Le gluten c’est bon pour la santé … des cheveux !

Le gluten c’est bon pour la santé … des cheveux !

J’ai trouvé sur les rayonnages de mon petit supermarché local du sucre de canne roux sans gluten, c’est vrai ( ! ) ce n’est pas nouveau car il n’y a jamais eu de gluten dans le sucre, ce qui est nouveau c’est le petit signal qui permet de vendre ce sucre plus cher. D’ailleurs les industriels qui éliminent par lavage de la farine de blé cette protéine pourtant essentielle pour une bonne panification et une souplesse de la mie du pain doivent se débarrasser de tout ce gluten qui semble avoir acquis un statut de poison violent alors qu’une proportion infime de la population souffre de douleurs intestinales provoquées par cette protéine parfaitement supportée par plus de 99 % d’entre nous. C’est essentiellement une affaire de marketing : le marché des denrées sans gluten a été créé de toutes pièces par les producteurs de produits alimentaires avec la complicité des distributeurs et de certains médecins bienveillants.

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C’est comme le sel sans sodium pour les hypertendus, ça existe aussi. Il s’agit en réalité de chlorure de potassium mais alors il me vient une question salée au bout de la langue : pourquoi les entreprises qui commercialisent ce « sel », car chimiquement parlant il s’agit bien d’un sel, n’apposent-elles pas un signe indiquant que ce « faux sel » est radioactif ? Il est vrai que plus personne ne s’approcherait du rayon de mon petit supermarché s’il y avait un tel signe sur le pot de faux sel (illustration trouvée sur le net). Il y a aussi dans mon petit supermarché un gros présentoir de bananes locales qui sont fort bonnes et je m’en délecte deux fois par jour car c’est excellent pour éliminer les crampes et les contractures musculaires. Pourquoi n’apposent-on pas aussi un petit signe indiquant que ces fruits sont radioactifs puisqu’ils sont particulièrement riches en potassium (voir le lien sur ce blog) ? Voilà où en est arrivée l’absurdité du marketing moderne qui a entrainé une imbécillité et amplifié une crédulité sans bornes des consommateurs.

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Mais revenons au gluten. Que faire de tout ce gluten extrait de la farine de blé ? Un article très sérieux paru dans la revue Royal Society of Chemistry, doi : 10.1098/rsos.171216 en accès libre, démontre que le gluten judicieusement modifié chimiquement pour le rendre soluble dans l’eau puis incorporé à un shampooing est excellent pour la santé des cheveux. Les fibres de kératine, le principal constituant des cheveux, sont « réparées », deviennent plus souples et visiblement plus résistantes aux attaques des détergents contenus dans les shampooings courants ! Ouf, on va enfin trouver des produits contenant à dessein du gluten ou du moins ce qu’il en reste après ces traitements chimiques et ils seront bons pour la santé … des cheveux.

Illustration via AAAS : un cheveu endommagé.

https://jacqueshenry.wordpress.com/2013/08/11/le-paradoxe-de-la-banane/

La controverse du gluten terminée ?

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C’est une étude parue dans le British Medical Journal qui l’affirme la mode des aliments sans gluten est néfaste pour la santé ! Les aliments sans gluten ne sont préconisés que pour les personnes diagnostiquées sans équivoque comme souffrant de maladie coeliaque, une « allergie » au gluten se traduisant par une inflammation de l’intestin, c’est-à-dire environ 1 à 2 % de la population. Tous les consommateurs qui se sont, par précaution, soumis à une alimentation sans gluten augmentent significativement leur exposition à des maladies cardiovasculaires. L’étude en question (voir le lien) a duré 26 ans et comportait un examen minutieux de l’alimentation de 64714 femmes et 45303 hommes ainsi que l’évolution de leur état de santé durant cette période. Il est apparu que l’alimentation contenant du gluten dans divers aliments – 131 aliments différents furent examinés – conduisait à une réduction des risques cardiovasculaires. Toutes les études antérieures de ce type s’étaient focalisées sur les personnes souffrant de maladies coeliaques et ne consommant ni de céréales entières (non raffinées pour ne plus contenir de gluten), ni d’autres aliments préparés à partir de blé, de seigle ou d’orge. Or la corrélation entre fréquence des maladies cardiovasculaires et absence de gluten dans l’alimentation n’a pas pu être établie.

