Un nouvel adjuvant pour les vaccins destinés aux très jeunes enfants

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Les opposants à la vaccination dont les arguments sont basés sur des a priori totalement faux vont encore hurler d’effroi en apprenant qu’un nouvel adjuvant a été mis au point pour amplifier la réponse immunitaire au vaccin de la grippe chez les très jeunes enfants. Ces opposants à la vaccination basent en effet leurs arguments sur l’effet délétère de l’hydroxyde d’aluminium comme adjuvant dans les vaccins qui serait tellement dangereux que des milliers de personnes développeraient la maladie d’Alzheimer ou que d’autres milliers d’enfants deviendraient autistes à cause de cet adjuvant (voir le billet sur l’autisme). Jamais une quelconque relation de cause à effet crédible n’a pu être scientifiquement établie. Sur des milliards de vaccins administrés les « incidents » ayant été prétendument liés à ces derniers sont indiscernables de ce que l’on appelle le bruit de fond statistique. À coup sûr les opposants à la vaccination vont immédiatement organiser une campagne populaire pour s’opposer à un nouveau vaccin trivalent contre la grippe dont l’adjuvant est du squalène et on verra apparaître dans la presse de caniveau des articles rageurs dénonçant la dangerosité des vaccins.

Le squalène dont le nom dérive de celui des requins (squales) est un produit naturel que nous synthétisons pour la production des stérols et que l’on trouve dans de nombreux aliments et huiles végétales. Il fallait le préciser car on pourrait croire que cet adjuvant est préparé à partir d’ailerons de requin … Bref, le problème se situe au niveau de la réponse immunitaire des très jeunes enfants au vaccin anti-grippe car ils répondent mal à ce vaccin préparé sans ou avec seulement des traces d’adjuvants classiques. Un essai clinique en phase II et en double aveugle englobant 90 enfants âgés de 14 à 24 mois a montré que l’adjuvant à base de squalène était très bien toléré et conduisait à une réponse immunitaire robuste. Il s’agit d’un résultat important car la réponse des très jeunes enfants à la vaccination est parfois très faible car leur système immunitaire n’est pas encore totalement établi. Le vaccin trivalent contre la grippe avec du squalène comme adjuvant est déjà largement utilisé pour les populations d’âges compris entre 6 et 72 ans. La vaccination des très jeunes enfants est considérée comme importante et utile pour prévenir les complications de la grippe qui peuvent être sévères chez ces derniers. Enfin, d’une manière générale la vaccination est un outil de prévention peu coûteux dont l’efficacité et l’innocuité ont été largement prouvées depuis de nombreuses années.

Il est intéressant de rappeler ici la polémique au sujet de la récente épidémie de coqueluche non pas due à un virus mais à une bactérie (Bordetella pertusis) en Floride. Les enfant de moins de trois ans souffrant de coqueluche avaient été normalement vaccinés contre cette affection respiratoire qui peut parfois être mortelle. Or il se trouve que le corps médical s’est souvent plaint du manque d’efficacité du vaccin qui n’atteindrait qu’à peine 45 % d’efficacité. Naturellement il n’en a fallu pas plus pour que les activistes anti-vaccins crient à l’imposture et à la tromperie des laboratoires pharmaceutiques. Peut-être faudrait-il aussi reconsidérer la nature des adjuvants utilisés pour les vaccins administrés aux très jeunes enfants dont le vaccin hepta-valent incluant la coqueluche.

Source : PNAS, http://www.pnas.org/cgi/doi/10.1073/pnas.1519690113 et The Daily Beast. Illustration : The Daily Beast.

Grippe : la théorie du genre encore battue en brèche

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À l’appui de ma réfutation de la théorie du genre, un terme que je ne comprend toujours pas et qui signifierait que la femme et l’homme sont strictement égaux et indiscernables, vient de paraître un article intéressant dans l’American Journal of Physiology qui met à mal cette théorie. La différence entre un homme et une femme, chez les animaux (dont nous faisons partie) entre un mâle et une femelle, est liée à une différence génétique dont une différence hormonale est la conséquence. La différence génétique entraine une divergence entre mâle et femelle au cours de l’embryogenèse essentiellement due à une différence des statuts hormonaux. Chez le mâle (l’homme) il existe une copie du chromosome sexuel femelle et un autre chromosome sexuel dont la fonction est de spécifiquement orienter les gonades mâles à produire de la testostérone. Cette description est simplifiée pour ne pas dire simpliste mais c’est ainsi que les choses se passent. Au final un mâle est un mâle parce que ses gonades (testicules) produisent de la testostérone et une femelle est une femelle parce que ses gonades (ovaires) produisent de l’estradiol.

