Paracetamol pendant la grossesse : pas vraiment de danger.

 

Quand les médecins font des mathématiques, c’est affligeant !

Une étude « très » sérieuse réalisée conjointement par les Universités de Bristol et d’Oslo portant sur 114761 enfants pour qui le dossier médical de leurs mères avait été dûment enregistré dans le cadre d’une étude reliant les médicaments pris lors de la grossesse et les pathologies dont pouvaient souffrir les enfants a conclu à un effet néfaste du paracétamol sur ces derniers. La relation de cause à effet entre le paracétamol au cours de la grossesse et l’apparition d’allergie, dont l’asthme, a été établie de manière « indubitable ». Il faut lire l’article en détail pour comprendre que l’affirmation de ces médecins est une vaste supercherie. Mes lecteurs curieux peuvent se risquer à la lecture de cet article paru dans l’International Journal of Epidemiology qui est un exemple de mauvaise foi et de fausse science (voir le lien).

En effet, rien n’indique clairement qu’il puisse exister une relation entre la prise de paracétamol par la mère au cours de la grossesse et quel que soit l’état d’avancement de cette grossesse avec l’apparition d’asthme chez l’enfant. Le suivi des enfants n’a été réalisé qu’en fonction du paracétamol et non sur la base d’autres critères. L’échantillonnage des enfants diagnostiqués comme souffrant d’asthme était ciblé en trois catégories : quelques mois après la naissance, à trois ans et à sept ans et seuls les enfants en très bas âge ont semble-t-il été affectés par cette prise de paracétamol au cours de la grossesse.

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Les conclusions de ces travaux purement statistiques font ressortir que la prise de paracétamol durant la grossesse a une « influence certaine » sur l’apparition précoce de l’asthme chez l’enfant selon les conclusions des auteurs de cette étude. Cette influence est-elle significative ? On peut raisonnablement en douter car il faut avoir un oeil exercé pour décrypter les données présentées dans cet article : quelques points de pourcentage de différence, une différence significative ?

Je n’ai jamais été un féru de statistiques mais il paraît clair que cette différence relève du bruit de fond statistique … Cette étude aurait pu tout aussi bien montrer que manger du chocolat pendant la grossesse était un facteur favorable à l’apparition de l’asthme chez l’enfant. On peut faire dire ce qu’on veut aux chiffres avec de telles études statistiques. Comme en ce qui concerne le climat, la médecine dérive dangereusement vers des modélisations mathématiques et des analyses statistiques ex abrupto qui n’ont plus aucun lien avec la réalité. Méfiance !

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Notes relatives aux illustrations. 1 : reproduit ici un fragment du tableau 2 de l’article qui décrit les cas d’asthme chez les enfants de 3 ans. La deuxième colonne indique le pourcentage d’enfants atteints.

2 : exemple d’une relation de cause à effet : l’incidence du nombre de meurtres avec des produits ou des objets chauds sur l’âge de Miss America. Sans commentaire …

Source : doi: 10.1093/ije/dyv366

Autisme et pseudo-science médicale irresponsable

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En 1998, le Docteur Andrew Wakefield publia dans le British Medical Journal une étude totalement frauduleuse sur les liens entre l’autisme et le vaccin trivalent rougeole-oreillons-rubéole. Cette étude fut reprise à la lettre par les journalistes et il en résulta une campagne anti-vaccination massive. Il est en effet très efficace de répandre la terreur auprès de la population mais les conséquences peuvent être catastrophiques. Pour les pseudo-scientifiques du genre Wakefield, l’autisme est du pain-béni car la presse de caniveau à sensation et les réseaux sociaux sont un support parfait pour que les individus, le plus souvent totalement ignorants, s’auto-persuadent que tel ou tel produit chimique, tel ou tel environnement sont des facteurs favorisant l’autisme … à se demander si le changement climatique et les aurores boréales ne sont pas aussi favorables à l’apparition de ce trouble psychique.