Il ressort donc que les céréales (orge, seigle et blé) raffinées afin de ne plus contenir de gluten sont plutôt mauvaises pour la santé des personnes ne souffrant pas de maladie coeliaque : encore une rumeur infondée que cette étude a parfaitement bien mise en doute.

Source BMJ, doi : 10.1136/bmj.j1892

Alimentation sans gluten : une mode et de gros profits …

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Les statistiques de Google révèlent parfois des comportements étranges. C’est ce que vient de démontrer un article paru dans le très respecté Journal of Pediatrics (http://dx.doi.org/10.1016/j.jpeds.2016.04.014 ) au sujet du gluten. L’intolérance au gluten laisse quelque peu perplexes les spécialistes en gastroentérologie (voir le lien sur ce blog en fin de billet) et une preuve formelle d’une relation de cause à effet entre les aliments contenant du gluten, à base de blé, d’orge ou de seigle, et la maladie coeliaque n’a toujours pas été clairement démontrée. Seules des observations contestables ont conduit les nutritionnistes et les médecins à suggérer aux patients un régime alimentaire sans gluten puisqu’il leur « semblait » que l’absence de gluten soit bénéfique pour la santé intestinale.

Selon des statistiques médicales incontestables moins de 0,5 % de la population souffre d’intolérance avérée au gluten. La question qui se pose alors est de savoir pourquoi une étude portant sur 30000 personnes réparties dans 60 pays de par le monde indique que 21 % d’entre elles considèrent que l’alimentation sans gluten est « très » importante pour leur santé ainsi que pour celle – et surtout – des enfants. Jusqu’à 37 % des personnes de moins de 20 ans interrogées dans le cadre de cette étude déclaraient que l’alimentation sans gluten était préférable pour leur santé malgré le surcoût substantiel induit par leur choix. D’un autre côté 47 % des personnes ayant participé à cette étude déclarent que cette histoire d’aliments sans gluten n’est qu’une mode et qu’il n’y a aucune évidence pour l’entretenir.

Pourtant, en l’espace de trois ans le chiffre d’affaire de l’industrie alimentaire sans gluten a augmenté de 131 % pour atteindre aux USA seulement la coquette somme de 11,6 milliards de dollars en 2015, très largement au dessus du nombre de cas déclarés et prouvés de maladie coeliaque. Qui plus est, l’obtention de farine sans gluten appauvrit celle-ci en vitamines du groupe B, en folate et en fer. Mais pire encore, les aliments sans gluten préparés industriellement sont enrichis en corps gras et en sucres afin de pallier à leur mauvaise tenue mécanique et à leurs propriétés organoleptiques dégradées. L’étude citée en référence indique que la nourriture sans gluten favorise l’apparition de diabète de type 2 et de surpoids.

Ce qui embarrasse la communauté médicale est la frontière imprécise entre la maladie coeliaque indépendante du gluten et l’intolérance prouvé dans moins de la moitié des cas à ce composé présent dans les céréales citées plus haut. En effet, la recherche d’anticorps (IgA) dirigés contre une portion de la gliadine, l’un des composants protéiques du gluten, est souvent peu ou pas concluante. D’autres cas sont à rapprocher de l’intolérance au lactose et parfois au fructose.

