Les extinctions

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Le Guardian n’est pas considéré, en tous les cas certainement pas par votre serviteur, comme un journal objectif puisqu’il affiche clairement ses opinions plutôt de gauche, dirions-nous de ce côté-ci franchouillard du Channel. Pour se faire une idée objective des courants d’opinion en Grande-Bretagne il faut aussi aller musarder du côté du Times ou d’autres sites marginaux, ce que je fais parfois mais pas systématiquement. Bref, le Guardian doit combler de ravissement le ministre de l’environnement et de l’énergie français (ancien faucheur d’OGM amnistié et promu ministre pour la bonne cause) quand il doit, certainement anglophone à ses heures, ouvrir les pages de ce quotidien très instructif pour qui sait lire entre les lignes. L’édition internet et gratuite de ce samedi 15 mars 2014 à 22h50 GMT relate la disparition de la mégafaune au cours des millénaires passés. C’est de l’écologie historique !

Quand nos lointains ancêtres quittèrent l’Afrique par vagues successives s’étalant sur plusieurs centaines de milliers d’années puisqu’on a retrouvé des traces de pas d’hominidés de l’autre côté du Channel il n’y a pas très longtemps qui ont été datées de 0,9 millions d’années (voir un billet précédent) et les dernières vagues d’émigration ou d’immigration, tout dépend de quel côté on se place – pour les Néanderthaliens ces nouveaux venus étaient des métèques indésirables qui violaient leurs femelles – ces dernières vagues datent de pas très longtemps, quelques dizaines de milliers d’années seulement. On ne sait pas au juste pourquoi ces nouveaux venus ont fait le ménage aussi rapidement, réduisant à néant les anciens occupants et surtout décimant les grosses bêtes qu’ils rencontraient au cours de leurs pérégrinations intercontinentales. Venant d’Afrique ils ont tout de même atteint le sud de l’Amérique du Sud en moins de 20000 ans, alors qu’ils n’avaient pas de Boeing 777 pour se déplacer ! Comme les Huns de triste renommée, rien ne leur a résisté et rien ne repoussait derrière eux. La grande faune qui occupait les lieux, mammouths laineux, mégatheriums, glyptodons et autres bizarres créatures disparurent en quelques milliers d’années. Ces nouveaux immigrants dont nous sommes tous issus, ne l’oublions pas, devaient être de sacrés chasseurs pour avoir décimé toutes ces grosses bêtes placides et inoffensives, comme nous, leurs descendants directs, sommes capables d’anéantir des populations entières de nos congénères alors que nous avons largement assez de quoi nous nourrir.

La disparition soudaine de ces gros animaux a toujours été une énigme et cet article du Guardian est là pour le rappeler à l’occasion d’une série de conférence qui aura lieu en début de semaine prochaine à l’Université d’Oxford (voir le lien) sur cette « mégafaune » aujourd’hui définitivement disparue, la faute à qui ? Au climat ou aux hommes ? On pencherait pour le climat et ses changements puisque c’est à la mode. Mais qu’en est-il des moas qui ont brusquement disparu quand les Maoris sont arrivé en Nouvelle-Zélande il y a quelques 1500 ans, il n’y a tout de même pas si longtemps ? Qu’ont-ils fait ? Les Maoris ont tout simplement exterminé jusqu’au dernier ces gros oiseaux tellement gros, plus de 200 kilos, qu’ils étaient incapables de voler ou de courir.

Cet exemple arrive à propos pour réfuter toute influence du climat sur la disparition des mammouths et autres tigres à dent de sabre de Sibérie ou d’autres contrées. Mais il est de bon ton d’incriminer le climat qui pourrait à la limite tous nous emporter au cas où tout devienne tellement chaud qu’on soit presque instantanément transformés en toasts dès la naissance ou au contraire tellement froid qu’il n’y ait plus rien à manger. Dans ce dernier cas les quelques rares éléphants et autres girafes n’auraient qu’à bien se tenir car les plus vulnérables. N’a-t-on pas évité de justesse la disparition pure et simple de la baleine à fanons quand on s’est rendu compte que le pétrole pouvait judicieusement remplacer les usages qu’on réservait à sa graisse et à ses dents (fanons) à un coût bien plus abordable pour l’industrie ? Les éléphants et les rhinocéros sont décimés pour leur ivoire ou leur corne supposée aphrodisiaque, ridicule mais exactement similaire à ces massacres que commirent nos ancêtres dans les vastes étendues asiatiques, australiennes et américaines : on tue tout ce qui bouge, pour le plaisir ou pour la survie. Le bison d’Amérique du Nord a aussi failli disparaître, on le massacrait pour le plaisir. Je parlais des limules il y a quelques jours. Ces espèces d’araignées d’eau venant d’un autre âge étaient capturées et massacrées en masse il y a à peine 100 ans pour en faire de l’engrais.

