Se « récurer » les oreilles : une pratique inutile et dangereuse

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Il y a trois ans je me trouvais dans la bonne ville de Lyon et je suis allé rendre visite à un ami de longue date, médecin ORL de son état. Très professionnellement il m’a examiné gratuitement puisque je n’ai plus de carte « vitale » depuis de nombreuses années, très exactement dix-huit ans. Il a inspecté mon gosier, mes narines et mes oreilles. J’étais un peu gêné car je ne me lave jamais les oreilles et je lui ai demandé avec une certaine hésitation si celles-ci étaient propres, je ne parle pas du pavillon, ce qui est à l’extérieur et qui sert aux femmes à s’accoutrer de pendeloques parfois hideuses. Non, l’intérieur, le tréfonds externe de cet organe sensitif si important pour communiquer. Il m’a déclaré que tout était propre et sain.

Se laver les oreilles est stupide car pour tout un chacun il s’agit de s’enfoncer des bâtonnets munis de coton au fond du canal qui relie le tympan au monde extérieur non pas pour y retirer ce que l’on croit être de la saleté mais au contraire repousser le cérumen au fond de ce canal. C’est une hérésie totale et dangereuse. Les sécrétions naturellement produites par cette zone particulière de l’oreille externe ont une fonction très précise. Il s’agit d’un mélange complexe d’acides gras, d’alcools lourds, de cholestérol et d’un enzyme appelé lysozyme également présent dans les larmes, le tout sécrété par des glandes spécialisées tout au long du conduit auditif. Cette espèce de produit cireux présente des propriétés antibiotiques bien connues et est capable de piéger un moucheron qui oserait se hasarder dans le conduit auditif. Les mouvements du maxillaire lors de la mastication favorisent une lente progression du cérumen vers l’extérieur de l’oreille et il arrive parfois que l’on enfonce son « auriculaire » dans ce canal et qu’on soit surpris de retrouver au bout du doigt un peu de cérumen plus ou moins desséché qui a finalement rempli son rôle.

Se nettoyer les oreilles régulièrement avec un coton-tige est un non-sens dans la mesure où on prive l’oreille externe de ses moyens de défense naturels et aussi dans la mesure où on risque de blesser le conduit auditif et d’endommager le tympan. Les autorités sanitaires canadiennes et américaines ont mis en garde la population contre les dangers de ce « nettoyage » totalement inutile des oreilles.

Source et illustration : statnews.com

L’hygiène en Chine il y a 2000 ans

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C’est en effectuant des fouilles archéologiques d’un ancien relais situé aux confins du redoutable désert du Taklamakan qu’une équipe anglo-chinoise a découvert, preuves à l’appui, que la Route de la Soie véhiculait non seulement des denrées commerciales en tous genres mais aussi des maladies parasitaires tout aussi variées. Ce désert de dunes de sables mouvants situé entre les chaines de montagne de l’Himalaya, de Qilian et de Beishan avec à l’est le désert de Gobi est une des régions les plus inhospitalières du monde car il y fait froid et sec. Entre les années 111 avant et 109 après l’ère présente le relais de Dunhuang, un oasis situé aux confins est de la région autonome chinoise du Xinjiang, s’appelait Xuanquanzhi et était une étape importante de la Route de la Soie où arrivaient les marchandises de l’est et du sud pour repartir par deux voies contournant par le nord et par le sud les déserts de Gobi et du Taklamakan. S’y retrouvaient durant la dynastie Han toutes sortes de personnages, des marchands, des moines, des pèlerins, des soldats et des nomades. La Grande Muraille de Chine arrivait jusqu’à cet endroit où il fait relativement chaud l’été et un froid glacial en hiver.

Les archéologues ont passé minutieusement en revue les restes de ce relais important classé site historique national par la Chine et parmi une multitude d’artéfacts ils se sont aussi intéressé aux latrines dans les fosses desquelles les excréments humains ont été relativement bien conservés pendant plus de 2000 ans en raison du climat extrêmement sec sévissant dans cette région. Les voyageurs utilisaient des petites baguettes de bois autour desquelles était enroulé un morceau de tissu pour se nettoyer l’anus :

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un genre de coton tige d’une douzaine de centimètres de long pour le trou de balle …

Les fragments d’excréments, les taches brunes sur la « baguette d’hygiène anale », ont été extraits et analysés au microscope optique. Quatre sortes d’oeufs de vers parasites ont pu être aisément identifiés. D’abord le Trichuris trichiura qui est la cause de la trichiurose, une parasitose bénigne sauf en cas d’infestation massive. C’est un ver suceur de sang qui colonise l’intestin grêle et plus d’un milliard de personnes dans le monde vivent avec sans trop de désagréments. L’autre nématode parasite identifié par ses oeufs est l’ascaris (Ascaris lumbricoides) qui était déjà présent dans ce relais de la route de la soie car son hôte est exclusivement l’homme. Encore aujourd’hui plus d’un milliard et demi de personnes en sont atteintes en particulier les enfants qui paient un lourd tribut de par la mortalité, environ 2500 enfants en meurent chaque année dans le monde.