S’il est indéniable que certaines personnes ressentent un bienfait avec l’alimentation sans gluten, il reste qu’aucune explication scientifique satisfaisante n’a pu être apportée à cette observation. Il serait alors logique et recommandé que les personnes souffrant de maladie coeliaque soient orientées vers une recherche d’autres formes de maladies auto-immunes provoquant ce symptôme et éventuellement des manifestations allergiques cutanées. Finalement la nourriture sans gluten est une histoire de mode et il est peu probable que le corps médical arrive à modifier le comportement des consommateurs qui se sont auto-persuadés que le gluten était mauvais pour leur santé. Les seuls bénéficiaires de cette mode sont les industriels de la malbouffe qui ont exploité judicieusement ce filon de marketing.

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Le plus étonnant dans cette histoire est l’arrivée de la bière sans gluten dans ce marché « tendance ». Les brasseries Dupont Foret Libre et Mikkeller proposent chacune une bière appauvrie en gluten. On n’arrête plus la créativité quand il s’agit d’exploiter la bêtise humaine qui, comme le disait très justement Einstein, n’a pas de limite !

Illustration : voir le lien dans le texte, source Google : http://www.google.com/trends du 23 décembre 2015

Bière : source Bloomberg

https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/05/13/ou-le-gluten-fait-reparler-de-lui/

Dans la rubrique malbouffe, les aliments sans gluten.

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Je cherchais du chocolat dans le petit super-marché près de chez moi et j’ai eu la surprise de constater qu’il existait du chocolat noir sans gluten. Mes petites cellules grises (allusion à Hercule Poirot dont je viens de télécharger l’ensemble des films) se sont frénétiquement agitées dans tous les sens. Jamais je n’aurais imaginé qu’il puisse exister du chocolat noir contenant du gluten à moins d’y ajouter de la farine de blé ou plus spécifiquement du gluten. Le chocolat noir que je consomme régulièrement est sucré avec des extraits de stévia mais il contient néanmoins un peu de maltitol et de la lécithine de soja. Je suis resté perplexe car on ne peut pas dire que ce chocolat, en dehors du stévia, soit vraiment « bio » alors qu’il se trouve dans le petit linéaire des produits dits « bio » du supermarché. Bref, ce chocolat est censé selon l’étiquetage contenir 70 % de poudre et de beurre de cacao, ça rassure mais à moitié seulement.

Cette petite introduction n’a d’utilité que pour faire ressortir que l’étiquetage des aliments est loin d’être parfait.

Le fabricant insiste surtout sur ce qui est absent du produit mais dissimule soigneusement la longue liste d’additifs nécessaires pour pouvoir commercialiser des produits sans gluten comme des petits gâteaux, des biscuits et pire encore des biscottes. Il est difficile d’imaginer ce que contiennent ces produits sécurisés pour le un pour cent de la population susceptible de souffrir du syndrome coeliaque. Ce qui est surprenant est l’engouement des consommateurs pour les produits industriels sans gluten. D’après une enquête réalisée en Grande-Bretagne plus de 20 % de la population déclare acheter des produits sans gluten ! Serait-ce à titre préventif ? Le marketing savamment orchestré par les industriels de la malbouffe est très rentable car ces produits sont plus coûteux et n’apportent aucun bénéfice pour la santé, la maladie coeliaque liée au gluten faisant toujours l’objet d’une controverse.

Dans cette rubrique malbouffe, il faut enfin mentionner les saucisses industrielles. Il arrive que certaines saucisses ne contiennent que 30 % de matière réellement d’origine carnée, le reste des ingrédients relève du secret industriel. Dans mon petit super-marché j’ai lu attentivement la notice d’un paquet de 12 saucisses « pur porc » à faire griller à la plancha. Rassurez-vous je n’ai pas de plancha chez moi et je ne consomme jamais de saucisses frelatées. On mentionne dans cette notice la présence de sel, de sulfite de sodium et de colorant naturel, point barre. On peut suspecter la présence de gluten dans ces saucisses car il s’agit d’un additif communément ajouté en charcuterie industrielle pour assurer à la mixture secrète sa tenue mécanique. La ménagère faisant scrupuleusement attention à ses aliments sans gluten ira ensuite remplir son panier avec de la charcuterie industrielle qui contient probablement ce produit, résidu de la production de farine dégluténisée qu’il faut valoriser, et d’autres additifs plus ou moins toxiques. Le sulfite de sodium est par exemple un puissant laxatif mais l’étiquetage ne le dit pas …

Sources : diverses

Gluten, lactose, oligosaccharides ? Une nouvelle grosse arnaque !

