La crise financière mondiale : une nouvelle « turquerie » ?

Capture d’écran 2018-07-30 à 16.23.54.png

Je ne voudrais pas être considéré comme un cygne noir mais la situation financière de la Turquie se dégrade jour après jour et il est probable que la crise financière mondiale que les analystes redoutent ne surgira pas de l’Argentine ni de l’Italie ni encore du Portugal mais de l’ensemble des banques exposées aux risques politiques et économiques de la Turquie. Depuis que Erdogan a été réélu dictateur à vie de son pays, c’est ainsi que l’on peut voir les choses et ça n’a pas vraiment l’air de plaire aux Américains, la lira turque a dévissé et elle est en chute libre jour après jour. Quels sont les pays dont les banques ont consenti des prêts à la Turquie il y a quelques années quand les perspectives de développement de ce pays paraissaient mirifiques ?

Le classement est sans appel et éloquent :

France : 40,4 Md de dollars, GB : 23,9 Md de dollars, USA : 18,9 Md, Allemagne : 15,4 Md, Japon : 11,8 Md, Italie : 8,9 MD, Suisse : 6,4 Md et Canada 1,8 Md sans oublier les participations directes hasardeuses d’Unicredit (Italie) et BBVA (Espagne) dans des banques turques alors que la lira a perdu près de 75 % de sa valeur par rapport au dollar (et à l’euro) en quelques mois avec une inflation qui n’a rien à envier à celle que connut le Zimbabwe ou celle du Vénézuela aujourd’hui … Faut-il voir dans la déconfiture de la situation financière de la Turquie une action souterraine des USA qui n’apprécieraient pas le rapprochement récent entre ce pays la Chine et la Russie ou encore avec la Syrie, je ne me hasarderai pas à faire une telle analyse, toujours est-il que de grosses banques (« too big to fail ») françaises, italiennes et espagnoles vont se trouver confrontées dans les prochaines semaines sinon les prochains jours à de très graves difficultés et on peut raisonnablement penser que la BCE ne pourra rien faire pour les tirer d’affaires sinon mettre la planche à billets en surchauffe. Et dans ce cas l’euro se dépréciera par rapport au dollar. D’un autre point de vue le rapprochement entre la Turquie et la Russie et la Chine signifie peut-être que ces deux dernières puissances pourraient mettre la main au pot pour mieux asseoir leurs visées stratégiques sur la région. Encore faudrait-il que Erdogan, de plus en plus considéré par Washington comme un despote incontrôlable, quitte l’OTAN. Or les USA disposent de deux importantes bases militaires dans ce pays … Tout se complique.

Charles Gave avait averti il y a quelques mois ses lecteurs du danger d’une turquerie imminente, elle va se concrétiser !

Illustration : « Turquerie » par Maurice Quentin de La Tour (1704-1788)

L’affaire HSBC-Falciani rebondit : la faute aux démocraties corrompues.

Capture d’écran 2018-04-07 à 14.22.27.png

Hervé Falciani a été serré par la police espagnole mardi dernier 3 avril 2018.

Il y a dix ans Hervé Falciani (photo prise à Madrid la semaine dernière) vola des données d’HSBC-Suisse relatives à plus de 130000 évadés fiscaux. L’Allemagne, la France, l’Autriche, la Belgique et l’Argentine négocièrent avec Falciani l’accès au contenu des trois disques durs qu’il avait emporté avec lui. Quand la France, pays dont Falciani est citoyen et qui vit en Espagne depuis quelques années sous la protection des Nations-Unies, tenta de poursuivre certains clients français d’HSBC il lui fut opposé par la Cour Suprême helvétique une fin de non recevoir car les autorités suisses, très jalouses de leur secret bancaire, l’un des piliers de la richesse de la Confédération, considéraient qu’elles ne pouvaient donner suite à une telle demande, les données communiquées par Falciani à l’administration fiscale française ayant été volées et n’entrant donc pas dans le cadre des principes moraux très respectables de la Suisse. Ceci n’empêcha pas le fisc français de menacer un certain nombre de personnes qui finalement cédèrent et rapatrièrent leurs biens en France et payèrent des taxes allégées en signe de repentance.

