Un printemps marocain ou un printemps canarien ?

 

 

C’est assez surprenant que le Maroc bientôt producteur de pétrole se trouve en ce moment secoué par des manifestations non pas généralisées mais tout de même significatives, à cause du prix du pain. Quand les boulangers font leur pain et qu’ils n’en tirent aucun profit ou plutôt des pertes, on les comprend. Or le « printemps » tunisien a précisément débuté pour une histoire banale de pain proposé par un de ces innombrables petits revendeurs qui réalisent un profit au bout de la journée tellement ridicule qu’ils sont incapables de s’offrir un morceau de pain à eux-mêmes. De quoi se suicider ! Et au Maroc où nombres de touristes ont déjà déserté les lieux, s’il n’y a maintenant plus de pain, c’est bon, la moindre petite perturbation fait mauvais effet et les agences de voyage ne s’y trompent pas. Mais le Roi va arroser les petits marchands de dinars tout frais sortis de l’imprimerie nationale et la vie continuera, espérons-le.

Toujours est-il que le Maroc et la Mauritanie font bénéficier le port de Santa Cruz de Tenerife d’une activité inédite. Il y a en ce moment dans la darse désertée par les porte-containers qui sont redirigés vers le nouveau terminal dont la construction est maintenant terminée trois plate-formes pétrolières en construction. Ce sont de grosses structures avec toutes sortes d’équipements dont j’ignore la fonction. L’immense derrick de l’une d’elle est en cours d’achèvement. On a trouvé de l’huile au large du Maroc et probablement aussi dans les eaux territoriales de la Mauritanie mais il est difficile de disposer d’informations confirmées. Il est simple de comprendre dès lors pourquoi le Maroc a annexé le Sahara Occidental, une annexion qui n’a jamais été reconnue par l’ONU comme l’annexion de la Crimée par la Russie ne le sera aussi jamais : les mêmes causes produisent les mêmes effets et quand il y a du pétrole …

Toujours est-il que les Canariens commencent à se poser de sérieuses questions sur l’opportunité de faire aussi des trous dans leurs eaux à eux. Au large de Lanzarote et de Fuerteventura, le plateau continental est peut-être prometteur. Il y a beaucoup à parier qu’un jour ou l’autre les Canariens accepteront que des concessions soient attribuées aux grandes compagnies pétrolières pour dans un premier temps prouver que les résultats du logging peuvent être concrétisés. La raffinerie de pétrole de Santa Cruz de Tenerife est à l’arrêt pour effectuer des améliorations, c’est ce que la presse locale a raconté, mais comme elle appartient à l’Emirat d’Abou Dhabi on peut se poser des questions sur son redémarrage, source juteuse de revenus pour la ville, à moins que l’on trouve du pétrole au large de Fuerteventura, après tout, c’est beaucoup moins loin que le Golfe Persique ou encore la Guinée Equatoriale, ancienne colonie espagnole d’où provient l’essentiel du brut importé par l’Espagne. Ces mangeurs de bananes auraient-ils retrouvé la raison subitement ? En tous les cas, au Ministère des Moulins à Vent français on n’en est pas encore là !

La France première destination touristique ? Pas si sûr …

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Les statistiques économique de l’Archipel des Canaries sont tombées il y a quelques jours dans les journaux locaux et comme on pouvait s’y attendre l’amplification de la fréquentation touristique a encore fortement augmenté. Les touristes européens ainsi que les Russes se sont détourné des pays traditionnellement ensoleillés été comme hiver depuis les évènements dits des « printemps arabes » qui n’ont rien eu de vraiment printanier. Les habitués du sud de la Turquie, de l’Egypte ou encore de la Tunisie ont tout simplement opté pour les Canaries.

Résultat sans appel, en 2013, quatorze millions de touristes ont fréquenté les diverses îles. Si on rapporte à la population sédentaire, dont je fais partie en tant que résident, de quelques 2 millions d’habitants, pour que la France, première destination touristique au monde, arrive au niveau de fréquentation canarienne par habitant il faudrait 410 millions de touriste chaque année, en rapportant cette fréquentation à la population. Ce calcul simpliste signifie que les Iles Canaries ont accueilli 5 fois plus de touristes que la France, toutes proportions gardées. Qui fait mieux ?