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Depuis qu’on a « cartographié » le microbiome intestinal, la nouvelle mode des diététiciens est de faire en sorte que nous prenions soin de nos gentilles petites bactéries et toutes les extravagances sont autorisées. Le filon est en effet juteux pour ne pas dire appétissant car il y a des profits à portée de main. Tout a débuté avec la controverse sur l’intolérance au gluten à la suite d’essais en aveugle réalisés à l’Université Monash en Australie (voir le lien sur ce blog) qui montrèrent, mais il ne fallait pas trop en parler, qu’après tout la maladie coeliaque n’était pas vraiment liée au gluten ni à une intolérance à cette protéine particulière mais plutôt à un dérèglement de la flore bactérienne intestinale. Il est vrai qu’à force de s’assommer d’antibiotiques pour un pet coincé on finit par détériorer la qualité de cette flore sans laquelle on ne pourrait pas vivre. Naturellement il va sans dire que cette histoire de pseudo-intolérance au gluten a rapporté des milliards de dollars aux petits malins qui se sont engouffré dans ce créneau. J’ai acheté il y a quelques jours du café moulu de la marque Mellita (je ne fais pas de publicité et il n’y a aucun conflit d’intérêt dans ce blog) en provenance du Brésil certifié ne contenant pas de gluten !!! J’ai ainsi découvert que le café, par voie de conséquence, contenait du gluten ou pouvait éventuellement en contenir. Cet exemple illustre à quel point des centaines de millions de personnes sont systématiquement considérées comme des imbéciles qu’on peut rançonner sans état d’âme en leur vendant toutes sortes de denrées alimentaires à des prix astronomiques sous prétexte qu’elles ne contiennent pas de gluten, ou pas de lactose ou encore pas de pesticides mais c’est une autre histoire …

Bref, revenons au microbiome intestinal. La Nouvelle Eglise de Scientologie Digestive préconise de se pencher très sérieusement sur les FODMAPs, j’ignore s’il existe un acronyme équivalent en français mais pas de souci j’ai inventé celui-ci : PDMOF, ça sonne bien et ça veut dire Polysaccharides, Disaccharides, Monosaccharides et Oligosaccharides Fermentescibles. Sans être allé au delà du certificat d’études tout le monde a compris qu’il s’agit de sucres en folie sous toutes leurs formes, depuis le glucose du miel jusqu’au xylitol, l’agent sucrant des chewing-gums zéro calories ou encore additif des pâtes dentifrices qui donnent un léger goût de sucré sans être du vrai sucre mais prévient aussi le séchage du dentifrice à la sortie du tube. Les nouveaux gourous de la diététique, forts des avancées récentes de la biologie moléculaire qui a identifié près de 2000 bactéries différentes dans l’intestin, préconisent de prêter une attention toute particulière aux PDMOFs parce que, pour eux, c’est là que se situe tout le problème des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin. Ces PDMOFs modifient la flore intestinale et il est donc nécessaire, selon les nouveaux charlatans qui sévissent dans ce domaine de la nutrition préventive (voir le lien), de modifier son régime alimentaire afin de réduire l’apport quotidien en PDMOFs et surtout d’éviter le gluten … comme si le gluten était aussi un PDMOF ! Il est vrai que glu fait penser à glucose alors qu’à cela ne tienne c’est aussi un PDMOF. Dans la liste exhaustive des PDMOFs (voir le lien cdhf.ca …) on trouve parmi les produits lactés la margarine, c’est nouveau, ça vient de sortir du cerveau des diététiciens dûment enregistrés, et je découvre comme vous que la margarine est fabriquée à partir de lait ou encore que le rhum contient du sucre et pas n’importe lequel, un PDMOF, mais c’est bien sûr ! Très bizarre parce que dans les PDMOFs préconisés pour améliorer le syndrome inflammatoire intestinal le sucre de table est autorisé. On peu continuer dans ce délire et aller de surprise en surprise pour prouver tout simplement que les diététiciens, ces membres de la toute nouvelle Eglise de Scientologie Digestive ne savent tout simplement pas de quoi ils parlent. Ils se soucient surtout de leur porte-monnaie.