Une nouvelle étude, encore une du même genre, sur les liens entre l’autisme et l’utilisation d’anti-dépresseurs durant la grossesse a fait la une des journaux il y a quelques jours (voir le lien). Brièvement cette étude sans aucune signification statistique portant sur 145456 grossesses montra que pour 22 enfants souffrant d’autisme à l’âge de 3 ans sur un total de 32 une corrélation avait pu être établie avec l’utilisation par la mère d’anti-dépresseurs au cours des deuxième et troisième trimestres de grossesse, et pas n’importe quels antidépresseurs, seulement ceux inhibant la recapture de la sérotonine. Le représentant le plus connu de cette famille de produits est le Prozac, un antidépresseur très populaire. Quid des 145434 autres enfants ? Autant dire que les résultats de cette étude sont totalement dénués de signification car il s’agit tout simplement du « bruit de fond statistique » qui a été manipulé dans le seul but de faire ressortir un lien de causalité qui n’existe évidemment pas entre antidépresseur durant la grossesse et autisme.

Les travaux dirigés par Anick Bérard de l’Université de Montréal et du CHU Sainte-Justine ont été mis immédiatement en doute par un juge fédéral américain qui avait déjà condamné le manque de rigueur scientifique d’une étude liant le Zoloft (sertraline) de Pfizer à des malformations foetales. Le Zoloft est aussi un antidépresseur ayant le même mode d’action que le Prozac. Toujours est-il que la polémique s’amplifie d’autant plus irrationnellement que le Docteur Bérard se complait à recevoir les parents d’enfants autistes et de préparer leur dossier afin qu’ils déposent une plainte contre les laboratoires pharmaceutiques si la mère a eu la mauvaise idée de prendre un antidépresseur durant sa grossesse. Il y a comme un relent de conflit d’intérêt. Mais quand cette personne amalgame les effets de la thalidomide et des anti-dépresseurs, on en arrive à de l’authentique mauvaise science comme malheureusement dans bien d’autres domaines n’ayant rien à voir avec la médecine ou la pharmacie …

Liens : Wired et JAMA, doi : 10.1001/jamapediatrics.2015.3356

La nature est admirablement bien faite

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Quand une femme et un homme font l’amour ils ignorent qu’ils initient un processus complexe qui permettra quelques jours plus tard, en cas de fécondation, au tout jeune fœtus de s’implanter avec succès dans l’utérus. Ce fœtus est en effet un corps étranger pour la mère et il devrait en tout état de cause être rejeté par le système immunitaire, or il n’en est rien comme on le sait. Au cours de la grossesse, ce sont les productions massives d’hormone chorion-gonadotrope (HCG) et de progestérone par le placenta qui altèrent la réponse immunitaire de la femme. Mais il y a un laps de temps d’environ une semaine entre le moment où l’ovocyte est fécondé et celui où la production par le tout nouveau placenta se développant rapidement après l’implantation dans l’utérus de l’embryon. C’est le corps jaune qui remplit partiellement cette fonction. Le corps jaune est une structure de l’ovaire qui a pour rôle de produire également des quantités importantes de progestérone durant la phase lutéale du cycle menstruel, après l’ovulation, justement pour éventuellement atténuer la réponse immunitaire de la femme en cas de fécondation.

Durant la phase folliculaire, du premier au quatorzième jour du cycle, il y a une production soutenue de cellules immunitaires T de type 1 stimulées par l’interféron gamma et au cours de la phase lutéale, du quatorzième ou vingt-huitième jour du cycle, cette production glisse vers la production de cellules immunitaires T de type 2 stimulées par l’interleukine 4. C’est un peu compliqué mais pour faire court les cellules T de type 1 favorisent la réponse immunitaire alors que les cellules T de type 2 modèrent cette réponse. On pourrait alors conclure que la production de progestérone par le corps jaune puisse jouer un rôle direct dans ce changement au niveau des cellules immunitaires T. Il y a un petit « plus » et c’est là que la nature fait bien les choses.