Vénézuela … Espagne

Je discutais récemment avec une Vénézuélienne récemment (le Vénézuela est la huitième île des Canaries) ici à Tenerife et elle me disait que Chavez avait acheté les voix des plus démunis en distribuant des cadeaux et du cash à son peuple bien-aimé mais que cela n’avait duré qu’un temps. Aujourd’hui, elle envoie un partie de son salaire de misère chèrement gagné à sa famille pour qu’elle puisse survivre. Je lui ai demandé comment elle transférait l’argent. Etonnée par ma question, elle m’a répondu qu’elle allait dans un locutorio (alias internet café) et qu’elle faisait le transfert avec Western Union. Quelle ne fut pas sa surprise quand je lui appris que WU prélevait 8 % de commission sur le transfert et qu’il fallait qu’elle travaille un jour de plus tous les 12 jours pour engraisser WU ! Je lui ai alors demandé si elle avait un compte en banque parce qu’un transfert par swift ou IBAN n’est pas taxé plus de 4 %. La réponse fut négative. Un peu surpris à mon tour, je découvris qu’elle travaillait exclusivement au noir pour ne pas payer d’impôts et de taxes. Je compris qu’il était inutile d’aller plus avant dans la conversation mais je compris aussi que l’Espagne survit sans heurts et troubles sociaux avec plus de 25 % de chômage parce que les chômeurs travaillent tous au noir. Mais ces chômeurs qui ne votent pas ne manifesteront jamais dans la rue, ce sont les nouveaux esclaves du XXIe siècle qui n’ont qu’une chose à faire : fermer leur gueule…

Et si la France c’était le Texas …

La France « disposerait » de réserves de méthane dans son sous-sol suffisantes pour une consommation équivalente en volume actuel pendant près d’un siècle. Mais le hic de taille est que le ministère de l’écologie (et de l’énergie) dirigé par Madame Batho a interdit le logging sur le territoire de l’Hexagone.

Les compagnies pétrolières et gazières, avant même d’envisager d’avoir un permis d’exploration, ne pourront même pas procéder à des études sismiques pour évaluer la nature des formations géologiques profondes susceptibles d’être plus tard soumise au fracking afin de récupérer du méthane dans les cas les plus favorables. Voilà où on en est en France.

Juste pour situer l’énormité de l’ineptie du gouvernement français aveuglé par les écologistes on peut simplement prendre l’exemple du Texas. La production pétrolière de cet Etat déclinait depuis une vingtaine d’années pour atteindre bon an mal an un peu plus d’un million de barils par jour. Certes, le Texas a toujours été un producteur de pétrole et l’un des premiers au monde à se lancer dans cette aventure (revoir Giant avec James Dean) mais le fracking et le pompage assisté ont doublé la production de pétrole et aussi de méthane, en quelque sorte un sous-produit du pétrole puisqu’il est dissous dans ce dernier, le méthane étant lui-même un hydrocarbure. Et le nouveau boom pétrolier du Texas laisse rêveur : les compagnies pétrolières ont payé 12 milliards de dollars de taxes à l’Etat texan en 2012 avec un effet multiplicateur de 4 pour chaque dollar investi, en d’autres termes chaque fois qu’une compagnie pétrolière investit 1 dollar, les retombées sur l’économie de l’Etat équivalent à 4 dollars. En trois ans, le Texas, en déficit de 25 milliards de dollars en 2010 est maintenant devant un excédent budgétaire de 9 milliards !

En France, non seulement la balance commerciale est chroniquement déficitaire en grande partie en raison des importations de pétrole et de gaz naturel, mais le déficit se creuse mois après mois. L’Etat emprunte pour rembourser les titres de dette à maturité et les intérêts des dettes en cours, c’est presque ahurissant que le gouvernement se plie aux caprices d’une pimbèche ignorante des faits économiques fondamentaux du pays tout comme Jospin en son temps s’est laissé apitoyer par la crise ovarienne de Madame Voynet.

