Autres nouvelles du Japon

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Depuis une semaine ma belle-fille rentre du bureau bien après 9 heures du soir et il lui est même arrivé de rejoindre le domicile familial à 22h35, et pourtant son employeur est une société européenne (dont je tairai le nom par discrétion). J’ai bien noté l’heure, et mon petit-fils qui attend comme chaque soir sa mère pour aller dormir manifestait avec un certain énervement son mécontentement. Ce genre de situation est relativement courant au Japon. Certains « salary-men » n’ont plus de vie de famille, il leur arrive de dormir sur leur lieu de travail et travailler également le dimanche pour faire face au surcroit de tâches à effectuer car la pénurie de main-d’oeuvre a créé une situation presque intenable … C’est d’ailleurs le sujet de la dépêche d’agence suivante.

Un Japonais actif sur cinq risque la mort par surmenage

Un cinquième des Japonais qui travaillent risquent de mourir de surmenage, selon un rapport gouvernemental. Ce phénomène est caractéristique de la société nippone.

Des centaines de décès liés au surmenage, par crise cardiaque, accident vasculaire cérébral ou suicide, sont enregistrés chaque année au Japon, ainsi que de nombreux problèmes de santé graves. Ce problème est à l’origine de nombreuses poursuites judiciaires.

Le rapport fait partie du premier livre blanc sur le +karoshi+, la mort par épuisement au travail, un document approuvé vendredi par le cabinet du Premier ministre, Shinzo Abe.

L’image populaire du salarié japonais trimant de très longues heures pour son employeur avant de prendre le dernier train pour rentrer chez lui est certes en train de changer. Toutefois, beaucoup de Japonais continuent à passer au bureau beaucoup plus d’heures que leurs homologues dans les autres économies modernes.

Selon le rapport, 22,7% des firmes japonaises interrogées entre décembre 2015 et janvier 2016 ont déclaré que certains de leurs employés faisaient plus de 80 heures supplémentaires chaque mois – 80 étant officiellement le seuil à partir duquel le risque de mourir de surmenage est considéré comme sérieux.

L’étude indique aussi que 21,3% des employés japonais travaillent 49 heures ou plus par semaine en moyenne, contre 16,4% des employés aux Etats-Unis, 12,5% en Grande-Bretagne et 10,4% en France.

Le rapport rapporte aussi que les employés japonais ont fait état de niveaux élevés de stress liés à leur travail. Des responsables ont appelé les sociétés japonaises à améliorer les conditions de travail.

ats / 08.10.2016 07h52

Illustration : Tokyo vue de la Takao Mountain

Chronique tokyoïte # 11

Malgré le fait que les forces d’autodéfense japonaises aient fini par céder aux Américains en installant deux batteries de missiles patriot à l’intérieur du périmètre de leur commandement, à deux pas d’Akebonobashi et près de Shinjuku, il ne faut pas croire que Tokyo ressente quelque fièvre belliqueuse que ce soit. Le fils de l’empereur s’occupe de ses papillons et pour le reste des citoyens, comme je le disais dans un précédent billet c’est le « business as usual ». Il y a même des touristes à Ginza, le quartier huppé de Tokyo le jour et plutôt chaud la nuit, mais c’est une autre histoire. Je voulais parler aujourd’hui des horaires de travail des Japonais et des Japonaises. Les « salary men » et les « office ladies » travaillent en théorie à peine plus que n’importe quel français, à la seule différence que certaines entreprises considèrent que les heures supplémentaires sont tout simplement pas rémunérées et d’autres tolèrent des heures supplémentaires déclarées jusqu’à une certaine limite, une manière de compenser les bas salaires selon un artifice tout à fait légal. Le samedi est un jour ouvrable comme les autres. Le dimanche semble aussi être un jour comme les autres jours de la semaine puisque les postiers distribuent le courrier et les livreurs ce qu’on a acheté la veille, les tokyoïtes ne s’encombrent pas de gros paquet dans les trains ou les métros. Il y a au Japon une vingtaine de jours fériés et un bon nombre de salariés considèrent que ces vingt jours leur suffisent, ils ne prennent donc pas de vacances. Les grands groupes industriels et manufacturiers exigent tout de même une à deux semaines de vacances de tous leurs employés pour effectuer des opérations de maintenance sur les sites industriels. Les Japonais accumulent des jours de congé virtuels pour pouvoir continuer à percevoir un plein salaire de leur employeur en cas d’arrêt de maladie prolongé et ce crédit de jours de congés payés n’est pas cumulable au delà d’une certaine durée et s’ils ne sont pas utilisés, en d’autres termes si on n’est pas malade durablement, une semaine ou un mois, ces jours de congé accumulés sont tout simplement perdus et dans le fonction publique il en serait de même. Quand on m’a informé de cette sorte de coutume, j’ai tout de suite repensé à la suppression de la journée de carence pour les fonctionnaires. Imaginons que les RTT, une usine à gaz très franco-française issue des 35 heures de Martine, soient utilisées pour les congés de maladie de quelque durée que ce soit, ce serait un bon début pour responsabiliser les employés qu’ils soient du public ou du secteur privé. Mais quel ministre, même plein de bonnes intentions serait capable de proposer un tel changement dans les « avantages acquis » si âprement défendus par des syndicats marxisants déconnectés des réalités du XXIe siècle ? Quand le système de protection sociale se déclarera en faillite, ce qui est déjà le cas, peut-être que de tels changements seront envisagés …