D’où nous vient le virus de l’herpès génital ? Bonne question.

Dans sa fameuse chanson « Les Trompettes de la Renommée » (1962) Brassens, ne s’embarrassait pas de pudeur en décrivant avec l’humour qui le caractérisait les conséquences de ses amours avec une marquise : « Madame la Marquise m’a foutu des morpions« . Mais dans le même registre des affections génitales d’où vient le virus de l’herpès génital (HSV2) dont près de 90 % des êtres humains sont porteurs ? Pour répondre à cette question exceptionnellement importante et qui aurait réjoui Brassens une équipe de paléo-archéologues de l’Université de Cambridge en Grande-Bretagne dirigée par le Professeur Charlotte Houldcroft a remonté le temps depuis l’ancêtre commun de l’homme et du chimpanzé (et du bonobo) jusqu’à l’Homo erectus, notre ancêtre direct. La filiation du virus qui accompagna tous les hominidés durant cette longue évolution qui dura plus de 3 millions d’années a pu être établie avec une certaine certitude en se basant sur la vitesse de propagation du virus dans la forêt tropicale entre singes d’aujourd’hui et mesurée en mètres par an. Cette vitesse a été corrélée à l’apparition naturelle de mutations spontanées sur une seule base de l’ADN (SNPs) qui est maintenant largement utilisée pour établir la filiation entre groupes humains.

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Les séquences d’ADN du virus présent dans les populations actuelles tant en Afrique que sur les 4 autres continents ont été utilisées pour confirmer que l’Homo sapiens sapiens avait bien émigré depuis l’Afrique il y a environ 100000 ans avec son virus de l’herpès ! Toutes les possibilités de transmission ont été passées en revue à l’aide de techniques statistiques prenant en considération les probabilités de transmission au cours de l’évolution des hominidés. Selon l’étude publiée dans la revue Virus Evolution (lien en fin de billet) la probabilité la plus sérieuse de transmission mise en évidence est que le virus aurait été véhiculé par l’Homo boisei dont le fossile – un paranthrope mais pas vraiment un être humain (illustration) – retrouvé dans la Gorge de l’Olduvai a indiqué qu’il vivait dans cet endroit limitrophe de la forêt tropicale entre 2,4 et 1,4 millions d’années. Or comme le virus humain – HSV2 – est plus proche du virus affectant la région buccale du chimpanzé, ChHV1, que de son homologue humain provoquant l’herpès buccal (HSV1), il est intéressant de noter que cette transmission au cours de l’évolution entre les singes, ou plutôt leurs ancêtres et l’homme moderne est passé par cet humanoïde Homo boisei. Cependant l’étude n’exclue pas que le virus ait pu être également transmis à ce paranthrope par un autre proto-humain, l’Homo abilis. Dans le doute il est donc permis de dire que c’est l’Homo boisei qui nous a « foutu » l’herpès génital …

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Source, doi : 10.1093/ve/vex026

Herpès buccal ou génital : c’est tout comme …

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Près de 70 % de la population est porteuse du virus de l’herpès, c’est ce que vient d’affirmer l’Organisation Mondiale de la Santé dans un article paru dans le journal en accès libre PlosOne du 28 octobre dernier. C’est la première fois qu’une telle estimation a été réalisée à l’échelle planétaire et elle a conduit à quelques résultats inattendus. Pour bien comprendre la situation il est nécessaire de faire quelques rappels sur ce virus. Il existe deux types de virus, HSV-1 et HSV-2, tous deux neurotropes c’est-à-dire qu’ils remontent le long des nerfs pour aller se « cacher » dans le corps cellulaire des neurones puis réapparaître à occasionnellement pour des raisons largement inconnues en suivant les axones nerveux qui atteignent l’épiderme. Le type 1 est censé préférer les lèvres et éventuellement les yeux. Dans le cas des lèvres on parle alors de boutons de fièvre. Le virus de type 1 va se cacher dans le nerf trijumeau. Quant au type 2 c’est plutôt pour les organes sexuels externes qu’il manifeste une préférence, vulve et pénis, et se cache dans les ganglions nerveux issus du sacrum. Quand on a été infecté par l’un ou l’autre de ces virus (ou les deux) il est impossible de s’en débarrasser et comme ce virus se transmet aisément par la salive et au cours de relations sexuelles, autant dire qu’il n’est pas difficile de comprendre pourquoi 3,7 milliards de personnes en sont porteuses dans le monde.

Cette classification entre herpès oral et herpès génital vient d’être remise en cause dans l’étude de l’OMS et c’est une surprise pas très réjouissante. En effet de plus en plus de personnes souffrent d’herpès génital provoqué par le virus de type 1, notamment en Europe, dans les Amériques et les pays du Pacifique ouest. Or l’herpès de type 1 est le plus dangereux car il est la cause principale des encéphalites sporadiques mortelles à plus de 50 %. De plus si le virus de type 1 s’est « installé » au niveau de la vulve chez une femme enceinte, il présente un réel danger mortel pour le nouveau-né. Une femme enceinte souffrant d’herpès génital, que ce virus soit de type 1 ou de type 2, doit impérativement donner naissance à son enfant par césarienne pour éviter de le contaminer.

La surprise est justement le fait que les infections orales avec l’HSV-1 ont tendance à diminuer dans les zones citées plus haut alors que les infections génitales avec ce même virus de type 1 progressent, ce qui semble tout à fait paradoxal. Quand un enfant est atteint par l’HSV-1 bien avant d’être sexuellement actif, il développe une certaine résistance immunitaire qui va ensuite le protéger contre l’attaque par le virus de type 2. Cette observation paraît contre-intuitive et pourtant … l’OMS estime que plus de 15 % des personnes atteintes d’herpès génital de type 1 ont été contaminées au cours de relations sexuelles orales.

Beaucoup de personnes ignorent en effet qu’elles sont porteuses du virus de type 1 et elles ignorent que ce virus peut facilement infecter la sphère génitale. Il n’existe pas de vaccins comme pour les formes cancérigènes du virus du papillome. Seul un traitement relativement lourd avec des anti-viraux de la famille de l’aciclovir (Zovirax) prévient les manifestations cutanées sans pour autant éliminer le virus dormant dans le corps cellulaire des neurones. La mise au point de vaccins contre le virus de type 2 s’est révélée décevante. Ces nouvelles informations relatives à l’incidence croissante d’herpès génital provoqué par le type 1 remet en question la stratégie de recherche d’un vaccin malgré le fait que ces deux types sont extrêmement proches.

Source : DOI 10.1371/journal.pone.0140765 , illustration CDC