Falciani fait l’objet de poursuites judiciaires de la part des autorités suisses depuis 2014 et il risque 5 ans de prison s’il est extradé par le pouvoir espagnol. Et c’est là qu’on se rend compte à quel point les pays dits démocratiques sont fondamentalement corrompus. Le pouvoir de Madrid voudrait que la Suisse extrade deux personnalités indépendantistes catalanes, Marta Rovira et Anna Gabriel, qui se sont réfugiées à Genève, en échange de Falciani.

Capture d’écran 2018-04-07 à 21.15.46.png

Il y a un autre aspect dans cette affaire car Falciani n’a pas été appréhendé par hasard par la police espagnole. Cette action a été télécommandée par la famille de banquiers ultra-riche Botín dont le membre éminent maintenant décédé, Emilio Botín, contrôla la banque Santander durant des années, banque qui est maintenant entre les mains de sa fille Ana Patricia. En effet le père de cette personne qui compte parmi les 19 femmes les plus riches du monde selon le classement de Forbes a placé tout à fait illégalement 2 milliards d’euros dans des banques suisses à titre familial dont … HSBC-Genève. Mariano Rajoy, Président du gouvernement espagnol, très proche de la famille Botín via l’Opus Dei, et ses liens douteux avec l’industrie financière espagnole en général, a donc obtempéré et va probablement extrader Falciani vers la Suisse où il ira croupir durant 5 ans dans les prisons helvètes.

Que va faire le Quai d’Orsay ? Naturellement rien du tout puisqu’il s’est vu opposer l’obstruction de Berne dans l’affaire des fichiers HSBC … Après on déclarera que les pays européens sont des démocraties, j’en rigole ! Il faut reconnaître que Falciani n’est pas un lançeur d’alertes de tout reproches comme Snowden ou Assange mais il aurait tout aussi bien pu confier ces fichiers à de telles personnalités recherchées par la CIA. On vit finalement dans un monde bien étrange où tous les coups les plus glauques sont permis.

Source : inspiré d’un article de Don Quijones paru sur le site Wolfstreet.com, illustrations : Falciani portant perruque et lunettes (El Pais) et Ana Patricia Botín (Forbes). Note : l’urgence de l’actualité m’a conduit à publier ce deuxième billet de la journée, en conséquence pas de billet demain dimanche, ce qui laissera beaucoup de temps de réflexion à mes fidèles lecteurs.

Changement climatique, épisode 11 : Quand les banquiers centraux s’intéressent au climat …

Capture d’écran 2015-10-01 à 18.03.38

Le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, a éberlué plus d’une personne de son auditoire quand, lors d’un discours devant un parterre de financiers et d’assureurs réunis par la Lloyd’s il y a trois jours (le 29 septembre 2015), il a mis en garde ce bel échantillon de la City des dangers du changement climatique pour la stabilité du système financier mondial (voir le lien et la vidéo). Qui se serait douté que les banquiers centraux trembleraient dans leurs fracs (leurs frocs) à cause du changement climatique ? Et pourtant si on écoute le discours (ou qu’on en lit la transcription) de cet important personnage qui a ses petites entrée à Buckingham on s’aperçoit qu’effectivement il y a danger mais pas dans le sens où on pourrait l’imaginer. Pour Mark Carney si les gouvernements ne prennent pas des mesures concrètes pour combattre le changement climatique et contenir la hausse des températures en dessous de 2°C d’ici la fin du siècle des milliards sinon des milliards de milliards de dollars partiront en fumée. Pour cet éminent expert du climat – on n’en a jamais douté un instant – l’exemple le plus significatif et même caricatural sera la montée des eaux des océans qui inondera des millions de maisons mettant en danger les assureurs et les banques ayant accordé des prêts immobiliers aux propriétaires de ces maisons !

D’un autre côté, je continue à citer Mark Carney, si les mesures prises pour diminuer les émissions de CO2, un gaz à effet de serre bien connu, sont efficaces alors la valeur des combustibles fossiles s’effondrera mettant par voie de conséquence en danger les compagnies impliquées dans le secteur de l’énergie et aussi et surtout les investisseurs actionnaires de ces compagnies … Ben voyons : un peu de décisions pour sauver le climat mais pas trop tout de même. Mark Carney conseille donc aux gouvernements d’y aller doucement mais il relève cependant que plus on attendra pour prendre des décisions drastiques pour diminuer les émissions de carbone, plus le danger pour le système financier global s’accentuera jusqu’au jour où il sera devenu impossible de gérer le problème. Alors les gouvernements seront obligés de prendre des mesures strictes qui finalement seront tout aussi dangereuses pour le système financier. Comme ces choses-là sont dites dans un langage de banquier du plus bel effet.