Pour que tout se passe bien car la synchronisation entre la fonction du corps jaune et celle du placenta est critique pour éviter un rejet de l’embryon la nature a inventé une sorte de mécanisme de sécurité. Une étude récente parue dans le Journal Fertility and Sterility a été réalisée sur 30 femmes en bonne santé, ne suivant aucun traitement hormonal comme par exemple des anticonceptionnels, fertiles et ne suivant par ailleurs aucun traitement susceptible de perturber leur système immunitaire. Seize d’entre elles étaient sexuellement inactive et les quatorze autres vivaient une activité sexuelle quotidienne et satisfaisante avec leur partenaire. Au cours d’un cycle menstruel complet des prélèvements de salive permirent de suivre les teneurs en estradiol, progestérone, interféron gamma et interleukine 4. Il s’est avéré qu’au cours de la phase lutéale du cycle les femmes sexuellement actives quotidiennement exprimaient significativement plus de cellules T suivies par la teneur en interleukine 4 et plus de progestérone que les femmes sexuellement inactives. De plus le rapport progestérone/estradiol était très significativement augmenté avec l’activité sexuelle. Pour ce qui concerne les immunoglobulines les IgA diminuaient et les IgG augmentaient par rapport aux femmes abstinentes. Ce que le Docteur Tierney Lorenz du Kinsey Institute à l’Université de l’Indiana en conclut est que l’activité sexuelle qui est le préalable à la reproduction contribue aussi à « préparer » la femme à recevoir le corps étranger qu’est le fœtus en cas de fécondation. Ces observations permettent donc d’expliquer comment l’organisme ne rejète pas le fœtus entre le moment où le corps jaune ne produit plus de progestérone et la relève par le placenta. Ces changements dans le statut immunitaire de la femme n’ont pas seulement lieu durant la phase d’ovulation mais perdurent tout au long du cycle menstruel. Faire l’amour contribue donc à préparer la femme à la grossesse en contribuant à ce glissement du système immunitaire vers une meilleure tolérance du fœtus.

Illustration : Kinsey Institute. Sources :

http://dx.doi.org/10.1016/j.physbeh.2015.09.018

http://dx.doi.org/10.1016/j.fertnstert.2015.09.001

Avoir un enfant constitue-t-il un risque pour la santé de la femme ?

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Les progrès analytiques dans le domaine de la biologie moléculaire ouvrent toutes sortes de perspectives qui il y a encore à peine dix ans étaient inenvisageables. L’une des dernières remises en question est ce qu’on appelle en termes savants le microchimérisme chez la femme enceinte. Il s’agit de l’invasion d’un certain nombres d’organes par des cellules foetales qui traversent la barrière placentaire pour aller s’installer dans le cerveau, la thyroïde ou les glandes mammaires. Ce processus de transfert cellulaire existe dans l’autre sens, de la mère vers le fœtus, mais à un bien moindre degré. Durant la grossesse, comme le système immunitaire de la mère est affaibli afin de ne pas rejeter ce corps étranger qu’est le fœtus, ces cellules ne sont pas rejetées systématiquement. Ce n’est qu’après l’accouchement que l’organisme maternel se charge de se débarrasser du maximum de cellules foetales qui sont toutes en provenance du placenta.

Quel est l’intérêt de ces transferts cellulaires pour la mère et le fœtus ? Ce n’est pas très simple à comprendre mais on suspecte qu’il s’agit d’un phénomène évolutif ayant apparu lors de l’apparition des mammifères placentaires il y a environ 160 millions d’années. Les mammifères placentaires étant l’une des formes les plus sophistiquées de l’évolution il en est résulté une imbrication extraordinaire entre l’utérus et le placenta et d’ailleurs ce transfert de cellules débute au tout premier stade du développement du placenta. Malgré le fait que la mère est littéralement inondée d’hormone gonadotrope en provenance du placenta et dont le rôle est de maintenir un taux élevé de progestérone dans le sang et de diminuer la réponse immunitaire, cette invasion de cellules foetales devrait en toute logique avoir une finalité dans le processus de la grossesse.

Pour le moment les avis divergent car les hypothèses sont pour le moins contradictoires. Ces cellules foetales peuvent tout simplement être délétères pour la mère en entrainant des phénomènes d’inflammation. Elles peuvent aussi être considérées comme des cellules souches qui participent à des processus de réparation des tissus endommagés chez la mère et enfin l’hypothèse la plus plausible serait qu’il s’agit d’un accident de la nature, la barrière placentaire n’étant pas aussi hermétique qu’on le croit communément.