La théorie du genre semble nier cette évidence qui ne peut pas être remise en cause à moins d’opter pour de la fausse science. Cet article issu de travaux réalisés à la Johns Hopkins University à Baltimore sous la direction du Docteur Sabra Klein apporte de nouveaux arguments démontrant l’ineptie de la théorie du genre : les hommes et les femmes ne sont pas égaux et c’est tout simplement une histoire d’hormones ! Les œstrogènes, dont en particulier l’estradiol, protègent les femmes contre le virus de la grippe, ce qui n’est pas le cas des hommes. Le virus de la grippe s’attaque aux cellules épithéliales de la gorge, de la trachée et des poumons. Il est aisé de cultiver ces cellules au laboratoire et de procéder à des expérimentations permettant de préciser l’effet des hormones sexuelles sur leur réponse à une attaque virale. En comparant les résultats obtenus avec des cellules en culture provenant de femmes ou d’hommes, il a été relativement facile de démontrer que la différence de sensibilité aux attaques virales était la résultante du statut hormonal : l’estradiol module la défense des cellules d’origine féminine mais n’a aucun effet sur les mêmes cellules d’origine masculine et le pendant de l’estradiol, la testostérone, n’a pas d’effet que ce soit avec des cellules originaires de donneurs de l’un ou l’autre sexe.

Ces résultats expliquent pourquoi les femmes pré- et post-ménopausées sont plus sensibles aux attaques grippales que leurs consoeurs dont le taux d’estradiol circulant est satisfaisant. L’estradiol se fixe dans la cellule sur des récepteurs variés qui vont avoir pour premier effet de moduler l’expression d’une multitude de gènes qui interfèrent directement avec la réplication intracellulaire des virus et pas seulement du virus de la grippe (H5N1 ou H7N9) mais également du virus Ebola ou de celui responsable de l’hépatite C. L’estradiol module la synthèse de cytokines dont le rôle antiviral est reconnu.

À n’en pas douter la femme et l’homme réagissent différemment aux attaques virales en raison de leur statut hormonal et sur ce dernier point on ne peut que constater une différence de « genre ».

Source : AJP Lung doi : 10.1152/ajplung.00398.2015 , illustration virus influenza (Wikipedia)

Un vaccin contre la bronchiolite (RSV) à la fin de l’année ?

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Le RSV (virus syncytial respiratoire) est une maladie très commune chez les enfants et parfois les adultes et chez les « vieux » elle conduit souvent, pour une personne sur six, à une pneumonie létale. Le RSV est la cause de ce qu’on appelle la bronchiolite, une sorte d’engorgement des bronches. S’il s’agit d’une maladie virale relativement bénigne son coût pour la société est loin d’être négligeable puisqu’on estime que pour la seule Europe celui-ci atteint plus de un milliard d’euros par an. Que pourrait-on faire avec une telle somme ? Tout simplement vacciner les enfants et éventuellement les adultes car des estimations puremement financières arrivent à une somme identique. Or jusqu’à très récemment il n’existait pas de vaccin ni de traitement efficace. Ce virus est connu depuis une soixantaine d’années mais toutes les tentatives pour mettre au point un vaccin ont échoué et ces échecs successifs s’expliquent par la structure particulière de ce virus.

Il s’agit d’un virus à ARN qui code pour seulement 11 protéines. Chacune de ces protéines joue un rôle dans la virulence. Quand le virus pénètre dans une cellule, par exemple de l’épithélium de la trachée, il oriente la machinerie cellulaire pour produire ses propres protéines et permettre ainsi de se multiplier. Les cellules ne comprennent plus rien et le virus se fait en quelque sorte de la place en obligeant les cellules à fusionner les unes avec les autres pour former un syncytium, une sorte de cellule géante avec plusieurs noyaux. Le système immunitaire a alors toutes les peines à organiser une défense de l’organisme. Une autre particularité de ce virus est qu’il se polymérise en filaments (voir illustration Wikipedia) entrainant une inflammation des bronches et une abondante sécrétion de mucus. Enfin, cerise sur le gâteau, si l’organisme réussit à produire des anticorps, leur efficacité n’est pas parfaite et l’année suivante l’immunité aura pratiquement disparu. Les spécialistes des vaccins ne disposent que du chimpanzé comme animal modèle de laboratoire ce qui grève considérablement le coût des travaux de recherche.