Mark Carney entrevoit qu’un trop long délai dans les efforts consentis pour réduire ces émissions de carbone pourrait prendre les marchés financiers par surprise. Et qu’arrivera-t-il ? Il faudra réduire la consommation de combustibles fossiles d’un cinquième – ou mieux d’un tiers – et tout de suite si on ne maîtrise pas les technologies de capture du CO2. Le problème est que encore une fois les prix du charbon, du gaz naturel et du pétrole s’effondreront quel que soit le scénario. Or comme près de 20 % des compagnies du FTSE 100 (l’équivalent du CAC 40 français à la bourse de Londres) sont impliquées dans l’extraction des ressources naturelles et qu’un autre 11 % sont des compagnies d’électricité, de chimie, de construction et d’autres produits industriels, une action contre le changement climatique global trop brutale conduira à un désastre financier.

Il revient donc aux banques centrales et au secteur financier en général la lourde tâche d’agir graduellement et méthodiquement afin de prévenir un tel désastre. On ne peut donc pas mieux illustrer la main-mise du monde de la finance sur cette histoire rocambolesque de changement climatique : business is business as usual ! Ce sont les milliards de « sans-dents » (bon mot de François Hollande) qui paieront la note pour le plus grand profit de la finance internationale, car ils resteront silencieux, eux qui ont mis au pouvoir des politiciens corrompus de l’intérieur par les activistes pilotés par Greenpeace, le WWF, le Sierra Club et bien d’autres organisations occultes. Ils n’auront rien à dire mais seulement à subir l’établissement de cette organisation totalitaire qui se fait jour avec l’entremise de la finance internationale et qui ose se montrer au grand jour officiellement et pour la première fois …

Pour rappel, la Lloyd’s emploie 300000 personnes et réalise un chiffre d’affaire de 25 milliards de livres par an.

http://www.bankofengland.co.uk/publications/Pages/speeches/2015/844.aspx et https://youtu.be/V5c-eqNxeSQ

Le point de vue géopolitique de Paul Craig Roberts : pas réjouissant !

Chers lecteurs, contrairement à ce que vous pourriez croire, mon billet d’humeur politique daté du 13 mai fut rédigé le 12 quand je vis la dépêche d’agence (Reuters si je me souviens bien) relative aux Ospreys que l’armée américaine va installer à Tokyo. Avec les différences d’horaire il m’était alors impossible d’avoir accès à ce billet de Paul Craig Roberts paru le 11 mai selon le calendrier américain. Je n’en ai eu connaissance que le 13, décalage horaire défavorable entre le Japon et les USA aidant. C’est un peu alambiqué comme explication mais toujours est-il que PCR, dans son analyse de la situation européenne, a omis de mentionner De Gaulle comme je l’ai fait dans le billet de mon blog. Cependant, et comme je suis un lecteur assidu du blog de PCR, je vous livre la traduction de mon cru de son dernier article intitulé « War Threat Rises As Economy Declines », en français : les menaces de guerre se précisent avec le déclin de l’économie (lecture inaugurale de la Conférence Annuelle du Groupe Financier de l’Ouest, New-Orleans, 7 mai 2015).

Les évènements notoires contemporains sont la chute de l’Union Soviétique, le 11 septembre 2001, la délocalisation de l’emploi et la dérégulation financière. Dans ces quatre évènements on trouve les problèmes de politique étrangère et les problèmes économiques auxquels sont confrontés les USA.

Les USA ont toujours eu une excellente opinion d’eux-mêmes mais avec la chute de l’Union Soviétique ce sentiment s’est exacerbé. Nous sommes devenus le peuple exceptionnel, le peuple indispensable, le pays choisi par l’histoire pour exercer son hégémonie sur le monde. La doctrine des néoconservateurs libère le gouvernement des USA de toutes les contraintes internationales et autorise Washington à utiliser des moyens coercitifs à l’égard d’Etats souverains afin de refaire le Monde à son image.

