Mal dormir : le premier signe d’Alzheimer

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Le sommeil, très schématiquement, se décompose en trois phases, l’assoupissement suivi du sommeil REM, ou sommeil paradoxal, durant lequel les yeux ne cessent de bouger, c’est la phase des rêves dont on se souvient parfois, et enfin le sommeil profond durant lequel les yeux restent immobiles. Cette dernière période est essentielle pour le maintien de la mémoire mais elle n’est pas continue car elle est interrompue par des périodes plus ou moins longues de sommeil paradoxal au cours de la nuit. Il est possible de différencier le sommeil paradoxal du sommeil profond en suivant l’activité électrique du cerveau. Pour simplifier, les électroencéphalogrammes sont très différents : au cours du sommeil profond peu de signaux électriques mais de fortes amplitude, au cours du sommeil paradoxal beaucoup de signaux mais de faible amplitude. Lors du sommeil profond, toujours schématiquement, le cerveau reconstitue ses réserves d’énergie et prend le temps de finaliser les connections neuronales impliquées en particulier dans la mémoire à long terme.

Quand on vieillit on a de plus en plus de difficultés à atteindre le sommeil profond et l’un des signes de la maladie d’Alzheimer est la perte de mémoire. De plus les personnes souffrant de cette maladie éprouvent de nettes difficultés à atteindre ce stade du sommeil profond. En conséquence, surveiller la qualité du sommeil peut indiquer l’éventuelle apparition de cette maladie. C’est en partant de cette hypothèse qu’une équipe de biologistes de l’Université de Berkeley s’est intéressée à des sujets présentant des troubles du sommeil. L’approche a réuni tous les moyens d’investigation dont on dispose pour explorer en profondeur le fonctionnement du cerveau : imagerie en tomographie par émission de positrons (PET-scan) pour quantifier l’importance des dépôts de protéine amyloïde, IRM fonctionnelle (fMRI) pour suivre la consommation d’oxygène durant les processus de finalisation de la mémoire et enfin le suivi par électroencéphalographie (EEG) de l’activité électrique du cerveau. L’étude a été conduite sur 26 adultes d’âge compris entre 65 et 81 ans qui ne présentaient aucun signe de démence ou de maladie neurodégénérative ni de désordres psychiatriques. Par PET-scan les chercheurs effectuèrent une évaluation de la teneur en protéine beta-amyloïde, le marqueur de la maladie d’Alzheimer qui émet un signal spécifique, puis chaque sujet fut soumis à des tests de mémorisation afin de déterminer par la suite la « qualité » de leur mémorisation. Après une nuit de sommeil durant laquelle l’activité de leur cerveau fut enregistrée (EEG) ils furent soumis au résultat du test de mémoire consistant à « ressortir » de leur cerveau le maximum de paires de mots associés parmi 120 mots proposés la veille tout en suivant l’activité de leur cerveau par fMRI.

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Le résultat fut parfaitement clair ! Les difficultés rencontrées au cours du sommeil, c’est-à-dire un sommeil profond de mauvaise qualité, se sont révélées corrélées avec la présence de protéine amyloïde dans le cerveau mais aussi avec de mauvais résultats au cours des tests de re-mémorisation et une activité cérébrale inférieure montrée par fMRI.

Le Professeur de neuroscience Matthew Walker résume la situation ainsi : « le sommeil aide le cerveau à se débarrasser des protéines toxiques durant la nuit et à prévenir ainsi une potentielle destruction des cellules nerveuses. Le mieux vous vous souvenez après une bonne nuit de bon sommeil, le moins vous dépendez de l’hippocampe et le mieux vous utilisez votre cortex. C’est comme si vous utilisez les données du disque dur de votre ordinateur plutôt que celles stockées dans une clé USB ». Et il ajoute : « plus il y a de protéine beta-amyloïde dans le cerveau, plus le sommeil est de mauvaise qualité et plus la mémoire devient défectueuse ».

On ne sait pas traiter la maladie d’Alzheimer par contre il existe toute une panoplie de drogues pour traiter les insomnies de types nombreux et variés. Comme on ne sait pas non plus si c’est une mauvaise qualité du sommeil qui provoque ou accélère le développement de la maladie d’Alzheimer et inversement si c’est l’apparition de cette maladie qui dégrade la qualité du sommeil, alors ce que préconisent ces biologistes de l’UC Berkeley c’est de se traiter quand on s’aperçoit qu’on a de plus en plus de difficultés à s’endormir ou que l’on constate de plus en plus de pertes de mémoire inexpliquées. Tant qu’à faire on ne risque rien …

Source et illustrations : UC Berkeley News et voir aussi https://www.youtube.com/watch?v=rvr37cUE-x4

Vers un retour à la normale de l’approvisionnement en Technétium-99m, on peut en douter …

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Je sens déjà que certains de mes lecteurs ne prendront même pas le temps de lire ce billet puisqu’il s’agit de radioactivité qui plus est artificielle puisque le technetium-99m n’existe pas dans la nature, sa durée de demi-vie n’étant que de 6 heures. Six heures ça fait beaucoup mais c’est tellement insuffisant pour le radio-diagnostic médical qu’il n’est même pas la peine d’y songer en trouver le moindre microgramme dans la nature. Mais comme la même nature fait bien les choses au niveau des noyaux des atomes, en bombardant une cible d’uranium-235 fortement enrichi, celui-là même qui sert à faire des bombes, avec des neutrons rapides selon un processus parfaitement contrôlé dans un réacteur nucléaire dédié à cette fonction, il apparaît un produit de fission de cet uranium qui est le molybdène-99, un isotope lui aussi radioactif du molybdène, un métal couramment utilisé dans les aciers spéciaux. Ce molybdène-99 fraichement produit par ce bombardement intense de l’uranium est facilement extrait et se transforme par réarrangement de son noyau (en 66 heures la moitié des noyaux se réarrangent) en technétium-99m, celui qui est utilisé en imagerie médicale. Or la durée de demi-vie du technétium-99m n’est pas suffisamment longue (environ 6 heures, je l’ai déjà dit) pour qu’il puisse être transporté sur les lieux d’utilisation facilement. On préfère donc transporter le molybdène-99 vers les hôpitaux et sur place on extrait rapidement le technétium nécessaire pour les diagnostics avec un appareillage simple et peu coûteux que n’importe quelle laborantine exercée est à même d’utiliser.

