La SNCF : un modèle pour l’étranger ?

Hier mardi, je pensais à ma petite-fille en pleine période d’écrits des concours des grandes écoles d’ingénieurs perturbée par la grève des employés de la SNCF, la énième grève et certainement pas la dernière à moins qu’un gouvernement lucide décide d’interdire tout simplement cette prise en otage de toute la population par des syndicalistes radicaux qui osent revendiquer je ne sais quoi alors qu’une grande partie de la population active française est au chômage quoiqu’en disent les dernières statistiques évidemment bidouillées pour que « ça aille mieux ».

Le sommaire de l’édition en ligne du soir du quotidien Les Echos titrait ceci (capture d’écran) :

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J’ai, comme vous, relevé sans lire l’article cette perle : « un modèle que l’étranger nous envie ». Je séjourne en ce moment à Tokyo et j’ai eu comme une crise de fou-rire intérieur. Il faut raconter les faits dans le détail pour apprécier la saveur de ce modèle qu’est la SNCF envié par l’étranger. Le Japon est-il inclus dans ces étrangers ? Certainement pas ! Pour rentrer à la maison après avoir déjeuné avec mon fils à Chiyoda City, c’est-à-dire Ginza, je prend la Yamanote à Shimbashi en direction de Ueno. La station de train et de métro de Shimbashi est un peu merdique en ce moment parce qu’elle est en totale réfection mais tout est organisé pour que les centaines de milliers de personnes qui l’empruntent quotidiennement ne soient pas incommodées.

Je rappelle aux Parisiens que cette ligne de train, la Yamanote, est circulaire, sa longueur est sensiblement identique à celle du périphérique parisien et elle interconnecte les usagers par 29 stations à une multitude d’autres lignes de trains et de métros. Je change de train à la station Kanda qui était encore en travaux il y a un an et qui a été entièrement rénovée. Je prend alors la Chuo rapide (pas la « special rapid » qui ne s’arrête pas à la station où je descend) en direction de Mitaka puis Ome et très loin jusqu’à Otsuki à l’ouest de Tokyo.

À Kanda j’ai eu l’impression que la JR (Japan Rail) avait organisé un retard par solidarité avec la SNCF : le prochain train était affiché à 14h12 et normalement tous les trains sont à l’heure à la seconde près car tout est automatique. Hier après-midi le train avait un retard de 10 minutes. Vent de panique et de stupeur à la station ! Le chef de gare s’est confondu en excuses par haut-parleur expliquant, bien que je n’aie rien compris sur le moment, que le retard était dû à un incident à la station de Yotsuya et qu’il n’y avait plus de train à la station Tokyo, terminus de la ligne Chuo. L’annonce a été reprise ensuite en anglais, en chinois et en coréen, ouf !

Les retards de trains sont un fait rarissime à Tokyo. Les trains sont toujours à l’heure sauf s’il y a un incident du genre suicide ou tremblement de terre. De plus il n’y a jamais de grèves : la culture de l’exactitude ferroviaire est profondément ancrée dans l’esprit de tous les employés des lignes de trains car il y a aussi des lignes privées utilisant les voies qui font partie du domaine public et tout doit fonctionner à la minute près sinon ce serait une terrible pagaille dans une agglomération de 38 millions d’habitants qui n’utilisent que le train ou le métro pour se déplacer. J’en profite pour mentionner que certaines lignes de métro sont aussi des trains de banlieue du genre RER à Paris et que leurs terminus se trouvent parfois à des dizaines de kilomètres.

Je demande donc à Olivier Pastré, journaliste des Echos quel est le modèle ferroviaire français tant envié par l’étranger. Les TGV ? Ce sont de vraies poubelles avec des toilettes inutilisables, les TER ? Ils sont toujours en retard, les RER pour les Parisiens ? On se demande dans quel pays on se trouve tant ils sont sales, recouverts de graffitis, lents et vétustes … Le modèle français ? Permettez-moi Monsieur Pastré d’avoir un gros fou-rire. De toute évidence vous n’êtes jamais allé au Japon et vous n’avez jamais pris de train – Shinkansen compris – ni à Tokyo ni à Osaka.

Vendredi prochain je rentre chez moi et pour aller à l’aéroport de Narita je sais que les trains seront ponctuellement à l’heure et qu’il n’y aura naturellement pas de grève … Vive le modèle ferroviaire japonais !

Et si Hollande prouvait qu’il a réellement une paire de couilles ?

Connaissez-vous la loi Diard ? Du nom de l’ancien député des Bouches-du-Rhône Eric Diard qui a fait voter une loi qui limite le droit de grève du personnel navigant des compagnies aériennes françaises, en particulier d’Air France. Cette loi est une version édulcorée de l’acte dit de Taft-Hartley en vigueur aux USA et datant de 1947 qui limite le champ d’action des syndicats en particulier lorsque ceux-ci décident d’organiser des grèves. L’une des conséquences les plus retentissantes de l’application de cette loi fut le licenciement de 11345 contrôleurs aériens sur quelques 13000 en août 1981 par Ronald Reagan, licenciement assorti d’une interdiction à vie de prétendre à un quelconque emploi fédéral. Cette interdiction fut levée par Bill Clinton dix ans plus tard. La grève des contrôleurs aériens avait été considérée comme mettant en péril la sécurité du pays et Reagan appliqua donc la loi Taft-Hartley pour cette raison.