Pour ce qui concerne l’ « installation » de cellules foetales au niveau de la thyroïde, l’explication la plus évidente serait que ces cellules participent à la régulation de la thermogenèse de la mère au cours de la grossesse. Au niveau du système immunitaire ces cellules « habitueraient » la mère à supporter le corps étranger que constitue le fœtus. Au sujet de l’invasion du cerveau, on peut spéculer sur un rôle éventuel de ces cellules au niveau de l’activité de l’hypothalamus et de l’hypophyse. Quant aux glandes mammaires il n’y a pas d’explications rationnelles puisque la prolactine se charge de stimuler la croissance de ces glandes pour assurer la lactation.

Ce que les techniques modernes d’analyse ont montré c’est la présence d’ADN foetal étranger à la mère dans de nombreux tissus cancéreux bien après une grossesse. Ceci prouverait que quelques cellules foetales survivent au nettoyage immunitaire qui a lieu après la naissance et non seulement elles survivent mais se multiplient pendant longtemps. Dans le cerveau des souris on a même montré qu’elle se différenciaient et s’intégraient aux circuits neuronaux car il ne faut pas oublier que les cellules foetales provenant du placenta sont d’origine embryonnaire et peuvent donc parfaitement se différencier !

Dans une forme de cancer du sein dit HER-2, HER étant l’abbréviation de « human epidermal growth factor receptor », cancer très aggressif, on a retrouvé de l’ADN foetal masculin dans de nombreux cas mais pas systématiquement, résultat qui laisse donc planer un doute quant à la participation des cellules foetales dans l’apparition de ce type de cancer. Pour ce qui concerne la thyroïde la situation paraît plus évidente car on a identifié la présence d’ADN d’origine foetale dans des cas de thyroïdite (Hashimoto) et pour la maladie de Graves. La maladie d’Hashimoto est suspectée d’origine autoimmune mais il est étrange qu’on retrouve de l’ADN foetal dans une incidence significative. Pour ce qui est de la maladie de Graves, un hyperthyroïdisme caractéristique, également considéré comme une maladie autoimmune, la présence d’ADN foetal a aussi été notée … Enfin, pour conclure cette revue un peu inquiétante, dans certaines formes d’arthrite rhumatoïde la présence d’ADN foetal d’origine masculine, donc de cellules foetales d’enfants mâles, a été à de nombreuses reprises détectée en quantités significatives et dans certaines tumeurs pulmonaires c’est aussi le cas par rapport au tissu sain du même patient.

Si ce type de résultat semble effrayant, il faut tout de même modérer cette approche et ses conclusions. En effet l’organe le plus exposé aux cellules foetales est le poumon puisque le sang revenant de l’utérus est immédiatement réoxygéné dans cet organe. Or l’incidence de cancers du poumons associés à la présence d’ADN foetal ne permet pas d’établir une relation de cause à effet claire. De plus de nombreuses formes de cancer produisent des cellules qui présentent souvent toutes les caractéristiques de cellules embryonaires ou foetales. Il faut donc s’entourer de précautions quand on lit ce genre de revue alarmante en provenance de l’Université d’Arizona à Tempe mais qui a créé une petite salve d’articles soulevant l’émotion des lecteurs, c’est souvent le but que recherchent des journalistes totalement dénués de sens critique.

Tug-of-war se traduit par conflit ou duel

Source et illustration : DOI 10.1002/bies.201500059 (accès libre).

Les phtalates, perturbateurs endocriniens mais pas comme on le croyait !

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Dans la controverse sur les phtalates considérés comme perturbateurs endocriniens il faut avant toute argumentation préciser les termes employés. Car il s’agit d’une banale confusion de nomenclature qui pourrait vite faire l’objet d’une campagne de presse (main-stream et de caniveau) pour amalgamer deux situations qui n’ont rien à voir l’une avec l’autre. Je me suis d’ailleurs moi-même fait piéger il y a quelques semaines à ce propos en lisant sans aucun sens critique un article à ce sujet. Car en effet il y a phtalates et phtalates. Et cette confusion pourrait être catastrophique après la publication d’une étude réalisée à l’Université de Pittsburg au sujet de l’effet de ces phtalates sur l’embryogenèse humaine, nous y reviendrons.