Quand on s’est rendu compte de l’intérêt de cet isotope pour l’imagerie médicale dans les années 70, une intense recherche s’est développée pour utiliser ce radio-isotope pour toutes sortes de diagnostics en le couplant à des molécules biologiquement actives permettant de cibler des organes et même parfois l’ensemble du corps. On peut ainsi réaliser une imagerie dynamique très fine de l’ensemble des artères coronaires ou cérébrales en quelques minutes et les doses de radioactivité (rayons gamma) nécessaires pour un examen ont considérablement diminué avec le perfectionnement des caméras à rayons gamma utilisées pour la détection. Plus de 40 millions d’imageries médicales utilisant du technétium sont effectuées chaque année dans le monde, ce qui représente plus de 85 % de tous les traceurs radioactifs utilisés en milieu hospitalier.

Le technétium est donc devenu irremplaçable, or le problème est que les réacteurs produisant le molybdène parent sont vieux et il n’en reste plus que trois dans le monde opérationnels. Il suffit d’un arrêt pour maintenance de l’un de ceux-ci ou moins prosaïquement qu’un incident survienne dans l’une des installation pour que l’approvisionnement en technétium soit gravement compromis. L’installation la plus récente est le réacteur Osiris situé à Saclay en France et il date de 1966 … cela situe la gravité du problème.

Pour des raisons presque surréalistes la production de molybdène-99 ne peut être réalisée de manières techniquement et économiquement maîtrisables et rentables qu’en partant d’uranium-235 hautement enrichi, c’est-à-dire de « qualité militaire », et c’est là que le bât blesse ! Il semble qu’une sorte de psychose a envahi les décideurs comme si la production de molybdène-99 pouvait être répréhensible car la matière première est (serait) la chasse gardée des militaires. Les hôpitaux, dans le monde entier, vont à court terme être en rupture d’approvisionnement en cet isotope crucial pour les diagnostics rapides, efficaces et sans danger dont la variété n’est pas à rappeler une nouvelle fois. Que font les décideurs ? Rien ! On essaie encore d’interdire à l’Iran d’aller au delà de 5 % d’enrichissement en uranium-235 qui ne pourra être utilisé que comme combustible dans des usines de production d’électricité. Aller jusqu’à 95 % pour une centaine de grammes – cela suffirait à satisfaire en molybdène-99 un cinquième des besoins de la planète en technétium – est considéré comme un acte de guerre. Les Américains ont utilisé des arguments fallacieux pour contraindre l’Iran à re-diluer son uranium enrichi à 20 % qui n’était destiné qu’à des installations expérimentales à usage essentiellement médical pour ne pas devenir un producteur significatif d’uranium hautement enrichi car il conduirait à la confection d’armements alors que l’Iran a toujours clamé qu’il ne s’agissait que d’applications civiles et médicales. L’un des plus gros producteurs, la France avec Osiris, doit stopper en 2015 pour une durée indéterminée sa fourniture de molybdène-99 pour des opérations de maintenance et l’approvisionnement mondial sera alors sérieusement compromis.

L’agence de l’Energie Nucléaire de l’OCDE tente donc de trouver une solution à cette situation alarmante. Pour le moment on en est au stade des réunions informelles entre 17 pays de l’OCDE concernés mais aucune issue n’est en vue d’autant plus que le contexte géopolitique actuel ne se prête pas vraiment à des solutions constructives qui pourraient satisfaire les besoins du marché. Et avant qu’un des pays impliqués dans les « discussions » en cours tant au siège de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique qu’à la Commission Européenne (mais si ( ! ) la Commission Européenne s’occupe de ce genre de problème) ne décide d’investir en urgence dans un réacteur d’une capacité suffisante pour pallier aux besoins à venir beaucoup de patients attendront peut-être deux ans voire plus avant de pouvoir se soumettre à un examen radiologique souvent vital, autant dire qu’ils auront succombé à la pathologie dont ils souffraient et qui nécessitait ce genre d’investigation radiologique à l’aide de technétium pour être diagnostiquée et cernée avec précision.

Belle illustration de la totale incurie des politiciens dans ce domaine qui les dépasse totalement ! Puisqu’il s’agit d’uranium-235 hautement enrichi, c’est tabou, c’est politique et c’est même stratégique, on doit donc discuter et les Américains, comme on pouvait s’y attendre, se font prier pour autoriser un pays à s’équiper afin de produire ce molybdène-99 dont l’approvisionnement va devenir dès le début de l’année 2015 inévitablement compromis.

Le monde actuel serait tellement plus beau s’il n’y avait jamais eu ni Hiroshima, ni Nagasaki, ni les milliers d’essais atomiques exigés par les militaires. Désolante attitude dans laquelle se complait et finalement se trouve prisonnier le monde entier …

Source partielle : World Nuclear News