Donc, pour être bref, encore une réunion de savants pour rien qui vont parler de climat encore pour rien et se donneront rendez-vous dans deux ans pour parler de la disparition des morpions, des lombrics ou des forêts tropicales une autre fois encore pour rien.

Source : http://oxfordmegafauna.weebly.com

L’open data médical et les essais cliniques : même opacité !

Il est intéressant de rapprocher un article de Contrepoints paru hier 21 juillet ( http://www.contrepoints.org/2013/07/22/131617-open-data-de-sante-en-france-toujours-pas-une-realite ) et celui paru le même jour dans le Guardian ( http://www.guardian.co.uk/business/2013/jul/21/big-pharma-secret-drugs-trials ) car dans les deux cas, l’accès public aux données de santé (open data, en particulier en France) et aux résultats d’essais cliniques de phase III (dans le monde – et également en France) lors du développement d’un nouveau médicament est impossible pour des raisons de confidentialité dans le premier cas et de secret industriel dans le second cas. On peut tout de même s’étonner de l’opacité régnant dans ce domaine et cela quelles que soient les tentatives répétées des politiques pour atteindre plus de transparence. Par exemple, le fait que près de 20000 personnes meurent chaque année en France à la suite de prescriptions médicales inadaptées, injustifiées ou incompatibles avec d’autres médicaments pris simultanément par les malades ne peut pas être étudié en détail et en temps réel car le médecin se retranche derrière le secret médical et le laboratoire pharmaceutique ne publie jamais l’ensemble des résultats des essais cliniques. On peut donc suspecter qu’il y a un lien entre ces deux situations au détriment de la santé des malades. Si l’open data médical était généralisé (ce à quoi s’est engagé le récent G8 en Ulster), c’est-à-dire l’accès aux données médicales relatives aux traitements médicamenteux, en préservant une forme d’anonymat permettant de remonter éventuellement aux malades individuellement en cas d’incidents avérés, il serait alors beaucoup plus aisé d’établir des relations entre les causes de ces incidents observés lors des prescriptions, le suivi médical et l’évolution des maladies pour les rapprocher des résultats des essais cliniques réalisés intra muros par les compagnies pharmaceutiques. Ces compagnies ne publient jamais l’ensemble de leurs résultats et surtout se gardent bien de prendre en considération l’ensemble de ces derniers, mettant en avant ceux qui sont statistiquement satisfaisants et en passant sous silence ceux qui révèlent l’absence totale d’effets ou encore de dangereux effets secondaires. Les laboratoires pharmaceutiques se défendent en arguant que si leurs résultats étaient rendus publics et donc analysables par des scientifiques indépendants, « ils risqueraient d’être mal interprétés et nuire à la santé ». On croit rêver en lisant ça (Guardian) mais c’est pourtant la réalité. Les chimistes se retranchent derrière le secret professionnel et l’anonymat des patients impliqués dans les essais cliniques. On voit donc que les deux problèmes, open data et essais cliniques, se rejoignent. On peut dès lors se poser la question de savoir si les chimistes ne font pas obstruction pour l’établissement de l’open data sachant que l’accès aux données médicales pourrait faire ressortir de graves dysfonctionnement dans cette corporation à qui on ne peut pas vraiment décerner le premier prix d’honnêteté scientifique, de nombreux scandales sanitaires étant là pour le rappeler sinon pour le prouver ! Les chimistes se retranchent aussi derrière le respect nécessaire de l’anonymat des personnes participant aux essais cliniques et qui sont rémunérées pour ce faire (pas vraiment au Zimbabwe ou en Ethiopie mais c’est un autre problème) et c’est un autre faux argument d’une telle évidente mauvaise foi qu’on peut aussi en rire (jaune). L’open data constituerait en quelque sorte un genre d’essai clinique à grande échelle qui dans beaucoup de cas risquerait d’infirmer les allégations des laboratoires pharmaceutiques et c’est en définitive ce dernier point qu’ils redoutent. Les scandales du Vioxx et du Mediator auraient pu être évités, mais les scandales à venir des statines et de certains anti-diabétiques pourraient également être prévenus si l’open data était de mise. Il y a trop de centaines voire de milliers de milliards de dollars en jeu et quelques milliers de morts de plus ou de moins rapportés aux profits réalisés est un épiphénomène, tout restera encore (et pour une période indéfinie à n’en pas douter) opaque …

Encore un autre scandale sanitaire en vue avec les anti-inflammatoires non stéroïdiens ?

