La loi de l’entropie maximale des administrations

Plus une organisation a passé de temps à ressembler à ce qu’elle est déjà, plus la force pour continuer dans cette direction devient prégnante.Toutes les organisations humaines ont tendance à s’auto-amplifier. Il s’agit de la huitième loi d’Angus (voir note).

Il y a un effet qui fait obstacle à toutes les sociétés, même les plus efficaces. C’est la tendance naturelle de toute organisation à devenir toujours plus semblable à ce qu’elle est déjà. C’est ce qu’on appelle une tendance « auto-amplificatrice ». Plus une organisation a passé de temps à ressembler à elle-même, plus le besoin de continuer dans cette direction devient fort – comme de la matière aspirée dans un trou noir. Finalement, l’administration, l’organisation, le parti politique, … perd toute sa capacité à évoluer ou à changer, sans reconnaître comment cela s’est produit.

Les conséquences sont une flexibilité réduite, un portefeuille de solutions en diminution pour faire face à des problèmes qui évoluent inévitablement, et une perte de capacité à trouver de nouveaux adeptes ou clients ou même à rester en contact avec les clients ou les administrés existants. Si vous savez que cet effet existe, il existe aussi des tactiques que vous pouvez utiliser pour y remédier, bien qu’elles ne fonctionnent pas identiquement pour toutes les organisations dont il est fait mention ici. Pour avoir une chance d’y faire face, on doit d’abord comprendre pourquoi cela se produit.

Dans les systèmes inconscients, les opposés nuisent

C’est un comportement normal d’aimer travailler avec des gens qui vous mettent à l’aise. La plupart des gens croient naturellement en ceux qui sont d’accord avec eux, qui voient les choses comme ils le font, qui parlent en utilisant le même vocabulaire qu’eux. Ils considèrent souvent ces gens comme «plus intelligents» ou «meilleurs» que ceux qui ne le font pas. Les gestionnaires qui embauchent sont stochastiquement plus susceptibles d’embaucher des gens qui sont «plus intelligents» ou « meilleurs » et ils ont donc tendance à embaucher des gens comme eux.

Parfois, cette tendance à l’embauche n’affecte un groupe que par l’émergence du même type de personnalité ou d’identification ethnique. Fréquemment, cependant les approches de résolution de problèmes s’homogénéisent car les patrons favorisent inconsciemment les employés qui raisonnent comme le patron (« les yeux et les oreilles du chef ») et défavorisent ou ignorent le personnel qui ne le fait pas (« les étrangers »).

Ce modèle de gestion exerce un champ gravitationnel qui façonne le comportement, comme un énorme trou noir.

Les «étrangers» sont un peu moins susceptibles d’obtenir des promotions ou des affectations à fort impact, tandis que les «yeux du chef» auront tendance à en obtenir davantage. Ceux du milieu commenceront à graviter davantage vers les choix et les styles préférés afin qu’ils puissent obtenir l’approbation de leurs supérieurs hiérarchiques ou pour éviter d’être ignorés. C’est ainsi qu’une organisation se fige dans un modèle qui devient progressivement immuable. Afin de maintenir une efficacité satisfaisante la seule alternative est alors de grossir monstrueusement son personnel en créant des sous-directions, des comités d’étude, des cercles de réflexion, des filiales qui ne sont pas autonomes, etc … C’est cet exact processus qui bloque le pouvoir décisionnel des gouvernements des démocraties occidentales qui finissent, par ce processus, à ne plus être des démocraties mais des administrations tentaculaires. En Europe deux magnifiques exemples illustrent la huitième loi d’Angus. Il s’agit de la Commission de Bruxelles et de la Banque centrale européenne et au niveau mondial l’Organisation des Nations-Unies est emblématique du niveau d’incompétence qu’elle a atteint au fil des décennies passées. En France le ministère de l’éducation nationale est l’archétype d’une administration tentaculaire totalement prisonnière de son gigantisme. Les quatre institutions citées ici sont devenues des monstres qu’il est devenu impossible de réformer : elles sont devenues d’énormes machines créant de l’entropie …

Inspiré de très loin d’un article paru sur le site CounterPunch. Note. Henry Forbes Angus (1891-1991), professeur à l’Université de British Columbia, enseigna les sciences politiques et la sociologie. Il était diplômé de l’école de droit de l’Université d’Oxford.

Joli mois de mai !

Au mois d’avril près de 40000 chômeurs de plus en France, il n’y a pas lieu de se réjouir surtout quand certains commentateurs se gaussent en disant que c’est encore de la faute de Sarkozy, ou que c’est la faute de l’Europe, ou de l’Allemagne, ou de la mondialisation ou de la récession qui frappe durement l’Australie, pourquoi pas la faute aux Australiens pendant qu’on y est. Pendant ce temps, le président de la République croit dur comme fer, pour reprendre une expression bien connue des sidérurgistes, une espèce en voie de disparition dans l’Hexagone, que la courbe tendancielle du chômage va s’inverser avant la fin de l’année. Il a peut-être raison, je dis bien peut-être, comme je l’expliquait dans un précédent billet dont je laisse le lien ici :

https://jacqueshenry.wordpress.com/2013/05/26/inversion-de-la-courbe-du-chomage-pour-la-fin-de-lannee/

et je reproduis pour la bonne compréhension de mes réflexions présentes la figure incluse dans ce billet :

