Encore une histoire de vaccins et d’autres maladies négligées

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À l’époque de mes grands-parents, tous nés avant la fin du XIXe siècle, il n’existait ni vaccins ni antibiotiques pour se prémunir d’une mort certaine provoquée par de nombreuses maladies qui décimaient parfois des villages entiers. Au cours de mes recherches généalogiques je pus constater que par exemple au tout début du XVIIIe siècle, durant le mois de janvier de l’année 1703, les trois quarts de la population du village dont sont originaires mes ancêtres paternels disparurent. Les registres paroissiaux ne mentionnent pas les causes de cette épidémie mais aujourd’hui une telle situation, d’autant plus au fin fond de la campagne savoyarde, ne pourrait pas se reproduire aussi dramatiquement. Ce genre d’épidémie existe encore malheureusement dans certains pays du monde et ceci malgré les progrès constants de la médecine.

Le premier grand succès de la vaccination est incontestablement l’éradication de la variole qui décima des peuples entiers du temps des Conquistadors en particulier, une arme infiniment plus redoutable que le mousquet ou l’épée ! Émergèrent également les antibiotiques avec Alexander Fleming et la pénicilline (1930) suivie des sulfamides au cours des années 1930 et 1940. Aujourd’hui le monde entier se trouve confronté à la résistance de certaines bactéries à tous les antibiotiques connus en raison d’un usage abusif de ces derniers. De plus il n’existe pas de vaccins pour se protéger contre ces bactéries résistantes et la situation est donc doublement alarmante de même qu’il n’existe pas d’antibiotiques (antiviraux) efficaces pour soigner une maladie d’origine virale à quelques très rares exceptions près.

Un autre grand succès de la vaccination est la presque totale éradication de la poliomyélite après la vaccination systématique contre cette maladie virale handicapante et parfois mortelle depuis la mise au point d’un vaccin par le Docteur Jonas Salk en 1952. Selon les statistiques de l’OMS moins de 40 enfants ont été paralysés par la polio dans le monde en 2016, essentiellement dans trois pays où cette maladie reste endémique, le Pakistan, l’Afghanistan et le Nigeria.

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Un troisième grand succès de la vaccination est l’éradication totale du continent nord-américain de la rubéole. Il n’existe pas de données récentes de l’OMS au sujet des pays de l’OCDE dans lesquels il est systématiquement conseillé aux femmes en âge de procréer de se faire vacciner contre cette maladie en raison des graves malformations foetales qu’elle provoque si ces dernières n’ont pas reçu le vaccin rougeole-oreillons-rubéole dans leur enfance. En 2016, dans le monde, 120000 enfants sont nés malformés, sourds ou aveugles en raison de cette maladie contractée par la mère en cours de grossesse. Il y a donc encore beaucoup de travail pour sensibiliser les populations afin que les femmes soient vaccinées systématiquement contre cette maladie.

Venons-en à trois parasitoses qui font l’objet de campagnes d’éradication systématique dans le monde et pour lesquelles il n’existe pas de vaccin. La dracunculose (voir le lien sur ce blog) ou encore « ver de Guinée » est en passe d’être éradiquée des pays infestés grâce à l’action de la fondation Carter. En 1989 il y avait 892926 cas en Guinée équatoriale uniquement et depuis le début de l’année 2017 seulement trois cas ont été identifiés dans ce même pays :

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La filariose lymphatique ou éléphantiasis également provoquée comme la dracunculose par un ver cette fois dont les larves sont inoculées par des moustiques a fait l’objet d’une vaste campagne d’éradication par voie médicamenteuse, le réservoir du parasite étant exclusivement l’homme. L’objectif peut-être ambitieux est d’éradiquer ce parasite aux alentours de 2020. Le traitement chimiothérapeutique consiste en une prise annuelle par toute la population concernée d’une combinaison de deux drogues tuant les micro-filaires. Il y a encore 81 pays dans le monde (Afrique et Asie) où cette parasitose est endémique. En 2015 six pays ont été officiellement reconnus comme nettoyés de ce parasite. Il s’agit du Cambodge, des Iles Cook, de l’archipel des Maldives, de Niue, du Sri Lanka et du Vanuatu. Vingt-neuf pays sont encore activement surveillés et l’objectif d’éradication totale pourrait être atteint durant la décennie 2020, toujours selon l’OMS.

