Et si on parlait de la ghreline et de ses effets sur l’appétit au sens large

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La ghreline, une petite protéine sécrétée par l’estomac et dans une moindre mesure le duodénum, découverte en 1996, est aussi appelée l’hormone de l’appétit. Elle stimule en effet l’appétit en agissant sur le cerveau au niveau des centres de récompense. Dès qu’on commence à se nourrir, son effet sur le système nerveux central n’étant plus utile, sa sécrétion s’arrête. Or le centre de récompense du cerveau est aussi impliqué dans les motivations sexuelles en particulier la recherche d’un partenaire. On parle bien d’ « appétit sexuel », cette expression n’est donc pas dénuée de signification biologique. Encore fallait-il le démontrer. C’est ce qu’a réalisé une équipe de biologistes de l’Université de Gothenburg en Suède. La ghreline agit sur le système mésolimbique dopaminergique, le centre de la récompense, et envoie un signal au niveau de l’hypothalamus qui est en charge de réguler l’homéostase énergétique. C’est un peu compliqué mais le besoin en énergie déclenche l’appétit et la ghreline joue donc un rôle de signal dans ce processus complexe. Mais l’action de la même hormone sur le centre cérébral de la récompense stimule l’activité sexuelle, au moins chez les souris mâles, car il existe ces récepteurs spécifiques de la ghreline dans le centre cérébral de récompense.

Pour prouver que la ghreline avait un effet sur l’activité sexuelle, le récepteur de la ghreline (GHS-R1A) a été désactivé par délétion génétique. Il a suffi alors d’observer des souris mâles témoins et d’autres manipulées génétiquement. Parallèlement les observations ont été corroborées avec les effets d’une drogue agissant sur ces récepteurs de la ghreline, le JMV2959, un « coupe-faim » développé par la société allemande Aeterna Zentaris dont le mode d’action s’est révélé être un antagoniste de la ghreline en se fixant sur ce récepteur GHS-R1A au niveau du système mésolimbique dopaminergique. Bref, supprimer ces récepteurs de la ghreline ou inhiber ces derniers modifie considérablement le comportement sexuel des rats mâles mis en présence d’une souris en chaleur comme le montrent les illustrations ci-dessous qui méritent quelques explications.

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En moyenne, dans les conditions normales (Veh signifiant véhicule, le sérum physiologique servant à diluer la ghreline) il faut au mâle environ 15 minutes pour s’intéresser à la femelle en chaleur. Si on lui a administré de la ghreline (Ghr), ce temps de latence est diminué d’un facteur de près de 5, le nombre de tentatives d’accouplements est multiplié par 4 et leur durée par 8. Force est de constater que la ghreline a un effet stimulateur sexuel considérable. Quant au nombre et à la durée des intromissions le facteur multiplicatif est d’environ deux fois.

Si on traite le mâle avec l’inhibiteur (JMV) ce dernier va mettre trois fois plus de temps pour s’intéresser à la femelle en chaleur et il ne tentera même pas de la « monter » car les circuits de récompense sont totalement inactifs. La souris mâle n’est plus motivée du tout puisqu’il n’y aura pas de récompense.

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L’appétit ne vient pas en mangeant puisque la sécrétion de ghreline cesse quand on commence à se nourrir, mais la ghreline stimule le centre de la récompense et cette sécrétion de ghreline est commandée par la nécessité de maintenir l’homéostase énergétique de l’organisme. Parallèlement cette même ghreline stimule l’ « appétit sexuel » par un mécanisme sensiblement identique via des récepteurs (GHS-R1A) identiques situés dans des régions du cerveau distinctes mais cependant interconnectées, l’hypothalamus pour l’appétit tout court et la région mésolimbique dopaminergique pour l’appétit sexuel. L’expression populaire « j’ai envie de toi » en référence à l’appétit prend donc tout son sens. Qu’en est-il des femmes, et des femelles dans le cas des souris ? On peut spéculer à l’infini mais il est opportun de remarquer ici que l’étude a été réalisée avec des souris mâles dites « naïves », c’est-à-dire sans expérience sexuelle préalable à l’expérience, et des femelles à qui on avait ôté les ovaires et déclenché des chaleurs par injections d’hormones, estradiol et progestérone. Bien malin celui qui peut prétendre que la souris femelle est à la recherche de plaisir sexuel car il s’agit avant tout pour elle de satisfaire un besoin physiologique impérieux n’ayant rien à voir avec le plaisir. Il est donc probable sinon certain que chez la femme le même mécanisme de récompense et donc de recherche du plaisir sexuel soit présent. Aucun animal de laboratoire ne peut naturellement le prouver.

Bon appétit !