La troisième sorte d’oeufs a été attribuée au ténia (Taenia solium), le classique ver solitaire muni de crochets pouvant atteindre 10 mètres de long et dont le réservoir animal est le porc.

Arrêtons-nous un instant sur la présence de ces trois parasites. D’abord la bourgade de Xuanquanzhi était déjà à cette époque un oasis prospère. On y cultivait comme aujourd’hui toutes sortes de légumes et de fruits et l’élevage, en particulier de porcs, procurait la viande nécessaire pour poursuivre la route vers l’Europe et la Méditerranée. Les excréments humains étaient utilisés comme engrais et il n’est donc pas surprenant qu’une grande partie de la population de passage ou sédentaire de ce relais devait être porteuse de l’un ou voire plusieurs de ces trois parasites. Les habitudes alimentaires des Chinois de l’époque favorisaient la transmission d’un parasite comme le ténia. Les viscères des porcs étaient consommées et la viande de porc était parfois mal cuite ou mangée séchée car elle se conservait alors plus longtemps. Il est rare aujourd’hui de se retrouver parasité avec un ténia après avoir consommé du jambon cru car le dépistage du parasite et son éventuelle élimination à l’aide de médicaments appropriés sont systématiquement réalisés dans les élevages de porcs. Mais il y a 2000 ans, dans ce coin perdu de la Chine, il en était tout autrement.

Enfin le quatrième type d’oeufs a été attribué à la douve du foie (Clonorchis sinensis) un ver parasite qui vit dans les voies biliaires et la vésicule biliaire et peut provoquer un type de cancer du foie. Or le cycle de la douve (voir le lien sur ce blog) nécessite des eaux stagnantes peuplées d’escargots et de poissons, ce qui n’était et n’est toujours pas le cas de la région de Xuanquanzhi. Cette découverte a suscité quelques spéculations sur le climat de l’époque aux alentours du désert de Taklamakan. En réalité les oeufs de douve retrouvés sur les baguettes d’hygiène anale provenaient très certainement de personnes parasitées arrivant des zones où ce ver est endémique matérialisées par des rayures jaunes sur la carte ci-dessous.

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Ces commerçants et autres voyageurs avaient déjà parcouru près de 2000 kilomètres pour arriver à Dunhuang … Pour terminer la description de ce tableau peu engageant mais tout de même riche en informations aucun oeuf d’oxyures (Enterobius vermicularis) n’a été retrouvé dans ces latrines probablement pour deux raisons : les femelles pondent leurs oeufs la nuit à l’extérieur de l’anus et ces oeufs sont fragiles. L’oxyurose est pourtant encore aujourd’hui la parasitose la plus répandue dans le monde. Dans les pays de l’OCDE il est admis que près de 40 % des enfants ont été ou seront en contact avec des oxyures.

Cette étude bien qu’un peu scatologique révèle de précieuses informations sur l’hygiène, les habitudes alimentaires et les mouvements migratoires qui prévalaient il y a 2000 ans dans cette bourgade importante de la Route de la Soie qui est de nouveau d’actualité aujourd’hui avec la construction d’une liaison ferroviaire à grande vitesse depuis Pékin jusqu’à l’Europe occidentale …

Source et illustrations : http://dx.doi.org/10.1016/j.jasrep.2016.05.010 (article aimablement communiqué par le Docteur Piers Mitchell qui est vivement remercié ici. Dunhuang aujourd’hui (Wikipedia).

https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/09/14/la-douve-du-foie-fait-toujours-autant-de-ravages/

Se laver les cheveux tous les jours : une mauvaise habitude

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Kim Kardashian se lave les cheveux seulement deux fois par semaine et elle a bien raison ! Se shampouiner les cheveux élimine le sébum naturellement sécrété par les glandes sébacées alors que cette matière huileuse est bénéfique pour l’épiderme mais également pour les cheveux. Le sébum protège en effet la peau et les cheveux d’une déshydratation excessive. Qui ne s’est pas rendu compte qu’après un lavage des cheveux à l’aide d’un détergent y compris très peu agressif des pellicules se formaient inévitablement. C’est tout simplement parce que l’épiderme est déshydraté après ce lavage puisqu’il n’y a plus de sébum. D’ailleurs les shampooings dits « anti-pelliculaires » contiennent des corps gras. Les Marquésiennes, après s’être lavé leur longue chevelure, utilisent du Monoï parfumé avec des petites fleurs de l’ylang-ylang local qui pousse un peu de partout dans la forêt pour re-huiler cette dernière et maintenir son aspect brillant si particulier.