Depuis Tenerife, j’observe qu’une partie du port maritime est louée pour la construction de plate-formes pétrolières qui iront exploiter le pétrole au large du Sahara Occidental et du Maroc alors que les Canariens de la province de Las Palmas (Lanzarote et Fuerteventura) sont farouchement hostiles à toute exploitation dans les eaux territoriales canariennes parce qu’ils ont été endoctrinés par Greenpeace et le WWF et les partis écologistes gauchistes locaux qui n’y comprennent rien ont fait tellement de bruit et d’agitation que l’exploitation du pétrole est reportée sine die. La situation deviendra franchement comique quand la raffinerie de pétrole de Santa Cruz de Tenerife importera du pétrole du Maroc

La bêtise des écologistes n’a pas de frontière en Europe mais au Texas, business in business …

Source : Texas Tribune du 30 avril 2013

Disparition du monarque: les pesticides ?

Le célèbre papillon monarque (Danaus plexippus) qui je le rappelle pour ceux qui n’ont pas envie d’aller l’admirer en hiver au Mexique est résident permanent aux îles Canaries, migre donc depuis les USA, principalement de ce que l’on a coutûme d’appeler le « corn-belt », une région centrale comprenant l’Iowa, le Minnesota, le Wisconsin, l’Illinois et l’Indiana, Etats où se concentre la culture du maïs, vers le Mexique. Ce papillon passe l’hiver dans une toute petite région à deux heures de voiture de Mexico City dans l’Etat du Michoacan, et s’agglutine avec ses congénères par dizaines de millions sur des arbres sur une surface de quelques hectares pour tout simplement passer l’hiver tranquillement. Aux îles Canaries, il n’a pas besoin de migrer puisqu’il n’y a pour ainsi dire pas d’hiver … On a remarqué que la surface occupée en hiver par les monarques diminuait année après année et on a immédiatement incriminé les pesticides utilisés par les cultivateurs américains. On a finalement trouvé pourquoi la colonie de monarques qui parcourait plus de 5000 kilomètres pour se mettre au chaud avait une alarmante tendance à péricliter puisque plus de 50 % de ces inoffensifs papillons, en tous les cas inoffensifs pour le maïs, ont disparu en une dizaine d’années. Il se trouve que les millions d’hectares de culture de maïs dans les Etats cités plus haut sont presque totalement du maïs résistant au glyphosate, justement celui qui a excité Séralini, vous vous souvenez de ces rats Sprague-Dawley recouverts de tumeurs qui avaient fait la une des journaux gràce à des journalistes crédules et ignorants. Au fait, on n’entend plus parler de ce triste sire depuis que l’éditeur de son article torchon l’a retiré avec ses excuses.

Mais je m’égare et je reviens au monarque. Ce papillon (et sa chenille) se nourrit presque essentiellement du nectar et du sucre des fleurs d’asclépiades, une « mauvaise herbe » honnie des planteurs de maïs qui s’en débarassent justement en matraquant leurs champs avec du glyphosate avant de planter leur maïs résistant à cet herbicide. Pour en partie pallier à cet état de fait, on ne va surtout pas taquiner le lobby américain ultra-puissant des producteurs américains de maïs ni Monsanto, une association appellée Monarch Watch encourage tous les propriétaires de petits jardins et de pelouses à planter des asclépiades pour donner quelque espace de survie aux monarques, en espérant que cette minuscule initiative en comparaison de millions d’hectares de maïs (et aussi de soja, pour les mêmes raisons) permettra aux monarques de survivre, mais pour combien d’années ?

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Ce qui est plus inquiétant est que l’asclépiade est aussi un plante très recherchée par les abeilles qui subissent le même sort dans ces mêmes Etats du « corn-belt ».

 

Source : Los Angeles Times, monarchwatch.org, Wikipedia, crédit photo LA Times.