Aline de Diéguez : Du Gangstérisme à la Truanderie

Article paru sur le site planetes360

1- Comment le dollar est devenu une puissante arme de domination politique après 1971

Pratiquement tout le monde admet que le système monétaire international basé sur le dollar américain vit ses derniers jours. Surfant sur le prestige d’une victoire militaire en Europe, les accords de Bretton Woods signés en juillet 1944 entre quarante quatre pays – et officiellement destinés à remettre sur pied la machinerie du système monétaire international – organisaient, en réalité, la naissance de l’empire américain et celle d’un nouveau culte du veau d’or, en faisant du dollar la seule monnaie mondiale de référence. De plus, conformément à la logique de tous les empires et à leur volonté de domination mondiale, ces « accords » créaient dans la foulée les puissants appendices de la suprématie financière de l’empire sur le monde – le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque internationale pour la Reconstruction et le Développement (BIRD), plus connue sous le nom de Banque mondiale.

Cependant, à la faveur, si je puis dire, de la cuisante défaite militaire de son armée au Vietnam et du poids financier insupportable que cette guerre avait imposée  à un pays qui n’était plus en mesure de garantir la convertibilité du dollar en or, le Président des USA de l’époque, Richard Nixon, avait annoncé, le 15 août 1971, la « suspension provisoire » de cette obligation de convertibilité sur laquelle reposaient la crédibilité et la sincérité des accords de 1944. Pour donner le change, Richard Nixon jugea bon de préciser que cette décision avait été prise « en pleine collaboration avec le Fond monétaire international (FMI) et ceux qui font du commerce avec nous« , alors que cette décision avait été prise dans le plus grand secret par les dirigeants américains. Et il avait ajouté ces paroles ailées : « Nous allons faire pression pour qu’interviennent les réformes nécessaires, en vue de la mise en place urgente d’un nouveau système monétaire international ».

Or, non seulement rien n’a été commencé, pour l’excellente raison que c’est sur eux-mêmes que les États-Unis auraient dû faire « pression« , puisqu’ils sont les seuls obstacles aux réformes du système monétaire. Le « provisoire » est devenu définitif. De plus, ils ont, bien au contraire, utilisé tous les subtertuges et tous les moyens dilatoires en leur pouvoir afin d’empêcher que la réforme ait lieu.

Leur comportement est compréhensible dans la mesure où ils défendent férocement leurs intérêts. Ils ont grassement profité de la forfaiture du coup d’État monétaire de Richard Nixon, qui leur assurait une domination financière, commerciale et même psychologique sur le reste du monde et ils n’ont jamais eu la moindre intention d’apporter quelque changement que ce soit à un système aussi profitable à leurs intérêts. En effet, à partir du 15 août 1971, tous les autres États de la planète se sont trouvés suspendus à leurs décisions nationales. Pendant que la monnaie de l’empire flottait au gré des choix politiques et économiques de leurs dirigeants, ils pouvaient se permettre d’accroître leur dette en toute impunité. L’augmentation exponentielle de leur endettement et la dévalorisation de leur monnaie par rapport à l’or se trouvaient en quelque sorte neutralisées par les dommages collatéraux et l’incertitude permanente que les yoyos du dollar créaient chez leurs concurrents.

« Le dollar est peut-être notre devise, mais c’est votre problème », avait asséné cyniquement en 1973 le secrétaire du trésor américain, John Connally, aux Européens médusés. On ne pouvait mieux résumer la situation.

Ce nouveau mécanisme a contraint le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale (BM) à se transformer en gigantesques usines à gaz monétaires, afin de donner l’illusion d’un minimum d’honnêteté dans les transactions entre les États et entre les particuliers. Il a fait le bonheur des banquiers et autres spécialistes des jeux boursiers, lesquels ont pu se livrer avec la délectation dont on mesure les résultats dans leurs bilans à l’heure actuelle, à des paris et à des jeux sur les parités des monnaies qui relèvent plutôt du casino que de l’économie. Hedge funds, Private equities, Subprimes, Monolines, Assets under management (AUM), Credit default swaps (CDS), Collaterised debt obligation (CDO)effets de levier se sont mis à danser une farandole endiablée dans nos cervelles pétrifiées.

On remarquera la complicité demeurée sans failles du FMI avec le pouvoir politique américain qui avait présidé à sa création en 1944. En effet, dans les statuts du Fonds il est expressément interdit aux pays qui en sont membres, de lier leur devise à l’or, donc de créer une monnaie fixe et stable. La seule référence admise était le dollar.