635px-Pyramide_des_âges_France_2007

Pour le mois de mai, quand les statistiques seront rendues publiques, le chômage aura encore augmenté pour toutes sortes de raisons que j’énumère :

  • le mauvais temps, source de tous les malheurs du gouvernement,
  • les fruits et légumes tardent à arriver sur les étalages,
  • les cheptels sont complètement désorganisés, la transhumance est retardée, l’herbe ne pousse pas,
  • les abeilles peinent à trouver du pollen,
  • les travaux publics sont retardés pour cause d’intempéries,
  • la consommation électrique a augmenté,
  • les réservations touristiques ont chuté de 10 %,
  • l’activité économique a chuté au mois de mai de 20 % en raison des ponts et autres congés,
  • chute de 30 % de l’activité en restauration, les terrasses sont restées fermées.

Donc, il faut s’attendre pour le mois de mai à un nouveau record des statistiques du chômage et voir reculer d’autant l’inflexion dont parle, tel un disque rayé, le président. Pourtant malgré la gravité attendue pour ce mois de mai, il faut réexaminer la pyramide des âges pour comprendre que chaque année environ 800 000 personnes abandonnent la vie active car elles atteignent l’âge légal de la retraite et ce jusqu’en 2030 environ. Parmi ces huit cent mille personnes supposons qu’un tiers d’entre elles étaient inscrites au chômage durant l’année, cela représente donc 240 000 personnes qui ne s’inscriront plus au chômage puisqu’elles seront alors retraitées. Sur une année, ce sont donc vingt mille personnes par mois qui disparaissent des statistiques. Mes chiffres sont théoriques mais proches de la réalité, ils ne sont là que pour la bonne compréhension de mon argumentation. Il y a donc eu en théorie, je le répète, non pas 40000 chômeurs de plus en avril mais 40000 + 20000 = 60000, les vingt mille personnes supplémentaires étant celles partant à la retraite. Pour que la courbe d’accroissement du chômage s’infléchisse, c’est-à-dire que le nombre de demandeurs d’emploi ne croisse plus, il ne faudrait par mois pas plus de 20000 personnes nouvellement inscrites au chômage afin que les départs à la retraite compensent les nouveaux chômeurs. La différence est donc considérable puisqu’il faudrait que l’économie absorbe 40000 demandeurs d’emploi par mois. Je ne suis ni statisticien ni démographe mais la pyramide des ages le montre clairement, durant les vingt prochaines années, le départ à la retraite de huit cent mille personnes chaque année conduira à une libération de postes de travail qui compenseront, si on est optimiste, l’arrivée des nouvelles générations sur le marché du travail puisque l’accroissement de la population n’est plus le fait d’une augmentation de la fertilité, pourtant relativement élevée en France, comme on peut encore le voir sur le graphique ci-dessus, mais un prolongement de l’espérance de vie et un vieillissement progressif de la population car depuis 1976, les tranches d’age stagnent autour de 750000 personnes environ (par année). On peut en déduire selon une arithmétique basique que le système des retraites par répartition ne pourra pas perdurer très longtemps si rien n’est fait pour atténuer les effets du vieillissement de la population, en d’autres termes si l’age légal de départ à la retraite n’est pas soit tout simplement supprimé – chacun pouvant cesser le travail selon ses désirs – soit repoussé jusqu’à 65 ans, voire plus tard. Mais un tel changement impliquerait un abandon du système de Ponzi de la répartition, ce à quoi le gouvernement, bridé par les syndicats qui s’accrochent bec et ongles aux avantages dits acquis (depuis 1941 et ensuite les ordonnances de 1946), se refusera jusqu’à la faillite totale du système. Comme je le mentionnais dans mon précédent billet, reculer l’age légal de départ à la retraite conduirait à une aggravation immédiate du chômage, 20000 personnes supplémentaires incompressibles par mois, or le président ne peut pas prendre ce risque et il ne fera donc rien comme il est déjà coutumier du fait pour un tas d’autres dossiers urgents. Afin de résorber le chômage, s’impose donc une réforme drastique de la législation du travail s’appliquant à l’ensemble de la population, y compris la suppression de tous les particularismes des corporations protégées (encore une usine à gaz qui date du régime de Vichy) et une harmonisation de cette législation à tous les salariés, qu’ils soient du secteur privé ou du secteur public. Mais là aussi on toucherait aux acquis sociaux qui datent aussi du régime de Vichy. Aucun politicien n’a osé toucher à ces dispositions depuis 1941, il y a donc 72 ans que la France est entrée dans un état de sclérose incurable pour ne pas dire un état comateux  et si la situation était supportable durant les « trente glorieuses », conséquence de la reconstruction d’après-guerre, avec l’unification européenne et la mondialisation, cet immobilisme typiquement français va conduire le pays à la ruine.

Comme se plait à le dire H16, ce pays est foutu, et j’ajouterai , il n’y a plus rien à faire …