Pour protéger le statut d’unique puissance mondiale depuis la chute de l’Union Soviétique, en 1992, Paul Wolfowitz écrivit de qui est maintenant décrit comme la Doctrine Wolfowitz qui est le fondement de la politique étrangère de Washington :

« Notre objectif premier est d’éviter la ré-émergence d’un nouveau rival aussi bien dans l’ancien territoire de l’Union Soviétique que partout ailleurs qui puisse être une menace de l’ordre de celle que constituait l’Union Soviétique. C’est une considération dominante sous-entendant la nouvelle stratégie de défense régionale et nécessite que nous nous efforcions d’éviter l’émergence de toute puissance hostile pouvant contrôler une région de la planète dont les ressources pourraient être suffisantes pour favoriser l’émergence une autre puissance globale ».

En mars de cette année (2015) le Conseil des Relations Extérieures a élargi cette doctrine à la Chine.

Washington est maintenant décidé à freiner l’émergence de deux grandes puissances nucléarisées. Cet objectif est exactement la raison pour laquelle Washington a créé la crise ukrainienne pour l’utiliser dans sa propagande anti-russe. La Chine est maintenant confrontée à la politique asiatique des USA et la mise en place de nouvelles bases militaires pour assurer à Washington le contrôle de la Mer de Chine du Sud qui est maintenant considérée comme un intérêt national américain.

Le 11 septembre initia la guerre pour l’hégémonie des néocons au Moyen-Orient. Le 11 septembre au aussi rendu possible la mise en place de l’Etat policier aux USA. Tandis que les libertés ont été bafouées dans le pays (les USA) celui-ci a toujours été en guerre depuis le début du XXIe siècle, des guerres qui ont coûté aux citoyens américains selon Joseph Stiglitz et Linda Bilmes au moins six mille milliards (trillions) de dollars. Ces guerres ont été catastrophiques. Elles ont déstabilisé des gouvernements dans une zone productrice d’énergie importante et ces guerres ont catalysé l’émergence considérable de « terroristes », l’éradication de ces derniers étant l’objectif premier de ces guerres.

Au moment même où la chute de l’Union Soviétique favorisa l’hégémonie américaine, le phénomène de délocalisation du travail apparut. Cet événement incita la Chine et l’Inde à s’ouvrir aux investissements américains massifs pour créer des emplois pour la tout aussi massive main d’oeuvre disponible de ces pays. Les compagnies américaines, encouragées par Wall Street et les grandes firmes commerciales d’investissement, délocalisèrent leurs activités dans tous les domaines comme par exemple la création de logiciels vers ces pays.

L’immédiate conséquence fut l’appauvrissement de la classe moyenne américaine et la disparition de la promotion sociale de cette dernière. En quelque sorte le produit intérieur brut américain et le revenu des taxes afférentes émigra vers l’Inde et la Chine. Le revenu réel médian des Américains déclina. Sans croissance interne pour stimuler l’économie Alan Greenspan favorisa une expansion de la dette des consommateurs qui aboutit à ce que l’on sait. Actuellement aucun facteur ne stimule l’économie (américaine).

Quand les biens et les services produits par la main-d’oeuvre délocalisée arrivent aux Etats-Unis ils entrent en tant qu’importations ce qui aggrave la balance commerciale. Les étrangers disposant alors d’excédents de dollars achètent des obligations, des actions, des biens immobiliers, des sociétés sur le sol américain et par voie de conséquence les intérêts, les dividendes, les bénéfices financiers quittent les USA pour être redirigés vers ces pays. Et pour protéger la valeur d’échange du dollar devant de tels déséquilibre monétaires et contrecarrer l’effet de l’impression de monnaie pour aider les banques « too big to fail » Washington a incité sinon contraint l’Europe et le Japon à créer de la monnaie, processus qui renchérit la valeur d’échange du dollar.

Le Glass-Steagall Act qui était censé séparer les activités commerciales de celles d’investissement des banques a été vidé de sa substance jusqu’à être complètement ignoré dès la fin du mandat de Clinton. Cette abrogation de fait et l’échec des régulations sur les produits financiers dérivés ainsi que la suppression des limites de position des spéculateurs et la gigantesque concentration du secteur financier dans le mépris total des lois anti-trust a créé non pas l’utopie du marché libre mais une crise financière sérieuse et toujours bien présente. Les liquidités disponibles de par cette politique monétaire n’a eu pour effet que de favoriser l’apparition de bulles financières sur le marché des actions et des obligations.

