Les câpres, c’est bon pour les troubles de la bandaison

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Il y a plus de trente années j’étais, un mercredi soir jour de football à la télévision, affairé avec ma petite liste dans un hyper-marché pour remplir le réfrigérateur et le congélateur. Il était 21 heures et au détour d’une allée je tombais, comme on dit, sur l’épouse d’un ami joueur de tennis et sportif en tous genres. Nous échangeâmes quelques propos dénués d’importance puis elle se confia à moi en des termes presque désespérés. Son époux était tombé subitement sur le cours de tennis. Il avait soudainement perdu le contrôle d’une jambe, en d’autres termes elle avait été comme paralysée. Il était allé voir son médecin qui avait diagnostiqué un problème de lombaires et qu’il lui était nécessaire de confier sa carcasse à un kinésithérapeute. Bien que n’étant pas médecin et ayant moi-même souffert de crises de sciatique, après quelques secondes de réflexion, il me parut curieux que le médecin ait pu conclure à un tel diagnostic car le pincement d’un nerf sciatique n’est pas soudain, on commence à souffrir de douleurs lombaires. Bref, je lui posais une question directe et très intime à laquelle elle me répondit immédiatement : son époux avait depuis plusieurs mois des problèmes de bandaison. Quelques jours plus tard on lui posait une artère fémorale en rilsan …

Les troubles de l’érection perturbent plus du tiers des hommes âgés de 35 à 55 ans selon des statistiques britanniques récentes et on sait maintenant que ces troubles sont liés à des problèmes vasculaires. Quel peut être l’impact du style de vie sur ce type de troubles, c’est la question à laquelle une étude réalisée conjointement entre l’Université d’East-Anglia et l’Université d’Harvard a répondu en étudiant pendant près de douze ans 51529 hommes âgés de 40 à 75 ans, tous exerçant une profession médicale ou para-médicale et recrutés sur les campus des universités à qui on demanda tous les 4 ans quelles étaient leurs performances érectiles sans utiliser une quelconque médication genre Viagra.

Le traitement statistique rigoureux de tous les paramètres relatifs au style de vie, à l’usage d’alcool ou de cigarettes, au nombre de tasses de café quotidiennes, à l’activité physique, à l’état de santé général et enfin aux habitudes alimentaires fit ressortir que l’alimentation avait un effet direct sur l’aptitude à maintenir une érection satisfaisante. La consommation de fruits et légumes et de boissons riches en flavonoïdes retarde l’apparition de troubles de l’érection et d’un manière générale diminue de près de 15 % la sévérité de ces troubles. Les flavonoïdes sont des substances comportant des fonctions phénol que l’on trouve dans les fruits rouges, le vin rouge, le resveratrol fait partie de la famille des flavonoïdes, le café et le thé. Ces résultats ne sont pas surprenants puisque certaines flavanones et autres flavonols présents dans le café et par exemple le cassis ou le citron, sans entrer dans les détails, ont une action directe sur la production de NO ou monoxide d’azote. Le NO est un modulateur puissant de la vasodilatation et par voie de conséquence favorise le maintien d’une érection satisfaisante. Pour rappel, le NO induit la production d’un signal secondaire appelé cGMP (guanosine monophosphate cyclique) et le Viagra inhibe la dégradation de ce signal.

Par exemple la quercétine agit directement sur la production de NO et donc la vasodilatation des vaisseaux. Les câpres et le coriandre sont très riches en quercétine et leur consommation régulière peut contribuer à une amélioration des troubles de l’érection. L’apigénine, un autre composé de la classe des flavonoïdes agit directement sur les vaisseaux en activant également la production de NO. Le persil, le céleri et la camomille sont des sources bien connues de ce composé. Pourquoi ne pas user de ces divers condiments pour, sinon prévenir, du moins retarder l’apparition des troubles de l’érection … Mais il ne faut pas oublier que le style de vie en général est important. Une alimentation saine combinée à une activité physique régulière sont aussi des conditions essentielles pour ne pas se trouver confronté à ce problème d’érection plus fréquent qu’on ne le croit et dévastateur sur le plan psychologique.