Lorsqu’en 1992, la Suisse a voulu devenir membre du FMI, elle a dû modifier une Constitution qui prévoyait que la devise nationale devait être couverte à 40% par l’or. Or, quand le dollar s’est mis à flotter et que le flottement de toutes les autres monnaies est devenu la norme universelle, ce fut le point de départ de la financiarisation d’une économie qui changeait de nature et qui s’est envolée dans la moyenne région de l’air qu’évoquait Descartes. La rupture entre l’économie réelle, celle qui fait la richesse et la prospérité des nations, et une économie virtuelle de parieurs et de joueurs fut consommée.

L’extrême complication du système a permis toutes les fraudes, tous les abus et a donné lieu à des valses de milliards de dollars ou d’euros qui ne correspondaient à aucun enrichissement réel des nations. Certes, en tant que Français nous avons été indignés par le racket de près de neuf milliards que les États-Unis ont extorqués à la BNP. Mais quand la BNP a payé rubis sur l’ongle, nous nous sommes interrogés, stupéfaits : où, quand et par quel mécanisme cette banque a-t-elle gagné autant d’argent ? Il a été dit qu’il s’agissait de « fonds propres ». Comment les a-t-elle acquis ? Avec les frais qu’elle a l’audace de ponctionner sur les petits dépôts de ses clients ?

Pendant que les milliards gagnés ou perdus au jeu de la bourse s’accumulent dans les bilans des banques, les peuples deviennent de plus en plus pauvres.

En 2011, le président Vladimir Poutine pouvait déjà  déclarer que « les États-Unis vivent en parasites de l’économie mondiale avec leur monopole du dollar« . Et il ajoutait : « Ils vivent au-dessus de leurs moyens et transfèrent une partie du poids de leurs problèmes sur l’économie mondiale ».

La monnaie est un moyen de domination et une arme politique très efficace. Grâce à la mise en place de leur système d’espionnage planétaire et l’ajout léonin de l’extension de leur législation intérieure au reste de la planète, les États-Unis contrôlaient tous les échanges commerciaux. Ils se permettaient de « sanctionner » telle ou telle entreprise ou nation qui s’avisait de ne pas respecter leurs oukazes politico-commerciaux.

Les neuf milliards de dollars escroqués à la BNP évoqués ci-dessus en sont un exemple spectaculaire. Mais d’autres sociétés ou États ont subi la même « punition » qui enrichit à peu de frais le budget américain. De plus, personne n’oublie les « sanctions » politiques édictées contre les États récalcitrants  – notamment l’Iran ou la Russie – auxquelles la troupe acéphale des vassaux européens a emboîté le pas sur ordre exprès du maître d’outre-Atlantique, malgré les ravages que les contre-sanctions russes occasionnent à leurs économies et alors qu’elles sont indolores au donneur d’ordre d’outre-Atlantique.

Augmentée d’année en année, la dette américaine est devenue une gigantesque pyramide de Ponzi de dettes qui ne seront jamais remboursées, d’autant plus que, de grand pays industriel à la fin de la deuxième guerre mondiale, l’Amérique a si bien délocalisé ses entreprises afin de profiter de la main-d’œuvre bon marché des pays du tiers monde que les États-Unis sont devenus un empire militaire prédateur, qui consacre plus de la moitié de son budget à nourrir le Pentagone. Le premier État qui vendra massivement les bons du trésor imprimés par le veau d’or américain – donc ses reconnaissances de dette – sera peut-être remboursé, mais il déclenchera un cataclysme financier dont on a peine à se représenter l’intensité et les ravages économiques et sociaux qu’il induira.

2- Vive les DTS (Droits de tirage spéciaux)
Il se dit, dans les milieux « informés », qu’existent depuis des années des négociations secrètes dirigées par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque des Règlements internationaux (BRI) sise à Bâle, afin de préparer un nouveau système monétaire international à partir de l’actuel DTS.

DTS, quesaco ? Des Droits de tirage spéciaux. Mais les trois mots font question. Quels droits ? À quelles conditions s’opèrent les tirages ? Qui peut « tirer » ? S’il existe des tirages « spéciaux », quid de ceux qui seraient « normaux » ? Si le DTS a vocation à devenir une nouvelle monnaie, comme certains l’imaginent, il est important de savoir de quoi on parle. Comme le disait l’éminence grise du président Woodrow Wilson, Edward Mandell HOUSE La chose la plus difficile au monde est de suivre à la trace n’importe quelle idée jusqu’à sa source ». Or, la source des DTS se trouve au FMI. Je vais donc essayer de présenter le plus simplement possible la manière dont il a été procédé à l’accouchement de ces fameux DTS, de leur rôle actuel et de celui, imprévisible, que l’avenir est censé leur assurer.

Quelques mots sur le fonctionnement du FMI, inventeur du DTS.

