant dire qu’il s’agissait de rechercher une aiguille dans une grosse botte de foin malgré la richesse des données médicales. Heureusement que l’équipe de chercheurs disposait aussi d’un nombre suffisant d’enfants n’ayant jamais été traités avec des antibiotiques pour disposer de témoins au cours de cette étude.

Il est tout de suite apparu que les enfants traités avec des antibiotiques avant leur premier anniversaire étaient plus de deux fois plus sujets à une respiration sifflante ou de l’asthme caractérisé dûment diagnostiqués par les pédiatres. Plus troublant et totalement inattendu, ces mêmes enfants présentaient des taux de cytokines inférieurs à ceux des « témoins », les cytokines étant des marqueurs de défense immunitaire contre les affections virales. Preuve s’il en est que l’administration d’antibiotiques pour une affection virale est non seulement inefficace mais réduit inutilement la réponse immunitaire de l’organisme ! Pire encore, les enfant soumis à un traitement antibiotique présentaient une réponse immunitaire contre les bactéries citées plus haut sensiblement équivalente à celle des enfants « témoins » de l’étude, ce qui prouve que les antibiotiques sont d’une utilité très relative, l’organisme réagissant aux bactéries de manière équivalente, antibiotiques ou pas. Comme l’avait laissé sous-entendre une étude parue en 2007, l’administration d’antibiotiques est associée à la modification de l’expression du gène ORMDL3 qui code pour une protéine appelée filaggrine également régulée par la région 17q21 du chromosome 17 dont le rôle n’est pas totalement clarifié mais qui intervient dans le développement notamment de l’eczéma et cette modification de son expression est également systématiquement retrouvée chez les enfants asthmatiques auxquels ont été prescrits des antibiotiques avant leur premier anniversaire. Les antibiotiques semblent donc induire une plus grande sensibilité aux attaques virales, l’enfant se défend moins bien, sans pour autant modifier la réponse immunitaire aux bactéries.

Si tel était le cas, car il faudra affiner les recherches afin de vraiment prouver cette relation de cause à effet apparemment difficile à comprendre, mais les faits sont pourtant là, entre l’expression de certains gènes sous le contrôle de la région 17q21 et l’apparition d’allergies et d’asthme chez le jeune enfant, les médecins qui ordonnent des antibiotiques pour un simple rhume sont donc doublement coupables ! Non seulement ils semblent ignorer qu’un antibiotique n’a aucun effet sur un virus mais ils condamnent parfois à vie des enfants à des affections allergiques handicapantes tout en réduisant dramatiquement la réponse immunitaire aux virus communs du simple rhume ou de la bronchiolite et peut-être ultérieurement à bien d’autres virus, un comble pour ne pas dire un très gros scandale !

Source : The Lancet News Room et :

http://www.thelancet.com/journals/lanres/article/PIIS2213-2600(14)70096-7/abstract , illustration Wikipedia (rhinovirus)

Le curcuma et les infections bactériennes (curcumine, cathelicidines, vitamine D)

L’apparition de bactéries résistantes à tous les antibiotiques fait resurgir les grandes peurs des siècles passés qui ont vu des populations entières décimées par la peste, le typhus ou le choléra. L’organisme des mammifères dispose pourtant de tout un arsenal pour combattre les agressions microbiennes et il est évident que les êtres humains ont survécu pendant des millénaires à ces agressions car chacune d’entre elles éduquait le système immunitaire pour réagir immédiatement à une nouvelle infection par la même bactérie. C’est ainsi que le lait maternel transmet partiellement à l’enfant l’immunité acquise de sa mère par l’intermédiaire des anticorps présents dans le lait et peu ou pas détruits par la digestion. Les anticorps sont produits par des cellules sanguines dites compétentes qui ont été en contact avec une bactérie portant des antigènes, protéines ou des polymères de sucres étrangers à l’organisme hôte. Je simplifie mais sans m’éloigner de la réalité. Au cours de la vie, l’exposition à toutes sortes de bactéries résulte donc en un arsenal sophistiqué d’anticorps qui devrait nous permettre de combattre efficacement les attaques bactériennes. Malheureusement les bactéries qui se reproduisent à très grande vitesse ont l’inconvénient de se modifier légèrement et de rendre inefficace la machinerie immunitaire. C’est ce qui a poussé la recherche sur les antibiotiques au cours de la seconde guerre mondiale avec l’apparition des sulfamides puis des dérivés de la pénicilline car il fallait éviter que les armées ne succombent de maladie comme ce fut le cas du temps des croisades.
Outre les anticorps, les lymphocytes (en particulier les macrophages) disposent aussi d’une arme discrète et peu connue les cathelicidines, des petites protéines de taille variable qui dès la naissance permettent au nouveau-né, encore peu armé, de se défendre seul contre les agressions bactériennes. Ces petites protéines sembleraient stopper l’activité d’enzymes protéolytiques des bactéries, freinant les dégats causés aux tissus par ces dernières. On sait que la production de ces cathelicidines est très dépendante de la vitamine D, autrement appellée calciférol car cette vitamine a aussi pour rôle de maintenir une balance correcte du calcium dans l’organisme.
Comme la recherche sur de nouveaux antibiotiques patine lamentablement puisqu’il n’y a pas beaucoup de profits à l’horizon (j’en ai déjà dit un mot dans un précédent billet) alors on épluche les vieilles recettes des médecines traditionnelles puisqu’il est acquis que certaines sont efficaces.
On vient ainsi de découvrir qu’une substance présente dans les rhizomes de curcuma (turmeric en anglais) ou Curcuma longa qui donne la couleur jaune vif caractéristique des racines de cette plante apparentée au gingembre augmente d’un facteur trois la production de cathelicidines par les macrophages et les polynucléaires du sang. Le curcuma est depuis des millénaires utilisé en médecine Ayurvédique comme, justement, antibactérien.

Des chercheurs de l’Université de l’Orégon à Corvallis ont pu déterminer sans ambiguité le mode d’action de la curcumine comme agent antibactérien non pas directement mais en accélérant la synthèse de cathelicidines.
Je vais vite aller acheter un pot de poudre de curcuma dans mon magasin nature favori au cas où …

Lien : http://oregonstate.edu/ua/ncs/archives/2012/may/curry-new-biological-role-identified-compound-used-ancient-medicine

Ceci ne veut pas dire qu’on peut se passer de vitamine D !!!