Comme Kim Kardashian, il est plutôt approprié de laver ses cheveux une à deux fois par semaine et de les rincer chaque jour pour éliminer la poussière, c’est suffisant.

Cependant et selon la nature des cheveux, le sébum adhère à ces derniers en maintenant leur solidité et des cheveux bouclés naturellement requièrent plus de corps gras pour leur intégrité structurale. Enfin les colorations et le chauffage des cheveux pour leur imprimer des courbures permanentes sont des agressions qu’il faudrait éviter ou limiter. Un dernier conseil, manger de la glycine – une douzaine de grammes chaque jour – est un excellent traitement pour les cheveux …

Source : Business Insider

La mort aux dents !

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Il y a quelques semaines j’ai relaté dans ce blog l’interaction entre le déséquilibre des acides gras omega-6 par rapport aux omega-3 dans les corps gras utilisés dans la malbouffe industrielle et l’apparition de maladies cardiovasculaires (voir le lien) à la suite du développement d’inflammations chroniques au niveau des artères provoquant l’apparition de plaques d’athérome. Souvent la malbouffe est associée, compte tenu de sa richesse en sucres à une mauvaise hygiène dentaire et ces deux facteurs conjugués forment un cocktail explosif pour les artères et en particulier les artères coronaires, mais pas seulement.

Une dentition mal entretenue favorise également l’apparition de rhumatismes articulaires. Or, on a toujours considéré que la bouche était une cavité indépendante du reste du corps et cette affirmation est totalement fausse. Un mauvaise hygiène buccale n’intervient pas directement sur l’ensemble de l’organisme mais par l’intermédiaire de bactéries particulièrement pernicieuses qui se sont munies d’armes redoutables pour survivre sur et dans la plaque dentaire au niveau des gencives qu’elles finissent par léser. Ce processus est de plus aggravé par un mauvais brossage des dents.

Une étude réalisée en Grande-Bretagne a montré sans ambiguité qu’une bactérie particulière était responsable du danger (voir le lien) et il s’agit de la bien-nommée Porphyromonas gingivalis, une bestiole qui envahit les fibroblastes de la gencive et se met ainsi à l’abri des antibiotiques. Elle se moque des antiseptiques présents dans les pâtes dentifrice et provoque un déséquilibre des défenses immunitaires de l’organisme grâce à l’action d’un mécanisme redoutablement destructeur qui favorise, ironie de la situation, la colonisation de la cavité buccale par d’autres bactéries, tout pour plaire …

Hippocrates avait en son temps affirmé que les infections dentaires favorisaient l’apparition d’arthrites et dans les années 1900 un médecin anglais du nom de William Hunter suggéra que les abcès dentaires étaient à l’origine de nombreux maux. Hunter s’appuyait sur une observation à faire grincer des dents : certaines personnes se faisaient extraire systématiquement toute dent douteuse et elles se trouvaient dans un état de santé général beaucoup plus satisfaisant que les sujets qui gardaient jalousement dans leur bouche comme des reliques des vieux chicots passablement pourris. Cette observation, sans base scientifique solide à l’époque, trouva son explication quand on découvrit la stratégie diabolique de la Porphyromonas gingivalis. Cette bactérie dispose en effet d’un équipement enzymatique d’une rare efficacité lui permettant de tout trouver pour survivre et se multiplier quand elle a commencé à infecter les cellules de l’épithélium buccal dont en particulier celui des gencives en contact avec la plaque dentaire. Puisque comme toute forme vivante a besoin de fer pour survivre, cette bactérie va se servir directement en détruisant la ferritine, une protéine du sang qui transporte le fer jusqu’aux cellules. Elle récupère ce fer à son profit tout en digérant la ferritine et affaiblit alors les cellules qu’elle a infecté. Pire encore, elle envoie dans la circulation sanguine et lymphatique ces enzymes qui à leur tour vont perturber la réponse immunitaire de l’organisme et favoriser toutes sortes de points d’inflammation. D’où l’apparition d’arthrites, de sclérose et de durcissement des artères dont en particulier les carotides et les coronaires, un vrai désastre organisé !