Compte tenu de tous ces facteurs, la société Novavax, basée à Gaithersburg dans le Maryland, développe depuis quelques années une approche différente consistant à produire les protéines recombinantes de l’enveloppe du virus de telle manière qu’elles se présentent sous forme de nanoparticules après avoir fusionné plusieurs gènes pour former des protéines virales géantes. À l’aide d’un adjuvant composé essentiellement de lécithine modifiée et d’une saponine un essai clinique en phase 2 conduit sur 1600 adultes a montré sans ambiguité que la réponse immunitaire atteinte était robuste et avait permis de réduire de plus de 45 % les infections par le RSV. Ces essais ont été conduits avec des adultes car il ne faut pas oublier de mentionner que seulement aux USA près de 15000 personnes meurent chaque année d’infection par le RSV et près d’un million doivent être hospitalisées pour les mêmes raisons.

Il reste maintenant à accélérer l’étude en phase 3 et étendre les essais cliniques aux enfants. D’ors et déjà un petit essai clinique est en cours avec des femmes enceintes dans l’espoir de déterminer si l’immunité induite par le vaccin et acquise par la mère sera transmise à l’enfant via le lait maternel. Cette approche un peu différente est basée sur le fait que le seul traitement existant contre le RSV, extrêmement coûteux, est l’administration d’anticorps monoclonaux (AstraZeneca). Cependant ce traitement n’est réservé qu’aux enfants prématurés ou présentant des insuffisances cardiaques ou pulmonaires. L’essai clinique en phase 3 sur plusieurs dizaines de milliers d’adultes est programmé pour la fin de cette année et coïncidera avec la recrudescence hivernale de la bronchiolite à RSV. Combiné au vaccin contre la grippe, une autre préoccupation de la société Novavax, on peut espérer à terme en une diminution significative et durable des affections pulmonaires virales.

Sources : Novavax et Reuters

Un vaccin contre la grippe pas aussi efficace qu’attendu : les « anti-vaxxers » se frottent les mains !

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Une fois l’an, au mois de février, une dizaine de spécialistes du monde entier se réunit dans les locaux du CDC (Center for Disease Control) à Atlanta en Géorgie pour décider du choix des souches de virus de l’influenza qui seront utilisées pour la préparation du vaccin anti-grippe qui sera proposé à l’approche de l’hiver suivant. Afin d’éviter les erreurs, parmi des dizaines de souches de virus répertoriées au cours de l’année précédente et l’étude épidémiologique qui a été entreprise, il est alors pris la décision de produire un vaccin tétravalent, c’est-à-dire permettant d’activer les défenses immunitaires contre 4 souches de virus différentes. Le choix n’est pas simple car d’une part l’épidémiologie de la grippe est extrêmement complexe et d’autre part le virus a tendance à muter et les mutations créent une « dérive antigénique ». En d’autres termes, le choix de ces 4 souches, 8 à 10 mois avant la saison grippale, tient parfois à un fil, un peu comme si un météorologue prédisait trois mois à l’avance quelle serait la couche neigeuse au sommet des pistes d’une station de sports d’hiver au mois de janvier en Slovénie depuis son bureau de Sapporo à Hokkaido.

En cette fin d’année 2014 le CDC a reconnu que le choix des souches effectué en début d’année n’était pas optimal et que la protection contre le virus de la grippe n’atteindrait, au mieux, que 60 % et ce dans le meilleur des cas. Les recommandations du CDC datant de décembre 2014 sont donc on ne peut plus claires ( http://www.cdc.gov/media/releases/2014/p1204-flu-season.html ) : il faut tout de même se faire vacciner (on ne sait jamais), il faut rester chez soi quand on est grippé aussi longtemps qu’on est fiévreux afin de diminuer les risques de propagation de l’épidémie et les personnes à haut risque doivent pouvoir disposer de médicaments anti-rétroviraux. Naturellement la poignée d’experts internationaux ayant décidé en février 2014 de la nature des souches utilisées pour l’élaboration du vaccin ne pouvaient pas prévoir que la « dérive antigénique » redoutée apparaîtrait déjà à la fin du mois de mars. Le processus industriel long et coûteux de production du vaccin était engagée et il était alors impossible de faire machine arrière. Malgré les récents progrès des investigations rapides des modifications du matériel génétique viral, dans le cas du virus de la grippe il s’agit d’ARN, la décision se fait toujours selon un protocole datant du début des années 60 !