Créé dans la foulée des accords de Bretton Wood de 1944, qui établissait la domination monétaire américaine sur le monde, le FMI est une sorte de club auquel peuvent adhérer les États qui répondent aux statuts de l’organisation, moyennant paiement d’une cotisation. Cette cotisation est calculée selon des critères complexes, qui tiennent compte de la richesse présente et potentielle de l’État candidat, de la qualité de sa gestion, de ses ressources naturelles, de l’importance de sa population, de son désir d’adhérer à l’idéologie libérale, de son respect de « droits de l’homme », etc. On comprend qu’il faille deux gigantesques  gratte-ciel pour loger le personnel affecté à ces travaux !

En échange, comme dans tous les clubs huppés, les membres jouissent de certains avantages. En l’espèce, ce sont des possibilités de refinancement, évaluées en fonction du montant de la cotisation que les membres se sont engagés à verser à cet organisme. Ils bénéficient alors de « droits de tirage normaux« , calculés à cinq fois le quart du montant de leur cotisation et appelés quotas.

Les cent quatre-vingt neuf États membres du FMI peuvent s’enorgueillir de participer au projet grandiose, exposé sur le site du FMI, et qui consiste à promouvoir la coopération monétaire internationale, à faciliter l’expansion et la croissance équilibrées du commerce mondial, à promouvoir la stabilité des échanges, à aider à établir un système multilatéral de paiements, à mettre (généreusement) leurs ressources (mais moyennant des garanties adéquates souvent léonines) à la disposition (momentanée) des pays confrontés à des difficultés de trésorerie – donc à des pays pauvres dont les cotisations sont insuffisantes pour jouir de quotas suffisants afin de couvrir leurs besoin en matière de refinancement.

C’est précisément aux États dont les quotas sont trop faibles, en raison de la faiblesse de leurs cotisations, que sont réservés les fameux « droits de tirage spéciaux » (DTS). En réalité, ils ne sont rien d’autre qu’une forme de dette à l’égard du FMI ou d’un autre État membre, mais toujours accompagnée de l’obligations politique de libéraliser leur économie conformément aux lois du marché. Mais, augmentée d’un intérêt composé, la dette initiale finit, au fil du temps, par grossir d’une manière telle qu’elle affaiblit sur la durée les États prétendument « bénéficiaires » plutôt qu’elle ne les sauve. Lorsque tel ou tel État se vante d’avoir « annulé la dette » d’un pays pauvre, il s’agit, en général, de l’annulation totale ou partielle des intérêts, le principal ayant été remboursé depuis belle lurette.

Les droits de tirage spéciaux (DTS)

La création des DTS par le FMI date de 1969. C’était le temps heureux de la stabilité du système monétaire avec l’or comme monnaie internationale de référence et du dollar convertible en or. Comme l’or est en grande partie phagocyté par la bijouterie et certaines industries de pointe, la quantité d’or disponible afin d’assurer la stabilité d’échanges commerciaux en forte expansion était devenue insuffisante. C’est ainsi qu’a été créée une sorte de monnaie fictive internationale, qui n’en est pas vraiment une, plutôt une « unité de compte », exclusivement échangeable entre banques centrales et, à l’origine, fondée sur le seul dollar. Aucun particulier, aucune société n’ont jamais détenu ou échangé de DTS. À l’origine, un DTS était équivalent à une once d’or et valait 35 $.

Note. J’ai mis en ligne sur mon blog cet article pour bien préciser que je suis un complotiste souhaitant la chute du système dollar. Et comme pour insister je souhaite également la chute de l’euro.

Le lien entre le FMI et la crise ukrainienne

Note à l’intention de mes lecteurs. J’aurais volontiers changé le titre de cet article en par exemple « Le dessous des billets de 100 dollars » mais j’ai respecté celui de l’auteur (note en fin de billet).

Les préoccupations sécuritaires de la Russie, découlant de l’intention de l’Ukraine d’intégrer l’OTAN, ont été largement débattues dans les médias. Mais le lien du Fond monétaire international (FMI) avec l’Ukraine, qui est une question parallèle, n’a guère retenu l’attention. Le FMI, comme on le sait, « ouvre » les économies du monde entier à la pénétration du capital des puissances occidentales en rendant ces économies favorables aux investisseurs (investor-friendly) par l’adoption d’une série de mesures austères anti-populaires. Cette « ouverture » implique généralement l’appropriation des ressources naturelles des pays et de leurs terres par ce capital occidental. Le mécanisme que le FMI utilise généralement à cette fin consiste à imposer des « conditionnalités » aux pays qui ont besoin de soutenir leur balance des paiements en échange de prêts.

