Grammaire française : petites remarques

Oh oui ! Je sais que la grammaire est une discipline rébarbative qui n’intéresse personne bien qu’une de mes cousines fut agrégée de grammaire française et que toute sa carrière professionnelle fut le résultat de ce diplôme qui peut paraître désuet pour beaucoup de jeunes bacheliers qui savent à peine lire et écrire … N’étant pas moi-même un puriste et je l’avoue, je crois que dans ma prose qui compte maintenant plus de 7000 pages, mon blog, j’ai certainement accumulé un nombre considérable de fautes d’orthographe grossières. En ces jours d’incertitude financière plus que sanitaire, je pèse mes mots, il y a une expression revenant sans arrêt et qui me paraît défier les règles grammaticales les plus fondamentales mais je peux me tromper car je ne suis pas agrégé de grammaire. Il s’agit de l’expression « en même temps ».

Je ne regarde pas la télévision, fort heureusement pour ma santé mentale, mais je parie qu’au cours d’un journal l’un ou l’autre des interlocuteurs présents sur le plateau va utilise abusivement l’élocution « en même temps » agrémentée de plusieurs « effectivement ». J’ai de l’estime pour André Bercoff (SudRadio) mais je suis obligé de constater qu’il use et abuse des deux : « en même temps » et « effectivement ». Napoléon disait que si un de ses interlocuteurs utilisait plus de deux adverbes dans une phrase il ne l’écoutait plus et il avait raison parce qu’agrémenter un propos avec des adverbes signifie que ce propos est vide de sens.

Mais j’en reviens au « en même temps ». Je pense qu’il s’agit d’une faute grammaticale, certes légère, pardonnable, mais une faute tout de même. Il serait plus correct de dire : « dans le même temps ». Loin de moi l’idée de contrarier les physiciens qui considèrent que le temps est une notion impalpable et théorique, inventée pour décrire des phénomènes tels que la chute des corps explorée par Galilée puis Newton. Si on approfondit cette approche il ne peut pas exister de « même temps » car le temps est fugitif : l’avenir, à un instant t, n’existe pas encore et le passé n’existe plus. Il est vrai que ce n’est pas très simple à comprendre mais c’est pourtant la réalité. J’écoute en rédigeant ce billet la sonate pour piano n°22 in F, op.5 de Beethoven, chaque note, dans le même temps, est jouée par l’interprète (Claudio Arrau) et je ne peux pas me résoudre à écrire que le pianiste joue en même temps deux notes avec les doigts de ses deux mains, car il existe toujours une infime différence temporelle dans les notes jouées malgré le fait que Arrau soit un immense virtuose.

Donc, et j’insiste, l’expression « en même temps » n’est correcte ni grammaticalement ni physiquement. Les journalistes qui s’en gargarisent doivent dire « dans le même temps » même si la notion « même temps » n’a aucune signification scientifique, et le « en » doit être banni et a minima remplacé par « dans le » pour des raisons d’esthétique. Peut-être que ces expressions utilisés par les journalistes constituent l’une des raisons pour lesquelles je m’intéresse avec de plus en plus de détachement à l’actualité. La seule information qui ait attiré mon attention est une déclaration de Corinne Lepage qui a affirmé que la France était le pays européen le plus exposé aux conséquences du « dérèglement » climatique, c’est dire à quel point les informations volent bas. Dans la problématique du réchauffement, pardon du dérèglement climatique, c’est du « en même temps » systématique, les ours blancs, merci au CO2, ils pullulent, la grande barrière de corail, merci au CO2, elle ne s’est jamais aussi bien portée, quant aux aléas météorologiques c’est aussi du « en même temps », un amalgame fallacieux, car il y eut toujours par le passé des évènements météorologiques exceptionnels. Pour le climat comme pour la crise coronavirale c’est du « en même temps » systématique … pour semer la confusion dans les esprits.