Autant dire que les pourfendeurs de la vaccination ont sauté sur l’occasion pour défendre leur prise de position, on les appelle des « anti-vaxxers » aux USA. Leurs arguments sont toujours les mêmes, les vaccins sont dangereux parce qu’ils peuvent favoriser l’apparition de l’autisme, entre autres symptômes délicieusement servis par ces activistes d’un genre particulièrement dangereux sans qu’ils ne puissent jamais apporter de preuves scientifiques à leurs allégations délirantes. Ils sont déjà à l’affut d’une saison grippale désastreuse pour renforcer leur argumentation. Le CDC a pourtant insisté sur le fait qu’une efficacité réduite à 60 % pour la souche H3N2 permettrait de sauver plusieurs dizaines de milliers de vies. Les statistiques indiquent en effet que la très grande majorité des décès dus à la grippe ces dix dernières années a frappé des personnes non vaccinées alors que la dérive génétique (et donc antigénique) ne date pas de cette année 2014. Pour être objectif, la vaccination contre la grippe permettra encore cette année de sauver des dizaines de milliers de vie. Si un laboratoire mettait au point un vaccin efficace contre le virus du SIDA qui a tué près de 15000 personnes aux USA en 2011 il obtiendrait immédiatement le Prix Nobel de Médecine. Quelle serait alors la position des « anti-vaxxers », mais au fait quelle est leur position pour les vaccins protégeant contre la rougeole ou l’hépatite B qui sont efficaces à plus de 99 % ? Force est de constater que l’anti-science a encore de beaux jours devant elle …

Sources : CDC et Daily Beast, illustration Wikipedia (virus de la rougeole)

La controverse du virus de la grippe

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Les journalistes toujours en quête d’informations à sensation (le poids des mots, le choc …) se sont accaparé d’une publication parue le 11 juin dans le journal scientifique Cell Host & Microbe qui relate les similitudes entre les six gènes du virus H5N1 avec leurs homologues du virus de la grippe de 1918. Le Guardian, jamais en reste dans le registre de l’alarmisme, titre : « Des scientifiques condamnent la création folle et dangereuse du virus mortel transmissible de la grippe ». Puisque c’est Lord May, ce vieux fossile ancien président de la Royal Society, qui le dit, non seulement on peut mais on doit le croire. La réalité est toute autre car le professeur Yoshihiro Kawaoka, travaillant entre les Universités de Tokyo et de Madison, Wisconsin, n’a pas du tout reconstruit le virus de la grippe dite espagnole mais identifié par génétique inverse à partir des bases de données disponibles quelles étaient les mutations qui différenciaient le virus actuel H5N1 de celui de la pandémie de 1918.

Il faut dire un mot de la génétique inverse car cette approche est utilisée pour réaliser certains vaccins en particulier celui de la grippe. Il s’agit d’étudier les effets sur l’organisme du produit d’un gène après modifications ponctuelles de ce dernier, artificiellement ou telles que ces modifications ont été observées par analyse de séquences. Dans le cas de la grippe il s’agit des séquences d’ARN. La confection du vaccin annuel de la grippe s’effectue ainsi :

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En réalisant des études dans un laboratoire de biologie de haute sécurité classé P4 celles-ci ont eu pour seul but de déterminer quelle pouvait être la tendance dans l’évolution à venir du virus. Ce qui a été montré ce sont de très discrètes mutations sur les produits de 8 des 11 gènes que comporte le virus qui accroissent la virulence, la vitesse de réplication du virus et ses modes d’infection. L’étude n’avait pas pour but de reconstruire le virus de 1918 ou de le disséminer mais au contraire d’affiner et d’orienter les travaux futurs tant au niveau de la mise au point des vaccins que de l’amélioration des molécules antivirales.

Kawaoka prévient tout de même qu’il y a un pool génétique naturel susceptible d’aboutir à un événement pandémique et qu’il faut y être préparé. C’est la raison pour laquelle le virus construit en laboratoire n’est pas celui de 1918 puisqu’il diffère de ce dernier de 3 % ! Pour un journaliste ce n’est rien du tout, donc les deux virus sont quasiment identiques, mais en termes de biologie et surtout de virulence quelques mutations suffisent à inactiver totalement par exemple l’hémagglutinine et le virus devient alors inoffensif. A contrario la virulence dépend aussi de l’efficacité de l’équipement enzymatique qui convertit l’ARN du virus, son support génétique, en ARN messager susceptible d’être capable de dévier le métabolisme de la cellule hôte pour initier la réplication. Et la virulence est le résultat de l’ensemble de ces facteurs. Ce que Kawaoka a pu déterminer avec son équipe c’est le nombre de mutations nécessaires pour que le virus actuel devienne aussi dangereux que celui de 1918 et là où ce travail pourrait faire peur c’est le résultat de ses travaux : sept mutations réparties sur trois gènes feraient que le virus actuel pourrait devenir aussi dangereux que celui de 1918. Comme le virus de la grippe est un virus à ARN la fréquence de mutation est beaucoup plus élevée que chez les virus à ADN alors la probabilité de voir émerger un HxNy meurtrier est loin d’être nulle.