Toutefois, outre ce rôle général joué par le FMI, il arrive qu’il joue un rôle spécifique, à savoir celui de soutenir les objectifs de guerre froide du gouvernement américain. Et dans le cas de l’Ukraine, il a joué ce rôle spécifique presque dès le début, en dehors de son rôle général d’ouverture de l’économie ukrainienne aux capitaux occidentaux.

Avant 2014, alors que Viktor Ianoukovitch était le président de l’Ukraine, son pays avait entamé des négociations avec le FMI dans le cadre de son intégration commerciale à l’Union européenne. Le FMI avait demandé à l’Ukraine d’entreprendre un certain nombre de « réformes » : réduire les salaires, « réformer » et « réduire » les secteurs de la santé et de l’éducation, qui étaient en Ukraine de grands secteurs générateurs d’emplois, et réduire la subvention sur le gaz naturel qui était fournie par l’État à tous les citoyens ukrainiens et leur assurait une énergie à un prix abordable1. Réticent à mettre en œuvre ces « réformes » qui auraient imposé un lourd fardeau à la population, le président Ianoukovitch a mis fin aux négociations avec le FMI et en a entamée d’autres avec la Russie.

Ce fut son « crime » impardonnable. Rompre les négociations avec le FMI revenait à échapper à l’hégémonie non seulement du capital international qui entendait imposer un régime néolibéral, mais aussi des puissances impérialistes occidentales, en particulier les États-Unis, et donc l’OTAN. En d’autres termes, l’OTAN et le FMI n’étaient pas considérés comme des organisations distinctes, chacune travaillant dans sa propre sphère d’activité, avec son propre objectif, mais comme des organisations ayant des objectifs similaires et se chevauchant. Les États-Unis, irrités par la témérité de M. Ianoukovitch qui se tournait vers la Russie plutôt que vers le FMI, décidèrent de limiter les « dégâts » : le président ukrainien fut renversé par un coup d’État parrainé par les États-Unis, mené avec l’aide des éléments ukrainiens nazis qui se retrouvèrent à l’avant-garde des manifestations anti-Ianoukovitch précédent le coup d’État. Ces éléments ont depuis été officiellement incorporés dans l’armée ukrainienne avec l’inclusion dans celle-ci du bataillon Azov, une unité militaire d’infanterie d’extrême droite, entièrement composée de volontaires, qui faisait auparavant partie de la réserve militaire de la Garde nationale ukrainienne.

Le gouvernement arrivé au pouvoir après le coup d’État de 2014 reprit les négociations avec l’Union européenne, en échange de quoi il obtint un engagement de prêt de 27 milliards de dollars de la part du FMI après avoir montré ses « bonnes intentions » en réduisant de moitié la subvention sur le gaz accordée aux citoyens. Ce prêt présentait plusieurs caractéristiques notables : premièrement, il était énorme, beaucoup plus important (en fait plus de six fois) que ce que le FMI accorderait normalement dans une situation comparable ; deuxièmement, il a été accordé à un pays en pleine guerre civile (comme l’Ukraine l’était alors), ce qui va à l’encontre des pratiques habituelles du FMI ; et, troisièmement, on savait dès le départ que le prêt ne pourrait pas être remboursé, de sorte que le seul moyen par lequel on chercherait à le rembourser serait la prise de contrôle par le capital occidental des terres et de leurs ressources naturelles (dont la plus importante est le gaz naturel).

Les opérations du FMI en Ukraine en 2014 font donc ressortir non seulement l’aspect typique de sa politique, qui consiste à ouvrir l’économie au capital occidental, mais aussi un aspect supplémentaire, à savoir une aide aux objectifs de la guerre froide américaine. L’objectif consistant à ouvrir les marchés, la terre et les ressources naturelles de l’Ukraine au capital occidental aurait pu être atteint en 2014 même avec un prêt beaucoup plus petit du FMI. Mais la taille extraordinaire du prêt qui fut alors accordé souligne le lien entre l’administration américaine (qui veut intégrer l’Ukraine dans son orbite), les oligarques ukrainiens (qui veulent sortir leur richesse du pays en dollars ou en euros), le gouvernement post-coup d’État (qui doit organiser tous ces transferts) et le FMI (qui doit payer la facture).

Aujourd’hui, à la suite de l’invasion par la Russie, l’Ukraine a de nouveau demandé l’aide du FMI, et l’actuelle directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a recommandé au conseil d’administration du FMI d’apporter cette aide. Le montant exact de l’aide et l’objectif pour lequel elle est demandée ne sont pas encore clairs, mais une chose reste certaine : une fois que la crise actuelle aura pris fin dans cette région, quelle que soit la forme que prendra cette résolution, l’Ukraine deviendra une deuxième Grèce en Europe. Dans le cas de la Grèce également, le prêt du FMI était beaucoup plus important que ceux qui sont habituellement accordés par cette organisation. La plus grande partie de ce prêt était destinée à garantir que les banques européennes qui avaient prêté à la Grèce puissent récupérer leur argent. Aujourd’hui, la Grèce est prise dans l’étau de la dette perpétuelle.