Dans un article paru dans Gastroenterology dont le titre est non ambigu puisqu’il nie toute relation entre le gluten, les sucres à chaine courte (oligosaccharides) et le syndrome intestinal inflammatoire, il était question d’un échantillon de 37 personnes, pas suffisamment pour prouver que la relation entre ces paramètres, gluten et PDMOFs, et ce syndrome ne pouvait être établie de manière incontestable, un détail qui n’a pas échappé aux diététiciens ! L’anecdote du necator (voir le lien sur ce blog) tendrait à prouver que l’inflammation de l’épithélium intestinal est bien un des éléments, certes, de ce syndrome mais il n’en a pas fallu plus que cet article pour déchainer les passions sur les PDMOFs. Le souci dans cette histoire c’est aussi la présence de fructanes dans la farine de céréales panifiables contenant du gluten. Or ces fructanes sont des candidats montrés du doigt pour initier le syndrome inflammatoire intestinal. On est donc en droit de supposer que si l’ingestion modérée de PDMOFs est réellement bénéfique pour diminuer le syndrome inflammatoire intestinal, dans le doute on peut se poser la question de savoir qui du gluten ou de ces sucres est vraiment en cause.

Il faut plutôt se pencher sur la flore intestinale et l’intégrité de son harmonie. Les polysaccharides et les fibres (encore une autre lubie des diététiciens, mangez du carton c’est bon pour la santé !) ne sont digérés que dans le gros intestin car la flore intestinale y est légèrement différente de celle de l’intestin grêle. Cette digestion tardive provoque des flatulences et des douleurs parfois attribuées au syndrome inflammatoire y compris l’intolérance au lactose pouvant également être imputée à l’absence de bactéries exprimant la beta-galactosidase.

Pour en finir avec cette controverse qui n’en est pas une sinon pour le plus grand bien des finances de charlatans auto-promus diététiciens il existe des tests mis au point à la Johns Hopkins University pour détecter dans l’haleine (pas nécessairement fétide) l’intolérance au lactose, la présence d’helicobacter, l’intolérance au fructose et enfin le syndrome de la sur-croissance bactérienne dans l’intestin grêle (voir le lien) et plutôt que de s’imposer des régimes délirants il est préférable de savoir dans un premier temps si on est vraiment malade ou si ce n’est que de l’imagination. Difficile d’évaluer combien coûte une « cartographie » de la flore intestinale (quelques milliers de dollars) mais ce diagnostic pourrait très bientôt être proposé parallèlement à une inoculation par voie orale de bactéries permettant de reconstituer cette flore intestinale avec laquelle il veut mieux, à l’évidence, vivre en bonne harmonie. Peut-être que Molière se serait délecté en écrivant une pièce du genre : « Le Malade aux Bactéries Imaginaires » …

Sources :

http://cdhf.ca/bank/document_en/32-fodmaps.pdf

http://blog.katescarlata.com/fodmaps-basics/fodmaps-checklist/

http://www.gastrojournal.org/article/S0016-5085%2813%2900702-6/abstract?cc=y?cc=y ( DOI: http://dx.doi.org/10.1053/j.gastro.2013.04.051 )

http://www.hopkinsmedicine.org/gastroenterology_hepatology/clinical_services/specialty_services/breath_testing.html

Et sur ce blog :

https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/10/03/on-a-parfois-besoin-dun-plus-petit-que-soi-par-exemple-de-necator-il-fallait-y-penser/

https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/05/13/ou-le-gluten-fait-reparler-de-lui/

On a parfois besoin d’un plus petit que soi, par exemple de Necator. Il fallait y penser !