Cependant la même étude a montré que le vaccin contre la souche H1N1 de 2009 est efficace contre ce virus artificiellement construit en laboratoire. Il y a donc tout lieu d’espérer que toutes les personnes vaccinées alors et celles qui ont été en contact avec cette souche pourraient se trouver protégées contre une nouvelle pandémie de type 1918. Enfin, cette étude a permis d’éclairer le mécanisme de transmission par voie orale étudiée chez le furet. En conclusion l’alarmisme des journalistes est plutôt mal venu car cette étude est une contribution importante pour la lutte contre le virus de la grippe et sa prévention.

Source : University of Wisconsin at Madison News, illustrations : génétique inverse NIH via Wikipedia et DOI: 10.1016/j.chom.2014.05.006

et pour mémoire : https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/05/03/la-grippe-espagnole/

La grippe espagnole

La grippe, une maladie virale (Influenza A), effraie l’humanité depuis l’hécatombe de 1918-1919 qui paya un lourd tribut de l’ordre de 50 millions de morts, bien plus que la « Grande Guerre » qui ne fit que une douzaine de millions de morts et dont on va célébrer cette année assez incongrument le centenaire de son début, comme s’il fallait se souvenir d’une déclaration de guerre … Chacun pense ce qui lui semble bon (en particulier les politiciens) mais pour ma part célébrer le début d’une guerre me paraît absolument déplacé. Qu’on commémore un armistice, à la rigueur, mais le début d’une guerre, franchement non, ce n’est pas pour moi et Brassens aurait été tout à fait d’accord. Pour ce qui est de la grande épidémie de grippe dite espagnole l’origine du virus était encore inconnue il y a peu mais la séroarchéologie vient d’apporter quelques éclaircissement à cet épisode funeste que traversa l’ensemble de l’humanité puisqu’elle frappa aussi bien en Europe qu’en Amérique du Nord ou en Asie. Pour les non-initiés, dont je fais partie, la séroarchéologie est l’étude des réactions immunitaires passées, pour faire simple.

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On a pu établir la séquence de l’acide nucléique du virus de 1918 en analysant des cadavres de victimes de la grippe enterrés au nord de la Norvège et assez bien conservés dans de la terre qui ne dégèle jamais. Mais ce qui intriguait les biologistes et qui semblait inexplicable était le fait que la grippe espagnole avait tendance à choisir ses victimes dans la tranche d’âge 20 – 40 ans, avec un maximum de mortalité situé entre 25 et 30 ans, la pire qui soit pour décimer une population entière, étêtant la force vive du capital productif et reproductif humain. Les effets démographiques de cette pandémie ont d’ailleurs été ressentis pendant plusieurs générations.

On classe les sous-types du virus selon les hémagglutinines ( H ), les petits champignons bleus dans la figure, et les neuraminidases ( N ), les petits trèfles à quatre feuilles verts, qui sont exprimées par l’acide nucléique viral. Par séroarchéologie ont a pu ainsi confirmer, on s’en doutait un peu, que le virus de la grippe espagnole était du type H1N1. D’autre part, la fréquence de mutation du virus permet d’établir une échelle de temps le long de laquelle on peut situer l’apparition de nouveaux types de H ou de N conduisant par voie de conséquence à de nouveaux virus plus ou moins méchants. Les choses se compliquent assez sérieusement puisque ce virus n’est pas spécifique de l’homme. Il se complait en effet chez le porc et les oiseaux en général et les poulets en particulier. Or comme le porc et le poulet sont des aliments carnés de base et l’étaient en 1918 il existe des échanges d’informations génétiques qui sont également aisément expliqués car la fréquence de mutation, lors d’un « séjour » du virus chez le porc, lui permet de s’adapter aux membranes cellulaires porcines avec une légère modification de l’hémagglutinine qui permet au virus de se fixer à la membrane cellulaire et de la neuraminidase qui détruit cette membrane pour permettre au virus d’échapper de la cellule infectée pour aller continuer sa besogne destructrice vers d’autres cellules comme par exemple celles de la trachée ou des poumons. Et si le virus va faire un tour chez les oiseaux, c’est le même scénario. Pour toutes ces raisons, le virus Influenza A varie presque tout le temps et une grave épidémie est imprévisible. L’étude détaillée de la grippe de 1918 a apporté des éléments précieux de compréhension du mécanisme intime de la virulence et également expliqué ce qui s’était passé dans les faits, à savoir pourquoi ce virus préférait des femmes et des hommes dans la force de l’âge plutôt que des enfants ou des vieillards, ses proies habituelles.