Depuis, on considère que non seulement cette bactérie et ses commensales est responsable direct de problèmes cardiovasculaires mais également de l’apparition de diabètes de type 2 (voir le lien, PlosOne) et même de cancers (lien, British Dental Health Foundation). Que faire ? Se brosser les dents avec une brosse électrique est fortement préconisé par les spécialistes de la bouche. Utiliser des pâtes dentifrice enrichies en fluor, et si on est courageux se faire des bains de bouche avec de l’eau de Javel relativement concentrée, les bactéries anaérobies comme celle mentionnée ont une aversion pour l’oxygène qui les tue instantanément … Et aussi et surtout ne pas garder comme des vestiges d’un passé révolu des dents infectées ou déchaussées, c’est tout simplement dangereux !

Inspiré d’un article paru dans The Guardian, illustration The Guardian.

https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/06/26/malbouffe-industrielle-maladies-cardiovasculaires/

http://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0128344

http://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa063186#t=articleTop

http://www.dentalhealth.org/news/details/845

Moins se laver pour moins attirer les moustiques ?

 

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L’été arrive avec la chaleur et l’humidité et c’est synonyme de moustiques, ces charmantes petites bêtes, nocturnes pour la plupart, et qui émettent un son à peine audible et parfaitement désagréable quand elles volent près de nous à la recherche de sang. Les moustiques sont attirés par les infra-rouges que nous dégageons autour de nous et aussi par le gaz carbonique que nous exhalons et enfin par nos odeurs. Et nous avons tous une odeur particulière, ce qui pourrait expliquer que certaines personnes n’attirent pas les moustiques alors que d’autres sont leur cible préférée. Bien qu’on ait observé cette différence, encore fallait-il en trouver la raison exacte car un scientifique ne peut pas se contenter d’une simple impression déduite d’une observation par trop suggestive. J’ai été saigné des milliers de fois par des moustiques variés qui m’ont laissé des souvenirs désagréables comme la dengue ou la malaria et depuis quelques années si ces petites bêtes continuent à s’abreuver de mon sang impur (que la Croix-rouge refuse de me prélever) je n’éprouve plus aucune réaction cutanée. Si l’hypothèse des odeurs attirantes pour les moustiques était vérifiée, je n’entrerais pas dans la catégorie des personnes qui ne se font pas piquer parce qu’elles repoussent les moustiques et pourtant ces spécimens humains privilégiés existent !

Une équipe pluridisciplinaire de l’Université de Wageningen aux Pays-Bas a voulu en savoir plus sur cette différence entre les individus et ils ont procédé à une étude détaillée de la flore bactérienne qui fleurit sur notre corps, en particulier dans les parties humides de notre anatomie, les pieds et les aisselles notamment. Qu’on le veuille ou non, qu’on se lave trois fois par jour en se brossant vigoureusement, il reste des milliards de bactéries et des champignons microscopiques sur notre peau qui vivent heureusement en bonne harmonie avec nous et ne nous procurent aucun désagrément sinon que notre transpiration peut parfois être particulièrement odorante. Et ce n’est pas la transpiration en soi qui sent puisque c’est pratiquement de l’eau distillée mais les éléments chimiques produits par les bactéries qui vivent dans les moindres recoins de notre épiderme et de notre appareil pileux. Chaque personne dégage une odeur particulière qui lui est propre tout simplement parce que chaque individu transporte sur lui une panoplie de bactéries qui lui est unique en termes de diversité de cette flore microbienne cutanée.