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L’acide phtalique comporte deux fonctions carboxyle sur un noyau de benzène et il existe trois « variantes » de cet acide, on dit isomères en chimie : l’acide benzène-1,2-dicarboxylique (ci-dessus) ou l’acide phtalique commun dont nous allons reparler, l’acide benzène-1,4-dicarboxylique ou téréphtalique (ci-dessous) et dans une moindre mesure l’acide benzène-1,3-dicarboxylique.

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Bien que les deux premiers composés chimiques aient souvent des applications similaires, leurs effets sur la santé humaine sont totalement différents. Les esters de l’acide téréphtalique ne présentent aucune toxicité quelle qu’elle soit pour les êtres humains, en particulier comme perturbateurs endocriniens. Plusieurs dizaines de millions de tonnes de ce produit sont synthétisés chaque année pour entrer dans la fabrication de polyesters, de résines et de plastiques à usage alimentaire dont les « PET-bottles » pour bouteilles en polyéthylène-téréphtalate.

L’acide phtalique donc, (1-2-dicarboxylique) ou plutôt l’anhydride de cet acide est un important produit chimique entrant dans la synthèse de colorants, de médicaments et également dans la production de diverses matières plastiques dérivées du chlorure de vinyle (PVC), de résines, peintures et laques. Les esters de l’acide phtalique sont des agents plastifiants mais quoique supposés immobilisés dans les polymères ils sont parfois relargués dans l’environnement en quantités variables mais néanmoins détectables en particulier si la matière plastique élaborée avec ces phtalates est en contact avec des solvants organiques. Le problème est que l’huile alimentaire ou le beurre peuvent parfaitement dissoudre les phtalates encore libres dans la matrice de plastique. C’est ainsi qu’on retrouve ces produits dans les urines …

L’étude réalisée à l’école de médecine de l’Université de Pittsburg s’est focalisée sur le rôle que peuvent jouer les phtalates au niveau du placenta lors d’une grossesse. Pour comprendre les résultats de cette étude il faut rappeler en quelques mots le rôle du placenta au cours de la grossesse et en particulier lors des toutes premières semaines de la gestation. Le placenta, outre son rôle dans l’alimentation et l’irrigation sanguine du fœtus, est un élément endocrinien clé dans la mesure où il sécrète des quantités massives d’une hormone appelée chorio-gonadotropine (hCG). L’un des rôles de l’hCG est de stimuler la production de progestérone par les ovaires durant au moins le premier trimestre de la grossesse. Un autre rôle de l’hCG est son activité immunosuppressive afin que l’utérus ne rejette pas le fœtus. Ces fonctions sont essentielles pour assurer le développement du fœtus. Quant au placenta l’un de ses autres rôles est de « filtrer » tout ce qui est présent dans le sang maternel afin de ne pas exposer le fœtus à des molécules chimiques indésirables, et pourtant certaines d’entre elles passent à travers cette barrière.

L’étude dont il est fait mention ici a concerné 350 femmes enceintes suivies dès le début de leur grossesse et dont des échantillons de sang et d’urine ont été analysés pour en connaître la teneur en phtalates, en particulier les esters de butyle, d’éthyl-hexyl et de benzyle. Il est ressorti que toutes les femmes enceintes exposées à ces phtalates – dont la présence dans leurs urines était détectée – montraient une plus faible production d’hCG et ceci sans aucun doute sur la relation de cause à effet. À la naissance, les bébés ont été examinés et l’un des marqueurs de la déficience en hCG a été tout particulièrement étudié. Il s’agit de la distance entre l’anus et les organes génitaux (le scrotum) chez l’enfant mâle. Cette partie de l’anatomie s’appelle le périnée chez la femme et sépare le vagin de l’anus. Systématiquement, les enfants dont les mères avaient été exposées durant leur grossesse à des phtalates présentaient tous une distance anus-organes génitaux amoindrie mais uniquement chez les garçons. Or ce marqueur anatomique est aussi lié à une mauvaise production de spermatozoïdes, à des malformations de l’appareil génito-urinaire et à l’infertilité masculine. Selon les auteurs de l’étude, le fait que le taux d’hCG diminue sous l’influence des phtalates induisant également une plus faible production de progestérone mais également de testostérone perturbe l’embryogenèse des organes génitaux de l’enfant mâle mais peut aussi induire d’autres troubles comme l’autisme, les déficits de l’attention ou encore par voie de conséquence l’apparition d’obésité dès l’enfance.