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Source : American Society for Nutrition, doi : 10.3945/ajcn.115.122010

Illustrations : Big Nambas de l’île de Malikolo (ou Malakula) au Vanuatu. En bislama namba signifie étui pénien. Fruits du câprier.

Comment le lombric résiste aux poisons des feuilles mortes

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On estime que 35 milliards de tonnes de feuilles d’arbres tombant au sol chaque année sont recyclées dans les sols. Ça fait beaucoup de carbone et parmi les mécanismes biologiques du recyclage il y a la microfaune des sols qui intervient activement et en particulier les vers de terre. Mais comment les vers de terre peuvent-ils résister à toutes les substances toxiques d’auto-défense que contiennent les feuilles des arbres, des arbustes et des buissons. Tous les végétaux ont en effet mis au point des mécanisme de protection contre les prédateurs et ce sont la plupart du temps des polyphénols toxiques qui peuvent être très abondants dans les feuilles, jusqu’à 25 % du poids sec. En toute logique les feuilles mortes ne devraient être dégradées que par des microorganismes équipés pour résister aux polyphénols. La question qui intriguait les biologistes était l’aptitude des vers de terre à s’en donner à cœur joie dans le compost sous des épaisseurs de feuilles mortes qui relarguent jusqu’à 200 kilos de tannins et autres flavonoïdes par hectare. Il a fallu la sagacité exemplaire d’une équipe anglo-allemande pour finir par comprendre pourquoi et comment le lombric survivait à ces polyphénols.

Certes il n’y a pas que des lombrics dans les feuilles en décomposition mais on peut imaginer que toutes sortes de larves d’insectes ont développé un mécanisme de défense similaire à celui du ver de terre. Cependant ce qui a été découvert est unique aux lombrics. Il s’agit d’une molécule aux propriétés détergentes puissantes qui empêche les polyphénols de se lier aux protéines solubles puis de les rendre insolubles avec les dégâts facilement imaginables que peut occasionner ce processus dans un organisme vivant. Il s’agit d’un d’un acide di-alkyl-furane-sulfonique unique aux lombrics identifié par les méthode classiques d’analyse d’extraits du tube digestif du ver sans aucune idée préconçue en réalisant ce que l’on appelle dans le jargon scientifique une recherche métabolomique, en d’autres termes une identification à l’aide machines presque automatiques de tout ce qui se trouve d’identités chimiques dans un échantillon de n’importe quel fluide biologique. Ce composé jusqu’alors inconnu a été appelé une drilodéfensine. Je dois avouer que j’ignore le pourquoi et le comment d’un tel mot mais les biologistes aiment beaucoup donner un nom à un composé chimique dont le nom scientifique est souvent rebutant comme on peut le constater.

Plus le lombric est exposé à des polyphénols comme par exemple des tannins, plus il sécrète uniquement dans son tube digestif cette drilodéfensine et il ne s’en trouve que mieux disposé à digérer ce qui est digeste pour lui d’une feuille morte. Ce composé chimique est soufré et représente jusqu’à 20 % du soufre total contenu dans le lombric, c’est dire à quel point ce ver doit dépenser une énergie considérable pour assurer sa survie dans l’environnement hostile que constituent les feuilles mortes. De plus ce détergent n’interfère pas avec les diverses activités enzymatiques nécessaires à la digestion.

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Selon les résultats obtenus au cours de cette étude, le plus abondant de la famille des drilodéfensines, le 2-ethyl-5-hexyl-4-furane sulfonate, se trouve dans la totalité des sols européens à raison d’un million de tonnes en estimant la masse de lombrics à une demi-tonne par hectare sans que ce composé se retrouve toutefois dans les excréments du ver de terre car il est astucieusement recyclé sans que l’on sache exactement comment. Une sorte de magie naturelle. Au contraire du lombric, les détergents industriels de synthèse, pour la plupart des phosphates, des phosphonates ou des sulfonates se retrouvent dans la nature et ne sont que lentement dégradés … mais on n’ose pas trop en parler.

Source en accès libre : Nature Communications, 2015; 6: 7869 DOI: 10.1038/ncomms8869