Nouvelles du Japon : pas de pétrole mais des idées !

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Le Japon, leader mondial de l’électronique embarquée sur les véhicules automobiles, des batteries lithium-ion, des aimants permanents de forte puissance et accessoirement leader mondial des dérailleurs de bicyclettes, importe tout ce dont il a besoin pour son industrie car il n’y a ni charbon, ni pétrole ni minerais sur l’archipel. Mais les Japonais ont des idées et disposent d’une immense zone maritime (voir la carte ci-dessus) et ainsi de fonds marins susceptibles d’être exploités. Déja en 2012 les premières tentatives d’extraction du méthane à partir d’hydrates présents dans les fonds marins ont été un succès copié peu d’années après par la Chine (liens sur ce blog) mais le grand partenaire chinois, premier producteur de terres rares du monde pourrait mettre à mal les industries électronique et automobile japonaises ou de n’importe quel autre pays, en particulier les USA, en contingentant ses exportations de terres rares ainsi que d’yttrium. L’yttrium n’est pas une terre rare à proprement parler mais il est extrait des mêmes minerais et ce métal de transition est très recherché par les industriels de l’électronique puisqu’il est nécessaire pour la confection d’écrans de télévision et d’ordinateurs. Quant aux terres rares leurs multiples applications dans les hautes technologies les ont rendues indispensables pour d’immenses créneaux industriels.

Le Japon n’a pas de pétrole, peut-être qu’il disposera de méthane dans quelques années mais aussi et surtout dans quelques années aussi il pourra devenir, compte tenu des tensions commerciales sur le marché des terres rares, le leader mondial dans ce secteur. Et les ingénieurs, géologues et océanologues japonais, sous l’impulsion du Ministère de l’Industrie du Japon (MITI) ont constitué un véritable commando pour étudier la faisabilité de l’extraction des terres rares qui se déposent au fond de l’océan dans des boues constituées d’apatite (carbonate de calcium) produite par les squelettes du phytoplancton. Ce processus de lente sédimentation piège les terres rares et bien d’autres métaux et « il suffit » d’aller suçer ces boues de granulométrie très fine et de les remonter à la surface. L’équipe de scientifiques dirigée par le Docteur Yasuhiro Kato du Centre de Ressourches Sous-Marines à Kanagawa et des Université de Tokyo et de Waseda (Shinjuku, Tokyo) a donc exploré les potentialités de récupération de terres rares de ces sédiments des fonds marins autour de l’île de Minamitorishima à près de 2000 kilomètres au sud-est de Tokyo et les résultats de l’étude sont infiniment supérieurs aux attentes.

Des échantillons de boues ont été récupérés à l’aide d’un robot suçeur puis séparées selon leur granulométrie à l’aide d’un hydrocyclône et la teneur en divers métaux (les terres rares sont des métaux) analysée par spectrographie de masse. Les résultats ont immédiatement indiqué une richesse extraordinaire, entre 0,2 et 0,5 % en moyenne et jusqu’à 2 % en fonction de cette granulométrie de pratiquement toutes les terres rares et d’yttrium. Les moins abondantes comme d’ailleurs dans les gisements continentaux sont le praseodyme, le samarium ou encore le terbium. Mais rapportée au km2 la quantité de terres rares et d’yttrium récupérable est astronomique : dans la partie la plus prometteuse du fond marin exploré et se situant à une profondeur moyenne de 5500 mètres la totalité des oxydes de terres rares récupérables se situe aux alentour de 16 million de tonnes pour l’ensemble des métaux les plus abondants : yttrium, europium, terbium et dysprosium.

Cette abondance en terres rares permet d’envisager une exploitation de tels gisements de manière économique dans les prochaines années.

Pour se faire une idée de ce que représentent ces gisements sous-marins la quantité d’yttrium métal récupérable correspond à 780 années de consommation d’yttrium au rythme actuel, 620 ans pour l’europium, 420 ans pour le terbium et 730 ans pour le dysprosium et des dizaines d’années pour les autres éléments présents en minorité. En conclusion de cette étude, après résolution des problèmes techniques et une étude de faisabilité en « 1/4-grand » tant de l’extraction que de la séparation et la purification de ces éléments chimiques, le Japon pourrait jouer un rôle clé sur ce marché au détriment de celui de la Chine.

Source et illustration : doi 10.1038/s41598-018-23948-5 en accès libre

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