Nouvelles de la grippe : ça se complique

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Alors que la saison de la grippe a à peine officiellement débuté en Chine, c’est un peu comme les cyclones et les typhons, il y a une saison officielle, la situation se complique sérieusement si l’on en croit les autorités sanitaires chinoises. D’abord le H7N9, qui a déjà tué 45 personnes sur 142 depuis le début de l’année 2013 avec deux nouveaux cas décrit au début de ce mois de décembre à Hong-Kong, alimente l’angoisse car il suffirait d’une ou deux petites mutations pour le rendre parfaitement transmissible d’homme à homme et surtout il semble, au moins pour deux sous-types de ce virus, qu’il soit devenu résistant au Tamiflu en ayant conservé ses propriétés infectieuses avec les furets, animaux de laboratoire dédiés pour la recherche sur la grippe.

Plus inquiétant encore, une nouvelle souche dite H6N1 est apparue. Le malade a survécu, merci … Au même moment, c’est-à-dire cette semaine, deux personnes ont été infectées par le H7N9 à Guangdong, on suppose mais ce n’est certain, dans un restaurant qui a été immédiatement fermé pour désinfection. Le problème reste toutefois entier à moins d’interdire la vente de poulets vivants. Or vendre un animal vivant est une garantie pour la santé, une attitude traditionnelle en Chine. En d’autres termes, si l’animal est vivant, que ce soit un poulet, un poisson ou un lapin, il est donc bon à être consommé, mais dans le cas des poulets, ces derniers sont aussi porteurs sains de ce virus. La situation reste donc inquiétante et complexe.

Source : South China Morning Post (crédit photo de la même source puisqu’il faut citer ses sources)

Nouvelles du H7N9

 

Hong-Kong vient de voir deux personnes hospitalisées en l’espace de quelques jours, un Indonésien de 36 ans, hospitalisé en début de semaine dernière et toujours dans un état critique et un Chinois de 80 ans résidant dans la ville voisine de Shenzhen également hospitalisé à Hong-Kong. Ca fait beaucoup et suffisamment pour que les autorités procèdent immédiatement à la mise en quarantaine de près de vingt personnes qui ont côtoyé ces deux malades. La tension monte et l’arrivée des mauvais jours accroit l’angoisse latente de toutes les personnes susceptibles d’entrer en contact avec des poulets vivants ou morts. Comme pour rassurer la population, le gouvernement d’Hong-Kong a déclaré hier que toutes ces personnes en quarantaine se sont révélées non porteuses du virus qui a déjà causé la mort de 140 personnes au printemps dernier. Le problème n’est pas pour autant résolu puisque ce virus n’est pas mortel pour les poulets qui sont le plus souvent acheminés vivants jusqu’aux marchés d’Hong-Kong depuis la Chine continentale. L’épidémie redoutée par les autorités pourrait donc apparaître dans les prochains jours ou semaines.

Source : Hong Kong’s Center for Health Protection

Dernières nouvelles du virus H7N9

 

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Modèle de H5N1 (Wikipedia)

Plusieurs cas de résistance aux antiviraux Tamiflu et Relenza ont été confirmés. Il semblerait que 35 % des souches de virus sont résistantes soit à l’un soit à l’autre drogue antivirale ou aux deux, ce qui complique singulièrement les tests cliniques. Comme les médecins dont la mission est de sauver des vies administrent l’un ou l’autre de ces antiviraux sans avoir vérifié au préalable si la souche était sensible, cette situation pourrait aggraver le tableau de résistance de ce virus. On ne sait pour le moment pas comment ces résistances ont été acquises. Ce virus H7N9 est résistant également aux inhibiteurs du canal ionique M2 qui favorise l’intégration du virus dans les cellules existant aussi dans le virus H5N1. Enfin, il n’y a toujours pas d’information claire sur la transmission d’homme à homme car le fait que les poulets ne soient pas affectés par ce nouveau virus rend l’enquête très difficile. Lors de l’épidémie de H5N1 des millions de poulets infectés et malades furent incinérés, ce n’est pas le cas avec le H7N9, les oiseaux, y compris les poulets et les canards sont des porteurs sains. A vos masques ! 

Préparez vos masques contre le H7N9

Au moment même où une équipe de biologistes de l’Université du Wisconsin à Madison et de l’Université de Tokyo publient une toute nouvelle étude sur le virus H7N9, l’OMS, citant la Commission Chinoise de Santé, signale deux nouveaux décès provoqués par ce virus, alarmante coïncidence … Si ce virus tue « deux fois moins » que son cousin le H5N1, 36 % de décès contre 60, soit 43 décès pour 132 cas confirmés, il y a un réel danger de pandémie selon les chercheurs. En effet, contrairement au H5N1, ce nouveau type de virus ne tue pas les poulets qui sont les principaux vecteurs avec les oiseaux, ce qui complique notoirement les mesures de prévention, de plus il affecte non seulement les voies respiratoires supérieures mais aussi l’ensemble du système respiratoire des primates sensibles comme l’homme, ce qui n’est pas non plus le cas pour le H5N1, ce qui est un très mauvais signal car à la faveur d’une mutation il deviendrait alors transmissible d’homme à homme. De plus, avec l’animal de référence pour l’étude des virus de la grippe, le furet, il vient d’être montré qu’il se transmet entre furets lorsque ceux-ci éternuent, ce qui n’est encore pas le cas avec les autres virus de la grippe. Enfin, on suspecte une transmission d’homme à homme en Chine dans au moins trois cas toujours en cours d’investigation. Le Docteur Yoshihiro Kawaoka de l’Université de Tokyo va encore plus loin dans sa description du tableau pour le moins pessimiste puisqu’il cite une souche du H7N9 parmi plusieurs isolats résistante au Tamiflu, normalement un inhibiteur de la neuraminidase (N dans la nomenclature des virus de la grippe), et il ne se cache pas pour dire qu’à la faveur d’une infime mutation sur deux ou trois aminoacides des protéines virales, celui-ci deviendrait transmissible d’homme à homme puisqu’il se multiplie et se réplique déjà dans les cellules pulmonaires humaines. A l’heure actuelle, il n’y a pas de vaccin contre ce nouveau virus et personne n’est porteur des anticorps susceptibles de se protéger. Seule note d’optimisme de la part du Docteur Kawaoka, il faut s’attendre à un répit estival … pour le moment, avant une éventuelle pandémie contre laquelle, si elle apparaissait, on serait complètement désarmé.

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Sources : agence ATS et Université du Wisconsin, crédit photo : Université de Tokyo