Implications, conséquences et perspectives :

Quand la Russie s’est opposée à l’invasion planifiée par l’administration Obama de la Syrie et les tentatives de bombardement de l’Iran, les néoconservateurs se sont rendus à l’évidence que tandis que les USA étaient occupés avec leurs guerres au Moyen-Orient et en Afrique Poutine avait restauré la puissance économique et militaire russe. Quand la Russie a dit « niet » aux USA, suivie par le parlement britannique, le premier objectif de la doctrine Wolfowitz a été sérieusement ébranlé. C’est cet événement qui redirigea l’attention des néoconservateurs vers la Russie. Durant la décennie passée, Washington avait investi 5 milliards de dollars pour financer une nouvelle classe politique en Ukraine ainsi que des ONGs susceptibles d’être envoyées dans la rue pour manifester. Quand le Président Ukrainien fit un bilan économique de l’adhésion possible de son pays à l’Union Européenne il s’aperçut que la note était trop élevée et il rejeta cette adhésion. C’est alors que Washington se servit de ces ONGs dans la rue et les néo-nazis y ajoutèrent la violence à laquelle le gouvernement n’était pas du tout préparé. Ces évènements entrainèrent sa chute.

Victoria Nuland (Secrétaire d’Etat US pour les Affaires Européennes) et Geoffrey Pyatt (Ambassadeur US en Ukraine) choisirent leurs politiciens et établirent un régime vassal dans le pays. Washington espérait pouvoir mettre la main sur la base navale russe de Crimée, le seul port toujours libre de glaces de la Russie. Cependant, la Crimée, partie intégrante de la Russie pendant des siècles, choisit démocratiquement de retourner dans le giron de la mère patrie. Washington, dépité, déclara qu’il s’agissait en fait d’une invasion russe suivie d’une annexion. Dès lors les USA organisèrent une propagande en Europe pour casser les liens économiques et commerciaux entre l’Europe et la Russie et en obligeant l’Europe à mettre en oeuvre des sanctions contre la Russie.

Etant donné que ces sanctions ont eu des effets négatifs sur l’économie européenne, les Européens se sentent de plus en plus concernés par la belligérance américaine car cette Europe n’a rien à gagner d’un conflit avec la Russie tout en redoutant d’être poussée à la guerre. De plus en plus de signes indiquent que certains gouvernements européens désirent se désolidariser de la politique étrangère américaine. La virulente propagande anti-russe et la diabolisation de Poutine ont altéré la confiance de l’Ouest envers la Russie. Le Commandant de l’OTAN Breedlove demandant plus d’argent, plus de troupes, plus de bases près des frontières avec la Russie fait que la situation devient dangereuse. Dans une confrontation directe avec la Russie, Washington cherche à incorporer l’Ukraine et la Géorgie dans l’OTAN, pourtant deux anciennes provinces russes.

Sur la scène économique le dollar comme monnaie de réserve constitue un problème pour le monde entier. Les sanctions et d’autres manifestations de l’impérialisme financier américain poussent certains pays y compris de grandes nations à s’affranchir des paiements en dollars. Et tandis que de plus en plus de transactions commerciales se concluent sans avoir recours au dollar, la demande pour cette monnaie chute malgré une disponibilité accrue en billets verts à la suite des QEs successifs. Et compte tenu de la production délocalisée et de la dépendance des USA des importations, une chute de la valeur du dollar résulterait en une inflation domestique dramatique conduisant à une paupérisation des citoyens américains et menaçerait les marchés largement manipulés des actions, des obligations et des métaux précieux.

La vraie raison des Quantitative Easings est d’aider les banques à boucler leurs bilans. Cependant, la raison officielle a toujours été de stimuler l’économie. Le seul résultat positif est l’évolution du produit intérieur brut américain qui paraît embellir car l’indice implicite d’évolution des prix n’a pas été pris en compte ou sous-estimé. Il est évident qu’il n’y a pas eu de reprise économique et avec un premier trimestre sans progression et un deuxième trimestre qui s’annonce tout aussi terne il paraît évident que les USA s’enfoncent dans un autre cycle de récession. Le taux de chômage de 23 % (ce n’est pas moi qui invente ce chiffre c’est PCR qui le tire de sources d’information non truquées) n’a rien à voir avec celui des années d’après-guerre. La réserve fédérale combattait l’inflation en ralentissant l’économie et quand le taux de chômage augmentait à nouveau, la FED lâchait du lest. Mais aujourd’hui il n’y a plus d’emplois, ils ont été délocalisés, il n’y a plus d’usines, elles ont aussi été délocalisées.