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Depuis que j’ai écrit un papier sur les acariens puis un autre sur la douve du foie, je fais parfois d’horribles cauchemars la nuit en pensant à des petites bêtes, de minuscules acariens qui courent joyeusement de partout sur mon corps. Quand on a vraiment pris conscience qu’on est habité par des dizaines de milliers de ces bestioles et qu’on ne peut pratiquement rien faire pour s’en débarrasser, il y a tout de même des médecins courageux pour ne pas en être obsédés et se servir de parasites pour au contraire soigner certaines maladies. On nettoie bien certaines plaies avec des asticots et autrefois la mode répandue était de se faire poser des sangsues dans le dos, bref, un parasitage volontaire si on peut dire les choses ainsi.

Si vous n’avez jamais entendu parler de l’ankylostomose, vous êtes pardonné, surtout si vous n’avez jamais vécu dans un pays chaud et humide. C’est une parasitose due à un ver, un nématode d’à peu près un centimètre de long quand il est adulte, armé de crochets pour s’ancrer sur l’épithélium intestinal et y rester confortablement plusieurs années. S’il n’y a pas de surpopulation de ce parasite on vit très bien. Une équipe de biologistes de l’Université James Cook à Cairns dans le nord du Queensland spécialiste des maladies tropicales s’est intéressée à ce ver, Necator americanus, non pas pour ce que l’on pense car son éradication à l’aide de médicaments est bien connue mais pour ses éventuels effets bénéfiques alors que paradoxalement près de 750 millions de personnes sont parasitées par ce ver dans le monde, surtout dans les régions subtropicales comme par exemple en Floride ou au nord du Queensland. Si ce ver ne pose pas trop de problèmes dans les pays développés, il peut vraiment affecter la santé des populations qui n’ont pas accès au confort sanitaire occidental. Ce parasite est transmis par les chiens et les chats, merci au passage à ces gentils animaux de compagnie, et va donc s’établir dans l’intestin mais pas directement. Les larves issues des œufs pondus dans l’intestin et qui se retrouvent dans les défécations de ces animaux de compagnie recommencent leur cycle d’infestation particulièrement flippant, du genre film d’horreur. Elles s’accrochent à la peau et y pénètrent, creusent un tunnel jusqu’à trouver un capillaire sanguin, remontent vers le cœur en se laissant porter par le sang, arrivent dans les alvéoles pulmonaires et s’y accrochent à nouveau mais ce n’est pas encore le bon endroit pour vivre. Elles creusent un nouveau chemin pour venir, disons, à l’air libre du côté aérien des alvéoles pulmonaires, dans les bronches puis elles remontent jusqu’au larynx et quand elles sont avalées elles se retrouvent dans l’estomac pour finalement arriver à l’intestin grêle, deviennent des vers adultes et y finissent leur vie de quelques années en ayant pour unique fonction de pondre des milliers d’oeufs chaque jour afin que le cycle se perpétue.