Il s’agit donc de l’établissement d’une relation de cause à effet qui n’était pas soupçonnée jusqu’alors. L’hCG n’est pas une hormone stéroïde mais de toute évidence les phtalates énumérés ci-dessus ont un effet bien quantifié sur sa production par le placenta. Reste à expliquer le mode d’action des phtalates sur cette synthèse d’hCG dont les conséquences sont alarmantes pour le fœtus mâle. Légiférer pour encadrer plus strictement l’utilisation des phtalates dans l’industrie n’est pas sans conséquence sur tout un ensemble de produits d’utilisation quotidienne. On se trouve donc à l’évidence devant une situation qu’il faudra bien que le législateur prenne un jour en considération très sérieusement.

Source : Eurekalert et University of Pittsburgh Schools of Health Sciences.

La pilule anti-SIDA, c’est mieux que le latex !

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La population afro-américaine est toujours dévastée par le HIV puisque les statistiques montrent que 44 % des cas de SIDA déclarés le sont pour la population noire alors que celle-ci représente seulement 12 % de la population des USA, en d’autres termes les femmes afro-américaines ont 20 fois plus de chance de contracter le SIDA que leurs contre-parties d’origine européenne ou hispanique. C’est le résultat d’une combinaison de facteurs comme la pauvreté, l’infidélité conjugale et aussi et surtout le grand nombre de personnes qui ignorent tout simplement qu’elles sont porteuses du virus avec une charge virale les rendant contagieuses. Comme beaucoup de femmes consultent régulièrement leur gynécologue, cette dernière personne procède dans la plupart des cas à des tests de dépistage du HIV mais dans un couple, l’idéal serait naturellement que l’homme se soumette à de tels tests surtout quand la femme désire un enfant.

Dans ce genre de situation, le cas de l’homme séropositif contraint le couple à se protéger avec des préservatifs mais ce n’est pas vraiment indiqué si la femme désire un enfant, avec tous les risques que cette décision suppose. Pourtant depuis 2012 il existe un traitement dit de prophylaxie préventive constitué de la combinaison de deux antirétroviraux appelé Truvada. Le mode d’action est de bloquer la transcriptase réverse du virus et donc de stopper toute multiplication du virus en cas de contamination. L’efficacité de ce traitement préventif est quasiment de 100 % selon les études réalisées par les organismes de santé nord-américains. Quand une femme décide d’avoir un enfant avec son partenaire séropositif dont la charge virale est telle qu’il va à coup sûr transmettre le virus au cours d’un rapport sexuel non protégé, le médecin ne peut que l’encourager à suivre ce traitement tout en lui faisant prendre conscience des risques encourus et en insistant sur le fait que le préservatif reste le meilleur moyen de protection. En 2012 et 2013, sur 2319 femmes auxquelles a été prescrit le Truvada aux USA, la moitié d’entres elles étaient des femmes désirant avoir un enfant de leur partenaire séropositif. Pour les autres la situation était plutôt surréaliste et quand une analyse en profondeur a été réalisée, on s’est rendu compte rapidement de la réalité de la vie des femmes exposées au HIV dans des situations variées comme par exemple des relations sexuelles sous la contrainte, dans le cadre d’une prostitution sauvage pour simplement survivre ou encore l’indigence qui interdit l’accès aux soins et enfin une sorte de loi du silence qui fait qu’il vaut mieux ne pas en parler. Paradoxalement les hommes homosexuels sont plus ouverts et plutôt plus soucieux de leur statut sanitaire et de celui de leurs partenaires en ce qui concerne la séropositivité alors que les hommes hétérosexuels peu scrupuleux quant à leurs frasques amoureuses ignorent le plus souvent qu’ils sont porteurs du virus.

Finalement entre la prophylaxie préventive avec du Truvada et le préservatif, même si ces pilules ne protègent pas contre les autres maladies sexuellement transmissibles ni contre des grossesses non désirées, beaucoup de femmes exposées à l’intérieur de leur couple en raison de la séropositivité de leur partenaire avouent tout de même que l’intimité sexuelle sans couche de latex en vaut le risque avec également les tests HIV tous les trois mois … Question de choix et de conscience.