Restaurer l’économie demande un rapatriement du tissu industriel et des emplois recréés sur le sol américain. Cela peut être atteint en modifiant la fiscalité qui charge les produits des entreprises délocalisées et importées aux USA : de fortes taxes sur les produits importés et peu de taxes sur les produits Made in USA, une approche qui réduirait l’avantage des délocalisations. Si on se souvient du lobbying intense des compagnies transnationales et de celui de Wall Street, une telle réforme fiscale a peu de chances d’aboutir. En conclusion l’économie américaine continuera à décliner.

Sur le plan de la politique étrangère, l’égocentrisme et l’arrogance dans la manière dont les Américains perçoivent leur image de pays exceptionnel et indispensable avec, donc, des droit hégémoniques sur les autres pays signifie que le monde entier est prêt à faire la guerre. Ni la Chine ni la Russie n’accepteront d’être vassalisés comme le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France et le reste des pays européens, le Canada, le Japon et l’Australie. La doctrine Wolfowitz est claire : Le prix de la paix dans le monde est l’acceptation de l’hégémonie de Washington. En conséquence, à moins d’une crise du dollar affaiblissant la puissance américaine ou à moins que l’Europe ait le courage de se désolidariser des USA et poursuive sa propre politique étrangère en supprimant l’OTAN, une guerre nucléaire semble très probable. L’agressivité et la propagande américaines ont suffi à catalyser le rapprochement stratégique entre la Chine et la Russie pour contrer les intentions belliqueuses américaines. La célébration du soixante-dixième anniversaire de la défaite d’Hitler le 9 mai dernier à Moscou est un tournant historique car aucun pays occidental n’était présent mais les officiels chinois dont Xi-Jinping auprès de Poutine dans la tribune officielle et des régiments de l’armée chinoise étaient présents et ont défilé avec les soldats de l’armée russe. Le nombre de soldats russes morts au combat par rapport à celui des Anglais, des Américains ou des Français rend parfaitement clair que ce sont les Russes qui ont vaincu Hitler. Les pays de l’Ouest ont réécrit l’histoire, ce n’est pas nouveau, et Obama n’a mentionné que les troupes américaines dans le déroulement de cette guerre lors des commémorations du 8 mai. Poutine a, au cours de cette célébration, remercié les Anglais, les Français et les USA pour leur contribution à la victoire ( http://thesaker.is/15865/ ). Pourtant depuis de nombreuses années Poutine ne cesse de déclarer aux vassaux de Washington : « Ne nous agressez pas, nous ne sommes pas votre ennemi. Nous voulons être vos partenaires ». Les années ont passé sans que Washington ait écouté un seul instant le message de Moscou et au final la Russie et la Chine ont réalisé que leur choix était limité entre cette vassalisation ou la guerre. S’il y avait au moins une personnalité intelligente au Département d’Etat ou au Pentagone pour alerter de la dangerosité des néoconservateurs, l’avenir de l’espèce humaine pourrait être préservée.

J’ajouterai qu’une telle analyse rend dérisoires les gesticulations vides de sens au sujet du changement climatique. Tout simplement la nature humaine n’a pas changé et ne changera jamais : le seul passe-temps qui intéresse l’homme est de s’entretuer après avoir appris à marcher au pas et manipulé une arme de guerre

Source : Paul Craig Roberts blog. Le prologue et mes commentaires personnels sont en italiques.

Notes : Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie, ancien économiste en chef de la Banque Mondiale, adversaire notamment de la globalisation, activiste anti-néocons, en très résumé. Linda Bilmes, professeur d’économie à l’Université d’Harvard, économiste ancien membre de l’administration Clinton, coauteur avec Stiglitz du livre « The Three Trillion Dollar War » (ISBN : 978-0-393-06701-9 )

Piketty ? Beaucoup du bruit pour du vent !