Il s’ensuit que le FMI a beaucoup changé depuis sa création. Lorsqu’il a été créé à Bretton Woods en 1944, il faisait partie d’un système international fondé sur la poursuite d’une stratégie économique dirigiste. En fait, John Maynard Keynes, l’économiste britannique partisan d’une intervention dirigiste, ainsi que Harry Dexter White, le représentant américain, furent les principaux artisans de ce régime international. Alors que chaque pays imposait et continuait d’imposer des contrôles des échanges et des capitaux, si un problème de balance des paiements survenait dans un pays donné, celui-ci pouvait emprunter au FMI afin de « stabiliser » sa propre économie. À partir de là, le FMI s’est transformé en promoteur de l’« ajustement structurel », ne se contentant pas d’accorder des prêts pour résoudre les problèmes transitoires de balance des paiements (jusqu’à ce que l’économie présentant un déficit de la balance des paiements se soit « stabilisée »), mais en promouvant en fait un régime néolibéral, à savoir un ensemble de politiques impliquant le démantèlement de tous les contrôles des échanges et des capitaux, la privatisation des actifs du secteur public, l’introduction de la « flexibilité du marché du travail » (ce qui signifie attaquer les syndicats).

De facilitateur d’un régime dirigiste, le FMI est devenu un destructeur du régime « dirigiste » et un instrument d’introduction d’un régime néolibéral. Il est devenu un instrument aux mains du capital financier international, permettant sa pénétration dans tous les coins du monde. Mais il n’est pas seulement un instrument du capital financier international ; il sert également d’instrument aux puissances occidentales dominantes qui soutiennent ce capital. Tout en défendant les intérêts du capital financier international, le FMI s’intègre dans l’ensemble de l’appareil coercitif de ces puissances occidentales.

Le combat de Poutine n’est en aucun cas un combat contre l’hégémonie du capital financier international. Il n’est pas un socialiste menant une bataille idéologique contre la soumission d’un pays voisin à une organisation qui agit dans l’intérêt du capital financier international. Ses préoccupations ne concernent que la sécurité de la Russie et se limitent à ce que son pays ne soit pas encerclé par l’OTAN. Et sa proposition d’aide à Ianoukovitch à la place de l’« assistance » du FMI en 2014 n’a été faite que pour cette raison. En d’autres termes, il ne s’intéresse qu’au rôle du FMI en tant que promoteur des intérêts géostratégiques américains, et non au rôle du FMI en tant que promoteur du néolibéralisme en général. En fait, l’inégalité flagrante et même la misère absolue qu’engendre un régime néolibéral ne sont pas très éloignées de ce que Poutine lui-même a « réalisé ».

Source : article originellement paru sur le site Peoples Democracy via la version en français du site Arrêt sur Info qui a été censuré. Auteur : Prabhat Patnaik, économiste indien de tendance marxiste, chroniqueur et essayiste, ancien professeur d’économie à l’Université Nehru de New-Delhi.

Le prix de la survie sans carbone

Capture d’écran 2017-06-06 à 19.24.48.png

Le 29 mai 2017 s’est tenue une réunion très feutrée dans les salons de la Banque Mondiale à Washington réunissant des experts et des économistes de haut rang dont Nicholas Stern ancien économiste en chef de la Banque Mondiale et le lauréat du prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz. Le but de cette réunion était de décider avec quelle sauce de taxes vont être cuits les contribuables des pays solvables – entendez développés – afin de se conformer aux objectifs de l’accord mondial de Paris sur le climat. Mes fidèles lecteurs peuvent aller errer sur le document préparé par la Banque Mondial et le Fond Monétaire International à ce sujet (lien en fin de billet) où ils découvriront les scenarii totalement catastrophiques qui nous attendent tous si nous ne réagissons pas le plus rapidement possible.

Cette commission auto-qualifiée « de haut niveau » a déploré que l’Europe soit à la traine en consentant de substantiels discounts aux entreprises industrielles produisant beaucoup de carbone puisqu’elles doivent s’acquitter actuellement d’une taxe carbone d’à peine 6 euros par tonne (6,71 dollars). Que les pays dits pauvres ou en grandes difficultés financières soient pour l’instant exempts de taxe carbone est un fait mais les pays développés doivent tous s’acheminer d’ici 2020, c’est-à-dire dans moins de trois ans, à une taxe d’au moins 40 dollars par tonne de CO2 émis dans l’atmosphère et 80 dollars ce serait encore mieux pour aller dans la bonne direction d’un contrôle à moins de deux degrés d’augmentation des températures moyennes au sol, l’objectif de la COP21. Pour tous ces experts il est déplorable que les USA ne se plient pas à ces exigences, l’opinion publique, en dehors de la Californie, et les entreprises y étant fermement opposées, redoutant un accroissement massif du chômage dans un pays où déjà près de 100 millions de personnes sont sans emploi ou ne profitent que d’emplois précaires. Je rappelle à ce sujet que 40 millions d’Américains ne survivent que grâce aux aides alimentaires fédérales.