Le virus de 1918 est donc un virus H1N1 classique d’origine porcine, c’est-à-dire qu’il a « sauté » de l’homme au porc et vice-versa en amplifiant au passage sa virulence. L’horloge établie par la fréquence de mutation du virus a été très utile dans cette étude publiée dans les PNAS et réalisée par une collaboration entre l’Université de Tucson, Arizona, l’Université d’Edimbourg et le National Institute of Health à Bethesda, Maryland pour situer les sauts d’une espèce à l’autre, porc ou poulet, et vers ou depuis l’homme et expliquer in fine la spécificité de l’âge des victimes, si l’on peut dire les choses ainsi. Il ressort tout d’abord que le type H1 est apparu un peu avant 1907 à partir d’une souche aviaire ayant un ancêtre commun datant au plus tôt de 1895. Comme en biologie les choses sont toujours compliquées, le virus de 1918 a donné naissance par la suite à un type de virus semblant d’origine porcine mais éloigné de son cousin proche occasionnant la grippe saisonnière classique. Cette observation est conforme avec le fait que la grippe saisonnière présente des variations génétiques périodiques sur des durées allant de 6 à 12 ans comme cela a été observé au cours des années 30, 40 et 50 mais ce virus de 1918 avait un ancêtre distinct d’origine aviaire qui apparut au début du XXe siècle. Et effectivement l’étude des registres paroissiaux d’Amérique du Nord, d’Angleterre, d’Irlande et de quelques autres pays européens a permis de confirmer qu’il y eut vers 1900 une forte épidémie de grippe qu’on a d’abord attribué au type H3 par séroarchéologie mais qui a été dans cette étude confirmée comme étant d’origine aviaire alors que le type H3 était une réminiscence de la grippe « russe » des années 1889-1893, encore une vraie enquête policière, on connait la victime mais l’arme n’est pas totalement identifiée !

Cette horloge des fréquences de mutation a ainsi permis d’établir la date de l’autre « saut », des oiseaux à l’homme, avec cette apparition du type H1 aux environs de 1905 mais certainement entre 1896 et 1907, alors que le type H3 disparaissait au cours de cette même période. Durant l’épidémie qui culmina aux alentours de 1904 et due au virus de type H1 les jeunes enfants eurent l’opportunité d’acquérir une immunité qui les préserva en 1918 des ravages du H1N1 et c’est ce qui explique la faible mortalité des tranches d’âge inférieures à 25 ans. Cette observation obtenue par séroarchéologie a pu être confirmée au cours de l’épidémie des années 1968-1970, un virus cette fois de type H3, que les personnes âgées de 65 ans et plus étaient plus sensibles que les plus jeunes et n’avaient donc pas été exposées à un virus de type H3 aux alentours de 1904 alors que les plus vieux étaient, eux, immunisés contre le type H3 auquel ils avaient été exposé aux alentour des années 1890-1900 !

De tous ces résultats un arbre phylogénétique a pu être dressé, si l’on peut dire les choses ainsi et il fait apparaître une forte et inquiétante interaction entre l’homme, le porc et les oiseaux, canards ou poulets peu importe. L’aspect inquiétant qui ressort de cette étude est que plusieurs souches différentes de type H1 (ou d’autres types) peuvent coexister dans ces trois « réservoirs » naturels que constituent l’homme, le porc et le poulet et émerger à tout moment avec une étiquette N variable et un séjour du virus chez le cheval peut aussi brouiller les cartes. Pour parfaire l’analyse du virus de 1918, le fait que les personnes âgées de l’époque, 80 ans et plus, aient montré une relative résistance à cette grippe indique que la sérieuse épidémie des années 1830, également identifiée grâce aux registres paroissiaux, était selon toute vraisemblance de type H1. Pour ne pas compliquer cet exposé, l’autre étiquette du virus, l’antigène neuraminidase ou N a également permis de préciser les points indiqués.