Inspiré d’un article paru dans The Daily Beast

Et si le mercure n’était pas aussi toxique qu’on le croit …

On associe l’ingestion de méthyl-mercure à des désordres mentaux tels que l’autisme dont on ignore d’ailleurs toujours les causes précises et il est depuis une dizaine d’années recommandé aux femmes enceintes de ne pas manger trop de poissons pélagiques, pour la plupart en bout de chaine alimentaire océanique (voir l’illustration) dont le thon albacore, qui accumulent le méthyl-mercure dans leurs muscles. Pourquoi cette recommandation, parce qu’on craint un effet toxique du méthyl-mercure sur le fœtus et en particulier sur le développement du cerveau.Mais c’est un peu comme l’effet de serre du gaz carbonique, on n’a jamais montré d’évidente relation de cause à effet. Pour en avoir, comme on dit, le cœur net, une équipe de médecins de l’Université de Rochester, NY a mené une enquête détaillée dans la République des Seychelles parce que les habitants de cet archipel plus connu des touristes que des scientifiques mangent des quantités extravagantes de poisson, les touristes aussi mais quand ils rentrent dans leurs contrées natales embrumées et pluvieuses, ils se remettent vite au hamburger d’où l’impossibilité de mener une étude épidémiologique sur les effets du mercure dans des pays où l’éventail de nourriture protéinée fausserait les statistiques et les protocoles d’étude. Cette étude a débuté en 1986 sur 1784 enfants observés depuis leur naissance jusqu’à aujourd’hui, en ayant pris soin d’échantillonner quelques cheveux de la mère au moment de la naissance afin d’y mesurer la quantité de mercure, le cheveu accumulant particulièrement bien le méthyl-mercure. Les enfants ont ensuite été suivi à l’école par leurs professeurs (les Seychelles font partie de ces pays ayant un taux de scolarisation de 100%) et ils ont également été soumis à divers tests afin d’évaluer leurs facultés cognitives, sachant que leurs mères, au moment de leur naissance, montraient des taux de mercure dans leurs cheveux très supérieurs (jusqu’à dix fois plus) à ce que l’on considère comme la limite acceptable pour la bonne santé du foetus. Dans cet échantillon étudié, il fut tenu compte également du fait que toute la population avait été vaccinée et que les vaccins contenaient du Thimérosal, un mercuriel contenant de l’éthyl-mercure. Or l’éthyl-mercure, contrairement à son petit frère le méthyl-mercure, est rapidement éliminé dans les urines et ne s’accumule pas dans l’organisme. Le thimérosal est un agent stabilisateur des vaccins qui a été interdit à la fin des années 90 en raison de soupçons de dangerosité. Mais revenons à cette étude sur cette population « sentinelle » des Seychelles. En éliminant tous les facteurs pouvant perturber la bonne interprétation des résultats, l’équipe de l’Université de Rochester n’a pas pu établir d’effets du mercure (sous forme de méthyl-mercure dans les poissons) sur les capacités cognitives des enfants. Les auteurs écrivent même ceci : « Nous avons plutôt observé un effet inverse, une association bénéfique (du mercure) avec le degré de sociabilité des enfants (…) qui peut être attribuée à des effets inconnus ou non quantifiables des nutriments contenus dans les poissons marins ». Les médecins en ont donc conclu que les poissons pélagiques contiennent des ingrédients qui protègent l’enfant au cours de la grossesse puis plus tard lors de la croissance de ce dernier. On peut incriminer la qualité de l’étude et le nombre réduit d’enfants impliqués dans cette étude pas toujours réalisée en suivant des critères précis de la part des professeurs ou des parents et dans le doute, les autorités américaines ont maintenu leur alarme auprès des femmes enceintes de ne pas trop manger de poissons pélagiques. Pour ma part, je continuerai à baver pour un tartare de « yellow fin » (thon jaune ou albacore) pêché quelques heures avant de le déguster dans mon restaurant local préféré sans état d’âme. 

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Source : US News and World Reports, Forbes, crédit photo, Forbes

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/?term=Autism+Spectrum+Disorder+Phenotypes+and+Prenatal+Exposure+to+Methylmercury