La Commission « de haut niveau » préconise une taxe carbone de 100 dollars par tonne d’ici 2030 au plus tard !

Je me suis donc amusé à calculer les répercussions d’une telle taxe sur les consommateurs y compris les automobilistes, car eux aussi paieront cette taxe incluse dans le prix des carburants comme c’est déjà le cas pour certaines compagnies aériennes comme AirFrance-KLM qui inclut une taxe carbone du kérosène dans le prix du billet d’avion. Une tonne de gaz naturel, soit l’équivalent en carbone de 5 barils de pétrole (approximativement et le calcul est plus simple)) produit à la combustion 2,6 tonnes de CO2. Au jour d’aujourd’hui 5 barils de pétrole coûtent 250 dollars et permettent de récupérer 4,4 barils d’essence. Si une taxe carbone est instituée sur les carburants, dans l’hypothèse basse de 40 dollars par tonne, le prix des carburants se renchérira de 56 dollars par tonne produite, soit déjà plus que le prix actuel du marché de gros des produits raffinés ! Dans l’hypothèse haute préconisée par les experts d’une taxe de 100 dollars par tonne de carbone émis, ce prix se renchérira de 140 %. En d’autres termes le consommateur n’aura pas d’autre choix que de payer le litre d’essence 2 fois et demi plus cher. Toujours selon ces experts en la matière les compagnies d’électricité n’y échapperont pas et répercuteront les coûts sur le kW vendu en gros ou au détail car tout le monde sera concerné par le réchauffement du climat inéluctable si personne ne fait rien et continue à polluer allègrement. On comprend dès lors que le Président américain Donald Trump émette quelques doutes au sujet de ces élucubrations de financiers apatrides totalement déconnectés de la réalité quotidienne qui voyagent avec un passeport diplomatique le plus souvent en jets privés. Voilà très approximativement ce que nous réservent la Banque Mondiale et le FMI au sujet du climat … Nous allons tous être piégés et plumés comme des dindons !

Liens : https://leadership/report-of-the-highlevel-commission-on-carbon-prices/ en anglais et en français.

Unir tous les pays dans l’horreur de la pauvreté et de la guerre …

Bienvenue dans le « Meilleur des Mondes » sans carbone !

Capture d’écran 2015-10-13 à 21.21.54

Climat : il y a un risque d’éclatement de la bulle carbone

Lima – La décarbonisation de l’économie doit être gérée avec minutie afin d’éviter un choc trop brutal pour les industries polluantes et l’éclatement la bulle carbone, met en garde la Madame Climat de la Banque mondiale.

Si nous acceptons qu’il faut moins de carbone dans notre croissance, nous pourrions avoir un risque financier lié à la proéminence dans notre économie d’entreprises qui ont lourdement investies dans le carbone, a indiqué Rachel Kyte dans un entretien à l’AFP à Lima.

Selon elle, l’accord climatique qui pourrait être conclu dans deux mois lors de la conférence COP 21 Paris pourrait ainsi déstabiliser ces entreprises, qui font par ailleurs face à un mouvement croissant de désinvestissement hors des activités polluantes.

C’est tout le problème de la bulle carbone, a déclaré Mme Kyte, chargée du dossier climat à la Banque mondiale.

Les banquiers centraux, qui ont commencé à pencher sur cette question, doivent analyser si on fait face à un risque systémique qui pourrait faire chanceler l’économie dans son ensemble, a-t-elle ajouté, espérant que cette transition sera gérée de manière ordonnée.

La responsable a par ailleurs relativisé la portée des 100 milliards de dollars par an que les pays riches se sont engagés à réunir pour aider ceux du Sud à combattre le changement climatique.

C’est politiquement important parce que c’est une promesse de ceux qui ont causé le problème (climatique, ndlr) mais, par dessus tout, nous devons nous engager sur le chemin d’une économie décarbonissée, a détaillé Mme Kyte.

Selon elle, les transports, les villes et l’énergie doivent ainsi changer radicalement, nécessitant des investissements colossaux.

Ce n’est pas un problème à 100 milliards de dollars mais à plusieurs milliers de milliards de dollars, a-t-elle assuré.