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Le suivi des différentes grippes saisonnières et l’identification précise des types de virus permettent avec précision de prévoir qui d’une tranche d’âge donnée sera exposé ou non à l’avenir à l’émergence d’un autre HxNy et aussi permettre une meilleure protection et un meilleur contrôle tant des épidémies saisonnières que des pandémies destructrices qui peuvent, comme l’a montré cette étude, apparaître n’importe quand. Ce qui interpèle aussi c’est l’interactivité, si encore une fois on peut utiliser un tel terme, entre l’homme, le poulet et le porc et éventuellement le cheval, trois animaux domestiqués de longue date par l’homme, qui paradoxalement sont une source potentielle de pandémies hautement mortelles. Bien entendu les oiseaux migrateurs jouent aussi un rôle dans la dispersion d’une pandémie mais les auteurs de l’étude dont fait l’objet ce billet ont aussi insisté sur l’influence des trains et des bateaux à vapeur au XIXe siècle et au début du XXe siècle pour propager les épidémies jusque par exemple aux îles Samoa et en Polynésie où la mortalité fut catastrophique. Aujourd’hui ce sont plus les transports aériens que les oiseaux migrateurs qui propageront la prochaine pandémie qui pourrait comme en 1918 épargner des vieux et des jeunes et décimer les générations actives à l’échelle mondiale provoquant de très graves troubles socio-économiques. C’est la raison pour laquelle la recherche de vaccins à large spectre combinant plusieurs sites antigéniques sur une même protéine créée artificiellement par ingénierie génétique pourrait constituer une approche prometteuse encore faudrait-il que la conformation de cette chimère soit favorable pour l’expression d’anticorps actifs contre le virus lui-même. Cependant les mutations constantes du virus ne laissent pas beaucoup d’espoir et il faudra en cas de pandémie se contenter d’espérer qu’une tranche d’âge pourra résister comme ce fut le cas en 1918.

Source : http://www.pnas.org/content/early/2014/04/24/1324197111.full.pdf+html?with-ds=yes

Pour l’anecdote, la pandémie de 1918-1919 dite « grippe espagnole » doit cette appellation au fait que l’Espagne était neutre durant le conflit qui déchira l’Europe. Or le roi Alphonse XIII contracta la grippe à la fin de l’année 1917 et les nouvelles circulèrent rapidement au sujet de sa santé dans toute l’Europe alors que la censure imposée par les armées des belligérants ne voulait pas ébruiter cette épidémie afin de ménager le moral des troupes, les premiers cas de grippe mortelle apparurent en effet en janvier 1918.

Quand le Tamiflu fait voler des oiseaux noirs … hallucinant !

Roche HQ in Basel, Switzerland

Le titre de ce billet n’est pas une plaisanterie. Ma petite-fille, à Tokyo, sous traitement au Tamiflu, pour une rhino-pharyngite banale, prescrit par le médecin (japonais), un paranoïaque des médications, voyait des oiseaux noirs l’attaquer. Elle avait des hallucinations. C’est justement hallucinant d’apprendre de Cochrane Collaboration (voir le lien, disponible aussi en français) que la société Roche, propriétaire du Tamiflu a délibérément éludé, caché et truqué les données des essais cliniques en phase 3 relatives au Tamiflu. L’argument de Roche était soit-disant une réduction des complications pulmonaires lors d’un traitement de la grippe avec le Tamiflu. Or Cochrane a finalement obtenu sous la pression de plus de 14000 scientifiques académiques « toutes » les données (ou presque) relatives à ces essais cliniques. La surprise est d’abord que Roche n’a pas enfreint la loi en dissimulant ses essais car ces derniers sont effectués dans la plus pure opacité et c’est parfaitement légal. On hallucine complètement !

Les doutes sur l’efficacité du Tamiflu ont été révélés en 2009 avec la menace d’une pandémie grippale. Les pays de l’OCDE ont dépensé des dizaines de milliards de dollars pour se munir de stocks de Tamiflu mais les gouvernements anglais et australien, dans le doute, ont mandaté Cochrane Collaboration pour effectuer une étude détaillée sur l’efficacité clinique du Tamiflu et, Ô stupeur, le pot-aux-roses s’est montré être de taille. Les statistiques provenant des hôpitaux ne montraient en rien une amélioration des malades traités avec le Tamiflu. De plus un médecin japonais, Keiji Hayashi révéla que l’étude sur laquelle s’était basé Cochrane Collaboration pour donner son avis autorisé sur l’efficacité du Tamiflu provenait d’une unique étude provenant de Roche agrégeant 10 précédents essais cliniques d’évaluation. Or deux essais cliniques seulement avaient été publiés, les autres avaient purement et simplement été passés au broyeur ! Complètement hallucinant !

