Chronique japonaise (suite)

Multiple_rotavirus_particles

Mon petit-fils va au kinder-garten, en français jardin d’enfants, mais il ne doit pas y avoir d’équivalent japonais pour ce mot puisque les Japonais utilisent l’allemand plutôt que le français dont ils sont très friands. Bref, mon petit-fils a ramassé une gastro-entérite, affection virale dont le nom a aussi changé puisqu’on appelait ce dérangement « grippe intestinale » quand j’étais enfant. Comme mon petit-fils est un petit gamin costaud et que les enfants ont cette faculté oubliée des adultes de savoir ce qu’il faut faire en cas de dérangement intestinal, il n’a rien mangé pendant deux jours puis les seuls signes manifestes de sa « gastro » ont été des couches débordantes de liquide nauséabond. Mon fils l’a changé et naturellement, deux jours plus tard il était sérieusement malade. Par contre ma petite fille est presque passée indemne à travers les nuages de virus auxquels nous avons tous été soumis. Et il m’a fallu quatre jours supplémentaires pour à mon tour pour être complètement cassé, ma tuyauterie interne étant totalement déréglée et évacuant par le haut et par le bas des miasmes peu ragoutants. Saloperie de virus !

De toute évidence, les enfants sont les réservoirs de virus variés qu’ils côtoient au jardin d’enfants et se font un plaisir de les rapporter à la maison. Et si on les vaccinait ? Comme pour le vaccin contre la grippe, dont il a été montré le bénéfice indirect sur l’entourage, la vaccination contre le rotavirus de type A, la cause la plus commune de gastro-entérite chez l’enfant et de toute évidence transmissible aux adultes, serait bénéfique en termes économiques et également plus prosaïquement pour le confort personnel. Il existe deux vaccins disponibles contenant un virus atténué, le Rotarix et le RotaTeq dont l’efficacité a été prouvée par les études détaillées de Cochrane Collaboration en 2012. Pourquoi s’exposer à des risques inutiles qui sont coûteux pour la société comme je le mentionnais plus haut. Mon fils a dû renoncer à aller travailler pendant deux jours, consultation médicale en sus (qui ne sert à rien sinon a signer le document d’arrêt de travail, le médecin étant impuissant devant cette maladie), et en multipliant par des millions de cas, ça finit par coûter des milliards d’euros, de yens ou de dollars.

Effets bénéfiques inattendues de la vaccination contre la gastroentérite

1024px-Multiple_rotavirus_particles

Qui n’a pas souffert de gastroentérite une fois dans sa vie, parfois une fois par an, car l’immunité contre le virus qui est la cause de cette désagréable maladie saisonnière, plus précisément printanière, n’est jamais acquise définitivement et il existe de plus cinq sérotypes différents du rotavirus responsable de ce qu’on appelait autrefois la grippe intestinale. Il ne faut pas se méprendre, le seul point commun entre la gastroentérite et la grippe est que l’agent pathogène est un virus dans les deux cas. Compte tenu du cout pour la société de cette maladie parfois mortelle chez les très jeunes enfants (tout de même près d’un demi million de morts par an dans le monde), une campagne de vaccination a débuté en 1998 aux USA avec un virus atténué de type A et prise orale conduisant à plus de 90 % de réduction de l’apparition de gastroentérite. Depuis 2006 la vaccination est devenue fortement conseillée avec un mélange des cinq sérotypes comme celle contre la grippe avec un succès indéniable puisque le nombre d’enfants hospitalisés a considérablement diminué. En étudiant les données disponibles de l’ensemble des hôpitaux et cliniques des USA, on appelle ça « open data » mais on n’y est pas encore en socialie française malgré le fait que les données sont rendues anonymes pour les petits curieux qui désirent les étudier, on a découvert un phénomène tout à fait surprenant. L’étude des dossiers d’hospitalisations dues à une gastroentérite avant le début de la campagne de vaccination (2006) des enfants en bas âge et après cette date a montré que l’incidence des gastroentérites chez les adolescents et les adultes diminuait de manière significative. Il faut rappeler que la vaccination contre le rotavirus n’est pas conseillée chez les adolescents et les adultes compte tenu du fait que 100 % de la population est supposée avoir été au moins une fois en contact avec le virus et développe une gastroentérite plus ou moins aiguë. La seule explication possible est que l’enfant en bas âge constitue un réservoir pour le rotavirus et la vaccination réduit les risques de transmission à l’entourage sachant que ce virus est très facilement transmissible. D’après la littérature médicale, cette observation est la première dans son genre qui prouve qu’une campagne de vaccination d’enfants en bas âge a des effets positifs sur les personnes non vaccinées. A 5 dollars la dose, il est peut-être opportun de vacciner tous les enfants mais je n’ai aucune idée des dispositions sanitaires en France et d’autres pays européens sur ce sujet.

Source : JAMA et photo Wikipedia