Vers une disparition des bananiers ?

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Le Panama TR4 est un champignon microscopique dont l’origine malgré son nom n’est pas exactement localisée. Il attaque spécifiquement les racines des bananiers et il n’existe aucune parade car il est résistant à tous les fongicides connus. Le Fusarium oxysporum, c’est son nom scientifique, a complètement décimé les bananeraies de la variété Gros Michel, une banane beaucoup plus goûteuse que l’épouvantable Cavendish qu’on trouve aujourd’hui partout dans le monde. En termes de volume et de chiffre d’affaire la banane est le premier fruit au monde, bien avant les agrumes. Il est donc très inquiétant de constater que la variété Cavendish se trouve exposée aujourd’hui au fusarium car ce dernier a muté et a contournée la résistance naturelle de la Cavendish. Ce gros problème phytosanitaire aux conséquences économiques potentiellement catastrophiques est amplifié en raison de la quasi uniformité génétique des bananiers. Les bananiers sont en effet presque exclusivement des clones et cette approche a notamment permis de réduire l’incidence des maladies virales sur cette herbe géante.

De multiples laboratoires s’activent pour tenter d’établir des variétés hybrides permettant d’obtenir une résistance au champignon mais le problème est loin d’être résolu car il faut aussi réussir à satisfaire les critères indispensables tels que le goût du fruit, l’absence de graines, la possibilité de retarder le murissement, permettre aux bananes de voyager sur de longues distances et enfin sauvegarder des rendements satisfaisants. Toutes les approches abordées à ce jour ont été infructueuses.

Seules l’Australie, l’Afrique de l’Ouest et l’Amérique Centrale et du Sud étaient jusqu’alors épargnées mais l’arrivée du champignon qui peut survivre jusqu’à 30 ans dans un particule de terre ne peut être exclue. C’est ce qui est arrivé dans le nord du Queensland, dans la région de Cairns. Des plantations de bananiers qui s’étendent à perte de vue dans la région de la Cassowary Coast à une cinquantaine de kilomètres au sud de Cairns ont pour la première fois été contaminées par le TR4 au début de l’année 2015. Les plantations contaminées ont été entourées de grillages afin d’éviter que des animaux sauvages transportent de la terre pouvant éventuellement véhiculer le champignon. Les plants présentant les symptômes de dépérissement caractéristiques de l’attaque par le fusarium ont été systématiquement détruits et le terrain éventuellement traité par des injections de bromure de méthyle sans grand espoir d’éliminer le champignon. Les chasseurs de sanglier ne peuvent plus pénétrer à l’intérieur des terres avec leur 4×4 car les incrustations des pneus peuvent également répandre la maladie. Tout a été mis en place pour tenter de contenir son expansion y compris de sacrifier des plantations entières. Les Australiens sont de gros mangeurs de bananes et leur silhouette en subit les conséquences car la banane, très riche en sucre, favorise l’apparition de l’obésité. Le Queensland fournit plus de 90 % des bananes consommées dans le pays et la panique se répand progressivement.

La situation se complique également dans la mesure où les sous-variétés de bananes Cavendish résistantes à la « tache de rousseur », une autre maladie fongique du bananier, pouvaient être de bons candidats pour la résistance au TR4. Malheureusement il s’est avéré, après plusieurs années d’efforts inutiles que cette résistance n’incluait pas le fusarium.

Cette histoire de TR4 révèle la fragilité des cultures industrielles à haut rendement et avec une diversité génétique réduite. Peut-être que cette situation conduira les agronomes, les biologistes et les décideurs à reconsidérer la totalité de l’organisation de cette industrie.

Inspiré d’un article paru dans The Guardian