Tous les travaux de Cochrane Collaboration sont disponibles en ligne et indiquent clairement comment les essais sont analysés, n’importe quel lecteur peut aisément comprendre comment les essais ont été effectués et peut émettre des critiques en contactant directement cette organisation internationale sans but lucratif. C’est ce qu’a fait Hayashi, halluciné par la malhonnêteté flagrante des laboratoires Roche qui, sentant le danger, ont obligé Cochrane Collaboration a signer un agrément de confidentialité, ce qui est contraire à la philosophie de cette organisation. Le directeur des affections respiratoires de Cochrane s’émut de cette situation et ses demandes réitérées d’éclaircissement de la part de Roche restèrent lettres mortes. Et pour cause, il est tout à fait légal d’exiger un accord de secret pour un médicament en cours de développement et pas question de laisser un laboratoire ou une organisation indépendants effectuer des essais sans l’accord du propriétaire du produit. Pourtant des résultats contradictoires commencèrent à semer une certaine confusion. D’abord une efficacité loin d’être prouvée auprès des malades selon la FDA (Food and Drug Administration), mais au contraire reconnue par un autre organisme nord-américain, le CDCR (Center for Disease Control and Prevention), alors que l’équivalent japonais ne se prononçait pas et que l’EMA (European Medicine Agency) plaidait plutôt en faveur de Roche. Ces avis contradictoires révèlent l’effet très efficace, non pas du Tamiflu, mais de la pression exercée directement par les laboratoires Roche sur ces organismes auxquels le législateur fait appel pour les certifications des médicaments. Cochrane n’en est pas restée là et une analyse plus fine des données fournies par Roche montrèrent que les essais avaient été conduits avec des sujets dans des environnements qui n’avaient rien à voir avec les conditions hospitalières réelles, en d’autres termes l’efficacité clinique n’était pas prouvée, loin de là. De plus, et là on hallucine, la règle du double-aveugle était transgressée, les pilules de placebo ayant une couleur différente que celle des pilules de matière active ! Pire, l’évaluation de l’état respiratoire des sujets ayant participé aux études n’était pas jugée par un médecin, généraliste ou spécialiste peu importe, mais selon la propre évaluation de ces participants, proprement hallucinant ! Il n’y a pas un grand effort à faire pour comprendre quel degré de truquage Roche avait atteint, du genre  si la pilule est bleue vous dites que vous vous sentez mieux, si elle est verte déclarez que vous n’avez pas ressenti d’amélioration, aussi simple que ça, hallucinant ! Naturellement si les participants avaient l’impression d’être attaqués par des oiseaux noirs, ça ne relevait pas de la mission ultime de l’étude …

Finalement Cochrane Collaboration a obtenu quelques documents des laboratoires Roche en … 2013 et 30 milliards de dollars plus tard dépensés en pure perte. Le dernier rapport de Cochrane Collaboration publié le 10 avril 2014 indique que le Tamiflu n’a aucun effet sur les complications respiratoires consécutives à une grippe, qu’il n’a jamais réduit les hospitalisations pour « faits » de grippe, qu’il réduit les symptômes de la grippe d’une durée d’une demi-journée à au mieux une journée ! Hallucinant quand on prend en considération les effets secondaires multiples de ce médicament. Le Tamiflu provoque des vomissements (45 personnes sur 1000), des maux de tête (31 sur 1000), des troubles psychiatriques comme des oiseaux noirs hitchcockiens (11 personnes sur 1000), ça fait tout de même une personne sur dix qui souffre d’effets secondaires parfois sévères et cela sans que le virus soit vraiment affecté, hallucinant ! Et quand on sait que Roche a fabriqué suffisamment de Tamiflu pour que 80 % de la population de la planète puisse être traitée, on apprécie la puissance de la peur irrationnelle que représente la grippe dans les esprits, peur qui est admirablement exploitée par les laboratoires pharmaceutiques quitte à mépriser les règles éthiques les plus élémentaires ainsi que les codes de bonne conduite scientifique ! Hallucinant !

Ce véritable scandale du Tamiflu a tout de même permis de faire évoluer la situation sur les essais cliniques. L’open data est déjà mis en place de manière contraignante au moins en Grande-Bretagne et en Australie et très bientôt aux USA et au Canada. Il faut espérer que l’Union Européenne adoptera la même attitude nonobstant le puissant lobbying des compagnies pharmaceutiques. Quant à la France et le Japon, l’open data n’est pas encore à l’ordre du jour, hallucinant !

 

Sources : The Telegraph, illustration de Bloomberg et

http://www.cochrane.org/features/tamiflu-relenza-how-effective-are-they

Ce billet a été publié sur le site MN dimanche 13 avril http://www.mauvaisenouvelle.fr/