La France a annoncé vendredi à Lima l’apport de 15 milliards de dollars supplémentaires dans l’enveloppe annuelle promise aux pays pauvres qui contenait jusque-là 62 milliards.

(©AFP / 10 octobre 2015 20h15)

Malraux disait « le XXIe siècle sera religieux ou il ne sera pas », je cite de mémoire. La nouvelle religion créée de toutes pièces comme d’ailleurs toutes les autres religions est celle du climat : il faut croire aux dogmes de l’effet de serre et du réchauffement comme il faut croire aux tables de la loi transmises à je ne sais plus qui et à la virginité de Marie.

Cependant la dure réalité économique et financière des décisions qui pourraient être prises « unanimement » à Paris en décembre commence à inquiéter sérieusement les milieux économiques et financiers. Le total manque de réalisme de ces décisions de réduction des émissions de carbone sur une période très courte de 15 ans (d’ici 2030) risque de perturber profondément l’économie et le bien-être de milliards de personnes que les pays développés sont supposés aider à réduire leurs émissions de CO2. On voit ainsi apparaître au grand jour le grand dessein de cette histoire de changement climatique, comme je le mentionnais dans un précédent billet de ce blog : les pauvres d’aujourd’hui resteront les pauvres de demain. On subventionnera ces pays pour qu’ils n’augmentent pas leurs émissions de carbone, donc qu’ils restent sous-développés et pauvres car ce ne sont pas des moulins à vent et des panneaux solaires qui leur permettront de se développer, c’est évident ! L’Inde a clairement annoncé qu’elle serait amenée durant ces 15 années à venir à tripler ses émissions de carbone pour assurer son développement et sortir sa population de la pauvreté. Quand on sait également que la population de ce pays dépassera à brève échéance celle de la Chine, comment les pays développés pourront aider ce pays à respecter les engagements de réduction d’émissions de CO2 exigés par les Nations-Unies via l’IPCC ? Il en est de même de tous les pays africains et d’une grande partie des pays d’Asie du Sud-Est et d’Amérique du Sud. Cet objectif de retour à un niveau d’émission de carbone égal ou inférieur à celui des années 80 qui va leur être imposé de facto est non seulement inacceptable pour ces pays mais également dangereux pour les pays développés car ce sont, comme le mentionne cette dépêche d’agence, des milliers de milliards de dollars qui devront être transférés vers ces pays pour un résultat en pure perte.

On comprend aisément que les grands argentiers et les puissances financières jouent un jeu dangereux qui se retournera contre eux en provoquant la pire crise économique qu’on puisse avec peine imaginer. Comme toute crise économique grave (cf 1929) celle à venir se terminera par de graves conflits guerriers initiés par des révoltes populaires. Finalement c’est peut-être ce que cherchent les Nations-Unies : unir tous les pays dans la pauvreté et l’horreur de la guerre et ainsi juguler la croissance de la population mondiale …

Pour info, Bertrand Louvel, Premier Président de la Cour de Cassation française était présent à la réunion très secrète que j’ai mentionné dans ce blog (voir le lien) avec ses homologues brésilien et belge. La toile se referme progressivement pour installer un totalitarisme climatique avec les camps de concentration, les massacres et la guerre !

La dépêche d’agence a été copiée-collée avec ses fautes d’orthographe.

https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/10/11/bienvenue-dans-un-monde-meilleur-et-sans-carbone/

On va bientôt se faire « enchyprioter », sauve qui peut !!!

Voici une dépêche d’agence datée de ce dimanche 17 mars à 11h13.

Will Italy and Spain also face 10% confiscation on bank deposits ?

Main comments from Lars Christensen, CEO at Saxo Bank :

 *** « The confiscation of 6.75 percent of small depositors money and 9.9 percent of big depositors funds is without precedence that I can think of in a supposedly civilised and democratic society. But maybe the European Union (EU) is no longer a civilised democracy? »

 

*** « This is a breach of fundamental property rights, dictated to a small country by foreign powers and it must make every bank depositor in Europe shiver. » 

*** « If you can do this once, you can do it again. if you can confiscate 10 percent of a bank customer’s money, you can confiscate 25, 50 or even 100 percent. I now believe we will see worse as the panic increases, with politicians desperately trying to keep the EUR alive. »

*** « Depositors in other prospective bailout countries must be running scared – is it safe to keep money in an Italian, Spanish or Greek bank any more? I dont know, must be the answer. Is it prudent to take the risk? You decide. I fear this will lead to massive capital outflows from weak Eurozone countries, just about the last thing they need right now. »

*** « This is a major, MAJOR game changer and the fallout will be with us for a long time to come. I believe it could be the beginning of the end for the Eurozone as this is an unbelievable blow to the already challenged trust that might be left among investors. »

