Les régimes « sans sel » remis en question

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C’est une étude parue dans The Lancet de ce vendredi 20 mai qui jète un véritable pavé dans la mare en ce qui concerne les bienfaits des régimes sans sel (ou pauvres en sel) pour la santé cardiovasculaire. Cent trente mille personnes réparties dans 49 pays différents ont été suivies par une équipe de médecins de l’Université McMaster dans l’Etat de l’Ontario au Canada. Le but de l’étude était de déterminer s’il y avait une relation de cause à effet entre la quantité globale de sel ingéré quotidiennement et les pathologies cardiovasculaires y compris les accidents vasculaires cérébraux. L’étude a scindé les sujets souffrant d’hypertension de ceux ne souffrant pas de cet état susceptible de favoriser des accidents vasculaires.

Il est apparu que des régimes sans sel ou ne comportant que des quantités de sel réduites n’étaient bénéfiques que pour les hypertendus. De telles restrictions chez les sujets normaux ou légèrement hypertendus augmentent les risques d’accidents cardiovasculaires. Les autorités sanitaires de la plupart des pays occidentaux préconisent de ne pas dépasser 2,3 grammes de sel ajouté aux aliments quotidiennement, soit une cuillère à soupe rase. Fort heureusement moins de 5 % de la population se plie à ce genre de restriction car un régime pauvre en sel favorise, toujours selon cette étude, l’apparition de maladies cardiovasculaires. Les régimes alimentaires pauvres en sodium entrainent un dérèglement du métabolisme et à l’évidence les régimes pauvres en sel ou « sans sel » sont au contraire nocifs pour la santé en dehors des personnes hypertendues qui ne contrôlent pas étroitement leur régime alimentaire.

Cette étude remet donc en question l’aspect préventif des régimes sans sel – 2,3 grammes et moins par jour – qui semble donc appuyé sur des résultats erronés.

Source : The Lancet via McMaster University News desk

Sel ou pas sel, il faut choisir, ça peut rendre « crétin » …

L’hypertension est la bête noire des médecins et tous les moyens sont bons pour combattre ce fléau. Le plus simple est de diminuer la consommation de sel, le bon vieux sel de cuisine ou de table qui en d’autres temps remplissait les caisses du trésor public grâce à la gabelle, cet impôt inique et contreproductif qui fut définitivement aboli en 1945 en France, l’une des rarissimes mesures positives prises par le premier gouvernement français de la Libération. Qui dit impôt sur un produit dit aussi baisse de la consommation de ce dernier, c’est ce principe qui est appliqué aux cigarettes à bon escient car après tout fumer n’est ni nécessaire ni bon pour la santé. Pour le sel il en est tout autrement et taxer un produit alimentaire vital est un contre-sens. Le sel de cuisine est un rehausseur de goût et tout le monde le sait surtout ceux qui sont condamnés par leur médecin à un régime sans sel, recommandation d’ailleurs controversée puisque seules les personnes présentant de hauts risques d’hypertension devraient être soumises à ce type de régime. Le remplacement du sel, le chlorure de sodium, par du chlorure de potassium pour satisfaire des exigences de la Faculté n’est pas non plus une alternative totalement anodine. Bref, la diminution de la consommation quotidienne de sel a aussi un revers inattendu qui préoccupe de plus en plus le milieu médical, la déficience en iode.

Cretinnen_aus_Steiermark,_1819_gez._Loder,_gest._Leopold_Müller

En 1810, Napoléon ordonne le recensement des « crétins des Alpes » dans le Département du Simplon de l’Empire recouvrant l’actuel Valais et les résultats sont sans appel, 4000 crétins sur 70000 habitants sont dénombrés. La carence en iode n’est définitivement et de manière empirique démontrée qu’au début du XXe siècle avec l’expérimentation d’un médecin de la vallée de Zermatt qui fournit des petites doses d’iode à ses patients. Il constate immédiatement une diminution du nombre de goitres et également une disparition des thyroïdes palpables chez le nouveau-né qui affectait un enfant sur deux. Dès 1922, la Confédération suisse et les salines du Rhin qui fournissent le sel à pratiquement toute la Suisse ajoutent systématiquement 3,75 milligrammes d’iode par kilo de sel de mine. Les USA suivront l’exemple suisse dès 1924, pratique qui se généralisera progressivement à l’ensemble des pays développés et les quantités d’iode ajoutée au sel sont passées de 3,75 à 20 milligrammes aujourd’hui. Le crétinisme a disparu de la Suisse et des autres pays alpins, y compris la France en Savoie et l’Italie dans le Val d’Aoste, et moins de 5 % des enfants helvétiques souffrent d’un goitre. Cette observation est à rapprocher des nouvelles recommandations diététiques conseillant de limiter la teneur en sel des aliments. C’est ainsi que des pays comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande ou encore le Royaume-Uni ont vu ces dernières années une augmentation du nombre de déficiences en iode.

Les autorités sanitaires suisses ont pris les devants en recommandant un ajout de 25 mg d’iode par kilo de sel mais il n’est pas certain que cela suffise pour contrecarrer la diminution de l’usage du sel. Avec une dizaine de grammes de sel consommés chaque jour en moyenne, la différence entre les hommes et les femmes est pourtant significative. Les hommes consomment en moyenne 11 grammes de sel par jour et les femmes seulement huit et cette petite différence est amplifiée quand on considère le nombre de carences en iode : 2 % pour les hommes mais 14 % pour les femmes. Il est clair que la diminution de la consommation de sel (iodé) a un effet direct sur l’apparition des carences en iode et quand on sait que le corps médical préconise encore une nouvelle diminution de la consommation de sel jusqu’à 6 grammes par jour et pas plus, il y a quelques soucis à se faire. Certes quelques aliments comme les œufs, le lait ou les fromages contiennent de l’iode, en dehors des fruits de mer naturellement, mais la modification des habitudes alimentaires fait que les carences en iode pourraient réapparaître avec cette nouvelle mode du « moins salé » et l’usage presque généralisé du sel non iodé (un peu moins coûteux) par les géants de l’industrie agro-alimentaire comme très curieusement en France où la loi interdit l’usage du sel iodé dans les préparations industrielles.

Source : librement inspiré d’un article paru dans Le Temps, illustration Wikipedia (deux crétins des Alpes).