Les Australiens avaient une petite arrière pensée dans leur démarche parce qu’on a observé que l’organisme était incapable de manifester une quelconque réponse immunitaire contre ce parasite. Il devait donc exister un mécanisme initié par le ver pour qu’il prospère en toute impunité, ce qui n’est pas le cas avec la douve du foie qui finit par déclencher un cancer en perturbant la réponse cellulaire de l’épithélium de l’arbre biliaire. Dans le cas du Necator, rien de tout cela. Comme les scientifiques ont parfois des idées bizarres sinon inattendues, l’équipe de l’Université James Cook s’est donc demandée si par hasard ces vers ne seraient pas bénéfiques pour les personnes souffrant de la maladie coeliaque dont la cause reconnue (mais récemment controversée) est la présence de gluten dans l’alimentation et qui est classée parmi les maladies auto-immunes. Quand on émet ce genre d’hypothèse il suffit de trouver une astuce pour la vérifier et dans le cas de la maladie coeliaque, rien de plus facile puisqu’en Australie environ une personne sur 70 souffre de cette maladie et bien d’autres gens souffrent aussi d’ankylostomose en particulier dans la partie nord du pays. Un immunologiste de l’Université de Cairns, Paul Giacomine, a donc établi une collaboration avec le service de gastroentérologie de l’hôpital Prince Charles de Brisbane pour effectuer un test sur douze volontaires souffrant de la maladie coeliaque. Toutes ces personnes ont été infectées avec 20 larves de Necator, pas par la peau mais par ingestion, ça fait plus propre, et l’expérimentation a duré un an. Durant les trois premiers mois les volontaires ont ingéré chaque jour de 10 à 50 milligrammes de gluten inclus dans leur alimentation sous forme de nouilles ou de spaghetti, ça représente en gros dix centimètres d’un spaghetti. La deuxième phase durant également trois mois a porté le régime avec gluten à 1 gramme quotidien puis enfin à 3 grammes par jour et à la fin du test l’alimentation de chacun des volontaires comportait une bonne grosse assiette quotidienne de spaghettis. Personnellement je n’ai rien contre les spaghetti, ce qui importe c’est la façon de les accommoder pour que ce truc soit mangeable.

Des prélèvements sanguins réguliers ont permis de suivre l’évolution des marqueurs de l’inflammation ainsi que le nombre de lymphocytes T. Deux volontaires se sont désisté au cours du premier trimestre et deux autres au cours du second trimestre de tests pour des raisons indépendantes de leur maladie coeliaque. Les huit volontaires restants, ont tous ressenti une complète disparition de leur maladie, amélioration confirmée par la baisse de divers paramètres biochimiques dont la transaminase tissulaire et l’interféron gamma avec une augmentation en parallèle des lymphocytes T régulateurs/répresseurs exprimant l’immunoglobuline de surface CD4. La présence des nématodes induit donc par la présence de l’une ou l’autre de ses protéines une modification de la fonction des lymphocytes qui deviennent alors anti-inflammatoires. Comme pour apporter une preuve supplémentaire de la réussite de cette expérimentation pour le moins inattendue, les 8 sujets soumis au test ont tous refusé de subir un traitement pour être débarrassés de « leurs » parasites de peur de devoir souffrir à nouveau de la maladie coeliaque ! L’équipe du Professeur Alex Loukas de la James Cook University, leader de cette étude inattendue, est maintenant à la recherche de ce signal protéique sécrété par les nématodes qui réoriente la fonction des lymphocytes T car ce pourrait être la base d’un nouveau traitement non seulement pour la maladie coeliaque mais également pour l’asthme, l’eczéma atopique et bien d’autres manifestations inflammatoires comme par exemple la maladie de Crohn. Parallèlement la même équipe de biologistes est impliquée dans la mise au point d’un vaccin pour éradiquer l’ankylostomose qui constitue un réel problème de santé publique dans de nombreux pays tropicaux même s’il existe des médicaments efficaces pour s’en débarrasser. La réinfection est en effet courante quand l’hygiène de vie laisse à désirer comme c’est le cas dans beaucoup de pays sub-tropicaux, j’en parle par expérience.