Enfin l’onchocercose (voir le lien sur ce blog) ou cécité des rivières dont le véhicule est cette fois une mouche fait l’objet d’une campagne d’éradication dans 36 pays d’Afrique sub-saharienne et d’Amérique du Sud. Les larves du ver parasite sont sensibles au Mectizan, gracieusement fourni par les laboratoires Merck à la Fondation Carter qui est activement impliquée dans l’éradication de cette parasitose. Les résultats sont encourageants car la Colombie a été officiellement nettoyée de ce parasite en 2013, l’Equateur en 2014, le Mexique en 2015 et le Guatemala en 2016. Il reste encore beaucoup de travail pour éliminer totalement cette maladie invalidante.

Sources : Cartercenter.org et OMS. Autres lectures sur ce blog :

https://jacqueshenry.wordpress.com/2016/02/07/la-dracunculose-deuxieme-maladie-bientot-eradiquee-de-la-planete/

https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/05/11/des-smartphones-pour-combattre-lonchocercose-et-le-loa/ Illustration : distribution de médicaments pour l’éradication de la filariose lymphatique en Afrique

La dracunculose, deuxième maladie bientôt éradiquée de la planète

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Lorsqu’il y a 30 ans l’ex-président Jimmy Carter quitta la Maison-Blanche il réalisa un vieux rêve : éradiquer la maladie du ver de Guinée uniquement par des actions sur le terrain sans l’aide d’aucun laboratoire pharmaceutique ni d’aucun pesticide. La Fondation Carter se débattit pour combattre cette maladie tropicale oubliée, un doux euphémisme car ce genre de pathologie n’intéresse personne pour la simple raison qu’il n’y a pas de profits à réaliser …

En 1986 plus de 3,5 millions de personnes de tous ages souffraient de cette parasitose particulièrement douloureuse et débilitante dans 21 pays africains et asiatiques. En 2015 le nombre de personnes souffrant de « filaire » n’était plus officiellement que 22 ! Belle réussite … Sans les conflits du Sud-Soudan, du Mali (où la France est impliquée), du Tchad et de l’Ethiopie, des états en guerre civile, l’objectif de Jimmy Carter aurait été atteint bien avant mais la guerre passe avant la santé des citoyens.

Il n’en reste pas moins qu’il faut reconnaître l’opiniâtreté de Jimmy Carter, de sa fondation et de tous les organismes locaux qui est finalement payante à moindres frais, le ver de Guinée ( Dracunculus medenisis) va être très probablement cette année 2016 la deuxième maladie humaine définitivement rayée de la carte après la variole.

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Comment en est-on arrivé à ce résultat spectaculaire bien que cette maladie ne soit pas mortelle et n’ait jamais intéressé qui que ce soit dans le monde ? Pour répondre à cette question il faut revenir quelques instants sur le cycle de vie de ce parasite dont le réservoir est essentiellement l’homme et anecdotiquement le chien.

Le cycle de vie du nématode passe par l’intermédiaire de copépodes, de minuscules créatures aquatiques qu’on peut assimiler au zooplancton. C’est en buvant de l’eau contenant ces copépodes que l’homme s’infecte et le résultat est l’apparition au bout de plusieurs mois d’une sorte d’ampoule, le plus souvent au niveau de la cheville, d’où finit par émerger le ver femelle qu’il faut soigneusement retirer à l’aide d’un bout de bois servant littéralement de bobine car le ver peut atteindre plus d’un mètre de long. Le processus est lent, parfois plusieurs semaines, et extrêmement douloureux. Le malade est immobilisé. Durant cette opération, le ver relâche des oeufs dans l’eau dans laquelle le patient baigne son pied pour atténuer les douleurs et naturellement le cycle recommence (illustration Wikipedia).

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La Fondation ( http://www.cartercenter.org/health/guinea_worm:index.html ) a tout simplement éduqué les villageois pour qu’ils filtrent systématiquement l’eau destinée à la boisson afin d’éliminer les copépodes. L’OMS et l’UNICEF ont été les deux principaux partenaires de la Fondation Carter avec l’appui des ministères de la santé locaux et cette action soutenue pendant 30 ans se termine finalement sur une très belle réussite.

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Source et illustrations : Fondation Carter