1200px-French_Polynesia_relief_map.svg

On a parlé en long, en large, en travers, en diagonale et en épaisseur du nouvel ouvrage de Piketty que je n’ai pas lu parce que l’économie n’est pas ma tasse de thé, d’ailleurs je ne suis pas un amateur de thé. On en a tellement fait de commentaires que ce non événement devenait presque lassant. Et pour dire les choses clairement, il ne faut pas chercher dans la presse politiquement correcte française une critique objective de cette somme qui n’est qu’une vulgaire caricature d’un autre ouvrage fameux publié en 1867 par un certain Karl Marx pour le premier volume. On sait ce qu’est advenue l’application concrète des idées de Marx en politique, inutile d’y revenir. Et pourtant Piketty, évidemment fortement inspiré et imprégné par le marxisme, en déduit, d’un trait de plume suprêmement arrogant qu’il est inéluctable que les richesses créées par le travail (des classes laborieuses) se transforment en richesse confisquée par les classes dirigeantes qui sont détentrices du capital. Rien de bien nouveau dans ce discours qui se résume en une équation très courte et tellement courte qu’elle ne signifie rien du tout : R >G.

Il faut décrypter ce genre d’assertion à l’emporte pièce qui semble vouloir dire que le profit réalisé avec le capital est supérieur au taux de croissance. Piketty, fortement imprégné de marxisme et certainement marxiste lui-même (pour la bonne cause, surtout la sienne), considère que le profit (R = return on investment ou profit) empoché par les vilains capitalistes est de 5 % de la valeur du capital investi quand le taux de croissance (G = growth ou croissance) est de 1 %. Piketty en conclue donc que les riches s’enrichissent et les pauvres, les travailleurs, s’appauvrissent dans le système capitalistique actuel. En d’autres termes, toujours selon Piketty, le capitalisme capte ce qui appartient au travail. On est donc bien revenu aux théories de Marx. Piketty prétend que le capitalisme et le libre échange sont les causes des inégalités croissantes entre pauvres et riches dans le monde. Mais il semble ignorer que la plupart des pays « capitalistes » sont dirigés par des politiciens qui interfèrent quotidiennement sur les marchés et qu’en réalité les prix sont fixés, les taux d’intérêt également, par les banques centrales, et que les capitalistes dont parle cet économiste au rabais n’ont que très peu de marges de manœuvre. Et pourtant le pouvoir d’achat de la monnaie a évolué dans le sens évident d’un enrichissement substantiel non pas seulement des riches, ceux qui détiennent le capital, mais aussi des classes laborieuses de par une amélioration de leur pouvoir d’achat. Juste un exemple, grâce aux investissements consentis parfois avec des risques élevés par les détenteurs de capitaux, le prix d’un four à micro-ondes a été divisé par 20 en trente ans et pour un ordinateur, si on rapporte le prix d’achat à la vitesse d’exécution et à la capacité de mémoire, ce prix a été divisé par 1000 également en 30 ans ! Qui en profite, pas seulement les capitalistes comme le prétend Piketty mais également monsieur et madame tout le monde. Piketty oublie de mentionner que le capitalisme a aussi ce genre de bons côtés.

Si on revient à son inéquation R >G Piketty préconise de taxer les revenus de la finance à 80 %, rien que ça ! Pas en reste, il préconise une taxation de la richesse forfaitairement déterminée par une administration naturellement objective. Le discours de Piketty repose sur une idéologie marxiste de la plus pure orthodoxie qui est caricaturale dans ses attendus et ses conclusions. Ce qui est très inquiétant c’est que cet individu est le maître à penser des dirigeants français actuellement au pouvoir. Il faut constater que la presse française bien-pensante et politiquement correcte lourdement subventionnée pour diffuser les idées socialo-écolo-marxistes de bon ton n’a pas critiqué un seul instant les théories de Piketty. Piketty me fait penser aux frère Bogdanov ou à Jacques Benveniste avec sa mémoire de l’eau, c’est un imposteur, un idéologue qui a vendu son livre à des millions d’exemplaires et est devenu un capitaliste malgré lui et malgré ses idées. On pourrait lui poser la question suivante : « maintenant que vous êtes un capitaliste qu’allez-vous faire de votre argent ? Le distribuer aux pauvres ou vous acheter un motu du côté de Raiatea pour vous faire oublier ? Pour moi le choix est évident, un motu à Raiatea sans hésitation et qu’on n’entende plus parler de lui.

Longue vie au marxisme mercantile …

Inspiré d’un article paru dans le Washington Post