Source : http://onlinelibrary.wiley.com/store/10.1111/adb.12202/asset/adb12202.pdf?v=1&t=i5l7eeok&s=4d90967c1e9db3dc9427d20fcc7ff7b3629f1076

Obésité et bactéries intestinales ? Du nouveau

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Hier à midi, en allant déjeuner, stimulé par mon appétit, j’ai observé une jeune femme assise sur un banc à l’ombre d’un flamboyant (qui avait depuis plusieurs semaines perdu ses fleurs) avaler à grosses bouchées une sorte d’énorme sandwich constitué d’un pain industriel insipide enrobant un mélange ressemblant de loin à ce que les boutiques genre McDonald’s servent à leurs clients. A côté de cette femme devant peser, selon mon estimation analytique et critique, au moins une centaine de kilos tant l’abondance de ses réserves lipidiques étaient apparentes, il y avait une canette de coca cola zéro. Je n’ai pas manifesté mon dégout ni ma réprobation parce que cette scène répugnante ne me concernait pas mais je me suis demandé pourquoi une jeune femme, qui en d’autres temps et autres lieux aurait pu être attirante, avait choisi délibérément de s’autodétruire en se livrant au seul plaisir qui devait lui rester, se goinfrer à longueur de journée. Hier soir, en terminant ma revue de presse vespérale axée principalement vers les journaux, blogs et autres sites nord-américains, je suis tombé par hasard sur un article relatif à la Ghreline. Ce n’est la petite amie d’un Gremlin mais une hormone peptidique de petite taille sécrétée par l’intestin et qui est appelée l’ « hormone de la faim ». On sait que la faim est commandée par l’ensemble de l’organisme mais plus particulièrement le cerveau et une partie bien précise de ce dernier, l’hypothalamus, ce pédoncule qui relie l’hypophyse au cerveau. Quand on a faim, l’intestin signale au cerveau qu’il faut faire quelque chose par l’intermédiaire de ce petit peptide qui va agir sur l’excrétion d’hormone de croissance mais aussi et surtout sur l’arc de la récompense comprenant les neurones cholinergiques et dopaminergiques, j’en ai souvent parlé dans mon blog. Une fois la sensation de faim satisfaite, le taux de ghreline chute et tout redevient normal, on est comblé et tout va bien. Mais justement, pas toujours chez les obèses qui se livrent à cette activité catastrophique que j’observais avec cette jeune femme appelée par les spécialistes l’hyperphagie. On pourrait s’attendre à un taux de ghreline supérieur à celui de sujets normaux chez ces personnes apparemment obsédées par la nourriture. Or, pas de chance, le taux de ghreline est normal voire inférieur à celui de sujets peu penchés à la goinfrerie. Cette observation a conduit une équipe de biologistes de l’Unité 1073 de l’INSERM à Rouen a se poser la question de savoir ce qui n’allait pas chez les hyperphagiques en collaboration étroite avec l’équipe du Professeur Akio Inui de l’Université de Kagoshima au Japon. Ils se sont aperçu qu’en réalité il existait, circulant dans le sang des personnes obèses, des anticorps dirigés contre la ghreline. L’hypothèse la plus satisfaisante était alors que ces anticorps protégeaient la ghréline contre une rapide dégradation dans le sang permettant ainsi à cette « hormone de la faim » de continuer plus longtemps à jouer son rôle au niveau du cerveau en stimulant par conséquent l’appétit. Mais comme toute hypothèse doit être vérifiée ces biologistes ont utilisé des souris génétiquement modifiées pour être obèses et manger plus que de raison, si tant est que les souris ont de la raison. Ils ont injecté de la ghreline à des souris normales pour stimuler leur appétit. Comme on peut s’y attendre, les souris se mettent à manger précipitamment mais leur appétit disparait tout aussi rapidement. Mais si on injecte à ces mêmes souris un mélange de ghreline et d’anticorps de sujets obèses, de ces souris génétiquement modifiées ou d’humains obèses, la stimulation de l’appétit est plus intense et dure beaucoup plus longtemps. Or ce résultat peut être rapproché d’un autre rôle de la ghreline, cette fois au niveau de l’intestin, qui est d’intervenir dans la régulation des mécanismes anti-inflammatoires gastro-intestinaux. Comme l’épithélium intestinal est littéralement couvert de cellules produisant des anticorps variés dirigés contre le moindre germe pathogène on peut imaginer qu’un dérèglement d’origine encore inconnue ait fait apparaître en quantité plus importante chez les obèses cet anticorps dirigé contre la ghreline et qui ne détruit pas le peptide mais au contraire le protège et permet son transport jusqu’au cerveau. L’illustration (INSERM) montre en vert les cellules de l’épithélium intestinal produisant des anticorps et en rouge celles qui produisent de la ghreline, par marquages fluorescents spécifiques. Si certaines formes d’obésité et d’hyperphagie sont liées à un dérèglement aussi minime soit-il du système immunitaire intestinal, on peut imaginer qu’un leurre synthétique pourrait détourner ces anticorps de leur aptitude à se lier à la ghreline à condition naturellement que ce leurre n’ait pas lui-même d’action sur les centres de récompense du cerveau ni au niveau de la zone de l’hypothalamus appelée arcuate nucleus. Ces mêmes équipes de biologistes ont aussi montré que certaines immunoglobulines interféraient aussi avec d’autres hormones peptidiques intestinales impliquées dans l’anorexie et la boulimie, avec également un rôle probable de la flore intestinale dans ces dérèglements.

Source : INSERM Press release