Comme quoi on peut avoir parfois besoin d’un plus petit que soi …

Source : James Cook University News and Media, illustration Wikipedia

Autres liens sur ce blog au sujet des parasites : https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/09/14/la-douve-du-foie-fait-toujours-autant-de-ravages/

https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/08/31/et-si-on-parlait-des-demodex-une-nouvelle-marque-de-pret-a-porter-non-un-parasite-commun-pourtant-inconnu/

Où le gluten fait reparler de lui …

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En Australie comme d’ailleurs partout dans le monde, une personne sur cent est réellement intolérante au gluten mais il se trouve qu’on assiste à un phénomène curieux et inexplicable, le nombre de personnes se déclarant souffrantes de la maladie coeliaque est en constante augmentation. Gluten ou pas elles ont des problèmes digestifs récurrents que l’on attribue, c’est nouveau, ça vient de sortir, à la maladie coeliaque non dépendante du gluten. Rien qu’aux USA on compte déjà plus de 18 millions de ces nouveaux malades et la plupart d’entre eux ont supprimé le gluten de leur alimentation sans qu’une quelconque amélioration ait pu être constatée par eux-mêmes et naturellement aussi par le corps médical qui reste perplexe.

Jessica Biesiekierski, médecin à l’université Monash a recruté des participants dans la ville de Melbourne pour en avoir le cœur net. Sur les 248 personnes ayant répondu à l’appel, 147 ont subi des examens complémentaires pour déterminer les causes réelles de leur sensibilité digestive et seulement 40 ont été retenues pour des tests plus approfondis. D’une moyenne d’âge de 43 ans, 88 % des sujets étaient des femmes et les deux tiers d’entre elles avaient délibérément opté pour un régime sans gluten par choix personnel plutôt que pour des raisons médicales et souvent parce qu’elles avaient suivi les conseils d’un prédicateur en médecine alternative, membre de l’Eglise de Scientologie Digestive. Sur le lot étudié, seuls 28 % des volontaires souffraient de maladie coeliaque non dépendante du gluten, Un autre quart souffrait de symptômes digestifs variés hors de contrôle bien que s’étant soumis volontairement à un strict régime sans gluten et un petit tiers restant se plaignait de troubles digestifs alors qu’ils n’avaient pas éliminé le gluten de leur régime ! A n’y rien comprendre …

Pourtant le Docteur Biesiekierski persévéra pour en avoir le cœur net. Trente-sept de ses sujets d’expérimentation (volontaires) auto-proclamés souffrant de maladie coeliaque bien que soumis tout aussi volontairement à un régime strictement sans gluten furent alors plus profondément étudiés. Ce qui intriguait cette biologiste était une possible relation entre les aliments contenant normalement (et naturellement) du gluten et qui étaient aussi riches en ce qu’on peut appeler des FODMAPs. Cet acronyme barbare désigne les mono-, di- et polysaccharides du genre fructanes, galactans et autres polyols naturellement présents dans la nourriture et en particulier la farine de blé, orge, avoine (c’est plutôt pour les chevaux) et sarrazin, bref, des céréales glutenisées à mort pour provoquer des haut-le-coeur à ces adeptes de l’alimentation aseptisée et contrôlée. Après des essais en double aveugle, avec placebo, du genre Docteur Knock revus et corrigés pour respecter la bonne pratique de laboratoire, il parut clair, sinon limpide, que ces FODMAPs avaient un effet évident sur la qualité de la digestion des sujets étudiés. Ce qui surprit, tout de même un peu, c’est qu’au cours de ces essais, elle introduisit subrepticement du gluten dans les rations alimentaires de certains de ses volontaires et elle s’aperçut qu’il n’y avait aucun changement ! En réalité les flatulences et autres désagréments intestinaux éminemment passagers dont souffraient ses volontaires, essentiellement des femmes, étaient tout simplement le résultat de la fermentation des oligosaccharides par les bactéries intestinales qui dégagent des gaz (du vilain CO2 et du vilain méthane) et entrainent quelques douleurs, surtout au niveau du nombril et encore plus sûrement si on passe son temps à le contempler dans un psyché !

Conclusion pas si évidente, il vaut mieux avoir une bonne flore intestinale pour mieux digérer. La qualité de cette flore est un véritable capital à respecter si l’on veut être en bonne santé et tout abus d’antibiotiques ou autres poisons abondamment prescrits par des médecins peu regardants est également à proscrire …

Source : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24740495