*** « Market reaction? it must be very good for gold and for safe-haven countries like Switzerland, Singapore and economically more healthy non-Euro contries in, for example, Scandinavia. »

*** « This is full-blown socialism and I still cannot believe this really happened. »

Lars Christensen est clair ! Atteinte directe et concertée à la propriété individuelle et qui plus est avec l’assentiment concerté et prémédité des autorités chypriotes, de la Commission européenne et du FMI. L’histoire ne dit pas si seuls les résidents seront taxés (le sont déjà de facto) ou si tous les comptes des non-résidents le seront aussi. Dans ce dernier cas, il risque d’y avoir des remous dans la banlieue de Saint Petersbourg puisque les dépôts russes de toutes odeurs et couleurs représentent près de 50 % du PIB du pays. Mais comme les soldats et autres britanniques résidant à Chypre (il y a une très grosse base militaire anglaise dans l’île) ne seront pas assujettis à cette arnaque « légale » dixit le 10 Downing Street ce matin, il est probable que les Russes échapperont à la taxe inique décidée par Bruxelles.

Le CEO de Saxo Bank se demande quand ce sera le tour de l’Espagne, du Portugal et pourquoi pas de la France (c’est moi qui ai ajouté la France) mais le plus grave dans ce coup tordu inventé par des technocrates replets et embrumés par des vapeurs de schnapps c’est l’immédiate perte de confiance des investisseurs étrangers qui vont fuir les pays dits maintenant à risque (PIIGS + France) et ce sera une catastrophe pour initier une timide relance dès lors morte dans l’oeuf.

Il faut enfin ajouter que ce hold-up concerne tous les comptes de dépôt, c’est-à-dire y compris ceux des entreprises. Je ne parierai pas une demi-roupie sur l’avenir économique de Chypre … Attendons de voir la réaction des marchés lundi matin, il pourrait y avoir des surprises !

Chronique tokyoïte (suite) FMI, Ginza, Bruno Le Maire

Aujourd’hui, je suis allé déjeuner avec mon fils à Ginza dans un petit restaurant français appellé « Aux Amis ». Mon fils a pris des rillettes en entrée et moi-même un œuf dur mayonnaise et nous avons ensuite partagé une excellente blanquette de veau avec du riz visiblement d’importation (mon fils qui s’y connaît en riz m’a confirmé que c’était du riz étranger) puis nous avons bu un café, pas excellent à mon goût puisque je me suis habitué aux capsules bleues de Nespresso et nous sommes allés à Bic Camera voir les nouveaux appareils de photos.
Dans tout le quartier, il y avait des milliers de gens venus d’ailleurs, un peu comme moi qui suis européen, c’est-à-dire ni des Japonais, ni des Chinois, ni des Coréens, je suis incapable de différencier un Japonais d’un Coréen, mais des gens bazannés, des blonds (et des blondes), des roux, enfin un échantillonnage de fonctionnaires internationaux de la Banque Mondiale et du FMI qui se pressaient pour faire du shopping à Ginza, le quartier urbain le plus huppé du monde.
C’est certain que plus de 20000 personnes, vivant aux frais des contribuables du monde entier, ça fait un pouvoir d’achat assez surprenant, il y en avait à Bic Camera, on les reconnaissait de loin !
Et pourquoi cette réunion ? Pour dire au premier ministre japonais que son pays est trop endetté, il n’en a rien à faire, la dette du Japon appartient aux citoyens du pays. Qu’ils disent la même chose aux Chypriotes, ça ne changera rien, au Portugais, même chose, mais qu’ils disent à Hollande et au prof d’allemand que la politique française de ces derniers mois est catastrophique, ça ne changera rien non plus, tout le monde se moque de ces hauts fonctionnaires qui ne servent qu’à soit-disant redistribuer quelques milliards de dollars des pays riches vers les pays pauvres, une poignée de cacahuettes en comparaison des flux de capitaux générés par les hedge funds de Jersey, des Bahamas ou de la Suisse.
C’était donc assez surréaliste de voir tous ces parasites déambuler dans les rues de Ginza aujourd’hui sous un ciel et un soleil resplendissants faisant oublier à ces derniers toutes les misères du monde.
Au moins Bruno Le Maire a eu le courage de démissionner de son poste de haut fonctionnaire, tous ces parasites du FMI et de la Banque Mondiale devraient y réfléchir ….
Suite au prochain numéro, après je commencerai une chronique de Palau où je vais aller m’installer dans quelques jours !

Note : Bic Camera, genre de supermarché de l’électronique et de l’électroménager (y compris les toilettes électroniques supersophistiquées) sur une dizaine d’étages.