Ce matin, je discutais avec deux Suissesses en villégiature à Tenerife et elles m’ont décrit la France en quelques mots : « il y a toujours des grèves dans ce pays ». Je vais à Tokyo dans quelques semaines et j’ai choisi de ne pas passer par Roissy et j’ai eu le nez creux puisque je reviendrai du Japon à la mi-mai, en plein mouvement de grève du personnel navigant d’Air France qui a déposé un préavis (ou une menace) de grève, selon mes informations, du 3 au 30 mai pour protester contre la loi Diard qui oblige les personnels de cabine et les pilotes à déclarer individuellement leur intention de faire grève au moins 48 heures à l’avance. C’est ce détail qui les fait grincer des dents, individuellement signifiant que le syndicat des personnels navigants (SNPL) ne peut plus gérer ses troupes comme il a coutume de le faire de manière, on s’en doute, très démocratique. De plus cette loi Diard limite le nombre de jours de grève pour le personnel navigant et c’est la goutte qui a fait déborder la coupe du mauvais mousseux qu’on sert maintenant dans la classe bétaillère des longs courriers d’Air France. Quand on sait que sur un vol long courrier comme par exemple Paris-Tokyo, le personnel navigant travaille effectivement 25 heures par semaines, soit un AR entrecoupé de trois jours de repos, et qu’en plus ces gens grassement payés et logés dans des hôtels de luxe par Air France tous frais payés ont 14 mois de salaire par an, le contribuable lambda qui paie des impôts pour maintenir cette compagnie hors de la faillite est en droit de se poser quelques questions.

Bref, l’image de la France est bien écornée, surtout vue de l’étranger. La réponse appropriée à toute grève déclarée illégale est de licencier tous les grévistes comme le fit Reagan. Et si Hollande, qui a prouvé qu’il a une paire de couilles en le faisant bien savoir, prenait une telle décision ? Un simple décret déclarant illégales toutes les grèves dans le secteur public et para-public (comme Air France) redorerait le blason terni de la France.

On peut toujours rêver de lendemains qui (dé)chantent …

Lettre ouverte à Monsieur le Ministre Montebourg

 

Monsieur le Ministre,

J’ai lu dans un blog nord-américain que Foxconn, le géant tawaïnais de l’électronique, fournisseur entre autres clients d’Apple, en avait plus qu’assez des employés de ses usines basées en Chine continentale qui prennent trop de pauses café, font la grève, arrivent en retard au travail ou encore se suicident. Ce dernier problème a obligé Foxconn a entourer tous les bâtiments de ses usines de filets de protection, c’est dire l’énervement des dirigeants de ces usines qui sont de vraies villes avec hôpital, maternité, cinémas et centres commerciaux. C’est à la suite de cette recrudescence de suicides qui a terni l’image de Foxconn non seulement en Chine mais aussi dans presque tout le monde entier que les managers ont décidé de remplacer une grande partie de ses travailleurs par des robots et de cesser toute nouvelle embauche en remplaçant en trois ans un million d’employés par un million de robots, point à la ligne.

Merci pour les firmes japonaises qui fournissent les robots, merci aux autorités chinoises qui n’ont dit mot après cette décision et enfin merci à Foxconn qui pourra fabriquer des smartphones encore moins chers pour le plus grand bonheur de près d’un milliard d’humains avides de ces nouvelles technologies de pointe. Tout le monde est content, tout va bien dans le cyber-monde qui se profile à l’horizon. Mais ne s’agit-il pas de redressement (moral et social) productif pour Foxconn comme vous pourriez le faire remarquer, Monsieur le Ministre ?

Car les robots ne cotisent pas à un syndicat, ne font aucune revendication, seule une alarme prévient qu’il faut effectuer une petite opération de maintenance. Pour un million de robots, une équipe d’un millier d’employés fait l’affaire et un autre millier d’autres pour alimenter les robots en nourriture, je veux parler des pièces détachées, puisqu’ils ne font pas de pause, travaillent 24 heures sur 24, quelles que soient les législations sur le travail locales, et en silence, rendez vous compte Monsieur le Ministre, quel redressement dans les cadences de production et quelle paix sociale soudaine ! Pour fabriquer des pneus, il faudrait demander aux dirigeants de Goodrich (Japon) s’il est possible de produire des pneus avec des robots, alors la CGT perdra mille cotisations puisque, je l’ai dit, les robots ne se syndicalisent pas et l’usine se retrouvera en redressement productif et vous aurez gagné.

Monsieur le Ministre, dans trente ans, il n’y aura plus de chauffeurs de taxi, bien connus pour bloquer les rues dès qu’on ose toucher à leurs privilèges, les voitures se déplaceront toutes seules. Les gros poids-lourds aussi, plus d’opérations escargot sur les périphériques des grandes villes, en quelque sorte des robots roulants. Ils n’y aura plus non plus d’avions de chasse, Dassault et son rafale, c’est presque déjà obsolète, les drônes c’est mieux, ce sont des robots en mission jour et nuit. Plus de conducteurs de train ou de métro, tout sera automatisé donc plus de grèves (ni de cotisants aux syndicats) de ce côté-là. Et même la procréation pour autrui qui fait l’objet d’un débat (dépassé dans trente ans) sera effectuée par des machines, être enceinte pour une femme ne sera plus qu’un mauvais souvenir de grand-mère. Et chaque être humain aura sa petite puce implantée sous la peau pour lui aussi se faire robotiser par d’autres robots qui décideront de tout.

Monsieur Montebourg, faites un peu d’efforts d’imagination et robotisez toute la France, ainsi il n’y aura plus de conflits sociaux et tout le monde sera content !