Les forêts silencieuses de Guam

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L’archipel des Marianes comprend 4 îles principales, Guam, Rota, Tinian et Saipan. Les îles du nord furent placées sous protectorat japonais en 1919 à la fin de la première guerre mondiale lorsque le Japon occupa ces îles qui étaient alors une possession allemande depuis leur vente par l’Espagne à l’issue de la guerre entre les USA et l’Espagne qui prit fin en 1898. L’archipel des Marianes était en effet une possession espagnole depuis 1565. Les USA sortirent vainqueurs de la guerre contre l’Espagne qui leur céda l’île de Guam et les îles du nord furent vendues au Japon. En 1941, quelques jours après l’attaque de Pearl Harbor les Japonais envahirent Guam depuis l’île de Saipan. En juin 1944, les Américains, ayant « nettoyé » les îles Salomon de l’occupant japonais après de sanglantes confrontations (cf. la bataille de Guadalcanal) remontèrent vers les Marianes et attaquèrent les Japonais à Saipan puis reconquérir l’île de Guam. La bataille de Saipan fut un épisode particulièrement meurtrier et l’île est aujourd’hui très visitée par les Japonais qui viennent s’y recueillir autour des monuments commémoratifs des atrocités commises par les Américains en particulier à l’encontre de la population civile. Aujourd’hui les Marianes sont un territoire américain comme les îles Caroline et l’archipel des « petites » Samoa à l’est des îles Fiji.

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On ne sait pas comment les Américains transportèrent fortuitement un serpent arboricole, le Boiga irregularis, à la fin de la seconde guerre mondiale sur l’île de Guam, probablement en provenance d’Australie ou de Papouasie-Nouvelle Guinée, toujours est-il que ce vertébré non natif de l’île a provoqué des ravages sur l’environnement de Guam. Dix des douzes espèces d’oiseaux endémiques de l’archipel ont disparu de Guam, mais ce n’est pas tout, la forêt souffre de la raréfaction de ces oiseaux frugivores car lors de la digestion les graines sont littéralement pelées ce qui favorise la dispersion des graines et leur germination. Non seulement les forêts sont devenues silencieuses car les deux dernières espèces d’oiseaux qui ne sont pas des frugivores sont également en voie de disparition mais pratiquement aucun jeune arbre ne peut pousser correctement.

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Afin de pallier à cette situation catastrophique il n’y a pas d’autre choix que d’exterminer ce serpent ce qui est impossible à réaliser ou alors d’introduire un prédateur avec tous les risques encourus pouvant aboutir à un autre déséquilibre du biotope originel. Il existe bien un prédateur très efficace du serpent brun. Il s’agit du varan des mangroves (Varanus indicus, illustration) mais introduire cette espèce risquerait de provoquer d’autres ravages car il s’agit d’un carnivore opportuniste qui ne dédaigne aucun animal depuis les petits crocodiles jusqu’aux taupes en passant par les poissons, probablement le seul lézart pouvant atteindre un mètre de long capable d’attraper des poissons dans l’eau. Le crapaud buffle (Rhinella marina) pourrait être également une solution pour éradiquer le serpent brun mais toutes les introductions de ce prédateur très prolifique ont conduit à des désastres des écosystèmes préexistants. Enfin la lutte chimique semble être la seule méthode appropriée mais difficile cependant à mettre en oeuvre. Le serpent brun est en effet extrêmement sensible au paracétamol et des souris mortes dans lesquelles avait été introduit du paracétamol ont été larguées par milliers avec des hélicoptères au dessus des forêts de Guam il y a déjà quelques années. Il s’agit d’une opération coûteuse et de longue haleine mais quel est le prix d’une forêt silencieuse où foisonneraient à nouveau des oiseaux au chant musical et enchanteur ?

Source et illustration : Nature, doi : 10.1038/ncomms14557

Relire aussi : https://jacqueshenry.wordpress.com/2013/02/26/deserpenter-lile-de-guam-un-defi-pour-les-gis/

Déserpenter l’île de Guam, un défi pour les GIs

L’île Guam fait partie des Marianes, un archipel du Pacifique à peu près à la même distance du Japon et des Philippines. L’île elle-même est une immense base militaire américaine. J’ai mentionné dans mon blog il y a un peu plus d’une année le devenir de Saïpan, l’une des îles des Mariannes du Nord, mais grâce à la présence militaire américaine la population locale ou importée, en majorité des Philippines, vit dans un relatif confort matériel si on laisse de côté le fait que cette île est littéralement envahie par le serpent brun arboricole (Boiga irregularis), une véritable peste qui a détruit la totalité des espèces endémiques et introduites par l’homme. D’ailleurs ce serpent a été malencontreusement introduit par les Américains eux-mêmes lors de la deuxième guerre mondiale. Ce serpent, qui peut mesurer jusqu’à trois mètres de long, n’est pas vraiment dangereux pour l’homme, mais définitivement destructeur pour les oiseaux, les chauve-souris et les rongeurs. D’ailleurs il ne s’embarrasse pas trop de la provenance de ce qu’il mange puisque, le climat tropical aidant, il lui arrive volontiers d’être charognard, en d’autres termes de se contenter d’animaux morts pour sa survie. On compte plus de deux millions de ces serpents sur l’île, jusqu’à 50 par hectare, de quoi faire frémir n’importe quelle personne surtout qu’ils sont aggressifs et se complaisent à pénétrer dans les habitations. Rien de plus désagréable de trouver un serpent de plus de deux mètres de long dans son lit.

L’armée américaine, excédée, a décidé d’utiliser les grands moyens et en mettant à profit que le paracétamol (Doliprane pour les accros) est un poison pour ce serpent, tout simplement en larguant des souris mortes dans lesquelles on a introduit un comprimé de 100 milligrammes cet anti-douleur anodin et le tour sera joué. L’expérience doit démarrer à la fin du mois de mars près de la base de la Navy. Il est certain qu’un essaim d’hélicoptères fera l’affaire et que les GI seront enfin en paix après cette expédition sur le terrain de bataille contre cet ennemi rampant et nuisible qui outre le fait qu’il décime les couvées d’oiseaux et autres chauve-souris, a trouvé la malencontreuse idée de se lover sur les fils électriques et de provoquer des court-circuits ajoutant à l’exaspération des habitants de l’île.

Les envahisseurs ne sont pas toujours ceux que l’on croit …

Source : Japan Times