Après le Mediator et les problèmes de valvulopathies associées voici le Voltarène (Diclofénac) un anti-inflammatoire non stéroïdien utilisé en comprimés, en suppositoires, en pommades et même sous forme injectable. Ce produit est bien connu pour inhiber un enzyme impliqué dans la sensation de douleur, nommément la cyclo-oxygénase II (COX-II). Pour les curieux, la COX-II intervient dans la synthèse par le rein des prostaglandines dont le thromboxane, un autre intermédiaire de la synthèse des prostaglandines également produit par le rein et jouant un rôle important dans la vasoconstriction et la tension artérielle. Peut-être que l’on se souvient du scandale du Vioxx (Merck) responsable de plus de 30000 morts seulement aux USA, maintenant interdit dans le monde entier mais qui a probablement précipité dans la mort des centaines de milliers de personnes de par le monde car on a fini par reconnaître que le Vioxx favorisait l’apparition d’infarctus du myocarde. Le Diclofénac comme le Vioxx, est aussi un inhibiteur du même enzyme. C’est donc à se demander pourquoi ce produit n’a pas aussi été retiré de la vente. Les fabricants, comme pour les paquets de cigarettes, mettent les malades et les médecins en garde contre les risques encourus par l’administration prolongée de Voltarène pour se dégager de toute responsabilité. L’un des principaux fabricants de Voltarène est la société suisse Novartis qui se lave les mains des effets secondaires mortels du Voltarène puisqu’il est bien précisé dans la notice d’utilisation que ce produit est dangereux pour les personnes présentant des risques cardiovasculaires avérés. Mais qu’en est-il des autres, c’est-à-dire ceux qui n’ont pas (encore) de problèmes cardiaques et qui s’administrent jusqu’à 100 mg par jour pour atténuer une lombalgie que ni le kiné, ni l’ostéopathe n’ont pu atténuer et encore moins l’acuponcteur puisque l’acuponcture a été récemment reconnue comme n’étant pas plus efficace qu’un placebo.

 

Je lis dans un succédané du Vidal en ligne (AINS = antiinflammatoire non stéroïdien) :

« Attention

Tout traitement prolongé ou surdosage d’AINS expose à des effets indésirablesgraves.

Certaines situations doivent conduire à ne poursuivre le traitement qu’après un avis médical :

  • brûlures d’estomac importantes ou selles noires et nauséabondes pouvant traduire une irritation ou un saignement du tube digestif ;

  • éruption cutanée, crise d’asthme ;

  • fatigue inhabituelle et intense, ou baisse brutale et importante du volume des urines chez une personne souffrant d’insuffisance cardiaque, déshydratée ou traitée par diurétique.

Des précautions sont nécessaires chez la personne âgée ou en cas d’antécédent d’ulcère de l’estomac ou du duodénum ou de risque hémorragique, notamment digestif (maladie de Crohnrectocolite hémorragique).

Certains médecins considèrent que les anti-inflammatoires peuvent diminuer l’efficacité des stérilets et exposer à un risque de grossesse non désirée. Ce risque est actuellement très controversé.

Attention : conducteurConducteur : ce médicament peut provoquer parfois des étourdissements et des troubles de la vue. »

(Source : Eurekasanté)

Painkiller increases chance of heart attack, health officials advise
Il n’est fait aucune mention sur les effets secondaires au niveau cardiaque pourtant maintenant officiellement reconnus par la MHRA (Medicines and Healthcare products Regulatory Agency), l’agence britannique du médicament, chez les malades dits « à risque » sauf pour ceux également sous diurétiques, probablement les hypertendus et pour cause, les inhibiteurs de la COX-II réduisent la sécrétion d’urine et augmentent la teneur en urée dans le sang, tout pour plaire … Rien qu’en Grande-Bretagne, il y a eu de la part des médecins 17 millions de prescriptions pour des anti-inflammatoires non stéroïdiens en 2010. La question qu’on peut réellement se poser est de savoir si ces anti-inflammatoires inhibant la COX-II n’induiront pas chez un sujet sain des troubles cardio-vasculaires. Pourquoi le fameux principe de précaution (auquel je n’adhère pas pour d’autres raisons) ne s’appliquerait pas, on peut réellement se poser la question. Peut-être est-on à l’aube d’un nouveau scandale sanitaire mondial comme pour les statines et bien d’autres poisons dont on se gave pour un pet coincé en enrichissant au passage les laboratoires pharmaceutiques.

Source et crédit photo : Guardian