L’équipe de l’université batave a réuni 48 volontaires mâles acceptant de se plier à l’expérience dont le but était d’élucider la raison pour laquelle les moustiques sont attirés par certains hommes et pas par d’autres. On leur a demandé de s’abstenir durant les quelques jours précédant l’expérience de boire des boissons alcoolisées en particulier de la bière, de bannir l’ail, les oignions et les plats épicées, également de s’abstenir d’utiliser un savon ou un détergent en se douchant, un simple rinçage, de ne pas utiliser un déodorant quelconque et pour parachever leur préparation de s’obliger à porter pendant deux jours des chaussettes de nylon que leur fournissait le laboratoires après avoir stérilisé les dites chaussettes, sans se laver les pieds. Pour les odeurs de pieds, les chaussettes en nylon, il n’y a pas mieux. Pour tester si les odeurs des pieds attiraient les moustiques, les pieds de ces volontaires ayant bien mariné dans leurs chaussettes en nylon ont été frottés avec des petites billes de verre pour absorber les bactéries et les petits tas de billes ont été placés au centre de sortes d’enclos surmontés d’un filet et légèrement ventilés pour dissiper ces odeurs. Un système permettait d’observer par quel échantillon d’odeurs de pied les moustiques étaient attirés et avec quelle intensité simplement en piégeant les moustiques attirés par cet appareillage rudimentaire mais efficace. Les mêmes prélèvements ont été utilisés pour identifier la flore bactérienne par séquençage de l’ARN 16S des ribosomes. Juste une brève explication, l’ARN 16S est une molécule d’acide ribonucléique qui fait partie de la grosse machinerie impliquée dans la synthèse des protéines, les ribosomes, et chaque espèce vivante possède son propre ARN 16S. L’ARN 16S de dizaines de milliers de bactéries différentes est connu et il est alors très facile d’identifier une bactérie par ce simple séquençage. Il ne faut pas oublier de mentionner que c’est le moustique vecteur de la malaria (Anopheles gambiae) qui a été utilisé au cours de cette étude.

Premier résultat intéressant, sur les 48 volontaires, six d’entre eux n’attiraient pas ou très peu les moustiques. Pourtant la plante des pieds, près des orteils, est colonisée en moyenne par un demi million de bactéries par centimètre carré dans les conditions de l’expérimentation, mais dans la vie courante ce doit être sensiblement la même situation. Il faut dire que les bactéries ont tendance à se multiplier en moyenne en moins d’une heure et si le matin, après une vigoureuse douche, on a encore deux cent mille bactéries par centimètre carré de peau, à la fin de la journée on a atteint aisément plusieurs millions, mais pas de souci, nos pieds sont toujours en bon état, du moins dans la plupart des cas.

Deuxième résultat, l’attractivité de chaque individu volontaire pour l’expérience s’est révélée ne pas être directement corrélée avec la densité bactérienne mais plutôt avec la diversité de leur « microbiome » ou population microbienne. Plus le nombre d’ARN 16S différents était élevé, donc plus il y avait de bactéries différentes dans les prélèvements, moins les individus attiraient les moustiques ou plutôt les petits tas de billes odoriférants disposés au milieu des pièges, on n’a tout de même pas exposé ces volontaires à des attaques répétées d’essaims de femelles de moustiques assoiffées de sang. L’illustration ci-dessous montre une corrélation statistique entre les différentes bactéries identifiées et le pouvoir attractif ou non attractif rapporté aux sujets volontaires de l’expérience.

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On remarque d’abord que plus la flore bactérienne est diversifiée moins les moustiques sont attirés (partie gauche du diagramme) et au contraire quelques bactéries seulement sont particulièrement responsables de cette attractivité (en bleu dans partie supérieure droite du diagramme) comme Leptotrichia, une bactérie communément trouvée dans la bouche ou Delftia, une bactérie commune que l’on trouve sur la peau et les cheveux alors qu’à l’opposé Variovorax, proche cousine de Delftia, également commune sur la peau, ne relâche pas les mêmes substances volatiles. Comme on peut le voir le microbiome de l’épiderme est très complexe et certaines bactéries se nourrissent des excrétions d’autres de leurs congénères et transforment ces substances volatiles en permanence. Parmi ces substances on peut citer des acides, comme l’acide octanoïque ou l’acide caprylique, qui sent la chèvre, ou encore des aldéhydes et des esters variés. L’identification précise de l’ensemble de ces molécules est en cours dans le laboratoire de l’Université de Wageningen dans le but de mettre au point des pièges attirant les moustiques de manière spécifique. En effet, le moustique vecteur de la fièvre jaune, Aedes aegypti, n’est pas attiré par les mêmes odeurs et il en est de même pour le vulgaire Culex pipiens de nos villes qui heureusement n’est pas normalement un vecteur de maladies parasitaires ou virales. Quand on pourra piéger ces sales bêtes avec ces substances naturelles qui font que nous sentons parfois un peu fort surtout au cœur de l’été, ce sera « le pied » et peut-être pourrons-nous nous en débarrasser pour notre plus grand confort au cours d’une calme nuit de juillet et on peut se poser la question de l’opportunité de se laver souvent ou au contraire moins souvent pour moins attirer les moustiques …

Lien : http://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0028991